‹ La Grand-Tronciade ou Itinéraire de Québec à la Rivière-du-Loup [microforme]Chapitre 10 sur 15 · SIXIÈME CHANT · texte numérisé non relu

SIXIÈME CHANT

Mais tandis que la paix se faisait dans l’enceinte, C'était guerre au dehors ; mais c’était guerre sainte : Guerre d’un opprimé contre son oppresseur,

Guerre de braves gens contre un vil imposteur.

Vous souvient-il un peu de l’être sanguinaire

Qui voulait à tout prix saigner certain notaire.

Puis, après insuccès, s’adressant au Seigneur, Voulut le soulager d’un excès de couleur ;

Quand au même moment qu’il levait sa lancette,

Il fit fort à propos cette belle pirouette

‘ Qui l’eut mené du coup tout droit à Saint Paschal ‘ Si par malheur un banc ne l’eut pris à cheval... ? ”? Depuis cet accident, notre homme fut tranquille, Quoiqu’il fit en son cœur une abondante bile.

Bien des fois, il est vrai, son démon lui souffla

De saigner de nouveau ; mais il en resta là, Craignant de s’attirer un plus fâcheux orage,

Et pour ses pauvres reins un plus sensible outrage.

Il fut pourtant deux fois bien près de s’élancer : Primo quand la Discorde osant se déguiser

Sous des traits bien connus, montra son teint de rose : Secundo quand Noirmont ayant outré la dose

Fit à notre Alvina perdre le sentiment.

Pour notre homme ce fut un horrible moment

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De ne pouvoir alors employer sa lancette À remplir seulement une simple palette......

Aussi comme il jura par tous ses plus grands dieux,

De quitter au plus tôt ces tyranniques lieux, Pour fondre tout-à-coup sur un point de la côte, S’il pouvait en trouver dont il n’eût été l’hôte! Et là saigner, tailler et purger à son saoûl Jusqu’à ce qu'après lui ne restât plus un sou. Or l’Islet lui paraît justement son affaire ;

C’est là que va briller son cruel savoir-faire ; Du moins il le croyait, le stupide animal, Lorsque tout au contraire il choisissait très-mal. Car l’Islet, en son sein, a le grand avantage D’avoir deux médecins (et deux bons!) en partage, Qui tous deux de Laval dûment licenciés,

Sont de tous leurs clients très-fort appréciés.

Or certain forgeron, de paroisse voisine, Dont le dit charlatan avait fait la ruine, Se trouve justement au dépét par hasard, Quand notre individu, sautant du premier char,

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à cire DD,

Apparut à ses yeux quêtant nne voiture ;

Le vrai fils de Vulcain a compris l’aventure,

Et conçoit aussitôt un plan de sa façon

Pour donner à l’intru la plus belle leçon

Que jamais n’a donnée aucun maître de danse, Enseignant une gigue ou bien la contredanse.

Il s’arme de son fouet et puis presto, vlan !..vlan !.. D'une grêle de coups il lui cingle le flanc.

Notre homme s’exaspère et puis veut passer outre ; Le forgeron a dit le nom de ce Jean-Foutre,

Et ce nom abhorré, vrai cri de ralliement,

Fait siffler trente fouets dans un même moment?...,

ë Vainement l’effronté veut s’ouvrir un passage,

On lui fait tôt sentir que ce n’est pas très-sage.

Tels de nombreux chasseurs traquent un sanglier Qu'ils ont vu s’élancer du milieu d’un hallier :

La bête veut en vain découvrir une issue,

Une forêt de dards frappe partout sa vue...

Argus, dis-moi les noms des premiers de ces preux De ces vaillants fouetteurs au bras si valeureux ; Protecteurs généreux de leur noble village,

Que leurs noms vénérés soient transmis d’âge en à Celui-ci tout d’abord, au pit‘oresque aspect,

Près de cette calèche à l’imposant soufflet,

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preux,

C’est Luno dont l’œil fier et la face fleurie Nous présentent la fleur de la chevalerie ; Cet autre au large front, c’est Petouche-Carlo, Espagnol renommé du sang de don Carlo.

Mais le plus grand de tous, de tous le plus sublime, C’est le fils de Vulcain dont le fouet magnanime Sifle et siffle sans cesse ainsi qu’un long serpent, Qui se tord, se déroule, et s’élance en sifflant !.... Le grand poète Homère a prôné haut la gloire

De héros dont les noms ont moins droit à l’histoire. Luno valait Ajax, et Petouche Nestor ;

Et le fils de Vulecain le fier vainqueur d’Hector.... Ah ! puisse un jour ce chant de la Grand-Tronciade Avoir pour eux l’effet des chants de lIlliade !

Et puis mes humbles vers, dans la postérité,

Rester pour eux un gage à l’immortalité !....

Lecteurs de tels exploits, vous devinez la suite... Le vaincu fut forcé de prendre enfin la fuite,

Et d'entrer dans les chars d’où naguère parti

Il comptait de L’Islet tirer si bon parti...

Et ses rêves brillants ! tous ont pris leur volée...

Il ne lui reste hélas !....qu’une bonne volée !.......

La cloche, au même instant, annonçait le départ,

Et chaque passager a regagné son char,

Bénissant le Grand-Tronc dont la grande sagesse

Leur a fait d’un quart d’heure à propos la largesse.

Un quart d’heure est bien court pour un bon appétit ;

Mais on en prend, ma foi, le morceau moins petit.

Chacun doit se servir façon américaine,

Au plus prompt le bon plat, au plus prompt bonne [aubaine !

Et puis lorsque ça sonne et qu’il reste un pâté,

Vite, ouvrez votre poche, et qu’il soit emporté !

L’écolier, en ceci, doit servir de modèle ;

Voyez comme il se bourre et dévore avec zèle ! Comme dans son gousset il met la main souvent, Et l’en retire vide à chaque fois pourtant !

C’est qu’il voyait déja dans sa sombre pensée

De son collége hélas ! la triste fricassée ;

Et tel que l’écureuil pour la froide saison,

D’un grand nombre de fruits il fait provision.

Il n’omet pas non plus son petit coup de bière Qu’il va prendre au comptoir à l’insu de sa mère. De cette dame aussi jugez l’étonnement

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Lui.

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appétit ; petit.

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| Quand son timide Alfred se livre au sentiment,

Et poursuit Malvina de sa galanterie ;

{ Lui qui jamais ne fut amoureux de sa vie !

| Elle tousse, s’agite et croit l’enfant perdu,

Lorsque d’en faire un prêtre, elle aurait bien voulu Enfin poussée à bout, n’y pouvant plus tenir,

1 Elle rappelle Alfred et sait le retenir ;

| Puis d’un fameux sermon elle tance mon homme, 4 Et détruit à l’instant l'effet du Maccallomme.

Mais ce jus pour cela n’est pas à condamner,

{Comme un jus dangereux et propre à nous damner. Non, le fait au contraire est la preuve évidente {Qui montre sa vertu sagement influente ;

411 aide cet enfant par plus d’expansion,

A se bien éclairer sur sa vocation.

HAprès tout vaut mieux être un mari bien sincère

qu’un membre dissolu du sacré ministère.

’admettrai que ce jus, lorsque l’on en prend trop,

MDans les bras du sommeil vous emporte au galop ; MMais le sommeil est-il chose si dangereuse ;

J'en connais pour qui c’est chose fort précieuse ; Hxemple : regardez tout auprès, dans ce coin, ’st Monsieur le Shérif ronflant comme un marsouin.

Lorsqu’il est éveillé, c’est un homme adorable ;

Mais lorsqu’il dort pourtant il est bien plus aimable. È

Depuis fort peu de temps les chars avaient quitté Le dépot de L’Islet en dernier lieu cité,

Quant du brave Paulet la voix si ponctuelle Annonce aux passagers une halte nouvelle :

Trois Saumons ! ” a-t-il dit, d’un poumon de stentor, k

Et ce cri, qui, je crois, réveillerait un mort,

À tiré le shérif de son paisible somme ;

Il comprend que l’on vend le poisson que l’on nomme :

‘J'en prends deux, toi, Miller, prends donc l’autre [pour toi,”

Ainsi s’est écrié le dormeur plein de foi ;

Mais de tout l’auditoire un rire inextinguible

Rend à ce vrai gourmet la chose plus sensible ;

Il se frotte les yeux et devient tout surpris

De voir que, dans son somme, il s’est ainsi mépris,

Il en rit aux éclats et lui-même ilen glose

Et ne donnerait pas pour deux saumons la chose.

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rable ; 1s aimable.

1 de stentor, À

t, on nomme :

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le ible ;

mépris,

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— Mais d’où vient, direz-vous, ce nom de Trois- [Sau nons ?

— D'abord ici n'existe aucun des dits poissons.

On n’en a jamais vu, d’autant qu’on se souvienne,

Mais d’après les bons vieux, une légende ancienne

Raconte qu’un beau jour, trois dits individus,

Désirant éviter d’être mangés tout crus

Par des monstres marins iancés à leur poursuite,

S’en vinrent jusqu'ici dans l’ardeur de leur fuite,

Montèrent la rivière et sautèrent le saut,

Puis se sont éclipsés, pour tout dire en un mot.

Vous voyez, chers lecteurs, que pour un bon compère, Vous baptiser un lieu, c’est fort petite affaire !

On vous lui braque un nom sur le moindre incident, Et puis le nom lui reste à moins d’un accident.

Ca vous intrigue un peu, mais qu'importe au baptême ?

Pour tous les sobriquets n’en est-ce pas de même ? On accole à vos noms un Pochelte, un Grelot ; Celui-ci, c’est Pétard, celui-là Béte-à-l’eau ;

‘est un Monsieur Lelong, c’est Monsieur La ficelle, Monsieur le Bras-de-fer ou Monsieur La bebelle..….….. Oh! mais, n’en dites rien, fameux individus,

Au jour du jugement vos noms seront rendus ;

Alors rois, empereurs, deviendront vos confréres,

Le Grand, Le Gros, Le Bel, vous traiteront de frères, Et puis, heureux mortel! 6 bonheur sans égal !

Vous serez dans le bras du Petil-Caporal !.….

Si jai dit ci-dessus que jamais tels poissons,

Ne sont vus en ce lieu qu’on nomme Trois-Saumons, En revanche l’on voit la truite saumonée,

Au lac dont la rivière est plus haut couronnée.

Ici, pendant l’été, grand nombre d'amateurs

Du plaisir de la pêche, agrément des rêveurs, Viennent se délasser des travaux de ce monde,

A lPombre des sapins dormant au bord de l’onde.

— Salut à toi, beau lac! solitaire joyau ! Il Salut à ta forêt dont le riche manteau N T’enveloppe et te cache ainsi qu’une fiancée V Qu'on dérobe à la foule autour d’elle empressée !.… C Q

Hélas ! voile impuissant ! que de fois, à beau lac, [

Tes trésors si nombreux j’ai pillés, mis à sac! Encore aujourd’hui, tiens, nos lions de la ville, Et puis ce gros bourgeois, un pêcheur fort habile,

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éres , de frères, al!

sSaumons,

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isée !….

Laissent ici les chars pour aller, de ce pas,

Tenter tes habitants par un perfide appas !

— Ce dernier dans Québec est le roi de l’optique ;

Mais pour huit jours entiers il a fermé boutique, |

Ecrivant en gros traits, sur tous ses contrevents :

‘ Pour huit jours à New-York ! Nouveaux assor- [timents ! ”

Tandis que le farceur qui nous fait cette bourde

Prendra de belle truite en vidant une gourde ;

Et puis, huit jours après, à Québec remonté,

Il mettra: “ De retour avec stock importé.”

Mais laissons nos nêcheurs s’en aller à leur guise, Il faut qu’à mon sujet mon discours se réduise. Nous entrons dans Saint-Jean surnommé Port-Joli Vu Paspect de ce lieu par maint charme embelli. C’est là qu’est le manoir d’une noble lignée

Qui du temps jusqu’ici sut braver la cognée ;

Son chef est là debout, comme un grand souvenir Des Anciens Canadiens qu’il a fait revenir !.….

Et ses nombreux enfants promettent que sa race Dans les âges futurs saura garder sa trace !....

Fin du sixième Chant.

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