LIVUE VI. — NOS RAPPORTS AVEC LE SAINT-BSPRIT
dit Bossuct, ce qu'un ami révèle à son ami, il ne lui semble pas (|u'il le produise hors de son propre cœur. Et, comme tout l'ensemble des révélations divines est, depuis les premiers jours du monde, ou la manifestation des secrets cachés dans les profondeurs de Dieu, ou la pronmlgation qui s'en fait à travers les âges, de là vient que le Saint-Ksprit, comme auteur de cette amitié divine, est l'inspirateur des prophètes, et qu'il a pour mission de compléter l'enseignement de Jésus-Christ et de nous aj)prendre toute vérité (1).
L*n ami ne se contente pas de révéler ses pensées les plus intimes ; il a besoin de communiquer ses biens à celui que l'amour lui fait regarder comme un autre luimême (2). Si cela se voit parmi les hommes, tout pauvres et misérables qu'ils sont, combien plus Dieu doit-il être libéral, lui, l'abondance et la bonté même ? Et c'est pourquoi, d'après les saintes Ecritures, tous les dons de Dieu nous viennent par l'Esprit-Saint (3). A lui encore de remettre les péchés suivant cette parole du Seigneur : Recevez le Saint-Esprit ; ceux dont vous aurez remis les péchés, ils leur seront pardonnes (4) : car accepter quelqu'un pour ami, c'est oublier son offense. Aussi lisonsnous au livre des Proverbes, que la charité couvre la multitude de péchés (5).
C'est encore le Saint-Esprit qui, nous faisant amis de Dieu, nous mène à Dieu par la contemplation et la libre observation de ses divins préceptes. Parla contemplation : car l'amitié dont il est la source et le modèle, va de sa
(1)1 Cor.. XIV. 2 ; Il Pet., I, 21 : Joaii , XIV. 15-18 : XVI, 13.
(2) I Joaii.. III, 17.
(3) II Cor. XII. 8.
a)Joan.,XX, 22.
(.") Prov., \. |-J
CHAPIinK V. — LE SAINT-ESPRIT Al'TKUR DES DONS CRKÊS 425
nature à converser familièrement avec Dieu. Donc, à l'Esprit divin de nous mettre au cœur les saintes affections, de nous faire contempler à face découverte la }»loire du Scij»nour et de nous transformer à sa ressemblance (1). Par l'observation des commandements divins : car l'amitié fait l'union des volontés entre ceux qui s'aiment. Or, parce que la volonté de Dieu nous est manifestée par ses préceptes, plus cet amour s'enracinera profondément en nous, mieux nous conformerons au divin vouloir et nos actes et notre vie tout entière ; et c'est encore là ce qui nous est si;»nirié par lapôtrc, quand il écrit aux Romains : Ceux-là sont conduits et comme poussés par l'Esprit do Dieu qui sont enfants de Dieu.
.Mais là où le Saint-Ksprit mène par l'amour, il n'y a plus de servitude : ni la servitude des passions et du péché, puisque la volonté tend de tout son poids vers les bi«*ns véritables; ni la servitude de la crainte, puisque la charité l'exclut des cœurs ; ni la servitude de la loi, puisqu'on robser\'e, non pas avec un esprit d'esclave, mais en ami. D'où vient que le même apôtre a pu dire : Où est l'esprit du Sci>»neur là est la liberté (2) ; et encore : Si vous êtes conduits par l'Esprit, vous n'êtes plus sous sa loi (3).
Enfin, la consolation dont nous avons besoin dans nos tristesses et nos épreuves, c'est encore du Saint-Esprit qu'elle nous vient (4) ; de cet Esprit qui porte le nom de Consolateur : car il fait habiter en nous Dieu, l'ami par excellence. Qui ne sait que la plus grande consolation dans les peines est la présence d'un ami qui les adoucit, et souvent même, s'il est aussi puissant <|ue bon, les fait évanouir?
>>i II Cor. III. 18.
(2| II Cor. III. 17.
(3)Gil . V. 18.
(4» Ptalm., !.. 14 ; nom.. XIV. 18.
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Voilà, du moins en abrégé, comment le docteur Angéli(jue, partant de celte idée que l'Esprit-Saint est l'Amour infini dont la charité, répandue dans les àraes, est une bienheureuse participation, rend compte des fonctions spéciales qui lui sont appropriées par les Kcritures (1 ).
3. — 11 est temps, après avoir parlé du chef et des membres, de jeter un coup d'œil sur le rôle du Saint-Esprit dans le corps du Christ qui est l'Église de Dieu. I.a sainte l^glîse a pour mission propre la sanctification des hommes, et tout en elle se ramène au perfectionnement surnaturel des enfants de Dieu. Sortie toute sanglante du côté du Christ, elle est le don de son amour, et toute sa raison d'être est de nous ramener à l'éternel amour. Il est donc manifeste, d'après la loi de l'appropriation, que c'est au Saint-Hsprit qu'il faut en rapporter les institutions, les ministères, les richesses spirituelles, les moyens de sanctilicalion ; qu'il est, en un mot, l'auteur de tout ce qu'elle est, de tout ce qu'elle a, de tout ce qu'elle fait dans l'ordre du salut. Et, parce que l'Esprit-Saint est dans ses dons, rien n'est plus vrai que cette parole de S. Irénée : « Où est l'Église, là est au.ssi l'Esprit de Dieu ; et où est l'Esprit de Dieu, là est aussi l'Eglise, et toute grâce » (2).
Parcourez les livres du Nouveau Testament et vous serez étonnés de voir à combien de titres et .sous combien de rapports l'Eglise dépend de cet Esprit divin. Si les quatre Évangiles sont l'histoire du Sauveur, on pourrait dire des Actes des apôtres qu'ils sont l'Evangile de l'Esj)rit, tant son nom, sa présence et ses opérations s'y retrouvent souvent. Et comme pour ajouter la confirmation iloctrinale à ce qui nous apparaît par les faits dans l'Église naissante, les apôtres, et particulièrement S. Paul
(I ) ï<. Tliom., c. Geiil., L. FV, c. 21, 22.
(2) S. Ircn., c. l.œres.. L III, c. 24. n. 1. P. Gr. t. 7, p. »00.
cHAPirne v. — lb saint-esprit AtjrKrn des doxs créés 427
<?n ses épitres, nous parlont à chaque page de ce divin Ksprit. C'est de lui que vient la hiérarchie de IKglise avec son m • 'istèrcet son autorité pastorale, le sacerdoce avec toutcN Nis fonctions. Les pasteurs {|ui gouvernent l'Eglise, MMit établis par l'Esprit-Saint, consacrés, formés et dirigés par lui (1). Ils enseignent comme ses organes ; c'est lui qui, iKirlant par leur bouche (2), rend leur témoignage infaillible (3) ; et l'arme dont ils frappent Terreur est le glaive de l'Esprit (4). Qu'est-ce enfin que le sacerdoce ? Un niinistcre de l'Esprit (ô), ininistratio Spiritus.
Nous l'avons vu, c'est dans l'Esprit que le souverain Frère, Jésus-Christ Notre-Seigneur, s'est offert lui-même en victime sur l'autel de la croix. Ne fallait-il pas que ses représentants, ceux qu'il a faits les dépositaires de son sacerdoce, agissent par le même Esprit, quand ils célèbrent en son nom les divins mystères. C'est pour- (|Uoi l'Église, en les consacrant, appelle sur eux la plénitude de l'Esprit : cest aussi pourquoi je retrouve ce luèrae Esprit dans tous les sacrements de la nouvelle alliance ; au baptême, pour en féconder les eaux ; à la confirmation, pour être l'onction du chrétien ; dans l'Eucharistie, pour opérer le mystérieux changement qui du pain fait le corps du Seigneur (6) ; dans la Pénitence, pour remettre les péchés (7); dans les sacrements des fidèles mourants, pour que c sa grâce guérisse le malade • le ses langueurs et de ses fautes » ; dans l'Ordre, pour
(l)Joan.. \\.2\. eU.
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428 LIVHB Vf. — NOS RAPPORTS AVEC LE SAINT-ESPRIT
l'aire descendre sur les ministres du sanctuaire la plénitude de ses dons; dans le Mariage, pour y former l'union des époux chrétiens à l'image de celle qu'il a faite entre le Christ et son Église; dans tous enfin, pour y sanctilkr ceux qui les reçoivent.
Voyez cette infinie variété de grâces dont Jésus-Christ a voulu que fût ornée son Eglise afin qu'on reconnût bien quelle est à lui : grnce des miracles, don le ])rophétie, don des langues, et les autres. Quelle en est la source ? L'Esprit-Saint qui les distribue, comme il veut, pour l'utilité de l'Église et de ses membres (1).
Ces quelques indications nous suffisent pour comprendre avec quelle vérité l'on a pu dire que rEsi)rit-Saint est l'âme de l'Eylise. « Le Saint-Esprit est pour le corps de Jésus-Christ, c'est-à-dire pour l'Eglise, ce que l'àme est pour le corps de riiomme : ce que celle-ci fait dans tous les membres d'un même corps, il le fait, lui, dans toute l'Église » (2). Quel est dans le corps humain le i)remier principe de l'unité, de la vie, de la santé? L'àme, me réi)ondez-vous. Mais qui donc donne au corjjs mystique du Christ, son unité, sa vie surnaturelle, la santé parfaite qui est la sainteté, si ce n'est le Saint-Esprit '? « Un seul corps, un seul Esprit », nous crie S. Paul (3) ; et comment s'en étonner ? Ce divin Esprit n'est-il pas le lien du Père et du Fils, leur commun baiser, la source d'où coule la divine et unifiante charité ?
(1) I (lor., XU lot. ; Rom., Xll, G, sq. Voir ces idées lonpiiemenl et doctement développées dans le R. P. MesclilerS. J. <• Le don de la IVnlecôle », c. 13-23. (Paris, P. LeUiielIciix, éditeur).
(2) « Quod est anima corpori liominis. hoc est Spiritus sanctiis corpori Cliristi qnod est Ecclesia ; hoc agit Spiritus sanctus in tola Ecclesiaquod agit anima in omnibus memhris uniu« corpori-^ » ^ \iigust., serm. 267 in Pent., c. 4.
(3) Kphes., IV, 4.
CIIAPITItE V. — LK SAIîrr-KSPRIT AUTEIK DES DONS CIlÉÉS 429
l/lîistoire <le la création nous montre Dieu qui prcmi entre ses mains du limon de la terre, et façonne avecamour pour l'homme un corps qui réponde ù sa dignité ; n)ais pour que ce corps vive et cpi'il ait une ànie, il faut le souille de la bouche divine. Ainsi, toute proportion gardée, Jésus-Christ Noire-Seigneur forma laboricuscinont le corps mystique qui devait être son Kglise. Mais ce corps, pour être vivant, agissant et parlant, dut recevoir du Christ un double souffle : celui qu'il tira de sa poitrine avant de (|uillcr la terre, et cet autre plus puissaut qu'il envoya du ciel, au jour de la Pentecôte. Tel est le principe inamissible de sa vie. J'ai dit : le principe inamissible : car cette union de l'Ksprit-Saint avec l'Eglise ne dé|)<Mid i)oint de la volonté des hommes, comme en dépend 1 union qu'il contracte avec chacun des membres en particulier. L'Esprit de Dieu peut se retirer de l'âme la plus sainte, non pas (|u'il l'abandonne le premier, nuiis parce qu'elle l'abandonne elle-même ; il ne se retirera jamais de l'Église. Le souffle de Jésus-Christ le lui a donné |)our demeurer éternellement en elle, ;// nutncdl in ivlenmm.
4 l'aisons encore une double observation. La première, c'est que toutes ces consitlérations sur la demeure de riCs|)ril-Saint dans Jésus-Christ et dans l'Eglise ne nous ont pas éloigné de notre sujet principal. En effet, comme enfants de Dieu, nous sommes -^ l'image de Jésus-Christ et les lils de la sainte l^glise. Donc montrer la présence et les opérations du Saint-Esprit dans l'un et l'autre, c'est «lire ce (|ue le Saint-Esprit doit être, et ce qu'il est vraiment pour nous. Serions-nous la copie du Dieu fait honuiie, si l'Esprit (|ui pénétrait sa vie tout entière devenait étranger à la nôtre; et ri%glisc pourrait-elle reconnaître comme «les lîls des hommes (|ui n'auraient pas son lApril pour principe, pour moteur et pour hôte?
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Une seconde remarque, c'est que nous pouvons maintenant savoir quelle sijrnilication précise donner i» celle formule « appartenir à lame de l'Église. » Puisque le Saint-Hsprit est l'âme de l'Église, appartenir à son àme c'est avoir en soi le Saint-l'isprit par la grâce et la charité. D'où il suit que les pécheurs, lussent-ils extérieurement membres de l'Eglise, ne lui sont pas unis quant à rame ; ou s'ils le sont, ce n'est plus que d'une manière très incomplète, dans la mesure qu'ils participent encore à son influence par la foi, par l'espérance et les autres actes où se révèle un reste de vie surnaturelle. Il en est d'autres, au contraire, (jui sans avoir été jamais unis j)ar aucun lien visible à l'Église de Dieu, sont pourtant viviliés par son âme, et par cette même àme appartiennent à l'invisible unité du corps mystique du Christ. Je veux parler de ces âmes droites, qui dans l'hérésie, le schisme ou l'infidélité, répondant fidèlement à la grâce, arrivent à la justification en dehors des voies ordinaires, et sans le secours des moyens extérieurs qui nous sont préparés dans l'Kglise qu'elles ignorent. C'est là le comj)lément de doctrine que j'avais promis, quand j'ai parlé de Jésus- Christ, notre chef (1); et c'est aussi ce qui nous montre l'analogie i>arfaite entre le corps naturel et le corps mystique de Jésus-Christ.
De même, en effet, que dans celui-là l'influence de la tète sur les membres n'exclut pas l'influence supérieure d'où dépend la vie de tout l'organisme ; ainsi, dans ce corps plus spirituel et plus divin, l'action vivifiante du Dieu fait homme, loin de rendre inutile le concours du Saint-Esprit, le présuppose et l'appelle. Il le présuppose : si Jésus-Christ possède cette triple primauté qui le fait chef de l'humanité régénérée, c'est qu'il est l'Oint du
vl) Sup. L. V, c. 4. p. 32S.
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Saint-Esprit. Il l'appelle : si le même Jésus-Christ nous iofu&e, comme Dieu, cette même vie de la grâce, c'est par le Saint-Esprit, ce don substantiel du Père et du Fils, qu'il la répand dans les âmes en nous le donnant luimême. Et voilà ce qui nuus fait aussi comprendre la formule célèbre dans laquelle plusieurs anciens docteurs, et notamment S. Irénée, ont résumé tous les éléments qui constituent le chrétien, Tds adoptif de Dieu : un corps, une âme et l'Esprit (1): les deux premiers unis ensemble dans l'unité d'une même nature ; et cette nature unie réellement aussi, mais accidentellement, au Saint-Esprit.
Puisque ce divin Esprit est tout pour nous, notre unité, notre vie, le principe d'où se déversent toutes les grâces qui sont notre }»loire et notre force, chrétiens, n'étei- ;4nonspas le Saint-Esprit en nos âmes (2). Celui-là l'éteint <|ui se dérobe à sa douce et bienfaisante lumière ; qui le contraint par de graves ofl'enses à se retirer d'un cœur infidèle. Ne l'éteignons pas ; mais ne le contristons pas non plus(3). On le contristc cjuand par des fautes qui ne sont que relativement légères, on répand sur la surface de l'âme un nuage qui la soustrait, en partie du moins, à rinlluence salutaire de ses rayons. On le contriste encore, lorsque, sans résister à ses volontés divines, on ne se
I) L'Iiomme spirituel, l'homnac parfait, riiomme qui porte en«oi. iiutit «eulMncnt i'imagr. oiais la ro*!>(<ral>lance Je Dieu, tcnfermc le Saint-E«pril. « L» cliair par elle- tnéinc n'ett pa* l'homme parfait, mais le corp* de l'hommo, une partie de l'homme L'Ame, non plu!'. n°f»t pas riiommc, mais elle est son Ame. une partie de l'homme. L E»f>rit uOt (ia« Ihonimc : ce n'^-^t pat homme qu'on l'appelle, mais Ksprit- !.•- iiK'ianuo et l'union de c<-* trois principes, voilà ce qui cons- (.r. ifait: eommixtiii auUm et unitio Horum
it. S. Iren. c. liacre* . L. V. c. (*, n. l • .c. U, il. I. V. i;r.. L ;, p. 1138 et Mil.
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