SCÈNE III
MAGHUT, CABOUSSAT.
C'aboussat entre par la droite, premier plan, un livre à la Main et plongé dans sa lecture.
Maouvr, à part.—Il ne me voit pas ....il creuse. 10 CABOUSSAT, lisant et à lui-même.
“ Nota.—On reconnaît mécaniquement que le participe suivi d’un infinitif est variable quand on peut tourner l'infinitif par le participe présent.” (Paré. ) Il faut tourner l'infinitif par le participe... Ah ! j'en ai mal à ‘a tête! 15 Macuur, à part.—Je parie que c’est du latin....ou du grec. (Il tousse.) Hum! hum!
CABOUSSAT, cachant vivement son livre dans sa poche— j Ah ! c’est toi, Machut ?
Macuaur.-Je vous dérange, monsieur Caboussat ? 2 CaBoussar.—Non....je lisais..
.. Tu viens pour la
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vache ?
| Macaur.—Oui.... et j'ai appris l'événement. | CABOUSSAT.—Un morceau de verre ....est-ce drôle
| Une vache de quatre ans.
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Maonvr.—Ah! monsieur, les vaches . ça avale du verre à tout âge ....J'en ai connu une qui a mangé une éponge à laver les cabriolets.. .. à sept ans ! Elle en est morte.
Cagoussar.—Ce sue c'est que notre pauvre humanité! 5
Macuur.—Ah (à ! j'ai à vous parler de votre élection. . . ça marche.
Here On peut dire qu’elle était joliment troussée, votre circulaire ! Je compte sur 10 une forte majorité.
CaBoussar.— Tant mieux ! quand cela ne serait que pour faire enrager Chatfinet, mon concurrent.
Macuur.—Et puis, savez-vous que nommé, pour la seconde fois, président du comice agricole d’Arpajon, vous 15 pouvez aller loin .... très loin.
CABOUSSAT.—Où ça ?
Macaur.—Qui sait?.... Vous êtes déjà du conseil municipal. ,..Vous deviendrez peut-être notre maire un jour! 2
CaBoussar.— Moi? Oh! quelle idée !.... D'abord, je ne suis pas ambitieux... .et puis la place est occupée par monsieur Rognat, depuis trente-cinq ans.
MacxuT.—Raison de plus! chacun son tour....il y a assez longtemps qu'il est là!.... Entre nous, ce n’est pas 35 un homme fort ni instruit...
CaBoussaT.—Mais cependant...
Macaur.—D'abord....il ne sait pas le grec...
Cagoussar.— Mais il n’est pas bien nécessaire de savoir le grec pour être maire d’Arpajon. &
Macaur.— Ca ne peut pas nuire.... Voyez-vous, moi, je cause avec l’un et avec l’autre. . . . j'entends bien des choses
-..-et je vous prédis qu'avant peu vous ceindrez l’écharpe municipale,
5 CaBoussar.—Je ne le désire Pas....je ne suis pas
ambitieux. ...mais cependant je reconnais que, comme maire, je pourrais rendre quelques services à mon pays.
Maouur.—Parbleu ! et vous ne vous arrêterez pas là. Casoussar.— Certainement, une fois maire....
Macuur.— Vous deviendrez conseiller d'arrondissement,
CaBoussar.— Franchement, je ne m’en crois pas indigne ....et après!
Macaur.—Conseillér géréral.
CaBoUssaT.—Oh ! non, c’est trop!... et aprèsi Macaur.— Qui sait 1... député, peut-être.
CABoussAT.—J’aborderais la tribune !... .et après ? Macaur.— Ah! dame!... “après... .je ne sais pas ! CABOUSSAT, à lui-même. — Conseiller général... . député!
(Se ravisant, et avec tristesse. ) Mais non, ça ne se peut 2 pas! j'oublie que ça ne se peut pas.
Macuvr.—Mais il faut commencer par le commencement
+. être d’abord président du comice. .. .J’ai vu les principaux électeurs. . . .ça bouillonne.
CaBoussaT.—Ah !....ça bouillonne. ... pour moi ?
2% Maoxur.—Tout à fait. ...Par exemple, il y a le père Madou qui vous en veut...
CaBoussar.— À moi?... + Qu'est-ce que je lui ai fait ? Macuaur.—Il ous trouve fier.
CaBoussar.—Sil est possible! Je ne le rencontre pas
# sans lui demander des nouvelles de sa femme... .à laquelle je ne m'intéresse pas du tout.
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MacauT.—Oui....vous êtes gentil pour sa femme... mais pas pour ses choux...
Casoussar.—Comment ?
Macuur.—Il en à fait un arpent pour ses vaches... il prétend que vous êtes passé devant dix fois, et que vous ne 5 lui avez jamais dit : “ Ah ! voilà de beaux choux !” Comme président du comice, il soutient que c'était votre devoir.
Casoussar.—Ma foi ! à te parler franchement, je ne les ai pas regardés, ses choux.
Macaurt.—Faute!....faute!....Chatfinet, votre con- 19 current, a été plus malin, il lui a dit ce matin : “ Mon Dieu ! les beaux choux ! ”
CaBoussaT.—Il a dit cela, l'intrigant ?
Macuur.—Vous feriez bien d’aller voir le père Madou, en voisin. ... et de lui toucher un mot de ses choux... 15 sans bassesse ! Je ne vous conseillerai jamais une bassesse !
CaBoussaT.—Tout de suite! J'y vais tout de suite! (Appelant.) Jean!
JEAN, entrant par le pan coupé de droite. — Monsieur !
CABOUSSAT, va à Jean.—Mon chapeau neuf... . dépêche- 3 toil....(Jean sort par la porte latérale, à droite.)
MacauT.—Je vais avec vous....je vous donnerai la réplique.
JEAN, apportant le chapeau.—Voilà, monsieur.
CaBoussar.—Une idée... .Je vais lui en demander de la 3 graine, de ses choux.
Macuur.—Superbe !