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LA GOUTTE ET LE RIIUMATISiME
course vers les jointures, une seconde fois en automne sous les Pléiades, avant que les premiers froids ne glacent le sang (i) ».
Quant aux agents de cette dépuration, c’étaient la plupart des espèces purgatives connues des anciens, c’était surtout, depuis le traité de Rufus, la coloquinte. Cette dernière fut la base de la première potion sacrée, de la fameuse qui, diversement modifiée par l’adjonction de quelques drogues nouvelles, resta le meilleur exemplaire des médecines évacuantes destinées à éliminer les humeurs nuisibles et en particulier les humeurs de la podagre. Quand on connut la colchique, celui-ci fut incorporé à son tour à des compositions analogues et fut donné, avec elles, à titre préventif, même dans l’intervalle des accès.
Restait une indication dernière : rendre h la partie du. corps que la goutte venait de frapper, rendre h l’organisme entier les forces dont la défaillance avait permis Passant et le triomphe passager delà maladie. Sur le premier point, on ne saurait concevoir la fei'tilité des ressources employées : frictions, onctions, emplâtres, bains, fumigations, applications de toutes sortes, jusqu’à un essai de traitement électrique par les secousses émanées d’une torpille vivante, tout a été prescrit et appliqué. Celse, Scrihonius 1, argus, Soranus, Alexandre de Tralles, d’autres encore, sans compter Lucien, nous ont laissé le catalogue interminable de ces pratiques et de ces médicaments.
Mais les anciens avalent une ambition plus haute : ils croyaient que l’hygiène et la thérapeutique associées pouvaient refaire à l’homme un corps nouveau; en modifier les tendances morbides, môme celles qu’il apporte en naissant et dont les causes échappent soit à la curiosité, soit a l’action du médecin. Cette métamorphose rêvée, c’était la métasyncrise des méthodiques qui prétendait changer en
(i) ItcFcs. (Mùivros. i> 3Ü5.
CONCEPTION ANTIQUE DE LA GOUTTE
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quehiues mois la structure intime cUi corps, les rapports et le jeu des éléments qui le constituent. Pour la réaliser, on appelait à son aide tout ce qui pouvait agir sur l’économie entière, tout ce qui pouvait, à travers la peau, atteindre les régions centrales où se règlent les conditions de vie propres h chacun. On faisait des frictions générales pour maintenir les pores béants, on donnait des bains généraux, simples ou médicamenteux, on envoyait aux eaux thermales; on irritait la peau par toutes sortes d’interventions dont la plus vantée et la plus pénible était le dropax, emplâtre de poix qu’on appliquait surtout le long de la colonne vertébrale; on exposait le corps nu h la lumière du soleil, à la flamme d’un foyer, on le plongeait dans le sable chaud du rivage, on cherchait à y faire pénétrer un peu de cette chaleur, de cette force, de cette vie éparse, de ce pneuma enfin dont nous attirons quelque chose avec l’air que nous respirons. Effort inutile: il aurait fallu, selon le mot de Sydenham, remettre le goutteux sur l’enclume et le reforger à nouveau.
Enfin il n’eût pas suffi que le corps fût sain et en état de ferme résistance, si les organes supérieurs, chargés de donner une direction unique, et comme une âme, à la défense étalent restés faibles et chancelants. Les anciens n’ont pas négligé les causes morales de la goutte, et des maladies qui lui sont apparentées ; ils ont noté les soucis, les veilles, l’insomnie, toutes les fatigues de l’esprit et toutes les passions de l’iime avec les excès et les fautes qui en sont la suite nécessaire. Aussi leur suprême conseil était-il de fuir toutes les affections violentes, et l’ambition, et la haine et l’amour.
Soumise aux lois que nous venons de rappeler, docile aux règles de conduite qu’elles impliquaient, la médecine ancienne a fait pour la goutte plus et mieux que pour toute autre maladie ; elle en a connu les origines lointaines, les causes, la marche, les retours et le terme dernier ; elle en a défini avee une justesse admirable le traitement et la pro-
pliylaxie. Et pourtant elle n’a pu en arrêter, en ralentir les progrès; et la goutte était dite partout « la honte des médecins ». C’est rpie la médecine s’adresse à l’individu seul et que, pour anéantir à jamais la goutte, il faudrait remettre sur l’enclume non le goutteux lui-même mais la société qui lui impose un régime vicieux. .lacqncs Psychriste, apportant aux Byzantins le colchique d’automne, ne diminua pas d’une tête le nombre des goutteux qui peuplaient la ville impériale, au dire des historiens. Mais aussi, à ce que rapporte Alexandre, il avait trouvé ses concitoyens « envahis par la passion des affaires, par l’amour de l’argent, passant leur vie entière dans les soucis de l’àme et dans les préoccupations de l’esprit (i). » Un tel milieu, où qu’on le rencontre, sera toujours le berceau prédestiné des affections que nous groupons sous l’étiquette d’affections arthritiques et dont la goutte est le prototype consacré. La médecine sera toujours impuissante h en prévenir la genèse, car elle ne pourrait, sans sortir de son domaine, remontera la source d’un mal qui se rattache aux conditions mêmes, les unes favorables, les autres fâcheuses, que l’eflort continu vers une culture plus haute fait à notre société.
(i) Alexandre de Tkai.les, liv. V, cli. iv, p.