‹ La Grand-Tronciade ou Itinéraire de Québec à la Rivière-du-Loup [microforme]Chapitre 11 sur 15 · SEPTIÈME CHANT · texte numérisé non relu

SEPTIÈME CHANT

{ Là-bas, qu’a la commère à tant jaser soudain ? Sa lang: : se: ile agir avec un double entrain.

Depuis nc::: : : part, elle faisait merveille ;

Muis mainiwuant mais vit-on chose pareille ?

4 C’est vraiment un moulin, une machine à son,

Elle vous coiffe tous de la bonne façon :

Elle habille son homme, à son aise en babille, Puis sans désemparer, bref vous le déshabille. Monsieur a fait ceci, Madame a fait cela...

Tâchez si vous puuvez de la mettre à quia !

Je vous le donne en cent, je vous le donne en mille... C’est le journal du bourg, le journal de la ville, Le sac à tout cancan, des on-dit le panier:

Son cerveau pour le tout est un vaste grenier !....

Son interlocutrice est notre vierge antique, Laquelle avec bonüeur prend toute la boutique, La médite avec soin, pour mieux s’en souvenir, Et puis la commenter un beau jour à venir...

Commère et vieille fille ont grande sympathie : L'une jase par goût, l’autre par jalousie ;

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Mais de médire autant, cette démangeaison,

Du passage à Saint-Jean prend-elle sa raison ? Devient-on dans ce lieu par effet d’atmosphère Plus loquace et bavard que l’on n’est d’ordinaire ? Ou ce surcroit de langue est-il un accident ?

Sans en dire plus long je donne lincident.

De Saint-Jean à Saint-Roch l’on a passe bien vite : Or, den parler un peu Saint-Roch ic invite ; Mais que faire de bon quand l’auteur de Guérin

A décrit ces coteaux de son puissant burin ?....

Puis, si je suis trop long, je crains que je ne tanne : J’en viens donc tout de suite à parler de Sainte-Anne. Sainte Anne !.. certe ici, c’est un besoin du cœur, Parlerde cesbeaux lieux, c’est pour moi du bonheur ".… Car, si ce fut L’Islet qui me donna naissance, Sainte-Anne a fait autant pour mon intelligence ! C’est là que je goûtai les plaisirs de l’esprit,

Qu’au désir de savoir mon jeune cœur s’ouvrit.…

Là, j’appris la parole et j’appris la pensée,

En un mot ma jeunesse en ce lieu s'est passée …

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Oh ! que j’aime, Sainte-Anne, à revoir tes grands bois Où, les jours de congé, nous allions chaque fois !

Et tes nombreux vallons, tes abruptes montagnes Qui te font si jolie entre toutes campagnes — Cominent nommions-nous donc chaque bois, chaque

[mont :

-— Ici, c’étaient les Pins, là, le mont Salomon. Là-bas, au Cap Martin, nous faisions la compote, Nous gravissions parfois la montagne à Boutotte,

Et toi, collége aimé, caché dans les sapins,

Que j'aime ton balcon, tes superbes jardins !

Et ton jeu de pelotte assis sur la grand’buite !

Et ta verte pelouse où nous faisions la lutte !

La côte à vive glace où nous glissions l’hiver!

Et jusqu’à ce grand trou qu’on appelait l’Enfer ! Puis, au rocher voisin, {4 Cabane des fées,

Sur laquelle on contait tant de blagues fieffées !

Et puis encor le lac, notre beau lac, là-bas Où les grands allaient voir les époux Bourgelas !

Bourgelas, 6 brave homme, et vous sa digne dame, Votre nom est encor rayonnant dans mon âme... Pour nous tous écoliers que vous étiez donc bons, Dans votre humble logis isolé près des monts ! Vous m’étiez pas très-forts sur la littérature,

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fois !

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Mais vos cœurs étaient grands, grandscomme la nature!

Il m’en souvient encor, nous étant mis à sac,

Pour cadeau d’une robe à la dame du lac,

Nous montâmes un jour, ceux de philosophie,

Pour la lui présenter avec cérémonie.

C’est Didier, un farceur, qui, chargé de cela,

Prononça mot pour mot le discours que voilà :

‘* Madame—Jupiter, et Diane et Bacchus,

‘ Junon, Pluton, Vulcain, Cupidon et Vénus,

‘ Ces gens d’antiquité, n’ont jamais dans leur âme

‘ Connu le sentiment qui nous met tout en flamme.

‘ C’est la reconnaissance et l’amour éternels

‘ Que nous éprouvons tous pour vos soins maternels...

‘* Combien de plats de lait nous bûmes plein d’ivresse !

‘ Que de fois votre époux aida notre détresse !...

“ Ces bienfaits sont gravés au fin fond de nos cœurs,

‘ Où brûle pour eux tous un océan d’ardeurs !

‘“ Puisse ce faible don être à jamais le gage

“ Du grand feu de nos cœurs qui vous en font hom- [mage :

“ Et puis cet humble habit, qui va vous revêtir,

‘ Aux pauvres écoliers valoir un souvenir !...

‘ Noble dame, vivez, vivez tant que Saturne

“ Aura des grains de sable au fond de sa vieille urne!

Vivez tant qu’au rivage on verra des cailloux :

“ C’est le dernier des vœux que nous formons pour

[vous....?

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Et tandis qu’il parlait, notre sensible hôtesse Vo Versait en sanglotant des larmes d’allégresse. 1 lo Le père Bourgelas et son petit garçon Sot S’en acquittaient aussi d’assez bonne facon. 4 Ca Quant à nous nos mouchoirs nous cachaient la figure. C’e Mais non point pour pleurer, certes je vous le jure ! Qu:

Comme au reste parfois on pouvait s’en douter, Si ces candides gens eussent pu suspecter ; Mais un éternuement, de distance en distance, Venait fort à propos couvrir chaque imprudence.

Pourtant ne dites point que nous étions ingrats ; Dis

Garder le sérieux nous ne pouvions, hélas ! Qu’

Avant que de ravir au capot sa malice, Qu’

Vous pourriez de pincer empêcher lécrevisse.... Ma

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Tout cela me revient, me sourit et m’enchante, ..…. Dé:

N'est-ce pas, cher lecteur, la chose est fort touchante ? Voi

Or, pourtant je vous dis, et soyez-en certain, Not

Pour aimer tout cela faut un peu de lointain. 1 No

Collége en souvenir est fort aimable chose ; Qui Mais pour les écoliers ce n’est pas toujours rose : À

C’est parfois le ragoût qui n’est pas ragoütant, Ce:

Et puis un grand pensum qui vous fait repentant ; Son

Puis un thème bien long qui vous casse la tête ; Et le grec, l’affreux grec, qui surtout vous embête.

la figure.

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Voyez le tendre Alfred, l’écolier de tantôt, Il donnerait gratis, s’il pouvait, son capot. Son cœur est gros de pleurs, quoiqu'il fasse son homme ; Car laisser Malvina, puis ce cher Maccallomme, C’est, n'est-ce pas, bien dûr et bien triste après tout, Quand c’est pour retourner au collége surtout ?....

Disons, en concluant, sans que mentir il faille, Qu'un collége a vraiment son revers de médaille ; Qu’il n’est rien de plus beau, vu dans le souvenir, Mais que bien peu de gens y voudraient revenir. Car si l’on s’y nourrit du lait de la science,

On a maint diable-bleu, soit dit en conscience. ..... Sur ce, charmant séjour, adieu! salut encor !

Car les chars tout-à-coup ont repris leur essor ; Déjà je ne vois plus que ton superbe dôme...... Voici que nous entrons bientôt dans Saint-Pacôme. Nous sommes arrivés—Près de la station

Nous passons un cours d’eau digne d’attention, Qui par sa profondeur et sa puissante masse

A mérité d’avoir sur la carte une place :

C’est la Rivière-Ouelle aux replis sinueux ;

Son cours à l’embouchure est grand, majesiueux...

En remontant un peu, l’on rencontre un village Qui porte même nom comme enfant du rivage.

Rivière-Ouelle, oh ! viens ! terre du souvenir! Ton nom par la légende a droit à l’avenir!

Viens, l’aimable conteur est l’enfant de ta rive. Tu te taisais encore, il a crié qui vive. .....

Et soudain l’ex-volo, s’animant à sa voix,

Lui raconte un miracle inédit d’autrefois...... Puis de rouges guerriers apparait une troupe Ayant une jongleuse au milieu de leur groupe, Et puis madame Ouelle avec son tendre enfant... Leurs cadavres scalpés...puis des démons hurlant.

Cadavres et démons, direz-vous, c’est tragique.— Vous aimez, je conçois, un peu plus le comique. Mais pardon ! bon lecteur, à l’aspect de ces lieux, Berceau d’un père aimé, je devins sérieux...

Mon cœur s’éprend soudain d’une grande nature Qui valut deux joyaux à la littérature,

Laquelle en ce pays, quoique naïssante encor, Voit déjà s’entr’ouvrir pour elle l’âge d’or...... Maintenant sans tarder, il faut qu’on mentionne

Le fier marsouin qui là, près de ces bords, foisonne :

Dix louis par tête, hum ! c’est un fort beau poisson !

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)e, 1t CR] lurlant.

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)isonne :

>isson !

Pourtant avec cela l’on y prend du saumon.—

‘ Du saumon, direz-vous, que ma chance est donc [belle ! ??

Beau gourmand, par malheur, adieu, Rivière-Ouelle ;

Bonsoir done, le saumon, maintenant mes amis,

Les chars n’attendent point... .on entre à Saint-Denis.

Fin du septième Chant.

HUITIÈME CHANT. à Saint-Denis !..ce seul nom, au ci-devant village l A: Fait effet que sur Rome a fait jadis Carthage... D In Rappelant les combats de ces lieux si fameux, U Op. Nos deux cantons voisins guerroyèrent entre eux : P] Sans trêve, ni merci, mais disons, sans épée : P Par la langue et le poing se donna la râpée...... | Où La pomme de discorde au fond de tout cela D C’était d’élire un membre à tout Kamouraska. Te Le but valait la peine et sujets étaient dignes ; | G

Tout aurait bien été, mais des moyens indignes Longtemps firent rougir les fronts de nos bon vieux. | Loyauté, politesse, Ô vertus des aïeux !

| BE Vous subîtes alors bien plus d’un grave outrage.... 41 O mon beau Canada, bien souvent sur ta plage, ; Depuis ces tristes jours, on a vu tes enfants De leurs voix, de ton sort, trop sordides marchands, Se coter à vil prix !....et quand leur conscience E “€ Resta sourde au métal, la lâche violence à l De l’urne des voteurs vint fausser les arrêts ; C Et le forum parla par les coupe-jarrêts !...,

nes 1 vieux.

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