La grace et la gloire
Il n > a descendant de noble race qui ne relise ivec complaisance les litres et les hauts faits de ses incèlres A-l-il un grand cœur, la légitime fierlé qu'il ' oncevra de ses origines, le stimulera plus énergiquement que tout autre motif à vivre d'une vie qui réponde à rilliistration de sa naissance. Héritier dégénéré d un grand nom. il n'oubliera pas ce que furent ses pères, et se flatlera de trouver dans leur mérite un voile brillant pour couvrir sa nullité. Pourquoi faut-il que. par un contraste étrange, nous «lirétiens qui sommes, en vertu de notre baptême, le la race de Dieu, ses enfants d'adoption, les frères le .lésus Christ, le Verbe incarné son Fils unique, nous ignorions, ou du moins, nous connaissions si peu les grandeurs et la gloire renfermées dans ces litres ? Où sonl*ils ceux qui les méditent, ceux qui -avcnt s'en apprécier et s'en glorifier, comme ils le devraient? 5t scires d/mum Del. Si vous connaissiez le don de Dieu, disait Notre-Seignenr à celte femme tle Samaric (!) ! Hélas ! y en a-t-il beaucoup, non plus dans les ténèbres où celte femme était née. mais dans la pleine lumière de l'I^vangile. à ne mériter
VIII lîirRODUCl'ION
ni ce reproche ni celte plainte ? Demandez, je ne dis pas à ces hommes qui n'ont phis du chrétien que le caractère imprimé par le baptême et le nom, mais à ceux-là même qui s'honorent de garder leur foi, d'en conserver même la pratique, comment ils comprennent leur filiation divine, et cet élal de grâce, le plus estimable des dons après celui de la gloire céleste. A leur réponse, Jésus-Christ ne pourrait-il pas répéter encore : Si vous connaissiez le don de Dieu :
Ce que d'ordinaire ils en pensent de plus haut, c'estqu'on est en paix avec Dieu ; que les péchés sont pardonnes, et qu'un jour, si de nouvelles fautes graves n'y mettent pas obstacle, on jouira du bonheur éternel. Mais quant à cette rénovation si merveilleuse et si divine qui s'opère au dedans des cœurs ; à cette régénération qui transforme jusque dans leur fond le plus intime la nature et les facultés des enfants adoptifs ; à cette déification qui fait de l'homme un dieu ; à tous ces dons enfin qui sont l'apanage de la créature justifiée, de la créature glorifiée, qu'il y a peu de fidèles à les connaître, et qu'il y en a moins encore à les méditer !
La conséquence qui s'ensuit naturellement, c'est qu'on estime peu ce qu'on connaît trop peu ; c'est qu'on n'a ni énergie ni vigueur pour acquérir, conserver, accroître ce trésor méconnu. Un fils de roi qui ne saurait ni sa naissance ni les hautes pensées quelle exige de lui, telle est l'image d'un trop grand
nTRODUCTIO?! IX
nombre de chrétiens. Voilà pourquoi le grand pape saint I/'on faisait aux fidèles de son temps celte forte exhortation : <« Reconnais, ô chrétien, ta dignité, et devenu participant de la nature divine, ne va pas retourner par une conduite sans règle à ton antique bassesse. Souviens- toi de quel corps tu es membre, et quel est ton chef. Souviens-toi comment, arraché à la puissance des ténèbres, tu as été transporté dans le royaume de la lumière ; comment le saint baptême t'a sacré temple du Saint Esprit » (1). Enfant de Dieu, rends-toi par ta vie digne d'un tel Père et d'une si royale origine.
Le dirai-je ? Il me semble que si le peuple fidèle vit dans une trop grande ignorance de ces trésors surnaturels, dont le père des miséricordes l'a si libéralement comblé, on pourrait sans injustice en rejeter la faute, en partie du moins, sur ceux qui par vocation ont charge de l'instruire. Ils parlent trop peu de ces mystères de grâce et de gloire : et, quand ils en parlent, c'est en termes si généraux, si vagues, si peu précis, si nuageux parfois, que l'auditeur est souvent plus charmé de la beauté de leur langage que pénétré des pensées qu'il devrait exprimer.
Qu'on ne dise pas, comme il arrive quelquefois : ces matières sont trop sublimes pour être mises à la portée des simples fidèles. Cçux-ci n'ont ni le genre de culture intellectuelle, ni les habitudes de réfle-
II) s. U*o. S<rm. 21. al. 20. in lutivil. Doni. I. c. 4.
X INTHODL'CTION
xioii nécessaires pour bien saisir les idées qu'oi> essaierait de leur en comrïuiniquer. Spécieux prétexte qui ne lient j)as devant Icxemple des apôtres et leur doctrine expresse. Les épîtres de S. Paul, pour ne pas parler des autres, que sont-elles autre chose qu une prédication constante des inedables myslèVes de la grâce et de la filiation divine ? Kt c'est pour tous les chrétiens que le grand apôtre écrivait ses lettres inspirées. Je sais bien que, suivant l'institution du Maître, il confiait aux pasteurs la mission de les interpréter au commun des croyants. Mais cela même prouve manifestement (|uel doitétre aujourdlmi, comme alors et comme toujours, le rôle de ceux qui sont chargés par office de promulguer et d'expliquer le contenu de nos saints Livres.
Mettre en avant, pour se dispenser d'entrer dans ces piofondeurs, le manque de culture chez la plupart des chrétiens, c'est ignorer la parenté que ces vérités ont en quelque sorte avec leur foi ; c'est oublier que tous « nous n'avons pas reçu I esprit de ce monde, mais l'Esprit qui est de Dieu, afin de connaître les dons que Dieu nous a faits » (1): c'est enfin méconnaître l'action du divin Esprit, qui ouvre intérieurement 1 intelligence des fidèles pour leur faire entendre les saintes vérités qu'on leur annonce.
Je le sais encore, la science de la foi n'est pas le privilège du grand nombre. Mais ce que je sais aussi ^
(U I Cr,. Il, 12.
IXTRODUCTIO Xi
'esl que, s'il n'îippaitienf pas à tous d'entrer également dans rinlelligencc des mystères de la grâce et de la gloire ; si les plus doctes eux-mêmes ne peuvent, sans une présomption téméraire, espérer d'en pr-nélrcr ici bas tous les secrels, il y a certainement un degré de connaissance où tous les chrétiens peuvent atteindre, pour peu qu'on mette à les instruire le genre et la clarté de langage (jui conviennent à leur faiblesse. C'est ce que pensaient les Pères, et parmi tous les autres l'immorlel docteur S. Augustin, qui ne craignait pas d'élaler aux yeux de ses pécheurs <1 llippone les splendeurs du Verheetles profondeurs
le Dieu. C'était aussi la même pensée qui inspirait ^. Paul quand il priait « le Dieu de Noire-Seigneur Jésus-Christ, le Père de la gloire, de donner aux fidèles d'Kphèse 1 esprit de sagesse et de révélation pour le connaître, et d'éclairer les yeux de leur cœur pour (ju'ils sussent et l'espérance attachée à leur vocation, et les richesses et la gloire de l'héritage préparées aux saints » ( t).
S'il fut toujours nécessaire de priei- pour ijue l'Esprit saintdonne aux chrétiens celle divine lumière,cl de learcnseigneravec un soin diligent les vérité»^ (|u"elle doit graver dans leurs cœurs, jamais (H'ut-élre cette nécessité ne parut plus pressante (pielle ne lest îi l'heure présente, parce que jamais les dons, surnaturels de la grâce et de la gloire ne furent plu».
(I) F.pli , I '- I