‹ La grammaire [microforme]Chapitre 74 sur 77 · VADIUS · texte numérisé non relu

VADIUS

Le défaut des auteurs, dans leurs productions, C’est d’en tyranniser les conversations, D’être au palais, au cours, aux ruelles, aux tables, De leurs vers fatigants lecteurs infatigables. Pour moi, je ne vois rien de plus sot à mon sens Qu'un auteur qui partout va gueuser des encens ; Qui, des premiers venus saisissant les oreilles, En fait le plus souvent les martyrs de ses veilles, On ne m’a jamais vu ce fol entêtement ; Et d’un Grec là-dessus je suis le sentiment, Qui, par un dogme exprès défend à tous ses sages L’indigne empressement de lire leurs ouvrages. Voici de petits vers pour de jeunes amants, Sur quoi je voudrais bien avoir vos sentiments.

PABCAL (1823-1852), the famous writer of les Lettres Provinciales (a criti. cism of the Jesuits). The first extract is the peroration ofthe twelfth letter. The other extracts are from his Pensées. They are all celebrated passages, distinguished for elevation of thought and sentiment, and for elegance and strength of expression.

C’est une étrange et longue guerre que celle où la violence essaie d’opprimer la vérité. Tous les efforts de la violence ne peuvent affaiblir la vérité, et no servent qu’à la relever davantage. Toutes les lumières de la vérité ne peuvent rien pour arrêter la violence, et ne font que l’irriter encore plus. Quand la force combat la force, la plus puissante détruit la moindre : quand on oppose les discours aux discours, ceux qui sont véritables et convaincants confondent et dissipent ceux qui n’ont que la vanité et le monsonge: mais la violence et la vérité ne peuvent rien l’une sur l’autre. Qu'on ne prétende pas de 1à néanmoins que les choses soient égales : car il y & cette extrême différence, que la violence n’a qu’un cours borné par l’ordre de Dieu, qui en conduit les effets à la gloire de la vérité qu’elle attaque: au lieu que la vérité subsiste éternellement, et triomphe enfin de ses ennemis, parce qu’elle est éternelle et puissante comme Dieu même.

[This is a satire on that excess of patriotic feeling which in France bears the rame of Chauvinisme.]

Pourquoi me tuez-vous? Eh quoi! ne demeurez-vous pas de l’autre côté de l’eau? Mon ami, si vous demeuriez de ce côté, je serais

xii Exrracrs ror Sreur TRANSLATION.

un assassin, cela serait injuste de vous tuer de la sorte; mais puisque vous demeures de l’autre côté, je suis un brave, et cela est juste. «

LT A L’éloquence continue ennuie. :

Les princes et rois jouent quelquefois. Ils ne sont pas toujours sur leurs trônes ; ils s’y ennuient : la grandeur a besoin d’être quittée pour être sentie.

La continuité dégoûte en tout. Le froid est agréable pour se chauffer.

L'homme n’est qu’un roseau, le plus faible de la nature, mais c’est Un roseau pensant, Il ne faut pas que l'univers entier s’arme pour l'écraser, Une vapeur, une goutte d'eau suffit pour le tuer. Mais quand l'univers l'écraserait, l’homme serait encore plus noble que ce qui le tue, parce qu'il sait qu’il meurt ; et l'avantage que l'univers a sur lui, l'univers n’en sait rien.

Toute notre dignité consiste donc en la pensée. C’est de là qu’il faut nous relever, non de l'espace et de la durée que nous ne saurions

remplir. Travaillons donc à bien penser: voilà le principe de la morale.

Les sciences ont deux extrémités qui se touchent : la première est la pure ignorance naturelle où se trouvent tous les hommes en naissant ; l’autre extrémité est celle où arrivent les grandes âmes, qui, ayant parcouru tout ce que les hommes Peuvent savoir, trouvent qu'ils ne savent rien, et se rencontrent en cette même ignorance d’où ils étaient partis, Mais c’est une ignorance qui se connaît.

FE EN A Rem

Que l’on a bien fait de distinguer les hommes par l’extérieur, plutôt que par les qualités intérieures ! Qui passera de nous deux ? Qui cédera la place à l’autre? Le moins habile ?

habile qui lui. Il faudra se battre sur cela. Ila quatre laquais, et je n’en ai qu’un: cela est visible ; il n'ya qu'à compter ; c’est à moi à céder, et je suis un sot si je conteste. Nous voila en paix par ce moyen: ce qui est le plus grand des biens.

Mais je suis aussi

que

EXTRACTS FOR SIGHT TRANSLATION. xiii

MADAME Du SÉVIGNÉ (1626-1608), famous letter-writer. The extract given 1s not from one of the most famous of her lettors. It was written when she was an elderly lady, from her residence in Bretagne, to her much-cherished daughter in Provence, to whom a large number of her letters were addresaod, It is written in that beautiful, simple, choorful style which always characterised her letters.

Madame de Sévigné à Madame de Grignan Aux Rochers, dimanche 18 septembre, 1689.

Vous voulez savoir notre vie, ma chère enfant, ln voici: Nous nous levons à huit heures, la messe à neuf ; le temps fait qu’on se promène ou qu’on ne se promène pas, souvent chacun de son côté : on diîne fort bien; il vient un voisin, on parle de nouvelles; nous travaillons l’après-dinée, ma belle-fille à cent sortes de choses, moi à deux bandes de tapisserie que Madame de Kerman me donna à Chaulnes ; à cinq heures on se sépare, on se promène, ou seule, ou en compagnie ; on se rencontre à une place fort belle, on a un livre, on prie Dieu, on rêve à sa chère fille, on fait des châteaux en Espagne, en Provence, tantôt gais, tantôt tristes, Mon fils nous lit des livres très agréables et fort bons ; nous en avons un de dévotion, les autres d'histoire ; celu nous amuse et nous occupe ; nous raisonnons sur ce que nous avons lu : mon fils est infatigable ; il lit cinq heures de suite si l’on veut. Recevoir des lettres, y faire réponse, tient une grande place dans notre vie, principalement pour moi. Nous avons eu du monde, nous en aurons encore, rous n’en souhaitons point; quand il y en a on est bien aise. Mon fils a des ouvriers, il a fait parer, comme on dit ici, ses grandes allées : vraiment elles sont belles ; il fait sabler son parterre. Enfin, ma fille, c’est une chose étrange comme, avec cette vie tout insipide et quasi triste, les jours courent et nous échappent.

BoïLEAU (1636-1711), the great critic of the seventeenth century. The ex-

tract is from the first canto of l'Art poétique, and contains a number of famous lines. Tothe people of our age it hardly appears to be poetry, but it has, at all events, the excellent qualities of clearness and conciseness. It is & good passage to be learned by heart.

Il est certains esprits, dont les sombres pensées

Sont d’un nuage épais toujours embarrassées.

Le jour de la raison ne le saurait percer.

Avant donc que d'écrire, apprenez à penser.

xiv Exrracrs ror Siaur TRANSLATION.

Selon que notre idée est plus ou moins obscure, L'expression la suit ou moins nette, ou plus pure. Ce quo l'on conçoit bien, s’énonce clairement Et les mots pour le dire arrivent aisément, Surtout, qu’en vos écrits la langue révérée, Dans vos plus grands excès vous soit tu1jours sacrée, En vain vous me frapper S’un son mélodieux, Si le terme est impropre, ou le tour vicieux, Mon esprit n’admet point un pompeux barbarisme, Ni d'un vers ampoulé l'orgueilleux solécisme. Sans la langue en un mot, l’auteur le plus divin Est toujours, quoi qu’il fasse, un méchant écrivain. Travaillez à loisir, quelque ordre qui vous presse, Et ne vous piquez point d’une folle vitesse, Un style si rapide, et qui court en rimant, Marque moins trop d'esprit, que peu de jugement J'aime mieux un ruisseau, qui sur la molle arène, Dans un pré plein de fleurs lentement se promène, Qu'un torrent débordé, qui d’un cours orageux Roulo, plein de gravier, sur un terrain fangeux. Hâtez-vous lentement, et sans perdre courage, Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage, Polissez-le sans cesse, et le repolissez, Ajoutez quelquefois, et souvent effacez.

on er nn.

À peine nous sortions des portes de Trézène :

Il était sur son char ; ses gardes affligés Imitaient son silence, autour de lui rangés :

Il suivait tout pensif le chemin de Mycènes ;

Sa main sur ses chevaux laissait flotter les rênes : Ses superbes coursiers, qu’on voyait autrefois Pleins d’une ardeur si noble obéir à aa voix,

ExTRAOTS FOR SIGHT TRANSLATION.

L'œil morne maintenant et la tête baissée, Semblaient se conformer à sa triste pensée.

Un effroyable cri, sorti du fond &es flota,

Des airs en ce mament a troublé le repos ;

Et du sein de lu terre uno voix formidable

Répond en gémissant à ce cri redoutable.

Jusqu'au fond de nas cœurs notre sang s'est glacé. Des coursiers atte 1tifs le crin s’ust hérissé. Cependant, sur le dos de la plaine liquide,

S'élève à gros bouillons une montagne humide, L'onde approche, se brise, et vomit à nos yeux, Parmi des flots d'écume, un monstre furieux.

Son front large est armé de cornes menaçantes ; Indomptable taureau, dragon impétueux,

Sa croupe se recourbe en replis tortueux,

Ses longs mugissements font trembler le rivage. Le ciel avec horreur voit ce monstre sauvage ;

La terre s’en émeut, l'air en est infecté,

Le flot qui l’apporta recule épouvanté,.

Tout fuit ; et, sans s’armer d’un courage inutile, Dans le temple voisin chacun cherche un asile. Hippolyte lui seul, digne fils d'un héros,

Arrête ses coursiers, saisit ses javelots,

Pousse au monstre, et d’un dard lancé d’une main sûre I1 lui fuit dans le flanc une large blessure.

De rage et de douleur le monstre bondissant

Vient aux pieds des chevaux tomber en mugiasant, 8e roule, et leur présente une gueule enflammée Qui les couvre de feu, de sang, et de fumée.

La frayeur les emporte ; et, sourds à cette fois,

Ils ne connaissent plus ni le frein ni la voix ;

En efforts impuissants leur maître se consume F

Ils rougissent le mors d’une sanglante écume.

On dit qu’on a vu même, en ce désordre affreux, Un dieu qui d’riguillons pressait leur flanc poudreux, A travers les rochers la peur les précipite ; L’essieu crie et se rompt : l’intrépide Hippolyte Voit voler en éclats tout son char fracassé ;

Dans les rênes lui-même il tombe embarrassé.

Excusez ma douleur ; cette image cruelle

xvi ExTracTs ror Siqnr TRANSLATION.

Sera pour moi de ple: + une source éternelle. J'ai vu, Seigneur, j'ai vu votre malheureux fils

Traîné par les chevaux que sa main à nourris,

11 veut les rappeler, ot sa voix les effraie ;

Ils courent : tout son corps n'est bientôt qu'une plaie, De nos cris douloureux lu plaine retentit,

Leur fougue impétueuse enfin se ralentit C

Ils s'arrêtent non loin de ces tombeaux antiques

Où de ses aïeux sont les froides reliques.

J'y cours en soupirant, et sa garde me suit ;

De son généreux sang la trace nous conduit ;

Les rochers en sont teints ; les ronces dégouttantes Portent de ses cheveux les dépouilles sanglantes. J'arrive, je l’appelle ; et, me tendant la main, Il ouvre un œil mourant qu’il referme soudain,

U xIx.

LA RRUYERR= (1645-16.0), the celcbrated author of the Caractères. The first extract is taken from du Mérite Personnel, and the second from de la Mode, and are both characterised by extreme conciseness and elegance as well as by a sharp edge of satire. Both are celebrated passages.

L'or éclate, dites-vous, sur les habits de Philémon : il éclute de même chez les marchands. 11 est habillé des plus belles étoffes : le sont-elles moins toutes déployées dans les boutiques et à la pièce? Mais la broderie et les ornements y ajoutent encore la magnificence : je loue donc le travail de l'ouvrier. Si on lui demande quelle heure il est, il tire une montre qui est un che‘ -d’œuvre ; la garde de son épée est un onyx ; il a au doigt un gros diamant qu’il fait briller aux Yeux, et qui est parfait ; il ne lai manque aucune de ces curieuses bagateiles que l’on porte sur ‘oi autant pour la vanité que pour l'usage ; se plaint (se refuse) non plus toute sorte de Parure qu’un jeune homme qui « épousé une riche vieille. Vous m’inspirez enfin de la curiosité, il faut voir du moins des choses et ces bijoux de Philémon, je vous quitte de la personne,

Tu te trompes, Philémon, si avec ce carrosse brillant, ce grand nombre de coquins qui te suivent, et ces six bêtes qui te traînent, tu penses que l’on t’en estime duvantage. L'on écarte tout cet attirail, qui t'est étranger, pour pénétrer jusqu’à toi, qui n’es qu’un fat.

Ese

ExrRaots roR SIGHT TRANSLATION, xvii

Parlez à cet autre de la richesse des moissons, d’une ample récolte, d’une bonne vendange, il est curieux de fruits, vous n'articulez pas, vous ne vous faites pas entendre : parlez-lui de figues et de melons, dites que les poiriers rompent de fruit cette année, que les pêchers ont donné avec abondance, c'est pour lui un idiomeinconnu, il s'attache aux seuls pruniors, il ne vous répond pas. ‘Ne l’entretenez pas même de vos pruniers : il n'a de l'amour que pour une certaine espèce, tout autre que vous lui nommez, le fait sourire et se moquer. Il vous mène à l'arbre, cueille artistement cette prune exquise, il l’ouvre, vous en donne une moitié et prend l'autre : ‘* Quelle chair, dit-il, goûtez-vous cela ? cela est divin ! Voilà ce que vous no trouverez pas ailleurs.” Et là-dessus ses narines s'enflent, il cache avec peine sa joie et sa vanité pur quolques dehors de modestie. O l’homme divin en effet! homme qu’on ne peut jamais assez louer et admirer ! homme dont il sera parlé dans plusieurs siècles ! quo je voie sa taille et son visage pendant qu'il vit, que j'observe les traits et la contenance d’un homme, qui seul entre les mortels possède une telle prune !

LRSAGE (1668-1747), one of tho most celebrated writers of the elghteenth century. His best-known book is Gi! Blas, astory of adventure, from which the present extract is taken. Gil Blas has become secretary tothe Archbishop of Gronada, and isinvited by his Grace to warn him whenever any “in of the weakness of old age is noticed in his sermons, and to be perfectly

irankin exprossing his opinions. Poor Gi! Blas soon discovers that frank. ness sometimes receives but an ill rer-ard.

Ces paroles firent pâlir mon maître, qui me dit avec un souris forcé : “Monsieur Cil Blas, cette pièce n’est donc pas de votre goût ?—Je

‘ne dis pas cela, Monseigneur, interrompis-je, tout déconcerté. Je la

trouve excellente, quoiqu’un peu au-dessous de vos autres ouvrages. —Je vous entends, répliqua-t-il Je vous parais baisser, n’est-ce pas ? Tranchez le mot, Vous croyez qu’il est temps que je songe à la retraite ?-Je n'aurais pas été assez hardi, lui dis-je, pour vous parler si librement, si Votre Grand: 1r ne me l’eût ordonné. Je ne fais donc que lui obéir, et je la supp.ie très humblement de ne me point savoir mauvais gré de ma hardiesse. —A Dieu ne plaise, interrompit-il avec précipitation, à Dieu ne plaise que je vous la reproche ! Il faudrait que je fusse bien injuste. Te ne trouve point du tout mauvais que vous me disiez votre sentiment. C’esc votre sentiment seul que je trouve mauvais, Ja: été furieusement la dupe de votre intelligence bornée.”

xviii Exrracrs For» SIcxr TRANSLATION.

Quoique démonté, je voulus chercher une modi les choses; mais

de décider. Allez,

de son cabinet, allez dire à mon trésorier qu’il VCus compte cent ducath, et que le ciel i

Adieu, Monsieur Gi] Blas ; souhaite toutes sortes de Prospérités, avec un peu plis

of most varied talents and performances:

The present ext: act is taken from . XXL, one of his short prose stories. Although nota celcbrateg h

VoLrTaIRr (1694-1778), a writer

la plus négligée qui dévore tout ce

qu’un homme comme lui suffisait d’avoir vaincu à dirent que le mot de l'énigme était la re. Zadig dit que c'était “il puisqu'il est Ja mesure

Pour qui attend, : il s'étend jusqu’ à l'infini en gra:

fortune, le temps: Rien n° de l'éternité jets

naturalist, The present, Discours de Réception à l'Académie

Burron (1707-1788), taken from his celebrated Pronounced

extract is

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