La Grand-Tronciade ou Itinéraire de Québec à la Rivière-du-Loup [microforme]
Le profane vulgaire, ravivant la fable du renard et des ‘“ raisins trop verts,” dit et décide, avec une morgue insolente, que les poètes soni de pauvres sires.
C’est bien malin cela! car, ce qu’on veut donner à entendre diffère beaucoup du sens littéral des mots, qui, pris en eux-mêmes, ont du vrai sous certain rapport.
Disons-le, en toute humilité, on veut par là faire entendre que nous sommes....un peu fous.
Hum ! hum! ça nous rabat un peu joliment le caquet tout d’abord ; mais laissons dire, laissons dire sans sourciller. Nous sommes en telle compagnie, que quelques noms seulement de nos maîtres en poésie feraient voir, sans discussion possible, que nous sommes à vrai dire les aristocrates de la pensée.
N’importe, je le concède volontiers, nous sommes fous, et archifous, si l’on veut.
Mais, on nous l’accordera, nos folies font parfois du bien au cœur. Elles font naître de douces, d’agrét.bles, de salutaires émotions. Le front devient rêveur, Pœil humide, et parfois un bon, un franc rire, vient, en nous lisant, épanouir la rate, et mettre au cœur du baume et de la gaîté pour longtemps.
Faire rire, tel est mon but, à moi, dans ce poème, ouvrage bedin, que j’ai fait, comme en jouant, pour
égayer d’abord les lecteurs d’un journal, ou i] a déjà paru en grande partie, et que je publie maintenant au complet pour l’amusement du bon public.
Pour tout dire, en un mot, mon poème de la Grand- Tronciade est dans le genre qu’ont fondé Boileau et Gresset, le premier dans le Lutrin, et le second dans Vert- Vert, le Lutrin vivant, et le Caréme Impromptu, ouvrages qui auraient, à eux seuls, conquis à leurs auteurs le rang élevé qu’ils occupent dans la littérature, puisque ce sont, sans contredit, leurs plus beaux titres à la gloire !
En effet, n’y a-t-il pas au moins autant de mérite à faire rire qu’à faire pleurer ? Puis on peut dire tout en riant des choses fort sérieuses, et je ne m’en suis pas fait faute, comme on pourra voir, donnant ainsi à mon poème tantôt la couleur didactique et tantôt la couleur de la satire.
De cette façon, j’espère avoir assez varié les tons, pour qu’on ne me reproche pas d’avoir poursuivi trop exclusivement le rire dans cette composition, qui d’ailleurs, étant le premier poème d'invention de longue haleine qui se soit encore produit sur la scène littéraire de notre pays, mérite à ce titre un accueil favorable, lequel sera pour d’autres une invitation à me suivre.
Et moi-même, c’est grâce à un premier succès dans un petit poème du même genre que j’ai osé entreprendre celui que je donne maintenant.
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Sur ce, lisez ma Grand-Tronciade, si le cœur vous en dit, et, si après l’avoir lue d’un bout à l’autre, il ne vous est point échappé quelques éclats de franc rire, vous pourrez être assuré, cher lecteur, qu’un de nous deux est véritablement... .un pauvre sire.
ARTHUR CASSEGRAIN.
Québec, 27 Décembre, 1865.