DES ANIMAUX
Expériences faites sur des oiseaux et des reptiles par Galvani, M. Zaleski et autres observateurs. — Les résultats qu'elles donnent au sujet du lieu de formation de l'acide urique. — État actuel de la question. — Peu de valeur de la ligature des uretères exécutée jusqu'ici chez les oiseaux, etc., pour expliquer la goutte humaine. — Mes expériences personnelles sur des coqs consistant, soit dans la ligature des uretères, soit dans la destruction du parenchyme rénal par l'injection sous-cutanée de petites doses de chromate neutre de potasse. En produisant, à l'aide de ces expériences, une stagnation de l'urine renfermant presque uniquement de l'acide ui'ique, l'on peut ci'éer, par voie expérimentale, dans différents tissus et organes de ces animaux, des foyers parfaitement analogues aux foyers goutteux de l'homme, par exemple, dans le foie et le cœur, parfois aussi dans les reins. On ne réussit, pour ce dernier organe, que lorsque le tissu rénal a été lésé dans sa nutrition par les sels chromiques. — La rétention d'urine produite par la ligature de l'uretère ne détermine pas de foyers goutteux dans les reins. Il en résulte que les différents organes résistent, différemment les uns des autres , à la stagnation de l'acide urique.
Je passe maintenant aux résultats qu'a donnés la pathologie expérimentale au sujet de la production des dépôts d'urate dans l'organisme des animaux. On a choisi naturellement, pour ces expériences, les catégories d'animaux (oiseaux et amphibies) qui fournissent le plus d'acide urique.
Des expériences de ce genre ont été faites par un grand nombre d'observateurs dans des buts très différents, récemment surtout, pour étudier, dans l'organisme, l'endroit où se forme l'acide urique. Je les mentionnerai brièvement avant de citer mes propres expériences, parce qu'elles ont, pour ce qui nous occupe, une assez grande importance.
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En 176C), Galvani, voulant étudier la structure des reins au moyen d'un nouveau procédé d'injection, mais sans se rendre compte de la valeur physiologique de l'expérience, avait lié chez la poule, du côté dorsal et sans ouvrir le ventre, les deux conduits urinaires, et conservé ces animaux en vie pendant quelques jours; ces expériences furent tout récemment réprises, à un autre point de vue, par M. Zaleski: il alla, chercher et lia les uretères dans la cavité abdominale. Des tentatives semblables et dans le même sens, furent faites ultérieurement, par MM. Ghrzonsczewski , Pawlinoff, V. Schrôder et Colasanti. Pour la ligature des uretères MM. Zaleski et V. Schrôder ont opéré sur des poulets et des serpents ; MM. Ghrzonscz;ewski et Colasanti sur des gallinacés; M. Pawlinoff sur des pigeons et des couleuvres. M. Pawlinoff et avant lui M. Zaleski, ont pratiqué sur des poulets ou des pigeons, outre la ligature des canaux urinaires, l'extirpation des reins.
V. Schrôder a également pratiqué l'extraction des reins sur des serpents et des poulets et éliminé les fonctions des reins par l'obturation de l'aorte et de la veine cave, et M. Pawlinoff nous apprend qu'il a pratiqué la ligature des vaisseaux du rein.
Toutes ces expériences faites dans le but de rechercher la part des reins dans la formation de l'acide urique, donnèrent des résultats absolument concordants en ce sens qu'elles démontrèrent l'existence, dans nombre d'organes, de dépôts de sels uriques, découverte que Galvani déjà, parlant des poulets dont il avait lié les uretères, expose en ces termes bien frappants : « Ejus cadavere dissecto, alba terrestris materia conspicitur, quse omnes ferme partes coinquinat, atque membranas potissimum, inter quas prsesertim pericardium, quod gypseum evasisse videtur atque extima hepatis membrana. Renés vix a naturali magnitudine recedunt, at lobos praeseferunt alba materia repletos, quam non est dubitandum urinse fuisse crassiorem, solidioremque partem. »
Les explorateurs récents ont ajouté à cela maints détails. Ainsi M . Zaleski a constaté dans les articulations, principalement dans les
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plus grandes et chez les animaux avancés en âge, des dépôts d'urates très abondants et, de plus, il nous apprend qu'il a trouvé des urates en quantités variables, mais sous forme amorphe, non seulement à la surface, mais encore dans le parenchyme du foie, dans les poumons, dans le cœur et dans quelques autres organes et, cela, après une durée de vie plus ou moins grande; pourtant le foie n'en a présenté que très rarement. Les résultats indiqués par M. Zaleski sur ce sujet seront bientôt discutés de près, d'autant plus que mes expériences m'ont donné des résultats absolument différents.
Ces observateurs n'ont pu atteindre leur but spécial qui était de déterminer le lieu de formation de l'acide urique. Ils n'ont pu constater qu'un seul fait, c'est que l'opinion de M. Zaleski, attribuant aux reins la production de l'acide urique, était erronée. Les reins sont par leur nature intime, l'organe de filtration de cet acide; mais ils ne peuvent pas être considérés comme les organes de son élaboration à plus juste litre que nombre d'autres organes auxquels on a attribué ce pouvoir.
Ils peuvent contribuer à la formation de l'acide urique, mais ils ne sont certainement pas son unique lieu d'origine. Les expériences de M. V. Schrôder nous ont appris que l'on peut enlever les reins à des poulets et à des serpents, entraver complètement l'activité de ces organes, en liant l'aorte et la veine cave à des poulets, sans empêcher que, sans le secours des reins, il ne continue toujours à se former de l'acide urique en notable quantité. Ensuite M. V. Schrôder, s'appuyant sur une série de faits physiologiques et pathologiques, a nié pour d'autres espèces animales, bien que sous certaines réserves, la production de l'acide urique par les reins. La question de savoir où se produit l'acide urique est encore un mystère, ce que nous devons déplorer dans l'intérêt de la théorie de la goutte. Esquissons néanmoins l'état actuel de nos connaissances à ce sujet.
Pour M. Meissner le foie produit, à l'état normal, chez la poule,
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l'acicle urique, et le sang conduit cette substance du foie aux reins. Mais M. Meissner remarque, expressément, à ce sujet, que d'autres organes aussi, tels que la rate et la substance nerveuse, contribuent à la production de cet acide. En ce qui regarde la formation de l'acide urique dans le foie, M. Meissner s'appuie sur l'existence des quantités considérables d'acide urique toujours constatées par lui dans cet organe chez les gallinacés, et avec d'autres explorateurs, dans le foie de divers mammifères, bien qu'en quantité moindre que dans celui des oiseaux. Malheureusement on n'a pas réussi, jusqu'ici, à établir positivement le rôle du foie dans la production de l'acide urique, en éliminant la fonction de cet organe, comme cela a été possible pour les reins des oiseaux et des amphibies.
Ranke croyait pouvoir conclure de ses expériences que la rate était le principal lieu de production de Tacide urique. On n'a pas encore démontré dans quelle mesure le fait est exact. Toutefois M. Meissner, comme nous l'avons dit, a déjà insisté sur cette question de la participation de la rate à la production de l'acide urique. Cette formation ne semble pas être le privilège d'un seul organe; M. v. Schrôder et, à sa ^ite, nombre d'observateurs plus récents contestent nettement, en effet, que le développement de cet acide ait lieu exclusivement dans un seul organe. Pour finir, je dois encore mentionner ici une autre hypothèse que plusieurs explorateurs ont lancée, à ce qu'il paraît, indépendamment les uns des autres et en s'appuyant sur des principes divers. Dans cette hypothèse le lieu de production de l'acide urique serait le tissu conjonctif. Comme on sait cjue ce tissu ne manque absolument dans aucun organe, le foyer où s'élaborerait l'acide urique se trouverait dispersé dans toute l'économie. Tout récemment, si je ne me trompe, Ch. Robin a précisé cette idée qu'il a constamment soutenue. M. Charcot nous rapporte une communication orale de Robin à ce sujet, d'après laquelle le tissu fibreux normal contient de l'acide urique et l'état pathologique n'est autre chose qu'une exagération
de ce qui existe déjà à l'état normal. A ce fait ( himique, Chrzonsczewski, sans avoir connaissance de l'indication de Robin, ajouta un fait d'expérimentation histologique qui paraît devoir confirmer que les corpuscules du tissu conjonctif ont le pouvoir de faire de l'acide urique. En recherchant l'origine des vaisseaux lymphatiques, pour mettre en évidence leur relation avec les canalicules à suc (Saftkanalchen) du tissu conjonctif. M. Ghrzonsczewski lia les canaux urinifères de poulets qu'il tua au bout d'un temps plus ou moins long. Dans la phase première du processus, il constata, en examinant la membrane séreuse du péritoine après l'avoir étendue toute fraîche et sans autre préparation dans la glycérine pour éviter la dissolution et la décomposition des sels uriques, l'agglomération de sels uriques, en fins nodules, dans les cellules du tissu conjonctif, c'est-à-dire dans les noyaux, autour des noyaux, dans les cellules elles-mêmes et dans les prolongements cellulaires anastomosés ensemble. En revanche, les vaisseaux lymphatiques n'étaient remplis de dépôts uriques, ni dans la partie du péritoine qui recouvre le tube intestinal, ni dans celle qui se prolonge audessus des reins. M. Ghrzonsczewski conclut de ces expériences tout récemment corroborées par M. Golasanti, que l'acide urique prend naissance dans le tissu conjonctif et qu'il est emporté de là par les vaisseaux lymphatiques. Toutefois, bien que la chimie puisse constater la présence de l'acide urique dans le tissu fibreux normal et bien que les granulations décrites par M. Ghrzonscze^Yski soient réellement des dépôts d'acide urique ou de ses combinaisons dans les cellules du tissu conjonctif ou, d'abord, dans leurs noyaux, il n'en résulte cependant pas qu'il se forme de l'acide urique dans le tissu conjonctif et dans ses éléments cellulaires. Bartels caractérise de la manière la plus logique et la plus exacte, en s'appuyant sur des recherches pathologiques, le rôle du tissu conjonctif pour la production de l'acide urique. On a souvent rapporté sa manière de voir d'une façon inexacte : voilà pourquoi je la cite textuellement. Bartels dit: En admettant que l'on puisse regarder, en général.
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« certains tissus comme les endroits du corps humain où se forme « l'acide uric[ue, ce seront probablement ceux dans lesquels s'efFec- « tuent, avec la moins grande énergie, les transformations de la (( matière et, par suite, l'oxydation ; par conséquent les tissus carti- « lagineux et fibreux dans lesquels, vu le manque de vaisseaux sauce guins ou leur distribution défectueuse avec de grands intervalles « entre les capillaires, le liquide nutritif se renouvelle de la manière (( la plus lente. C'est dans ces tissus que se forment avec l'accumu- « lation pathologique de l'acide urique dans le sang, surtout dans « la goutte, les dépôts d'urates. Cela ne signifie nullement que ces « substances doivent aussi naître dans ces tissus ; mais les conditions (( de leur séparation de la lymphe interstitielle, qui les apporte au (( sortir du sang, sont ici plus favorables que dans la plupart des « autres, précisément parce que le mouveuient de ce liquide dans « les cartilages et dans les tissus fibreux doit nécessairement être « très ralenti. »
Je me range parfaitement de l'avis de Bartels et j'y reviendrai dans la dernière partie de ce livre où je m'occuperai de la pathogénèse du processus goutteux chez l'homme et des conditions de son développement. A ce propos, j'accentuerai la part qu'il faut attribuer, dans la goutte humaine, aux altérations de la substance musculaire dues possiblement à la formation de l'acide urique dans les muscles mêmes. Essayons maintenant d'apprécier les faits qui ont été constatés au profit de la question de la goutte, dans les nombreuses expériences entreprises en vue d'amener des accumulations d'acide urique dans l'organisme des animaux, dont l'urine se compose principalement de cet acide. Or toutes ces expériences relatives à l'étude des altérations anatomiques dans l'arthritis uratica de l'homme, telles que je les ai exposées dans mon deuxième chapitre, n'ont aucune valeur. S'il en résulte, il est vrai, que les phénomènes morbides à produire, par voie expérimentale, chez les oiseaux etc., ont certaines analogies avec la goutte de l'homme, des dépôts d'urate ayant lieu de part
el d'autre; mais j'émettrais, d'après l'idée que j'ai conçue des modifications anatomiques et typiques produites, chez l'homme, par l'arthritis uratica , des exigences bien dilTérentes relativement au résultat de ces recherches, avant d'admettre que, chez certaines classes d'animaux, on peut provoquer expérimentalement des processus morbides ayant, au point de vue anatomique, quelque parenté avec les phénomènes de la goutte chez l'homme. Je ne voudrais donc pas seulement: i'' que par voie expérimentale on provoquât, chez les animaux, des dépôts d'acide urique dans les tissus et dans les organes; mais aussi 2<* que l'on pût trouver des nécroses de tissus aux endroits où sont les dépôts d'urates cristallisés; 3° qu'il se développât consécutivement dans l'entourage des foyers goutteux produits par voie expérimentale, une inflammation réactive plus ou moins étendue.
Après avoir pris ce point de départ, j'ai fait une série d'expériences, toutes sur des coqs. Tous ces animaux, un seul excepté sur l'histoire duquel j'aurai soin de revenir, ne furent pas, une fois achetés, immédiatement soumis à des expériences, mais nourris préalablement d'orge pendant plusieurs jours.
Je puis m'abstenir de la publication des protocoles détaillés de mes expériences, dont le nombre a été assez grand pour exclure les hasards qui pourraient mettre en doute les résultats acquis. Les méthodes que j'ai employées peuvent être divisées en deux catégories : 1" les conduits urinaires furent liés, tantôt d'après la méthode de Galvani , tantôt -par la voie abdominale. Mon collègue M. Marmé a eu la bonté d'effectuer, sur ma demande, toutes les ligatures de l'uretère et je lui adresse ici mes meilleurs remercîmeuts. Les coqs supportèrent, pendant vingt-quatre heures au plus, la ligature des deux uretères qui fut toujours faite avec des précautions antiseptiques. Par contre, la ligature d'un uretère n'amena pas d'accidents sérieux si ce n'est, que pendant les dix premières heures environ, l'animal était plus abattu, mangeait moins et il n'y eut pas d'évacuation par le rectum. Lorsque, quinze jours plus lard.
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l'aiUre uretère eut été aussi lié, la mort s'ensuivit, à peu près vingtquatre heures plus tard. L'autopsie montra une hypertrophie du rein dont l'uretère avait été lié le dernier et qui avait fonctionné seul pendant quinze jours. Ce rein avait bien grossi du double de son volume normal. Dans le rein dont l'uretère avait été lié depuis quinze jours, on ne pouvait constater de stagnation urinaire. 2" Les coqs reçurent, par injection sous-cutanée, du chromate neutre de potasse, dans le but d'empêcher ou de supprimer tout a fait, en mortifiant la parenchyme rénal, le passage de l'acide urique à travers le rein malade et de provoquer ainsi l'accumulation des urates dans différents organes. L'effet attendu se manifesta de la manière la plus évidente. Pour l'obtenir au degré élevé, dont je parlerai plus loin, il importe de ne faire agir que lentement et progressivement le sel chromique. Tandis que des coqs périssent rapidement par l'injection sous-cutanée de doses de 0,06 centigrammes, on peut quelquefois les conserver pendant des semaines avec des doses de 0,02 centigrammes, surtout si on laisse ces animaux se reposer pendant quelques jours dès qu'ils manifestent de la somnolence et si l'on ne renouvelle les injections qu'après qu'ils se sont remis un peu. C'est ainsi que j'ai conservé un coq pendant cinq semaines, espace de temps où je lui fis vingt et une injections sous-cutanées, chaque fois avec 2 centigrammes de chromate neutre de potasse. Plus l'issue funeste avec les symptômes comateux tarde à se produire, plus les modifications organiques qu'il s'agit de décrire se présentent d'une manière typique. Les coqs périrent toujours pendant que l'excrétion urinaire se faisait encore. Dans le cloaque, on trouva amoncelées des masses semblables à du mortier, présentant la réaction de la murexide caractéristique, et dans les uretères, ainsi que dans les petits canaux urinaires, on put constater la présence de l'acide urique, en plus ou moins grande quantité, sous la forme connue des globules urinaires. Je ne puis, pour l'instant, affirmer que les sels chromiques agissent sur l'accumulation de l'acide urique dans l'organisme des animaux soumis à l'expérimen-
talion, autrement que par le trouble apporté à l'activité de l'appareil excréteur rénal, peut-être par une augmentation correspondante de la production de l'acide urique. Les animaux qui ont subi ces injections, maigrissent rapidement et plus, ce semble, que ne le comporterait la diminution de leur alimentation. On remarque d'assez bonne heure la diminution de leur appétit. En tous cas, l'on peut alïirmer qu'abstraction faite de l'action vénéneuse des sels chromiques sur les reins et de la sécrétion simultanée d'urates cristallisés dans ces glandes il se produit, lors de l'injection souscutanée de petites doses de chromate neutre de potasse, des altérations anatomiques toutes semblables à celles qui ont lieu après la ligature des deux uretères chez les coqs. C'est seulement à la survie prolongée des coqs, ainsi traités par les sels chromiques, qu'il faut, ce semble, attribuer les modifications souvent considérables et plus grandes que ce n'est ordinairement le cas après la ligature des uretères. J'ai vu surtout l'accumulation des urates dans les articulations, même dans les petites, ainsi que dans les gaines des tendons, après des injections d'acide chromique, se produire en quantité surprenante. Après la ligature des conduits urinaires, je ne les vis que dans les plus grandes articulations et, là même, d'une façon moins prononcée qu'à la suite de l'injection sous-cutanée du chromate neutre de potasse.
Je n'ai pas besoin, maintenant, d'insister sur les faits de grosse anatomie que mes expériences ont mis au jour. Il n'y a presque rien à ajouter à la liste des découvertes faites par Galvani à propos de la ligature des conduits urinaires et complétées par M. Zaleski et autres pour certains petits détails (voir plus haut, p. 63). La donnée essentielle, c'est que les dépôts d'urates se présentent en quantités différentes et naissent en divers tissus et organes des animaux opérés d'une manière ou de l'autre. Par contre, en étudiant de plus près les organes dans lesquels on a trouvé des dépôts d'urates , j'ai obtenu des résultats tout à fait différents de ceux de Zaleski. Je m'étonne que cet auteur n'ait
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pu trouver les dépôts d'urates que sur les séreuses et, cela, sous forme cristalline. Je remarquai que ces dépô(;s de forme cristalline et biréfringente se présentaient partout, même dans les points oîi les cristaux n'apparaissaient pas très nettement, soit qu'ils se présentassent en masse trop compacte, soit qu'ils fussent associés à des dépôts punctiformes. C'est, au reste, une question sur laquelle je reviendrai. De plus, dans le parenchyme des organes, comme nous le verrons bientôt, on pouvait, sans peine, admirer les cristaux d'urate dans tout leur développement et toute leur élégance.
Mon attention se porta ensuite d'une manière spéciale sur le foie. M. Meissner découvrit dans le foie normal d'une poule de si grandes quantités d'acide urique que l'on fut tout disposé à rechercher si, par suite de la stase de la sécrétion rénale, le foie ne devenait pas, lui aussi, plus riche en acide urique. L'exactitude de cette hypothèse fut plus d'une fois constatée, malgré l'assertion de Zaleski, qui prétend n'avoir trouvé l'acide urique que rarement et sous forme de dépôts amorphes. Dans mes recherches patholologiques, une altération parfaitement typique du foie était presque constante, bien que plus ou moins intense. Ces différences sont en rapport direct avec l'intensité des autres dépôts uratiques. Ceux-ci étaient développés le plus dans le foie, à côté de ceux du péritoine et du péricarde. Le protocole de l'analyse anatomique d'un foie qui offrait d'une manière particulièrement nette les altérations caractéristiques, peut trouver ici sa place en paradigme. On trouvait sur la surface de section de l'organe qui paraissait appartenir à un foie normal de coq, une série de foyers strictement délimités, en apparence, de la dimension d'un grain de sable, d'un grain de chanvre à une tête d'épingle et d'une couleur gris blanchâtre. Sur des coupes fines, faites après durcissement dans de l'alcool absolu et colorées par l'aniline, ces foyers attiraient immédiatement l'attention par leur faible coloration. En même temps, l'on pouvait se convaincre de la présence de foyers déjà visibles microscopiquement, ainsi que de beaucoup de foyers plus petits, visibles seulement au microscope.
J'ai souvent examiné des foies dans lesquels ces foyers ne devenaient visibles, en général, qu'à l'aide du microscope. Ajoutons, d'ailleurs, que ces foyers pouvaient aisément être observés sur les coupes faites avec le couteau double à travers le foie frais. Dans le cas qui sert de base à cette description, les foyers n'étaient pas, comme cela est très ordinaire, répartis uniformément: on en trouvait souvent, dans une préparation, de 8 à 10 ; plus souvent moins, de 1 à 2 ; parfois on n'en découvrait aucun. Mais, à tout prendre, le nombre en était considérable. J'en ai fait esquisser un, figure 25. En général, ces foyers ont une forme ronde, quelquefois ovale et contiennent, fait qui surprend tout d'abord, une masse composée de cristaux aciculaires très fins, masse plus ou moins abondante et partiellement disposée en amas (a) . Ces cristaux ne se trouvent pas toujours exactement au centre de ces foyers, mais ils en occupent généralement la région moyenne. Ces masses cristallines se composent d'urates comme leur apparence permet déjà de le conjecturer. Car si l'on fait macérer ces préparations dans de l'eau tiède on obtient, en acidulant cet extrait aqueux de foie avec un peu d'acide chlorhydrique , les cristaux d'acide urique très caractéristiques dessinés figure 3, /j. et 5, qui présentent, en outre, la réaction de la murexide propre à lever tous les doutes. Après que, par macération dans de l'eau tiède, tous les dépôts d'urates cristallisés sont dissous, l'on voit à leur place le tissu hépatique profondément altéré qui, d'ailleurs, occupait toujours plus d'espace qu'eux. Je ne me souviens pas d'un seul cas dans lequel les cristaux d'urate aient envahi tout le foyer. Le tissu hépatique modifié se distingue très nettement, en général, du tissu ambiant resté normal. Tout le foyer paraît, abstraction faite des urates , composé d'une masse complètement ou presque complètement amorphe et a perdu sa structure lobulaire. On ne trouve aucune trace du tissu hépatique typique et, dans l'étendue de ces foyers, on ne peut plus distinguer les cellules hépatiques. On y voit quantité de noyaux, les uns colorés, les autres incolores. Comparés aux noyaux nor-
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maux des cellules hépaliqiics du coq, ils paraissent être d'une [)elitesse remarquable. En dehors de ces noyaiiK, on observe en outre, dans les loyers, une série de petits grains colorés d'une teinte très foncée et disséminés çà et là, qui, par leurs dimensions, par leur aspect et leur avidité pour les matières tinctoriales, présentent une certaine ressemblance avec les corpuscules nucléaires des cellules hépatiques normales. Je n'entends nullement dire par là ni affirmer qu'il s'agit des corpuscules nucléaires persistants. A la périphérie de ces foyers composés d'un tissu hépatique modifié et d'urates cristallisés dans lesquels on ne pouvait plus discerner les cellules hépatiques, on trouvait souvent des infiltrations de petites cellules (fîg. 25 c). Celles-ci occupaient toujours, comme l'indique la figure, une étendue limitée et se trouvaient, de préférence, dans l'entourage immédiat des grands foyers. On trouve aussi, dans le foie, des foyers sans dépôts d'urates cristallisés ; à ce propos, je remarque expressément qu'on a soigneusement évité, dans la préparation, toutes les sources d'erreurs que j'ai signalées en parlant des altérations goutteuses des reins de l'homme (voir plus haut la page 18). J'ai précisément sous les yeux, en ce moment, une semblable préparation colorée par le violet de gentiane, dans laquelle, à côté de ces foyers hépatiques constitués par les plus beaux cristaux, il en existe d'autres qui en sont dépourvus. L'on peut faire deux hypothèses à ce sujet : ou les sections atteignent des foyers oii ne se trouve aucun des dépôts cristallisés que nous savons n'exister que sur certains points limités, ou ce sont des foyers dans lesquels le trouble fonctionnel de nutrition du parenchyme ne s'est pas encore développé jusqu'au point nécessaire pour amener une précipitation des urates à l'état cristallin. Ces deux possibilités peuvent se rencontrer et agir de concert. C'est en faveur de la dernière hypothèse que plaide cette circonstance que, précisément aux points du foyer oii des dépôts d'urates sont visibles, le trouble fonctionnel trophique du tissu est encore plus avancé
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qu'à la périphérie des foyers où ces dépôts manquent. Bien que la délimitation des foyers à l'égard du tissu ambiant resté sain, soit très nette et très tranchée, on aperçoit néanmoins, à leur périphérie, encore plus de noyaux et de granules que dans les parties centrales où, à la place du lobule du foie, on ne trouve qu'une substance dépourvue de structure ou, tout au moins, très pauvre en éléments organisés.
Ainsi se développent, en nombre varié, les foyers dans le foie des animaux examinés, soit que l'on ait lié les uretères, soit qu'on leur ait injecté sous la peau des sels de chrome, suivant la méthode décrite, et je n'ai jamais vu manquer complètement cet aspect du foie si caractéristique, si ce n'est dans un cas où j'ai constaté , en revanche , une autre transformation que je vais brièvement indiquer ici parce qu'elle offrira peut-être un point de départ pour une série d'examens ultérieurs.
Un coq bien portant en apparence était l'objet de l'expérience dont il s'agit et, contrairement à ce qui avait lieu d'ordinaire, il n'avait pas été préalablement nourri d'orge durant quelques jours. Le 21 août 1881 les deux uretères furent liés près du cloaque. On ne remarquait aucun fait extraordinaire. L'animal succomba, au bout de 21 heures, à des attaques comateuses, après avoir atteint la durée moyenne de survie à cette opération. A l'autopsie, on remarqua que les dépôts d'acide urique étaient relativement rares sur le péritoine et le péricarde. La surface de section du foie présentait un tableau singulier montrant de petits points très abondants, brillants, jaunes d'or ou bruns, au plus de la grosseur de grains de millet. J'ai fait représenter, fig. 26, une préparation microscopique de ce foie. Cet organe avait été durci dans l'alcool. La préparation ici dessinée n'est pas colorée et est conservée dans le baume du Canada. A côté des masses brunes, sur la description desquelles je reviendrai tout à l'heure, il y a deux choses qui frappent, savoir: la dilatation considérable des vaisseaux (6) et l'atrophie du parenchyme hépatique lui-même (a). On sait
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qu'habitiiellemenl, chez les coqs, les lobules du foie se louchent de fort près les uns les autres: l'on ne peut plus, ici, les distinguer comme à l'ordinaire. La substance duToie se compose d'une masse plus ou moins granuleuse, dont la teinte varie du jaune au brunâtre, dans laquelle on ne voit encore que rarement un ou plusieurs noyaux, ordinairement très frustes. Cette substance pigmentée remplaçait le parenchyme hépatique normal ; de nature j)rotoplasmatique, comme l'indique la figure, abondante en plusieurs endroits (a'^) et clairsemée dans d'autres (a-), elle présente, en beaucoup de points, une dégénérescence évidente (a-'). Les grains bruns les plus grands, à teintes foncées, sont situés, en partie, dans la masse protoplasma tique et remplacent les cellules hépatiques (c*), mais, plus souvent, se groupent sous forme de gros dépôts que l'on peut déjà reconnaître a l'œil nu et qui ne se modifient pas quand on fait macérer les sections dans de l'eau tiède même alcalinisée ou faiblement acidifiée par l'acide chlorhydrique. Ils ne sont pas solubles dans les alcalis, et le traitement des préparations par les acides n'amène pas de cristallisation d'acide urique. Par contre, ce foie renfermait des urates qui, à vrai dire, n'étaient pas cristallisés. En elFet, si l'on ajoutait un peu d'acide chlorhydrique à l'extrait aqueux de ces coupes, des cristaux d'acide urique caractéristiques se formaient et l'extrait aqueux donnait la réaction de la murexide. Cette altération du foie que l'on doit appeler dégénérescence parencliijmateuse , s'était étendue à tout le parenchyme hépatique et cela d'une façon diffuse. On trouva aussi dans les reins une lésion tout à fait analogue au processus spécial de dégénérescence du foie, mais isolée et en foyers. Là, le processus était partout moins avancé et l'on n'y découvrait pas les masses brunes, brillantes et déjà visibles à l'œil nu. On ne pouvait les découvrir que dansl'épithélium rénal, aux points malades, sous forme de petits grains isolés d'une teinte allant du jaune au brun.
L^accumulation des urates dans le foie amène à discuter si le processus ici décrit présente un rapport de causalité avec la ligature
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de l'uretère et si les altérations de nutrition qui en résultent peuvent déterminer cette dégénération du parenchyme. Je n'ai pas rencontré, dans mes expériences, un second cas de ce genre et, jusqu'ici, je n'ai pas tenté de rechercher si et à quelles conditions il serait possible de reproduire ce cas. Mais je profiterai de la prochaine occasion pour donner suite à cette affaire.
Un autre organe auquel, dans mes expériences, j'accordai une attention particulière, c'est le cœur. J'y étais invité, a priori, par les dépôts d'urates visibles à l'œil nu et que l'on peut souvent rencontrer dans le myocarde sous la forme de nodules gros, au maximum, comme un grain de chenevis. Le microscope montrait, en outre, de nombreux dépôts uriques qui, par leur petitesse, échappaient à Tœil nu. Examinant soigneusement de fines coupes du cœur avec ses dépôts uriques, je fus frappé d'abord de deux faits : premièrement de ce que les dépôts étaient tous biréfringents et, deuxièmement, de ce que les urates, de structure cristalline également, se présentaient toujours en masses bien plus compactes et bien plus denses que les urates contenus dans les foyers hépatiques décrits plus haut. Les cristaux que l'on reconnut à la lumière transmise comme des aiguilles et des granulations très fines, formaient des masses très étroitement feutrées, empêchant tout d'abord de voir quoi que ce fût du tissu sous-jacent. Ce fut seulement, grâce à la lumière polarisée, que l'on constata autour des foyers d'urates et sur des points nombreux, une couche de tissu qui n'était pas biréfringent. Mais quand on dissolvait les urates suivant la méthode plusieurs fois décrite, les choses apparaissaient autrement. M. Virchow, déjà à l'occasion de ses recherches sur la goutte guanine des porcs , a examiné les muscles après dissolution de la guanine. Il vit la substance musculaire avec ses fibres (faisceaux primitifs) en apparence intactes. Je vais illustrer, au moyen de deux planches, les résultats de mes recherches sur les altérations subies par le muscle cardiaque des coqs, à la suite de la stase de l'acide urique (fig. 12 et 27) . Ces deux figures montrent