U INTRODUCTION
iiniverselIcMnenl attaqués, dénaturés ou méconnus que de nos jours. Sans parler de l'hérésie rationaliste qui les regarde comme un bienfait de Dieu qu'on est libre de recevoir ou de rejeter, quand elle n'en fausse pas la nature ou n'en nie pas absolument l'existence, il s'est trouvé dans notre siècle, même au sein du catholicisme, une école pour ne voir guère autre chose dans l'ordre de la grâce que des secours donnés de Dieu pour l'accomplissement de ses préceptes, et je ne sais quel état de perfection morale, dépourvu de tout don surnaturel inhérent au fond des âmes(l). Bien que cette erreur, victorieusement combattue par les tenants de la pure doctrine, n'ait plus de place au soleil. Dieu veuille qu'il ne s'en retrouve jamais aucune trace dans des ouvrages destinés à donner aux fidèles les préceptes de la vie chrétienne.
Elles gardent donc encore toute leur actualité, les graves paroles qu'un des plus remarquables interprètes de nos Livres sacrés, Corneille de la Pierre, écrivait, au XVII® siècle, dans son commentaire sur le prophète Osée : << Peu d hommes apprécient le don de la grâce à sa valeur. Il faudrait que chacun l'admirât respectueusement en soi-même ; les prédicateurs et les maîtres de la science sacrée devraient l'expliquer, comme nous l'avons fait, et en inculquer profondément la connaissance au peuple. Ainsi les
(1) Hermès et son école. Cf. P. Kleutgen, Tlieol. der Vorzeit, II Baiid, I, 7.
IXTHODUCTIO^ XHI
(itlèles cl les saints apprendraient qu'ils sont les temples vivants du Saint-Esprit, et qu'ils portent Dieu lui-même en leur cœur ; qu'ils doivent, par conséquent, marcher divinement eh sa présence, et vivre dune vie dign»* d un tel hôte qui les accompagne partout et les regarde partout » (1 ).
Sera-l-il dit que. dans un temps où le génie de l'homme s'acharne à soulever les voiles qui nous ( iichenlles mystérieux secrets de la terre et du ciel, ai les enfants même, à tort ou à raison, sont de bonne heure initiés à tant de connaissances profanes, la science des grandes œuvres que Dieu fait ou prépare au cœur de l'humanité régénérée, c'est-à-dire la plus belle, la plus haute des sciences, comme iiissi la plus fructueuse, une science enfin qui renferme l'économie tout entière de la religion fondée par le Dieu fait homme, soit de toutes la plus négligée ?
Je ne l'ignore pas. d'excellents ouvrages ont été
composés sur cette matière. Je crois pourtant que
t'iui que je |>ropose au lecteur aura son utilité, n'eût-
1 d autre mérite que celui d'embrasser dans toute
on ampleur un si fécond sujet. C'est à mes frères
lans le sacerdoce que je m'adresse plus spécialement.
La connaissance qu'ils ont de la science sacrée, ne
tue permettrait pas de leur offrir nu exposé simple
{ rudimentaire, comme celui <{ui conviendrait au
ommun des fidèles. Voilà pourquoi je uï'elTorcerai
(1) Coniol. a Utp , in 0»cc. I. 10.
XIV INTKODtCTIO?»
(le creuser les vérités de notre foi, d'en tirer les conséquences, et de les expliquei', dans la mesure conipatible avec leur profondeur et ma faiblesse. C'est aussi pourquoi je ferai si fréquemment appel à nos saints Livres, aux décrets dogmatiques de l'Église, aux écrits des Pères, aux principaux docteurs de la science théologique, et tout particulièrement au maître par excellence, S. Thomas d'Aquin.
S'il se rencontre parfois des questions si abstraites qu'elles demandent, pour être bien compiises, des théologiens de profession, elles seront ou totalement écartées ou plus souvent rejetées en appendice. Je n«' sais si je me flatte ; mais il me semble que, grâce à cette précaution, le présent ouvrage ne restera pas inabordable pour ceux-lh même qui n'auraient pas fréquenté nos écoles de théologie. Ils y trouveront, je l'espère, un aliment pour leur intelligence, et pour leur cœur des considérations propres à nourrir en lui les sentiments d'une solide piété.
Le pape S. Léon le Grand a résumé en deux mots tout le mystère de notre élévation surnaturelle paila grâce et par la gloire : « Le don qui surpasse tous les dons, c'est que Dieu appelle l'homme son fds. et que l'homme appelle Dieu son père » M). Ces deux mots résumeront aussi toute la matière de cet ouvrage : car c'est à noire filiation divine que j'ai des içpjn <]v rattacher ce (jue Dieu a fait et fera pour nous
(I) s. Lco, Scrm. VI de Nativit. Domini.
I^TBODlCnO?» XV
dans cet ordre de la grâce, le chef-d'œuvre de sa sage*»se. de sa puissance et de sa bonté.
Pour ne pas étendre outre mesure les limites de celte Inlroduclion. j'indiquerai brièvement les {>oints fondamenlauxque nous avons à traiter. Avant tout, nous établirons le fait de notre filiation surnaturelle et montrerons la hauteur incomparable où cette grâce nous élève. Nous dirons ensuite quelle est la nature de celle même filialion, et sur quels principes tant créés qu'incréés elle repose. Puis nous étudierons le perfectionnement ([u'elle |)eut recevoir dans les âmes justes, et les moyens par où s'opère en nous la croissance spirituelle ; enfin nous considérerons la perfection dernière des fils d "adoption, resl-à-dirc le complet épanouissement de la grâce du temps dans la gloire de léternité. Un retour sur tout Tensemble des matières nous permettra d'établir avec netteté les notions si nécessaires aujourd'hui de la nature et de la grâce, du gratuit et dû surnaturel.
Sans doute, tout ce. que nous aurons à-dire dans la suite de nos explications, ne sera pas dogme catholique, i.a foi qui cherche l intelligence de ce <}u'elle croit v fides quserens inleUectuin », sans cesser jamais d'avoir les yeux invariablement fixés sur la vérité révélée, ne craint pas de faire appel aux lumières de la raison scienlirKjue et d'en projeter les rayons sur l'objet de sa croyance, afin d'en éclairer le sens et la portée. Mais, s'il plaît â Dieu, nous ne
I?CTnODLGTIO:t
tirerons aucune conséquence, ni ne donnerons aucune théorie qui soit en désaccord avec les enseigne- URMils de l'Espril-Sainl, l.uit nous aurons à cœur de nous appuyer constamment, en tout et partout, sur la doctrine des Pères et des docteurs les plus autorisés dans l Église de Dieu.
Qu'il me soit permis, en finissant, d'emprunter quelques-unes des paroles que S. Augustin adressait à ses lecteurs, au début de son grand ouvrage sur la Trinité : <« Que chacun de ceux qui liront ces pages, avance avec moi, s'il partage ma certitude ; s'il hésite où j'hésite moi-mome. qu'il cherche avec moi ; là où il reconnaîtra qu'il s'était égaré, qu'il revienne à moi, et qu'il me rappelle à la vérité, s'il me i^it dans l'erreur. Entrons ainsi de concert, et, pour ainsi dire, la main dans la main, dans la voie de la charité, tendant l'un et l'autre vers celui dont il est écrit : Cherchez toujours sa face : Quœrile faciem ejus seniper (1). Donc, au nom du Seigneur, commençons l'ouvrage entrepris pour sa gloire » (2).
(1) Psalm.. CIV, 4.
(2) S. Anpnst., do Triiiit.. I,. I. ri. 5-0.
LIVRK PREMIER