NEUVIÈME CHANT
Bel endroit, Saint-Paschal par sa croupe onduleuse, |
Ses côteaux, ses vallons, sa route sinueuse ! |
C’est la Suisse ou l’Auvergne avec leurs gais chalets, |
Leurs monts, leurs prés en pente, et leurs jardins | [coquets :....
Et pourtant le touriste à travers ce village |
Passe sans s’arrèêter et descend au rivage. |
C’est que là, sur les bords du fleuve glorieux,
Règne Kamouraska, la reine de ces lieux, |
Sur sa Côte-à-Paincourt trônant brillante et fière
De ses nombreux ilots et de sa mine altière.
Chaque été, dans ces lieux, on voit maint citadin
Chercher un air plus pur, un zéphyr plus salin,
Puis c’est un tour sur l’eau, puis c’est un pique-nique
A l’Isle à la Corneille ou dans la Martinique ;
Et trois mois au touriste ont paru comme un jour
Tant est pur ce beau ciel! tant est doux ce séjour !
Laissez-moi, laissez-moi, sous forme d’épisode, Vous narrer un beau tour vraiment digne de l’ode ;
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Mais il faut tout d’abord vous dire, cher lecteur, Que j'avais dans la presse, un jour antérieur, Baptisé de ces lieux une île fort gentille
Du nom du possesseur, homme dont l’esprit brille ; On avait applaudi, le nom était resté,
Car tous de ce Monsieur louaient l’urbanité.
On voulait maintenant de l’île Martinique Consacrer le baptême avec un pique-nique,
Où dames et messieurs repèteraient en chœur, Et le verre à la main, le nom cher à tout cœur. Ce qui fut dit fut fait ; et l’on mit à la voile Par un beau jour d’été, le ciel pur de tout voile.
Tous à Kamouraska sont de vrais loups-de-mer ; Ils savent manœuvrer comme ils savent aimer !.… Arthur au gouvernail ! et Croft, Alphonse aux rames ! Sur les bancs en arrière on fait asseoir les dames ; Et nous voguons joyeux, le pavillon au mat, Aspirant le varech tout plein notre estomac.
Le rivage s’enfuit ; et déjà l’œil embrasse
De Paincourt jusqu’au Cap tout le brillant espace Décoré de maisons qui charment le regard, Amphithéâtre né de lui-même et sans art...
Or, dans notre chaloupe à cœur-joie on s’en donne. C'est le shérif du lieu qui vaillamment entonne
| V’la lbon vent, v’la l’bon vent ;” puis vient Emma- | [nuel
Qui nous dit des marins tout l’entier manuel ;
Enfin le Sieur Amable, un Boileau pour la rime,
Compose un ‘* {a-ilou ”.…..(ce n’est pas son seul crime !\
Le beau sexe entraîné, par un subit entrain,
Se joint aux mâles voix pour chanter le refrain.
Le tout fait sur les eaux un concert magnifique
Qui charme les tritons dans leur grotte aquatique...
Mais nous avions, faut dire, entr’autres une voix, Qui souvent fit pâlir le chantre ailé des bois
(De notre amphytrion la moitié si charmante,
Qui dit si bien Liselle aux concerts qu’elle enchante ;) Sa digne élève aussi, châtelaine du lieu ;
Emily, Julia, puis, Miss Anny, pardieu !.…..
Se mêlant à nos voix, ces douces cantatrices
Font redoubler l’effort de nos forces motrices :
Nos preux Alphonse, Arthur deviennent des héros, Et d’un profond sillon ils labourent les flots !.., L’esquif vole, bondit ; on accoste notre île,
Et bientôt sur ses bords notre équipage agile
Saute d’un pied léger ; puis dames, cavaliers
Se hâtent de gravir deux-à-deux les sentiers.
On trouve un campement, salon de compagnie, Une salle de bai, un lieu pour cookerie,
Puis l’on tourne la crépe, on rôtit les beignets, La nappe de sapin se décore de mets...
À l’instar des Indiens chacun se fait un siège ; Les messieurs à l’envi font sauter le liège ;
Le nectar, le soda, s’échappent des flacons ; Puis s’ouvre le banquet sans plus amples façons. Alors comme toujours, à divin Maccallomme,
Tu charmes le palais de la femme et de l’homme ! (C’est surtout en mangeant que tu dois circuler Pour dans les estomacs lentement t’écouler.) Cependant des perdrix, poulets, l’affreux carnage S’achève, comme enfin après tout c’est l’usage.
Ecoutez—c’est le tour du Champagne écumant..…. Des flacons aux longs cols il détonne en fumant ; Les verres sont emplis du dit jus de Champagne ;
Il est temps de remplir le but de la campagne :
‘ Buvons à la santé, mesdames et messieurs,
“ De l'enfant de Neptune, ornement de ces lieux !.. ‘ Nous sommes assemblés pour sacrer son baptême ; ‘“ De son père adoptif donnons-lui le nom même.
‘ Le choix de la marraine avenant au parrain,
‘ Mesdames entre vous je choisis le serin.
‘ C’est assez vous nommer la gracieuse hôtesse
‘ Qui de ce beau banquet nous a fait la largesse !
‘ Vive la Martinique ! et ce nom comme un roc
‘ Puisse-t-il défier du temps le rude soc ? ”—
Je dis, je m’assieds, puis....semblable à vingt tonnerres, On entend à l'instant l’immense choc des verres !.….
Tous, dames et messieurs, se levant d’un seul bond, Boivent sans sourciller leurs verres jusqu’au fond ! Les échos sont frappés d’un vivat frénétique ;
De rocher en rocher l’on entend : “ Martinique ! ”. Cicéron, Mirabeau, dans leurs j jours de splendeur, N’ont eu si beau succès que votre serviteur !
La fête s’acheva gaiement sur la coudrette,
Où valsèrent longtemps et luron et lurette.
On flirta de son mieux, on s’en conta parfois,
Sans parler des baisers à la faveur du bois...... Mais hélas ! tout finit......et madame marée Voulut que la chaloupe enfin fut démarrée.
On partit ; mais avant, vingt vivats dans un seul Saluèrent encor mon illustre filleul!...,..
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Et telle fut, lecteurs, cette belle journée :
Or il en est ainsi, je vous dis, chaque année !
Aussi, cette paroisse est un lieu de plaisirs.
Cependant on y flatte un peu trop ses désirs—
Du moins on me l’a dit—on cite, pour exemple,
Qu'on y boit, paraît-il, une dose fort ample
De ce jus capiteux qu’on appelle Molson.
J’en ai bu quelquefois ; c’est de bonne boisson,
Telle qu’on n’en fait point à Québec, faut le dire :
Là-dessus Montréal a bien sur nous l’empire ;
Mais si du fabricant je vante le produit,
Je blâme les excès que souvent il produit......
Bref, Vénus et Bacchus ont fait plus d’un coupable
Ils sont moins dieux enfin qu’acolytes du diable :
Et je conseille fort aux Kamouraskaïens
De hanter un peu moins ces perfides paiens........
Un peu moins de Molson et beaucoup moins d’Old- [tomme,
Qu'ils adoptent plutôt l’excellent Maccallomme !....
Allons ! de m'gsquiver il est temps pour le coup ;
Car l’un de ces viveurs, muni d’un pelil coup,
Pourrait bien, sans égard pour la reconnaissance,
De mon sage sermon vouloir tirer vengeance.— |
Prudemment je m’embarque,et laissant Saint-Paschal,
J’avise tout-à-coup un fier original 8 *
Dont j'aurais dû parler depuis longtemps peut-être ; Mais, lecteurs, pardonnez, je n’ai pas été maître. Ce voyage en farceurs fut vraiment si farci
Que je n’ai pu, voyez, vous donner celui-ci.
Ce monsieur, faut vous dire, est ce bon gros notaire Que l’on sait à Lévis posséder pied-à-terre.
Voyez comme en parlant il flatte son menton De sa main gauche ou droite en se donnant du ton ! C’est un expédient de fort s::. le mimique ;
Pour se cosmétiquer le plus «conomique !......
Sa gigantesque main sans-cesse s’ouvre et vient
Sur sa vaste mâchoire, et la frotte si bien,
Que sa rouge barbiche est toujours attifée,
Grâce à la graisse d’ours dont sa main est suiffée !.. Or, en se caressant, il vous fait son discours, Lequel de mots très-forts il émaille toujours. Vous allez en juger ; ca vant certe la peine.
Par bonheur, justement, notre drôle est en veine.
Un pauvre, à Saint-Paschal, émut sa charité ; De là, ce beau discours sur la mendicité :
-être ; tre.
otaire
‘ Ma foi ! ma foi de gueux ! que le diable m’emporte !
‘ Jamais le pauvre en vain ne s’arrête à ma porte !
‘““ Nom de Dieu! de grâce! ah ! de grâce ! nom de
[ Dieu !
‘ Mais je connais mes gens, dam ! que diable ! pardieu !
‘ Et si quelqu'un veut être un qguéleux respectable
‘“ Qu'il vienne à mon bureau... hum ! nom de Dieu! [que diable!!!
‘ Je suis notaire, hem! hem! Vive Sa Majesté ! ”
Songez que tout ce temps il s’est dûment frotté ;
Ce qui donne au discours une haute éloquence,
Dont il aurait manqué, sans cette circonstance. —
Notons, à ce sujet, un contraste évident
Entre ce dit flatteur et l’autre précédent :
L’un accable les gens de sa grande tendresse,
L'autre tout à lui-même accorde sa caresse.
Le premier toutefois demande de largent....
Tandis que le dernier en donne à l’indigent....
Qu’en conclure ? rien, rien, lecteurs, je dois me taire ;
Je m'en lave les mains, ce n’est pas mon affaire...
Sur ce, sans plus tarder, je donne en quatre mots À nos chars essoufflés d’autres lieux de repos. D’abord, du premier coup, je saute à Sainte-Hélène ; A Saint-André, tout près, en deux bonds, je vous mène;
Puis à Saint-Alexandre on se rend en un crac; Encore quelques pas c’est le chemin du Lac.— Chacun de ces endroits, qu’au vol je mentionne, (Tout en les prisant fort,) j’en suis sûr, me pardonne.— Mais voici qu’au lointain s’ouvre un pays nouveau, Un horizon plus grand, ct d’un aspect plus beau !
On devine dans l’ombre un imposant village
Lequel pour nous, lecteurs, termine le voyage :
Je viens de vous nommer par ce mot-là du coup
Ce village brillant, la Rivière-du-Loup...
Terminus obligé de ce pélérinage
A travers le plus beau, le plus grand paysage ;
Cet endroit entre tous mérite attention Par son bourg et surtout par sa position.
La Rivière-du-Loup, c’est Naples plus petite, Moins son volcan, enfin c’est un superbe sîte !
Quand notre Saint-Laurent vient baigner ses coteaux, Couvrant s2. vaste grève avec ses grandes eaux,
Il fait beau contempler ses maisons étagées,
Ses nombreux oasis, ses villas ombragées,
Et son môle tout neuf, le grand môle là-bas,
Comme un sceptre sur l’onde étendant son long bras ! — Nous sommes en été—c’est le temps où des villes On vient chercher l’air pur pour les poumons débiles.
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ite, te !
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8, long bras !
1 des villes ons débiles.
Le gros des amateurs se rend à Cakouna ; Quelques-uns de bon goût vont à Kamouraska ; Mais un bon nombre encore entre ces lieux préfère Trouver une plus chaude ou pius froide atmosphère. Puis ici l’on se baigne à l’ombre d’oasis :
Naples alors devient un parfait Briaritz!
Tandis qu’un peu plus bas on grelotte à la grève
Et qu’au nom de la mode à plaisir on y crève.
Silence !.... un Dieu me parle, et je lis l’avenir.... O Rivière-du-Loup, tu peux t’enorgueillir !.... De ton sein le Grand-Tronc comme un géant s’élance, D'un bond il a franchi l’effrayante distance
À travers les grands bois jusqu’au vieil Océan !.... La forêt n’est qu’un point! l’espace est à néant !
Et coude du grand bras qui se tend au vieux monde Tu deviens le grenier de la machine ronde ! ! !
Mais le voile est tombé... je reviens au moment
Où des chars arrivés, cesse le mouvement.—
Tels qu’on voit par essaims parfois les sauterelles, Nos passagers sautant s’en vont chez Larochelles, Hôtellier de l’endroit, illustre épicurien,
Qui vous fait bambocher et dîner pour un rien!....
On trouve, en arrivant, la nappe sur la table,
Bon poèle, une chambre, et tout le confortable. Bientôt les mets, les vins s’offrent aux cœurs émus.. Tout le monde est ravi d’un si bon Terminus!!!
Fin du neuvième et dernier Chant.
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