‹ La grace et la gloireChapitre 73 sur 80 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Qu'il D*y a pas pour le Saint-Esprit un mode d union sanctifiante avec les âmes qui soit exclusivement propre à lui seul.

1. — Cet ouvrage ne serait pas complet, et trahirait certainement la curiosité légitime de plus d'un lecteur, si j'allais de parti pris passer sous silence des opinions plus ou moins en désaccord avec quelques-unes des explications ci-dessus exposées. De ceux qui croient que nous donnons trop à la grâce incréée, je ne dirai plus rien : les autorités sur lesquelles nous avons appuyé notre doctrine sont de telle nature qu'elles défient toute sérieuse contradiction. Mais il s'en est trouvé d'autres qui nous reprocheraient d'avoir atténué le rôle de la même grAce incréée dans l'œuvre de notre adoption. Le désaccord porte sur deux points principaux.

Considérant avec quelle insistance et la sainte Écriture et les anciens docteurs attribuent spécialement à l'Esprit de Dieu notre adoption surnaturelle, l'union de Dieu avec les âmes, tout le mystère de notre sainteté, ils en ont conclu que le même Esprit doit avoir une place à part dans cette grande œuvre ; un mode d'union (ju'il se réserve à lui comme son privilège personnel, un rôle enfin qui lui soit exclusivement propre. Mais, parce (pril est d'ailleurs évident que la Trinité tout entière habite dans les âmes justes comme en son temple, et (|ue tous les dons créés, cette beauté surnaturelle de l'âme sanctifiée, sont une œuvre commune aux trois personnes,

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ils ont voulu trouver dans le Saint-Esprit je ne sais quelle influence plus profonde, quelle communication de soi plus étroite, un quelque chose, en un mot, de si haut, et de si propre au Saint-Esprit, qu'il ne rentre pas dans rinterprétalion du mystère accréditée jusque-là par la tradition de l'Ecole.

11 serait malaisé de rendre nettement et clairement ce (ju'ils en disent ; eux-mêmes avouent avec franchise que leurs idées sur ces graves matières n'ont pas toute la clarté désirable. Pour ceux-ci, le Père, le Fils et le Saint- Esprit habitent dans les fds d'adoption ; mais au Saint- Esprit appartient en propre l'union très intime qui les transforme et les porte au sommet de la perfection surnaturelle. C'est lui qui s'unit directement à l'âme ; les ileux autres personnes n'entreraient en contact avec elle que par son intermédiaire.

Pour s'expliquer d'une façon moins obscure, il est de ces théologiens qui recourent à des analogies tirées d'autres mystères. Voyez, disent-ils, Jésus-Christ, le Verbe incarné. La foi nous montre en lui toute la Trinité présente, comme elle ne l'est dans aucune créature. Mais quelle différence dans le mode d'union ! Le Verbe est là l)arce qu'il est uni substantiellement à l'humanité qu'il a faite sienne ; le Père et le Saint-Esprit y sont aussi, mais seulement en vertu de la circuminsession, c'est-à-dire de leur immanence dans le Fils, et par conséquent sans être hypostatiquement unis avec la nature humaine du Christ.

Dans la Sainte Eucharistie, disent-ils encore, c'est le corps du Christ que la vertu des paroles sacramentelles met sous les espèces du pain. Si l'àme et le sang, le Christ tout entier s'y trouvent avec ce corps sacré, c'est parce qu'ils n'en sont i)lus séparables, puisque le Christ est \ivant pour ne jamais mourir, en un mot, c'est par concomitance. Ainsi, toute proportion gardée, le Père et le

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Fils sont-ils dans ce temple du Saint-Esprit qui est l'àme sanctifiée. Kt voilà de quelle nianicre ces théologiens entendent les textes où le Saint-Esprit nous apparaît comme l'introducteur des hôtes divins, qui sont un quant à la nature avec lui, mais distincts quant à l'hypostase.

Demandex à ces mêmes théologiens <|uel est en soi le caractère de l'union spéciale qu'ils revendiquent, ^)our le Saint-Esprit, comme sa propriété personnelle, incommunicable ? C'est ici surtout que les explications sont embarrassées. On avance, on recule ; aux formules les plus hardies succèdent «les restrictions et des atténuations telles qu'on a peine à voir en quoi les théories si vivement soutenues diffèrent de la doctrine des Scolastiques (1).

11 me serait impossible de rapporter dans le détail toutes les explications données par les différents auteurs qui se sont plus ou moins inspirés de ces idées que j'appellerais nouvelles, si ce It-rnu' ne présentait pas un sens trop défavo-

< ) ) Ainsi, pour dmiiXT un eteiuple, If docU- IhoiDav^in, dans son ^'raiid traité »nr i Incarnation Uu Verbe, écrit des cltapilres entiers, • iitas<>anl texle» sur tvxle». pour démontrer que c'est le Saint-Esprit qui par sa sul»»lanr«; *iviHe. forme et sanctitte l'âme des jii»l»'s. .Mai> ijiiil vienne à «'expliquer nettement, on croit entendre S. Tlmmas <jti S Ronaventur<>. ♦ Inliabitat enim in nobis !p«a qiii>ieni justitit Milistantiva, «ed artiLiis habitibusque, velut accidentariis unnitis, devincta ». L. VII, c. 10, n 5. Et encore : « Ubi f^rnia »i»;niri< atiir .^«««« «anctitiidinic no»trip «eu Film* «.«mi Spiritus, forma banc «•/' inaifi» quam in/ormaiu, qua igamur non qua a^'amus. (a Patnl i~, vidctur detcribi ». Ihid . c. 20, n I. Et plu» bas, dans lu m«'mc chapitre, n. 4 : • Drum lialtere, Deiini po»idere, de Deo *irero, Dec Tormari et vejrcUri. perliide e»t ac Poiim contcmplari et «mare- » Je lis cnlln dan» le titri- m^me du chapitre 17 ; « Non tam ut forma, c|uam ut hnspos. «anrtinrare Deitas fua lempia dcraonstratur. ■ Ouon veuille bien remarquer d'ailleur» que. d'apK's ce» teito», Tlioinas*in ne parait pas «oulenir une imion qui . serait singulièrement propre au 8aint-K»piit

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rable. Laissons Petau, le plus connu et le plus grand d'entre eux, le plus profondément versé dans l'étude et la lecture des Pères, nous exposer lui-même sa propre pensée. Par là nous jugerons assez quelle peut être celle des autres (1). Il remar(pie tout d'abord que, d'après le sentiment commun des théologiens, l'habitation spéciale de Uieu dans les allies justes, et l'union qu'il contracte avec elles, ne sont le patrimoine ])ropre d'aucune personne en |)articulier. C'est par appropriation qu'on les atlribiie singulièrement à l'Esprit-Saint. Pour lui, il est d'avis que les textes des Écritures et des Pères semblent avoir une .signification ])his |)roionde et plus stricte.

Quel est le mode particulier d'union que ces textes réclament jjour le Saint-Esjirit, « c'est ce qu'ils ne nous ont pas expliqué clairement. Aussi parmi ces ombres et dans cette incertitude, est-il besoin d'avancer plutôt par conjectures que par aflirmations catégoriques, avec prudence et circonspection, pour éviter un double écueil : celui d'exalter outre mesure et celui de trop rabaisser un si grand bienfait. Quant à notre sentiment particulier, ajoute-t-il, ou je ne le dirai pas, parce qu'il n'est pas en-

(l> Pui»<|Me l'occasion s'en présente, notons, en passant, l'équivoque qui se cache souvent sous les brillantes formules d'union substantielle ou (l'union personnelle du Saint-Esprit avec les justes. Si l'on veut dire que le Saint-Esprit n'est pas seulement dans les facultés de l'ànic et |>ar ses eiTets, mais qu'il est dans la substance même, en personne et par sa propre substance, rien de plus vrai que l'idée qu'on exprime, bien que l'expression doive en être rectifiée par quelque correctif. Mais si l'on prétendait signifier par là que c'est une union vraiment substantielle et personnelle, je ne vois plus comment il n'y aurait pas union de deux substances en une seule substance. c"est-à dire ou l'union rêvée par les Eutycliicns en Jésus-Christ, ou l'union hypostalique : car où deux substances ne sont pas unies de manière a former une seule substance, l'union n'est ni ne peut être qu'accidentelle.

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