LA GOUTTE EN OCCIDENT.— L' ÉCOLE AFRICAI NE
ment le début du chapitre de la podagre, sans nommer d’ailleurs personne. Mais c’est là un fait isolé. Le manuscrit de Laon, postérieur à celui dont nous parlons est plus grec encore, s’il se peut : il mentionne une foule de recettes et, détail caractéristique, un certain nombre de remèdes à l’hermodacte : celui-ci par exemple, dû à Théodoret : « hermodacte i/| siliques, cumin, gingembre, de chaque, 4 siliques, en une dose» ; un autre, dont il est dit : « purgatif éprouvé qui agit admirablement, enlève les douleurs et rend la santé immédiatement » ; enfin, une poudre à l’hermodacte due à l’archiatre Theophanes.
Comment et à quelle époque notre précieux manuscrit futil porté à Chartres ? La question n’est pas dépourvue d’intérêt. S’il était prouvé que ce manuscrit du viC siècle, que le manuscrit gSSa qui est du ix® siècle et qui contient, avec la synopsis, le traité de médecine d’Ale.xandre de Tralles et la matière médicale de Dloscoride, et qui a appartenu également au chapitre de Chartres, que d’autres encore, conservés dans la même ville, y sont parvenus peu de temps après leur rédaction, on serait amené à attribuer aux clercs de Chartres des connaissances médicales beaucoup plus étendues que n’étalent les leurs en réalité ii).
Les manuscrits dont nous parlons ont été peut-être rapportés d’Italie par Fulbert, qui fut évêque en 1006, mais on a la preuve qu’ils n’étaient pas à Chartres auparavant.
Dans les dernières années du x® siècle, le moine Richer(2), élève de Gerbert, se rend à Chartres, auprès d’Hérlbrand « homme plein de science et de bonté », pour y compléter quelques notions médicales qu’il tient de son maître. 11 sait qu’il trouvera l;i les aphorismes d’Hippocrate. 11 les
(1) M. l ahl)(! Clerval, aiilcur d'un livre sur les Écoles de Cliarlrcs au moyen âge, du v« au xvi" siècle, n a pas évité celle méprise. Nous roclifions ilans les pages suivantes d autres erreurs |)orlant sur les noms propres, sur le nom des [>lanles et sur (pielques autres points.
(2) ItiimEii. Liv. IV, ;-)o. Palrologic. Rome, i38. col. nîtî-i.'i^.
l.A GOUTTE ET LE li II U M AT I S M E
lit, en ellet, mais il n’y puise que des indications pronostiques sur les maladies, et comme cette connaissance purement théorique ne lui suffit pas, il demande à lire le livre intitulé : Concordance d’ Hippocrate, de Galien et de Soranits. liérihrand l’a et le lui prête, car il possède tout ce qui concerne la pratique, « toutes les ressources de la pharmacie, de la botanique et de la chirurgie. » Si l’évêque, si les moines de Chartres avaient eu dans leur bibliothèque la synopsis d’Orlbase ou le traité d’Alexandre, Richer n’eûl pas manqué de les lire et de nous les signaler.
Les mots Concordia Ypocratis, Galieni et Surani ne sauraient désigner la synopsis et encore moins le livre d’Alexandre de Tralles ; ils s’appliquent sans doute à un petit traité méthodique identique ou analogue à celui que contient le manuscrit 11218 et qui porte un titre bien voisin du précédent : Dogniida Epograiis et Galieni et Surani. On y lit peu de choses sur la goutte, quelques formules d’applications locales empruntées h Cælius (fol° i23'“).
En revanche, quelques années plus tard, Richer eût trouvé, auprès de Fulbert, un enseignement plus sérieux. Fulbert était originaire d’Italie, il y avait appris la médecine ; il l’aimait et ne cessa qu’à regret de la pratiquer après son élévation h l’épiscopat. Nous avons de lui quelques lettres curieuses h ce sujet. 11 écrit à l’évêque Adalberon de Laon, inquiet de la mauvaise santé de son ami Ebale (i) : cf Je vous envoie trois potions de Galien et autant de thériaques diatessaron ; vous trouverez facilement dans vos formulaires leur mode d’action, d’emploi et de conservation. Je vous envoie aussi le cabaret [vulgago) que vous m’avez demandé pour vous, bien qu’à votre âge je ne vous conseille pas d user d’un pareil vomitif, mais plutôt de celui-ci que 1 on peut renouveler sans danger : raiforts et oxymel ; ou encore, chose meilleure pour un vieillard, bornez-vous a secouer par
(1) Fui.hekt. Episl. IV. É(l. Mignc, col. Kjà-njO.