LA GOUT T E E T LE E II U M A T I S M E
par Oribase qui a fait une œuvre absolument impersonnelle.
Du reste nous avons une preuve directe que les deux chapitres d’Oribase et d’Aétius avaient à la lois quelques points communs et de nombreuses dilTérences. Un Byzantin Inconnu avait fait sous le titre de : « Choix de traitements tirés de la Collection Médicale d’Oribase (i) », de nombreux extraits qui ont été publiés. Le paragraphe 76 concerne la podagre et l’arthritis ; il débute par un résumé en cinq lignes de la page qui commence l’étude de la goutte dans Aétius. Mais là s’arrête la ressemblance. Les diverses prescriptions hygiéniques ou thérapeutiques sont tirées de divers auteurs, non de Philagrius ; le régime conseillé rappelle surtout le méthodisme et Soranus. On y retrouve aussi ces cataplasmes d’excréments tirés du ventre d’une chèvre dont parle Arétée. Enfin un certain nombre de formules sans intérêt portent divers noms qu’on ne lit pas dans Aétius, la dernière par exemple qui est attribuée à Lépldianus et concerne un antidote à prendre toute l’année, antidote composé de germandrée, d’aristoloche ronde, de gentiane et de rue • sauvage. Photius du reste dit qu’Aétius avait emprunté les éléments de son livre, non seulement aux auteurs qu avait , dépouillés Oribase, mais encore à quelques autres (2).
Nous passerons rapidement sur la synopsis et sur les , euporistes. La synopsis a une importance historique assez • grande car elle a été l’un des livres où le moyen âge latin a i appris la médecine, mais le chapitre consacré a la podagre | et à l’arthrltis est d’une brièveté extrême; il comprend un*' résumé de la page de Galien qui a été reproduite tant de | j fois, puis l’énumération de queh[ues remèdes plus ou moins ^ sérieux, l’aristoloche à l’intérieur, a l’extérieur la farine de fèves, les cendres de chou, le bouillon de renard et quelques autres. Pour expliquer son laconisme, Oribase nous dit dans
(1) ( M']u> ros dOribiisp. 1. I\ . p. 5()i.
(a) l’iiuTus. l’iilrolo{;ic de Mignc. vol. lod. p. 7i<j.
L'nUMOniSME DE GALIEN
sa préface qu’il a travaillé pour les voyageurs et pour ceux qui ont appris complètement la médecine dans des traités volumineux et n’ont besoin que d’un simple memento (i).
Les euporistes, en ce qui concerne la goutte, ne sont qu’une nouvelle version de la synopsis, version plus sommaire encore. Les euporistes sont adressés aux phifiatres qui, en cas d’urgence et en l’absence d’un médecin, veulent pouvoir traiter convenablement eux-mêmes et leurs amis (2). On ne s’arrêterait pas à cet opuscule sans valeur médicale, non plus qu’à la synopsis, si Orlbase n’était l’auteur de la grande collection.
I 11 est une autre raison de ne pas dédaigner Oribase : il est le dernier représentant de la médecine païenne. Sa mort, survenue au voisinage du partage de l’empire, ferme une période de l’histoire médicale, comme l’année Sgô (3) une période de l’histoire générale. Jusqu’à ce moment la médecine a été grecque d’idiome et de pensée, désormais il y aura deux médecines comme il y aura deux empires, celle de l’Orient grec ou arabe, celle de l’Occident latin. Elles ne différeront pas moins l’une de l’autre par l’inspiration que par la langue. Il semble que Galien et Soranus se soient eux aussi partagé le monde.
(i) Œuvres d’Oribasc, t. V, p. i.
(3) Ibid., p. 56o.
(3) En réalité, pour la médecine comme pour l’empire, la division date de la mort de Galien en 3G3 et de l’avènement de Valentinien et de Valens en 364, abstraction faite du court règne de Jovien.