ÉPILOGUE
Maintenant je termine, Ô lecteur débonnaire,
Et ma Grand-Tronciade et mon Itinéraire.
Croyez que je vous suis grandement obligé :
Je vous dis donc merci tout en prenant congé.
J’essayai par mes vers de braver un proverbe :
Si par là je fis voir un peu trop de superbe,
Du moins accordez-moi que j’ai fait un effort
Qui fait voir un courage au niveau de mon tort.
Or l’audace est beaucoup, me semble, en poésie ;
C’est l’audace après tout qui soutient le génie...
Certes, si mon exemple éveillant un plus fort
Peut décider sa muse à prendre son essor,
Je serai trop heureux d’avoir frayé la route
Au rimeur qui s’ignore et qu’éclipse ie doute.—
Quelques mots maintenant sur le genre adopté.
On dira, je prévois, qu’il manque d’unité :
Mais quand vous ai-je dit que jy vise à l’épique ?
L'œuvre est tout bonnement un pot-pourri comique.
Puis au comique encor, je fus bien studieux
De mèéler très-souvent quelques bouts sérieux.
Or, l’on ne peut blâmer un pareil alliage ;
La nature aime fort entr’eux le mariage.
On ne rit pas longtemps sans finir par pleurer :
La rate est difficile en diable à modérer...
—Qu'on n’aille pas non plus m’accuser de malice ! Il est vrai que parfois j’ai fait un peu justice
De certains gros travers que j’ai pris sur le fait ; Mais ce n’est pas malin de blâmer l’imparfait,
De se moquer un peu de l’étroit pédantisme, Comme de flageller l’affreux charlatanisme ;
Ces deux vices partout, dans le siècle qui court, Ont fait invasion ; c’est Le fléau du jour !.... Scrutez toute la vie, et morale et civile ;
Pédants et Charlatans y pullulent par mille... Trouvez-vous mal aussi mes portraits du blagueur ? Et des trois avocats, ces oiseaux de maiheur ?.... Puis le petit croquis que j’ai fait de l’intrigue ?
A côté de celui non moins vrai de la brigue ?— Non: je vois ce que c’est, Messieurs du masculin ; Vous blâmez mon tableau du sexe féminin.
Allons donc ! c’est fort bien ! de la galanterie ! Mais allez-vous plaider pour la coquetterie ?
Que vous soyez garçons, veufs, ou bien mariés, Est-ce bien sage à vous? Fort bien! vous en riez?
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Gare à vous, braves gens, car tous tant que vous êtes, Peut-être qu’un beau jour rirez moins que vous faites. J’adore comme vous ces êtres si bien faits ;
Mais, entre nous voyons, sont-ils donc tous parfaits ? Dam ! si sur ce chapitre on ne peut point s’entendre, Vous ne connaissez rien au royaume du Tendre. Passons.—Mais c’est assez revenir sur mes pas :
Du commun des martyrs, certe on n’en parle pas ;
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Ce distrait, ce plâtreur, ce bouffon personnage,
Sont là mis à dessein pour charmer le voyage. Celui-ci lâche un cuir, cet autre un grand discours ; Plaisants originaux qu’on aime voir toujours !-— Enfin, mes bons amis, si parfois je me moque, Songez que j’ai loué souvent sans équivoque.
Je salue, en passant, quelques noms respectés ;
Je prône avec amour les nobles qualités ;
Et comme avec bonheur j’admire la nature !
Les prés, les monts, les lacs, jusqu’au brin de verdure ! Que j’aime mon pays et le beau Saint-Laurent ! Aver ces bourgs nombreux dans ses flots se mirant ! Cet arnour du pays et de la tempérance
M’a fait sur les boissons montrer ma préférence ; Car, tout en louant fort le produit de Molson,
J’ai dit que trop en boire éiait d’un polisson,
Tandis que je disais, qu’un parfait honnête homme Pouvait boire beaucoup d’excellent Maccallomme... Au reste, pour cela, j’eus un second motif
Que j'aime à signaler au public attentif :
C’est la reconnaissance--Or vous allez entendre Comment m’est advenu ce sentiment si tendre.
Il vous souvient, lecteur, qu’au sujet d’un procès,
A l’endroit d’une taure à Saint Roch des Aulnais, Je publiai naguère, étant de compagnie
Avec un franc luron, certaine poésie,
Où bref je concluais, que pour nous bien goûter,
Il fallait, nous lisant, comme nous déguster
Trois ou quatre flacons ‘“ de ce bon Maccallomme ?? Venu directement du brasseur qu’il dénomme.
Eh ! bien, ce mot-là seul, ce mot m’a rapporté Trente-six beaux flacons du breuvage vanté.
Depuis je me promis, parole d’honnête homme, De toujours vénérer le jus de Maccallomme.
Noble et touchant exemple honorant son auteur ! Mais il n’a, faut le dire, aucun imitateur.
Hélas ! c’est le premier dans ma belle patrie Qui sut encourager la sainte poésie !.......
Ah ! si tout jeune cœur qui sent le feu sacré N’était d’un tel mépris souvent désespéré, J’ose dire, qu’au lieu d’une Grand-Tronciade, Nous aurions nous aussi peut-être une Illiade......
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