‹ La goutte & le rhumatismeChapitre 41 sur 86 · U HUMORISME DE G ALI EH · texte numérisé non relu

U HUMORISME DE G ALI EH

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ristcs grecs, une lutte entre les divers éléments dont nous sommes composés : celui qui est le plus faible devient le réceptacle de toutes les impuretés, le déversoir de tout ce que les autres ont éliminé ou repoussé. 11 écrit, à ce sujet, un court chapitre de pathologie générale, le meilleur peutêtre qui nous reste de lui.

« Toutes les maladies de ce genre (il s’agit des maladies humorales) résultent de ce fait que la nature rejette toujours le déchet TïcfaxTsv sur les parties les plus humbles. Beaucoup d’autres l’ont répété avant moi, mais ils n’ont pas dit comment se fait cette exonération. C’est reconnaître, nous le savons, quelque raisonnement et quelque intelligence à la nature que de dire simplement qu’elle rejette des parties nobles sur les parties humbles tout ce qui se trouve en elle d’inutilisable; mais les crises heureuses qui surviennent au cours des maladies révèlent manifestement l’action de quelque force pareille. Quel est leur mode de genèse ? Cela n’a pas été suffisamment expliqué par mes devanciers: ils n’ont pu montrer d’une façon précise ce qu’étaient ces forces naturelles sur lesquelles nous avons insisté dans d’autres ouvrages, ils n’ont pu en dire le nombre, le caractère, ni le rôle particulier. 11 devient au contraire facile d’expliquer tout cela si l’on adopte les principes que nous avons établis ».

« Il y a quatre facultés (ou mieux forces ojviij.î'.ç) que possèdent également les parties élémentaires des animaux et des plantes : l’une attire l’aliment convenable, une autre le retient, une autre le transforme, la quatrième élimine le déchet (mot à mot le superflu), qui peut être tel en raison de sa quantité ou en raison de sa nature. Toutes les parties du corps n’ont pas une égale force : les unes, les parties nobles, ont été dès l’origine faites plus fortes par la nature; il est donc logique que dans les corps chargés d’impuretés «t de produits superflus quelque chose s’en écoule vers les parties pins humbles. Et comme ce déchet est chassé de toutes les parties fortes et qu’il ne peut se faire recueillir

2 5o la goutte et le II HUMAT! SME H

nuljle part, il se réfugie clans la partie cjui est la plus faible *■

de toutes. Cette partie faible peut l’être pour diverses i raisons : elle peut avoir été lésée dès la première formation • ' de r animal; elle peut avoir été lésée plus tard; elle peut encore être faible par destination, comme est la peau. Celle- ‘ ci en effet n’étant pas faite pour l’action, mais pour l’usage, i

devait être plus faible cjue les parties actives. Elle n’est en ■

quelque sorte que l’enveloppe et le vêtement naturel de ‘ l’animal, ne lui assurant ni la digestion, ni la distribution de l’aliment, ni l’hématose, ni le pouls, ni la respiration, ni le mouvement instinctif y.aG' ôp;r/jv, ni une fonction quel- ' concjue. Enfin, en raison de sa situation périphéricjue, il est naturel cju’elle reçoive les déchets du corps entier ».

« La nature, en effet, s’est façonné dès l’origine un certain nombre d’organes destinés à évacuer les déchets, et ces organes suffisent à assurer la santé, pourvu C[ue l’être vivant ne subisse aucune atteinte fâcheuse de l’air ambiant; ni qu’un mauvais régime ne fasse regorger le corps tout entier de résidus excrémentltlels. Mais, s’il survient quelcjue accident de ce genre, les seuls organes physiologiques ne suffi- ^ sent plus â éliminer la masse des déchets; alors des flux se ‘ : jettent sur les parties les plus faibles, repoussés cpi’lls sont des parties plus fortes. Il arrive aussi parfois cjuc le rétré- * cissement des pores des organes éliminateurs est la cause [ ; de ces transports sur d’autres réglons. Telle est l’origine ‘1 première et la genèse de tous les troubles morbides cpie j | nous avons dits. Ajoutez c[ue le mal s’accroît encore dans les régions mêmes où il s’est réfugié, du fait des résidus 1 1 excrémentltlels qui y sont enfermés et qui s’y décomposent j et arrivent à ce point de malignité qu’ils corrompent aussi | l’humeur qui leur arrive ensuite, cette humeur lùt-elle bonne et utile de sa nature ! » (i).

Le passage de Galien que nous venons de citer renferme :

(i) (î.u.ii'.iN . De niorl)orum causis, cap. vu, Kd. Kulm, l. \ II. p. aS-aO.

L'IIUMORISME DE GALIEN

bien des notions intéressantes qui mériteraient de retenir notre attention ; nous reviendrons plus tard sur ce qu’il y est dit de la localisation des lésions au lieu de moindre résistance, sur la tendance instinctive de l’économie à réparer ses lésions et à éliminer les poisons morbides, sur le mécanisme des crises et sur les conséquences d’un arrêt des émonctions normales; nous retiendrons seulement ici l’énumération et la définition des quatre facultés naturelles, des quatre forces qui commandent les divers actes de la nutrition. Sur ce point les idées de Galien n’ont pas vieilli d’un jour. Il suffit pour s’en convaincre de leur comparer les I doctrines récemment exposées par Bouchard : a Le caractère commun de l’activité de toute particule vivante, c’est donc un double mouvement moléculaire, continu, d’introduction et d’expulsion, en même temps qu’un double travail continu de transmutation chimique, l’un qui suit l’introduction, l’autre qui précède l’expulsion... C’est la vie avec son double mouvement d’assimilation et de désassimilation, de création et de destruction... Dans cette conception, l’assimilation comprend un acte physique, la translation de pénétration, et un acte chimique, la transmutation vivifiante; la désassimilation comprend également un acte chimique, la transmutation rétrograde, et un acte physique, la translation d’émission (i) ». On le voit, les quatre actes de la nutrition ainsi comprise répondent assez exactement aux quatre facultés, aux quatre forees de Galien.

On ne peut reproeher à celui-ci qu’une distinction insuffisante entre la seconde faculté et la troisième. Revenant ailleurs sur ces quatre faeultés immanentes à toutes les parties de l’organisme, il dit ceci : « La première, que je nomme attractive, appètc et tire a elle les sucs convenables a la partie; après elle une seconde, dite modificatrice, assimile le suc attiré aux produits antérieurs de la nutrition ;

(i) Cil. Boicii viu), Maladies

par ralentissement de la nutrition, p. iG.

il cette fiiculté, deux autres viennent en aide, celle qui est

dite rétentrice, et par qui la partie digère le suc attiré et

le transforme en sa propre nature, et la faculté éllmina-

trice qui expulse, cette digestion finie, ce qui n’a pas été fi

utilisé, ce qu’on appelle le déchet (i) ». |

La théorie de la résistance individuelle des organes aux,’;

atteintes qui leur viennent du dedans ou du dehors devait!'

conduire à celle des métastases goutteuses : elles sont liées td étroitement l’une à l’autre. Galien les associe dans le pas-î| sage suivant qui est, avec une courte allusion à la goutte remontée à l’estomac (2), tout ce que nous avons trouvé à

ce sujet dans ses œuvres légitimes ; dans son second com mentaire au traité de la nature de l’homme, il discute cette phrase de l’auteur « les fluxions qui se portent des parties H plus faibles vers les parties plus fortes sont d’une résolution

plus facile » et en précise le véritable sens. Cela veut dire, i'.^ selon lui, que les parties fortes se débarrassent plus facile-K

ment, en les détruisant, des principes nuisibles que parties faibles, mais par parties plus fortes il ne fautpas^’ entendre organes essentiels, ce serait fausser l’opinion citée, a car il vaut mieux voir l’humeur nuisible passer des parties nobles aux parties humbles que de la voir suivre ^ la route inverse. Nous avons vu souvent les poussées articu laires des arthritupies et des goutteux être déplacées, portées sur quelque organe essentiel et amener la mort du malade Jl ny a alors qu’une chance de salut, c’est de pouvoir rappeler le mal vers le membre qu’il a quitté » (3).

Dans la thériaque à Pison, petit traité qui paraît avoir été écrit dans les dernières années du règne de Septime Sévère et par conséquent ne saurait être de Galien, l’auteur,’ proclamant les bons ell'els de la thériaque chez les goutteux.

(i) Gai.iun. T. VIII, p. 3()7.

(a) Id. T. X, [). 5i3.

(3) /d, T. XV, p. lay.

VllUMOniSME DE GALIEN aôS

mentionne en passant les métastases pulmonaires. « Les goiilteux et ceux qui ont des fluxions articulaires généralisées sont soulagées par la thériaque, alors surtout que la période d’augment est passée et qu’on est h la période d’acmé. Tandis qu’on remédie aux douleurs par des applications calmantes, il faut donner à l’intérieur la thériaque pour arrêter les fluxions, car cet antidote dissipe celles qui sont déjà faites et empêche qu’il ne s’en fasse d’autres. L’action est surtout efficace quand on prend la thériaque en santé et d’une façon régulière, car elle consume le superflu des humeurs et modifie l’économie entière. Les autres médicaments internes que prennent les goutteux pour se débarrasser de leur mal empêchent bien la fluxion de se porter sur les pieds, mais, comme ils ne détruisent pas l’humeur superflue, ils créent un nouveau et plus grand danger. Le flux morbide circulant dans l’organisme sans être fixé, le poumon toujours en mouvement, en raison de la nécessité de ses fonctions respiratoires, et plus apte à se laisser envahir par un afflux liquide à cause de la laxité de sa structure, l’attire tout à lui et le malade est suffoqué. C’est un fait avéré que j’ai moi-même observé souvent; aussi je déconseille absolument l’ingestion de ces drogues » (i).

On le voit, l’auteur de la thériaejue à Pison, quoique adversaire des méthodiques, n’est pas éloigné de leur sentiment à l’égard des remèdes antigoutteux; il se rapproche aussi de ceux qui de nos jours reprochent au salicylate de soude et au colchique d’empêcher par une sédation trop rapide des désordres locaux la destruction graduelle et l’élimination spontanée du principe goutteux, et de permettre ainsi les complications viscérales. Mais pourquoi notre auteur, si sévère pour les autres antidotes, est-il si élogieux pour la thériaque ? La vérité est sans doute cclle-ci : si per-

(i) Œuvres (le Galien. T. XIV, p. 27L

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suaclés qu’ils fussent de son inutilité, les médecins de la Cour ne pouvaient décrier un médicament placé sous le patronage direct de l’empereur, considéré par lui comme sa meilleure sauvegarde contre les accidents, les maladies et les crimes, à telles enseignes qu’il le faisait préparer pour lui-même solennellement et à grands frais et que cette préparation était devenue la raison d’être et la fonction principale des archiatres. Soranus, indépendantpar situation et par caractère, pouvait proscrire la thériaque avec tous les antidotes, les médecins du palais ne le pouvaient sans ruiner leur crédit, sans ôter à leur auguste client un élément précieux de sécurité morale en un temps où elle était difficile a acquérir ou à conserver.

Nous ne saurions, pour les raisons que nous avons dites, exposer en détail le traitement que Galien prescrivait aux goutteux. On trouve bien dans ses traités thérapeutiques l’indication de quelques médications locales, mais elles n’ont rien d’original : il les emprunte aux auteurs qui l’ont précédé et surtout à cet autre Ascléplade surnommé à hon droit Pliar/nacion. Quant aux médicaments internes, il se borne, dans les livres que nous avons, h citer la podagre parmi les maladies auxquelles conviennent le mithridate et l’antidote Tyrannls (i), préparations fort voisines de la thériaque et à dire en passant que l’aristoloche ronde est utile aux goutteux (2).

Galien insiste davantage sur une médication préventive, qu’il devait conseiller, car elle était conforme aux idées pathogéniques qu’il avait adoptées. « Il faut, dit-il, évacuer les goutteux et les arthritiques au commencement du printemps, soit à l’aide d’un purgatif, soit par la saignée. J’ai guéri de nombreux malades qui depuis trois ou quatre ans étaient par intervalles affiigés de douleurs aux pieds, soit

(1) Galien. T. XIV, p. 102 et siiiv.

(2) Id. T. XI, p. 83Ü.

L’HUMOUISME de GALIEN

en purgeant l’humeur surabondante, soit en pratiquant une saignée. Mais il est clair que oeux-là avaient observé on toutes choses une grande modération, car, pour les débauchés, les Ivrognes et les gloutons, il ne servirait pas à grand chose de les purger ou de les saigner : ils ont bien vite accumulé une nouvelle masse d’humeurs crues, par leur vie déréglée; il ne faut même pas entreprendre leur traitement. Mais, a ceux qui sont dociles, on sera fort utile en provoquant une évacuation au cours du printemps et en les amenant h vivre d’une vie active et saine » (i).

Cette pratique delà saignée ou de la purgation printanière chez ceux que l’on juge exposés aux maladies humorales s’est perpétuée jusqu’à nos jours ; elle tombe à peine en désuétude en certains pays. Elle a vécu autant que l’humorisme, étant née avec lui. La plus ancienne mention que nous en connaissions est l’aphorisme d’Hippocrate : « Ceux à qui la saignée ou la purgation convient, doivent être saignés ou purgés au printemps » (2).

Nous avons dit que le galénisme trouva pour le formuler et le répandre des disciples dévoués. Les plus zélés, les plus célèbres paraissent avoir été Philagrius et Oribase, le premier pour avoir composé un volumineux traité de pathologie qui fournit à ses successeurs, et en particulier aux Arabes, la matière et le modèle de leurs descriptions, le second pour avoir rédigé sous le nom de Synopsis un petit manuel où les enseignements de Galien étalent résumés clairement, mis à la portée de tous.

Ce que l’on sait de Philagrius se réduit à ces lignes de Suidas : « Philagrius, né à Macra, en Lycie, selon Eugenator, ou plutôt né en Epire, comme il le dit lui-même dans sa lettre h Philémon sur l’induration du foie, fut élève de

(1) Gauen. T. X[, p. 272.

(2) Hippocrate. Aphor., scct. VI, 47. T. IV, p. 574.

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Naumachios, vécut après Galien, exerça surtout la médecine à Thessalonique et écrivit 70 volumes médicaux, sans compter bien d’autres ouvrages et des commentaires sur Hippocrate ».

L’un de ces traités était consacré à la goutte : Oribase cite un médicament contre les tophus tiré du cinquième livresur la goutte ; Aétius extrait du même ouvrage de nombreux et longs passages ; peut-être même, comme nous l’avons indiqué, est-ce àPhilagrius qu’il emprunte les quatre tableaux schématiques destinés à nous montrer les divers aspects de la podagre. Cette description en effet, fort différente par le fond et par la forme des fragments qui la précèdent et purement galénique d’inspiration, rappelle un chapitre d’un autre livre d’Aétlus, où Philagrius, nommé cette fois, définit les huit dyscrasles de la rate, chaude, froide, sèche, humide, bilieuse, atrabilaire, pituiteuse et sanguine et en établit le diagnostic différentiel sur les mêmes signes qui servent h opposer l’une à l’autre les diverses variétés de goutte.

On peut donc négliger, comme déjà connue, la pathologie générale de Phllacrrius, mais il convient d’insister sur sa thérapeutique. On y relève à regret un goût immodéré pour la polypharmacie, mais on y trouve aussi justement louées et utilisées une pratique excellente, la friction journalière de tout le corps pendant la vie entière et surtout une des médications les plus puissantes qui aient été dirigées contre la goutte, la médication alcaline, dont c’est, croyons-nous, la première apparition dans l’histoire.

Philagrius savait prévenir, soulager, guérir la podagre, du moins il l’affirmait; sa thérapeutique était, suivant l’occasion, prophylactique, palliative, curative. Nous allons l’envisager sous ces trois aspects : « Sachcz-le, tous ceux qui veulent se garder de la goutte, surtout les sujets de tempérament humide et froid, se trouvent bien des frictions et des onctions avec un mélange d’huile et de sel finement pulvérisé, non point au moment de l’inflammation et des douleurs, mais dans les rémissions, à moins que le tempérament ne

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soit absolument sec. Après ces frictions, la chaleur naturelle augmente, ce qui est anormal se dissipe, les résidus excrémentitiels se consument; les parties malades sont rendues plus fortes et plus résistantes de toute manière chez ceux qui se donnent cette peine chaque jour, matin et soir, dans les périodes de calme, comme nous l’avons dit, et usent de ce remède pendant leur vie entière. Aussi pouvons-nous assurer que ces frictions suffisent à elles seules, pourvu qu’on ne suive pas un trop mauvais régime, qu’on évite les grands refroidissements, les excès vénériens, les fatigues et, d’une manière générale, qu’on ne commette pas de trop grands écarts » (i).

Ces dernières prescriptions un peu banales, Philagrius les développait ailleurs et disait : « Quand la goutte est devenue chronique, il n’est pas de guérison parfaite, mais si au début elle est traitée avec soin, elle peut disparaître complètement. Aussitôt que l’on sent une douleur au pied, au niveau du gros orteil ou du talon, douleur qu’on ne peut attribuer à un coup ou h une cause analogue, il faut supprimer le vin, diminuer le repas du soir, passer faim la plus grande partie du temps, éviter les indigestions et le coït, prendre des aliments légers, se faire vomir avec des raiforts plusieurs fois par mois ; employer les frictions et le massage avant le repas et marcher beaucoup » (2). Si la goutte revient malgré ces précautions et passe à l’état chronique, il faut recourir h la dérivation intestinale, sans se départir du régime précédent; il faut employer les remèdes qui chassent la bile et prendre, par exemple, gros comme une fève de scammonée mêlée avec du sel, et cela plusieurs fols par an, ou seulement avant l’époque du retour habituel des accès.

(1) .Vétivs. Douzième livre, p. \2.

(2) La iratlucliori de Itazes d où ce passage est lire dit : NriccitioïiGtu et utipieHsionenicorporis antp. cihiuu. Uazès, Coulinenl, fol. 2'iç). Masser vient du grec Mâaaï'.v presser dans scs mains, juHrir.

LA COUTTE ET LE li II U M A T I S M E

Cela fait, ou la douleur ne revient plus, ou du moins elle est plus légère et plus facile à calmer (à l’aide de bains tièdes, d’applications de jusquiameel d’opium, et du repos absolu de la jointure).

S’il a afbdre à un h omme sanguin, Philagrius a recours à la saignée, non pas une fois, mais deux, trois fois et plus. Si r on n’agit pas ainsi et qu’on se contente de remèdes répercussifs, on crée un grand péril : « Repoussé des parties les plus humbles vers les parties nobles et nécessaires à la vie, le sang se jette sur l’une de celles-ci, foie, diaphragme, poitrine, poumon ou même cœur, ce n’est plus une maladie, c’est la mort même... Je me souviens d’avoir saierné deux fois un homme des plus pléthoriques et des plus sanguins et d’avoir vu clairemeiit quelle était l’elficacité d’une saignée faite du côté correspondant au membre malade : la fluxion était au pied droit, je le saignai à la main droite et aussitôt il fut délivré de ses douleurs ; la fluxion ayant reparu trois jours après à l’autre jambe, je le saignai à la main gauche, les douleurs disparurent de nouveau » (i).

Sobriété en toute chose, exercice, frictions, massage, saignée, purgations, constituent déjà une thérapeutique assez active, mais Philagrius est jaloux de ses devanciers : ils ont inventé des antidotes, des spécifiques antigoutteux, il veut avoir lé sien. « Les médicaments internes que l’on donne aux goutteux et aux arthritiques sont nombreux, divers et variés ; je connais cette foule de drogues, et le tetrapharmacon, et le remède au millepertuis et le remède à la gentiane et les autres dont usent habituellement les médecins pour les podagres avérés, pourtant j’ai composé, moi aussi, un médicament que je crois capable d’échauffer, tout en humectant légèrement, d’atténuer les humeur.s épaisses et visqueuses, et, vertu qu’il possède à un haut degré, d’ouvrir les voies d’excrétion, de relâcher le ventre.

(i) Aétius, p. /|5-'iG.

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lie provoquer les urines et aussi de réveiller les actions naturelles et de provoquer ce qu’on appelle la perspiration insensible ». Suit la formule interminable de ce remède qui devait pouvoir remplir bien des indications puisqu’il contenait plus de cinquante substances diverses. Nous ne citerons que la dernière parce qu’elle a donné son nom h l’antidoti' lui-même, c'.à twv 6a-wv, c’est la cendre d’os; on choisissait les os des jambes de cerfs ou de bœufs. « La substance des os, dit Philagrius, a la propriété de consumer et de dessécher au point qu’employée seule, longtemps et comme il faut, elle peut guérir les arthritis invétérées (i). »

Sans faire de Philagrius l’inventeur conscient de la médication alcaline et si difficile qu’il soit de démêler l’idée qui l’avait guidé, il faut reconnaître qu’il attribuait aux cendres d’os et à d’autres substances de composition voisine une action spéciale sur l’organisme du goutteux. Nous trouvons en effet dans le livre si précieux d’Aétius une autre préparation également due à Philagrius et également alcaline, un médicament à la cendre d’écrevisses, dont il dit qu’il convient aux corps mous et remplis de produits excrémentitiels : <( .l’ajoute à la formule de ce médicament huit draehmes de persil, et le plus souvent dix, pour le rendre diurétique, et j’ai soulagé ainsi beaucoup d’arthritiques et surtout ceux qui ont la chair molle et blanche (a) ».

Après avoir résumé le traitement général que Philagrius faisait suivre à ses goutteux, nous pouvons énumérer rapidement les applications locales dont il usait et dont il soignait la préparation avec cette minutie qu’il paraît avoir apportée dans tout ce qu’il faisait ou écrivait. C’étaient les remèdes

(i) ÂÉTius. Ihid., p. iiôcLstilv. Plûlagrius n’avail pas découvert la cendre d’os. On lit dans (ialien (l. Xll, p. 34a) ; « Qiielc|ucs-uns de nos contemporains ont administre dans des potions de la cendre d’os, sans dire an patient ce qu’il buvait pour ne pas ])rovoq lier de dégoût et ont ainsi guéri nombre d'épileptiques et d’arlbriticpies. »

(a) Ihicl., p. ia4.

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à racacia et aux deux elléboi-es, à l’iiuile de laurier, aux métaux (emprunté à Galien), à la soude et à l’huile, à l’urine de mulet; quelques-uns eroyaient ce dernier remède plus eOlcace quand, pendant la cuisson, on crachait dans la marmite et à terre, en prononçant quelques mots harhares,

« mais, dit naïvement Philagrius, je crois qu’il n’est ni utile, ni convenahle de reproduire ces mots, car le remède préparé sans ces clameurs a tout autant d’ellîcacité »; c’était encore un topique calmant (Ilépione) à l’aneth et à l’huile d’olives vertes; un remède très vanté contre les tophus, mélange bizarre de matières grasses, de poussières métalliques, de racines et de crottes de chien (i); et enfin une pratique plus hardie et plus elllcaee, l’application de vésicatoires sur les jointures malades. « On doit appliquer sur les articulations de la main ou du pied des remèdes vésicants, quand la maladie est devenue chronicjue; on fait une sorte d’emplâtre avec de l’écorce de racine de câprier et de garou pilée dans de la lie de vinaigre; on l’applique sur la région enflammée et on le laisse deux heures en place, puis on perce les ampoules et on répand par-dessus de l’eau froide. Quelquefois il faut laisser l’emplâtre appliqué pendant trois heures (2). » "

En rapprochant les divers fragments que les Byzantins et| les Arabes nous ont laissés, on peut reconstituer quelques-unsj des traits de la physionomie de Philagrius. Il fut le premier^ et le plus remarquable exemplaire d’un type que nous ; verrons reproduit à l’infini, le type du galéniste orthodoxe, qui deviendra par des dégradations successives le médecin de Molière, l’humoriste impénitent des derniers jours. Aussi . nous semble-t-il que dans les études consacrées à Galien, à sa doctrine, à sa longue domination, on n’a pas donné une place sulfisante à cet apôtre qui rédigea avec tant de patience et de fidélité l’évangile de la nouvelle foi.

(i) Ohiuase. Synopsis, IX. 5q.

(3) Pim-AGiuus. Cite par Ilazôs clans le Conlincnl, fol. 3Ôi.

L HUMORISME DE GALIEN

Oribase, qui vécut peu après PhilagTlus, ue fut guère moins galéniste que lui, au moins dans les ouvrages où il a mis quelque chose de lui-même, c’est-à-dire dans la et dans \es Euijoristes. Quanta la grande Colleclion Médicale qui porte son nom, il n’en fut que l’éditeur, éditeur assez éclectique; s’il y a cité Galien un peu trop souvent, il a fait appel aussi aux meilleurs médecins de toutes les écoles. Aussi cette œuvre serait-elle de toutes la plus précieuse, si elle nous était parvenue dans un meilleur état.

On sait l’origine de ce livre. L’empereur Julien voulant montrer à ses peuples ce qu’ils devaient à la culture hellène, pure de christianisme, ne pouvait choisir un meilleur exemple que l’histoire médicale. Dans ce domaine la Grèce païenne avait régné sans partage. Il demanda à son médecin, à son ami, Oribase de Pergame, cet inventaire de la pathologie ancienne en 70 livres qui porte le nom de Collections Médicales. II ne s’agissait pas de dire ce qu’il fallait savoir sur tel ou tel sujet, mais de reproduire textuellement ce qu’en avaient dit les médecins les plus autorisés depuis les temps hippocratiques jusqu’au iv° siècle. C’est une suite de morceaux, assez longs parfois, empruntés à un très grand nombre d’auteurs, dont quelques-uns ne nous sont connus que par ces fragments mêmes.

Nous avons déjà puisé à cette source, quand nous avons eu à étudier l’œuvre de Rufus et celle d’Hérodote; malheureusement le livre qui était consacré à la goutte a disparu ou se trouve encore perdu dans quelque manuscrit ignoré. On a pensé que l’ouvrage d’Aétius auquel nous avons fait tant d emprunts devait ressembler beaucoup parle fond et par la forme au livre d’Oribase ; mais la comparaison des chapitres parallèles, trop peu nombreux, montre plus de diflel’cnces que d’analogies. Aétius modifie, abrège les passages f|u il cite, prend quelquefois la parole en son propre nom et enfin, par sa faute ou par celle des copistes, nous laisse trop souvent dans l’incertitude sur l’origine des notions qu il nous transmet. 1 ont autre est la méthode suivie

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