‹ La goutteChapitre 16 sur 33 · RECHERCHES EXPÉRIMENTALES · texte numérisé non relu

RECHERCHES EXPÉRIMENTALES

les dépôts uriques en état de dissolution incomplète; la Hl^. 12, en particulier, représente une préparation colorée et conservée dans le baume, vue sous un plus fort grossissement, la (ig. 27 la représente vue à la lumière polarisée et sous un grossissement plus faible. Dans les deux figures, nous apercevons tout d'abord en (a) les restes d'urates non encore dissous. Ces dépôts uriques affectent, fig. 42, une forme presque toujours granuleuse, mais ils réfractent doublement la lumière, comme on le voit, fig. 27. Sur la même figure nous voyons, entre les restes d'urates biréfringents et les fibres myocardiques striées transversalement et également biréfringentes, un foyer ovale allongé, laissant passer la lumière sans la réfracter doublement, paraissant obscur, les nichols étant mis en croix, et dans la région duquel on a trouvé des dépôts uriques, comme on l'a déjà fait observer, à l'exception de l'extrême bord périphérique. Nous apercevons dans la figure 42 autour des urates non-dissous (a), un foyer également d'un ovale allongé, où l'on ne remarque ni fibres musculaires à stries transversales, ni cellules, ni noyaux colorés ou incolores et, en général, plus rien de la structure normale. Surtout vers la zone supérieure de ce foyer, on remarque que la disparition des structure et texture normales se produit peu à peu et que l'on peut suivre, degré par degré, la transition du tissu normal à la masse dépourvue de structure. Aux alentours de ces foyers, dans le myocarde, l'on constate fréquemment des infiltrations microcellulaires d'une étendue variable.

De cette description des altérations du foie et du cœur que nous avons constatées dans nos recherches, l'on pourra facilement conclure qu'il se développe expérimentalement dans le foie et le cœur du coq un processus pathologique et des troubles de la nutrition.

En effet, ces derniers se produisent tout aussi peu dans le foie du coq bien portant, que dans son myocarde. Ils doivent être regardés comme nécrotisants ou nécrotiques, par le fait de la destruction de la structure normale qui se produit peu à peu, par

exemple, dans le foie. Nous avons vu, de plus, que des processus inflammatoires se produisent à leur voisinage sous forme d'infiltrations de petites cellules.

En ce qui regarde l'affection des tendons et des articulations chez mes animaux d'expérience, je l'ai soigneusement étudiée, particulièrement dans un cas oii les dépôts d'urate s'étaient partout produits à la suite d'une injection sous-cutanée de chromate neutre de potasse. Je n'ai rencontré ici, ni dans la substance des tendons, ni dans le tissu cartilagineux, des dépôts uratiques compactes analogues à ceux que j'ai décrits plus haut en traitant les affections goutteuses de ces tissus chez l'homme et qui sont biréfringents quand ils permettent à la lumière de les traverser. Ces dépôts étaient situés chez les animaux d'expérience sur la surface libre du cartilage, dans laquelle je n'ai pu découvrir d'autres altérations, et la même observation s'applique au tissu tendineux. Les agglomérations d'urates, dans les tendons, se trouvent dans le tissu conjonctif lâche des plus grands interstices existant entre les faisceaux tendineux primaires et secondaires.

Sans me perdre en détails plus étendus et ne présentant rien d'essentiel en ce qui regarde la solution de la question que je cherche à résoudre ici, il me faut cependant ajouter quelques réflexions relatives à la manière dont les reins se sont comportés dans mes expériences; ces remarques ne concernent en rien le processus bien connu que l'on observe à la suite de la ligature des uretères. Je veux faire observer ici, seulement, que je n'ai jamais remarqué, dans les reins dont les uretères étaient liés, des foyers comme ceux que j'ai constatés après cette opération pour le foie ou le cœur. En revanche, il s'y produit des processus tout à fait analogues lorsque le parenchyme rénal sécréteur a été altéré par une injection de chromate neutre de potasse, suivant la méthode ci-dessus décrite (cf. p. G9). Ces reins se sont distingués par leur couleur jaunâtre spéciale, surprenante par endroits. Les changements en question furent observés dans les foyers cir-

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conscrits de l'écorce des reins où ils apparaissaient, en maintes régions, très proches et démesurément abondants : un parenchyme paraissant normal ou presque normal existant toujours dans les espaces intervallaires. On ne remarqua pas de processus graisseux. Dans la région des foyers chromiques, la structure habituelle du rein des oiseaux que n'avait jamais altéré la ligature des uretères, était complètement détruite. Afin de donner au lecteur une vue de ces foyers, j'ai fait représenter, figure 13, cinq d'entre eux réunis partiellement de très près sur un espace étroit.

Chacun de ces foyers présente un dépôt cristallin d'u rates plus ou moins abondant et s'entoure d'une zone extrêmement dense de petites cellules qui se distingue plus ou moins nettement du parenchyme rénal, dans laquelle on ne peut, d'ailleurs, constater aucune altération pathologique notable.

Les points où se sont déposés les cristaux d'urates montrent, après leur dissolution, des foyers amorphes tout à fait semblables à ceux que j'ai décrits pour le foie et le cœur du coq. En quelques endroits, il ne restait de la substance des reins qu'une masse homogène, contenant tout au. plus quelques rares noyaux, colorés ou non. Ces foyers d'urates dans le rein du coq traité par l'acide chromique, je ne les ai jamais observés dans la région des capsules de Malpighi, mais exclusivement dans la région des tubes contournés. Les foyers nécrotisanis et nécrotiques étaient très souvent (car les parties tout à fait privées de vie ou en train de se nécrotiser étaient situées l'une près de l'autre ou entremêlées) moins étendus que la zone de réaction inflammatoire qui les entourait et qui, dans les reins de poulet altérés par l'acide chromique, apparaît ordinairement de très bonne heure et se montre, à la fois, très intense et très étendue.

Je n'ai pas vu naître ces foy,ers dans les reins du poulet, à la suite d'une injection sous-cutanée de chromate neutre de potasse, lorsque j'avais outrepassé la dose de poison. L'animal dont il s'agit succombait, dans l'espace de deux jours, à la suite de deux injec-

tion de sel de chrome 0,06 gr. de chacune. On constatait cliez lui des dépôts cristallins uriques sur le péritoine el le péricarde ; les uretères étaient vides et, en un petit nombre de places seulement, on trouvait dans les canalicules urinaires des globules uriques typiques: en revanche, l'on remarquait un trouble trophique diffus, s'étendant sur toute l'écorce des reins, que je ne puis mieux caractériser qu'en disant que l'épithélium de la substance corticale de ces organes subissait une altération tout à fait analogue à celle que j'ai signalée en décrivant, avec détails, les parties périphériques des foyers hépatiques encore libres de dépôts uratiques (voyez p. 73). Ce processus nécrotisant diffus, brusquement provoqué, et les altérations profondes causées à l'épithélium cortical des reins par des doses relativement élevées de sel chromique, avait pu, par le fait, supprimer rapidement les fonctions rénales et amener la mort de l'animal par urémie et cela avant que la dégénérescence de l'épithélium fut arrivée, la nécrose étant complète, au point de permettre le dépôt des composés uriques sous forme cristalline dans les reins.

Si nous résumons ce qui a été indiqué dans les développements précédents, il s'en dégage, comme résultat essentiel, ce fait que j'ai réussi à faire naître expérimentalement, chez les coqs, un processus qui, au point de vue anatomique, doit être considéré comme équivalent à celui qui a été décrit dans le chapitre II à propos de Varthritis uratique de Vhomme et cela, parce que, après avoir lié les canaux urinifères, ou après une injection sous-cutanée de sels chromiques: 1° il se développe des processus nécrotisants et nécrotii/ues dans divers organes; 2^ il se dépose, dans ces foi/ers dépourvus de vie, des sels uriques sous forme de cristaux, absolument comme dans les foyers goutteux de Vhomme, et enfin; 3° parce que aux alentours de ces foyers, on constate très fréquemment une inflammation réactive souvent intense, sous forme d'une infiltration de petites cellules.

Il résulte aussi des considérations suivantes, que les troubles trophiques des tissus et des organes démontrés par l'expérimen-

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tation chez les coqs, doivent avoir atteint une très notable intensité et amené certainement une mortilication complète, avec dépôt de sels uriques sous forme cristallisée :

1° Les dépôts d'urates cristallisés augmentent en proportion directe de l'extension des processus nécrotiques dans les tissus. Ils n'ont jamais fait défaut aussitôt que se rencontraient les signes de la nécrose complète. On constatait, par exemple, que, dans les foyers hépatiques où une partie du parenchyme n'était pas complètement morte, le tissu glandulaire morbide n'était aussi occupé que partiellement et au niveau des seules régions nécrosées, par les dépôts d'urates cristallins. En revanche, la structure normale paraissait avoir complètement disparu, dans le myocarde des coqs, au niveau des dépôts cristallins d'urates. Dans l'étroite zone entourant les foyers du muscle cardiaque où il ne se montrait encore aucun dépôt cristallin, la structure normale n'était pas complètement détruite et la nécrose du tissu n'était pas encore complète.

2° On ne pouvait constater, dans les reins, de dépôts cristallins aciculaires typiques, réunis souvent en amas, que chez ceux de mes animaux d'expérience dont les organes avaient été le siège de troubles très graves à la suite d'une injection sous-cutanée de sels chromiques. Ces troubles trophiques doivent, comme je l'ai déjà dit, être parvenus jusqu'à leur maximum, c'est-à-dire à la destruction complète de toute structure avant l'apparition des dépôts. Les dépôts d'urate de forme typique que nous avons mentionnés, se trouvent disposés, en manière de foyers et seulement sur les points où ces troubles de nutrition se manifestent au plus haut degré et ne s'étendent pas d'une manière diffuse dans toute la substance excrétoire du rein. Or, de ce que, chez les coqS, les reins restent exempts de tels troubles trophiques à la suite de ligatures des uretères ne présentant aucun dépôt semblable d'urate cristallisé, on peut en conclure que ces organes possèdent, à cet égard, une faculté de résistance plus grande que le foie et le cœur des

mêmes animaux, dans lesquels nous avons pu obtenir, dans ce sens, les processus pathologiques indiqués.

Il résulte enfin du dépôt exclusif des cristaux typiques d'urate dans les foyers des reins de coq nécrotisés à l'aide des sels de chrome, qu'une nécrose du tissu paraît être leur condition sine qua non. Pour que les urates se déposent sous forme cristalline dans les tissus, il ne suffit pas d'un trouble simple de nutrition comme il s'en produit par le fait de la ligature des uretères, mais une nécrose complète du tissu est nécessaire. Il paraît en outre, ici, tout à fait indifférent que cette nécrose soit amenée par les sels de chrome, par des urates sous forme soluble ou par n'importe quelle autre influence nocive.

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