‹ La grande artisteChapitre 1 sur 21 · La grande artiste · texte numérisé non relu

La grande artiste

Chantre orphique, éternel, dont la voix nous captive. C'est lui qui, ;oup et nuit, tient notre àmc attentive. Lui qui fait, sous ses doigts, sans mesurer les vers. Comme un orgue divin, palpiter l'univers.

Autrefois j'avais cru, malgré mon vague instinct. Que la nature et l'homme avaient un chant distinct, Kt qu'entre nos désirs et l'infini visible, I>ieu comnte un steppe aride avait ntis l'intpossible...

Mais depuis, j'ai compris qu'entre ce monde et l'autre. L'art humain doit servir d'interprète et d'apôtre ; Que si Dieu nous transmet un souffle intelligent. S'il attache à la lyre une corde d'argent. C'est pour que l'homme alors recueille, unisse, explique. Comme a fait Pythagore en son hyntne algébrique. Les sons disséminés de l'orchestre infini.

Le titre, ou du moins le sous-titre de ce petit livre dit ce qu'il tsl : non vu traité d' esthétique , une suite de méditations sur le Beau, — choses d'ordinaire aussi inutiles que haiiales — enco^-e moins un recueil de formules techniques à l'usage des étudiants en architecture, sculpture, peinture et arts connexes, mais une simple histoire, une courte histoire de l'art religieuXf ce qui veut dire, en fait, de tout art, puisque tout art, en un sens, tsl religieux. Il l'est parce que toute chose de ce monde, envisagée d'un certain regard, le regard de la foi, peut prendre une couleur divine.

L'histoire de l'art, même celle de l'art sacré proprement dit, formerait toute une bibliothèque, et erccore de nos jours, le s^ujet a été repris, vraisemblablement avec maîtrise. Il ne nous paraît pas cependant qu'on y ait fait aux souverains Pontifes, aux évêques, aux moines-mendiants, an.v prédicateurs, aux suints et saintes, c'est-à-dire àV Eglise en général, la place qu'elle méritait, la première en droit comme en fait, la place d'honneur, puisque c'est bien à l'Eglise, à son amour du Beau, à son ze e artistique, que nous dirons tout le gi'and. Art des siècles passés et du nôtre.

Sujet nouveau, scrnble-t-H, à peine efjienré pour quelques détails par de rares historiens, exigeant des enquêtes ou recherche'i un peu partout, jusque dans la vie intime des gens d'Eglise, séculiers et réguliers. Evidemment, une information plus ou moins complète nous était nécessaire et il va de soi que }i*us nous sommes servi abondamment, même très abondamment du travail des autres, ne faisant t-n somme que /« coordonner.

Mais à ce propos, fallail-il toujours indiquer noi soun-es, et en certaines pnqes. par exemple, app'uyer presque chaqueinot d'une référence ? U semblait préférable d'éviter cet appareil d'érudition, fût-ce au risque de paraître en manquer. Le mol ne serait pas rp-imd. Au reste, dans l'intérieur même du texte ou en note, ou u d'ordinaire mentionné les auteurs ou les ourrages consultés eu l'occurrence. Egalement, parmi laid de belles pages que l'art a su inspirer, on a rotdu, quoique ce ne soit pas de grand genre, eu recueillir quelques-vnes, citer an mains q-uelq7tes passages à la fois utiles par le fond et aqréables par la forme. Nous pensions aux jeunes lecteurs à qui cet opuscule est dédié, à leur faim et soif de beauté, et puisqiie nous ne pouvions pas les ra-isasier nous-même, pourquoi n'aurion-^-no\i.s pa,s etnprunté à la table d'autrui ?

Maintenaut, et ijuel qu'il soit, pourquoi ce '' petit livre" '.

Nous n'at'ons rien à voir à l'enseignement tel r/u'il se donne en ce pays, supérieur ou secondaire. Le programme en est déjà très obéré, et assurément notre opuscule n'a pas la prétenfiori dedevenir unouvrage clas-^que; mais les étudiants sérien.v trouvent toujours, malgré tout, quelques loisirs pour la lecture, et s'ils ont constaté une lacune — Me est certes regrettable — dwis l'histoire qu'on leur fait apprendre, ne seraient-il.-^ pas bien aises de pouvoir à peu de frais la combler ? Défait, l'histoire, eagénéral, fait bien peu de place à l'évolution de l'art chez les peuples, ta)ulis que l'art d'un peuple, c'est, au pied de la lettre, toute son histoire, sa vraie histoire. Citons dès ce début les bons auteurs, et d'abord John Ruskin :

"La vie des grandes nations s'écrit en trois livres : te livre de leurs actes {histoire proprement dite), le livre de hur parole {littérature.) et le livre de leur art. Mais de ces trois livres, le dernier seul présente un témoignage fîd'ele : il est le reflet infaillible d'un état général, l'indice de In santé ou du malaise d^ un peuple, la mesure de son idéal et de sa moralité."

Citons aiiasi M. Gillel, nu cher maître à qit! non s enipranlero-vs beaucoup dans la suit-e :

" Il ij a, pour qui mit voir, plus d'histoire véritable dans le jet précieux ou désolé d'une draperie, dans le geste du Baiiihino collé au sein de la Madone, ou dans la pathétique silhouette d'un crucifix, qu'on n'en trouve dans les textes des traités officiels et dans les chartes des chancelleries. C'est dans de pareils signes, c'«st dans celte mystérieuse et touchante écriture, que nos pères ont déposé le secret de leiirs émotions et les mémoires de leur cœur ; c'est là qu'il faut chercher IcAirs fueillcure~s confidences."

Il va de soi pourtant qu'une élude de quelques cents pages doit renoncer à tout espoir d'être complète. Qu'on y songe; qu'on se rappelle cet abbé de Marolles, possesseur en 1666 de- ISS, 400 estampes et six ans après, de 10,600 dessins ; passionné collectionneur et immortel ami des artistes, qui promdia il <il»rs un ouvrage dans " lequel il écrirait la vie et décrira H les auvres de huit mille personnes de diver.-ies nations ayant excellé en l'art de povrlraiiurf, de peintureel de sculpture." Notez le mol " ayant excellé ; " notez aussi la date : 1666. Or depuis ce temps-là, combien d'autres " personnes excellentes, " de l'une ou l'autre manière, faudra H-il coin pter en plus ?

Ceptndant un coup d'ail même lr!-s rapide peut éveiller dc-i curiosités vers une étude plus complète ; prouver à qui c'est nécessaire que deux choses existent parmi des millions d'autres : le Beau, au moins à titre d'idéal, et l'art qui a pour mission de l'exprimer, c'est-à-dire " de rendre visible l'invisible," car tel est l'objet de l'art, et son objet donne en même temps sa. définilion, si on en veut une qui soit enfin la bonne.

Qui sait d'ailleurs ce que l'avenir réserve à nos jeunes gen^ d'aujourd'Jnd ? En ce 'pays " qui sesoinnent ", on ne parle

plus que de monuments aux grands hommes, prêtres ou laïques; de beaux édifices à construire ou à reconstruire, de beaux tableaux, de belles statues, etc., et grâce à l'appui du Gouvernement, au bon exemple de nombreuses sociétés artistiques, aux talents qui se réi'eknt journellement ù eux-mêmes et aux autres, le goût des belles choses ne peut que grandir, au moins chez ceux qui le possèdent. Quant à ceux qui ne le possèdent pas, voyant ce que le passé 7U)us a laissé d'informe et de regrettable, voyant aussi ce qu'il faudrait enfin réaliser de beauté pour sati.^faire le sentiment public — car même le peuple ?•<? ici bon juge, aussibon que sévère — ih auront peiU-étre l'idée de s'adresser à meilleure esthétique que la. leur.

D'autant que pour le clergé, en particulier, l'art est un niayen d'émngélisation. On abuse des choses les meilleures, muis si l'on a abusé de ces.expre.^sions : '" Apostolat de l'art, " " religionde l'art," "sacerdoce de l'art," cen'est qu'en raisonde leur justesse. L'Eglise, pour sa part, a toujours cru à ce .'sacerdoce, toujours promu avec vigueur cet apostolat, et encore une fois, c'est .<ion rôle artistique da7)Ji le momie que nous voudrioivs mettre en lumière dans les articles qui vont suitre. Sisonno'm n' est pas prononcé qnrtout et toujours, c'est que l'on tait souvent les noms les plus chers, et qu'il suffit à l'âme d'une vision habituelle, ou mieux encore d'une douce présence intérieure.

Un dernier nwl, un mot d'espoir en Dieu.

Geneviève Hennet de Goutrl vient d'écrire: "Ce sont les être~s les plus affectueux qtie la vie oblige toujours à se passer d'amour. "

Va peut-être pour l'affection, mais il n'est pas possible que et pays nôtre, si affamé de Beauté, et pour cause, soit condamné à n'en passer toujours.

Soir de Pâques 192S à Québec

Paci.

<»?ft^»:<^;tft-^tf!-;$^t»tf!-j^^SB^^

¥Fmif:i*i:'^.^.^^:^j^.iîi^Mwww^^:f^WM'mi^^.^w.wMmmmmm^m((

LA CI^AxNDE ARTISTE

ou

LE ZKLK Ai\TISTIOU>: DE h É(iI:îSK

Page 1