LA GOUTTE EN OCCIDENT.— L' ÉCOLE AFRICAINE
<les pilules laxatiA^es la paresse des intestins. Je vous envoie donc 90 de ces pilules. Du reste croyez bien que tout ce que j'ai vous appartient. »
Dans une autre lettre écrite au même Adalberon par Hildegaire (i), celui-ci lui annonce, au nom de Fulbert dont il est le secrétaire, l’envoi d’une potion leva et lui donne des renseignements minutieux sur la manière de prendre cette potion purgative et d’en favoriser les effets.
Nous ne savons de quelle maladie était atteint le client occasionnel de Fulbert; ce pouvait être de la goutte : l’hiera purgative, l’antidote diatessaron étaient des médications classiques de la podagre. La potion leva d’IIildegaire, les potions de Galien de Fulbert représentent sans aucun doute \hieva picra de Galien, la potion purgative à l’aloès; le cabaret (asarum europæiim) était un agent émétique fort usité avant que l’on connût l’ipéca. Quant à la thériaque diatessaron, c’est le vieil antidote de Quintus, composé de gentiane, d’aristoloche, de myrrhe et de baies de laurier. Ce remède était connu depuis longtemps sous ce nom de thériaque; il avait été employé à défaut de la véritable thériaque, celle d’Andromaque, contre la morsure des bêtes venimeuses. Cassius Félix dit, en parlant des piqûres de scorpion : etiani et theriacam diatessaron in potione dahis (2). »
Cette expression resta; on la trouve encore dans les pharmacopées du xvii“ siècle. Charas et Lémery (3) disent que la thériaque diatessaron est appelée thériaque des pauvres parce qu’elle « se fait en peu de temps et à peu de frais et qu’elle convient particulièrement aux pauvres. » Le mot de thériaque avait du reste depuis longtemps une acception plus large, il ne voulait pas seulement dire un dompte-venin,
(1) Ibid., col. 2Ü6.
(2) Cassius Félix. Ed. Rose, p. 168.
(3) Cites par J. Bernhard. La TKériacpie, i8y3, p. 72.
Un glossaire, un aljiliila, publié par de Unazi dans la collection salernitaine, dit ; ail, tbériacjuc des paysans.
mais s’appliquait à tous les remèdes qu’on croyait héroïques, à tous les spécifiques.
Avant de quitter l’histoire de notre manuscrit 1 02.33, nous relèverons encore une particularité qui trahit son origine byzantine ; c’est l’importance donnée ii la podagre. Cette prépondérance que nous avons notée dans les œuvres d’Aétius et d’Alexandre de Tralles se retrouve ici plus évidente encore. 11 semble qu’on ait affaire à un livre écrit spécialement pour un goutteux. Il n’en est rien cependant, car on remarque ce même défaut de proportion dans un grand nombre de manuscrits ; il existe notamment dans le manuscrit q332 qui était jadis à Chartres, comme le précédent, et contient en grande partie les mêmes additions à la synopsis; il est plus accusé encore dans le manuscrit de Laon, /|24, qui contient, à la suite du IX® livre de la synopsis, une longue liste de médications antigoutteuses que nous avons déjà signalées.
Au contraire, dans les livres de l’Ecole africaine et dans les manuscrits qui en relèvent, la goutte est réduite à sa juste part. Il y a, sous cet aspect, un contraste absolu entre les deux littératures, celle qui vient de l’Orient par voie de simple traduction et celle qui a subi un remaniement, une refonte, avant de revêtir la forme latine.
A côté de l’Exarchat grec de Ravennc, vivaient les Lombards qui ont laissé, eux aussi, une réputation de tolérance et de culture relatives. Dans Pavie, leur capitale, dans d’autres villes encore de leur royaume, les lettres étalent en honneur : il y avait des écoles publiques où des grammairiens et des philosophes enseignaient les arts profanes et parmi eux la médecine. Malheureusement, le seul document médical qui nous soit resté de ce pays et de ce temps, c est le poème de Bencdictus Crispus qui devait être archevêque de Milan de 688 à 726. Cet ouvrage n’est (pi’un exercice d’écolier, renouvelé de Serenus Samonicus ; les vers consacrés a la goutte n’ont rien qui mérite l’altcntion ni dans leur forme