‹ La grande bohêmeChapitre 17 sur 38 · I. \ t.UA.Mti: IIOIIIMj · texte numérisé non relu

I. \ t.UA.Mti: IIOIIIMj

le te reviendrai toujours, sois en snr; mais j'ai besoin de varier nés émotions.

Elle se gardait bien de se dire tout bonnement :

— Je suis une pas grand'chose. Voilà un jeune homme qui te prive de tout pour m'habiller et me nourrir et je le trompe avec des garçons limonadiers.

Non, elle prêterait de beaucoup s'écrier :

— Je suis comme la Musette d'Henry Murger. Aujourd'hui les femmes ne seront plus comme la Musette

fl'Henry Murger, elles seront comme Iza Clemenceau. D'autant plus que cette terrible Iza, qui est un monstre au moral, est une divinité au physique. Or les dames, et notamment celles qui trompent lents maris, ont l'habitude, quand elles se comparent à une héroïne de roman, de la choisir aussi olie que possible, afin de pouvoir se répéter à elles-mêmes

— J'ai tous les instincts d'Iza Clemenceau, e dois en avoir la figure.

Attendons-nous donc à voir prochainement les mormonnes de la Chaussée-d'Antin revendiquer la qualification de * monstres » comme les hommes de 92 réclamaient pour eux celle de « brigands. » La fin tragique de la jeune Iza devrait peut-être les faire réfléchir. Mais il est prouvé que les femmes ressentent un certain plaisir à être assassinées par amour.

Il n'est presque pas une cocotte, fut-elle privée de toute éducation qui, dans le délire d'une nuit vénitienne, n'ait demandé à son vainqueur :

— Est-ce que tu me tuerais si tu me trouvais avec un autre'.' Si vous voulez vous faire de cette femme passionnée une

ennemie mortelle; répondez-lui simplement :

— Mais non, je ne te tuerais pas.

Il est certain que tout ce qui pouvait donner à l'amour une saveur plus prononcée ayant été mis en œuvre, je ne voi^ plus que le poignard qui soit capable d'en élever le niveau.

C'est déjà chez nos principales princesses de la rampe un

axiome banal qu'une femme ne peut être sérieusement cotée qu'auiant qu'on sVsi battu pour elle. Kilos n'ignorent pas, les fines mouches, combien un coup d'épée reçu à leur intention les grandi! dans l'opinion publique. ïe ne sais plus quel auteur,

montant en voiture pour aller sur le terrain, est accosté par une actrice d'un petit théâtre qui se rendait à sa répétition :

— Où donc allez-vous vous promener si matin ? demanda la belle enfant.

— Vous le voyez, lit l'auteur en sortant les deux épées enveloppées dans une serge verte, je vais me battre.

— Est-il possible ! Et pourquoi donc ?

— Pour peu de chose ! Une querelle que j'ai eue hier soir à la Porte-Saint-Martin.

— C'est absurde ! Se récria la jeune lille; si vous alliez être blessé ?

— Je n'y peux rien, répliqua l'auteur.

— Eh bien I insista l'actrice, puisque vous voulez absolument pousser l'affaire jusqu'au bout, rendez-moi au moins le service de dire (pie vous vous battez pour moi.

J'ai oublie le nom d'une lille qui était non-seulement de marbre, mais encore de joie, et pour laquelle un jeune goitreux s'est brûlé la cervelle il y a quelques années. Je n'essayerai pas de vous donner une idée de la position exceptionnelle que ce brûlage de cervelle avait valu à la promeneuse en question parmi ses camarades. On se levait «à son entrée, afin d'aller examiner de près cette coureuse qu'on appelait celle pour qui Léopold s'est brûlé lu cervelle, et un soir qu'elle balayait de son jupon festonné les allées de Manille, j'entendis une voix murmurer sur son passage :

— En a-t-elle une veim ! Dire qu'Alphonse m'avait promis de se laisser mourii de !'a:m si je ne lui cédais pas. Je ne lui ai p is . I il engraisse tous les jours.

Au reste, le temps vient ou nous ne [h nrrotis plus nous périt même par l.-s liqueurs fores pour l'obéi aimé, puisque les

i. \ i.l; INDE BOH

ournaui annoncent que l'absinthe fient d'être interdite au •:imi» de Châlons. Je comprends très-bien que l'absinthi >oursuivie et traquée à l'instar des bêtes les plus fauves. M. le iocteur Alfred Fourniera publié dernièrement sur l'alcoolisme ane remarquable étude dans laquelle il tait à propos de l'absinthe des révélations foudroyantes. On s'esl demandé souvent pourquoi la chanson était morte, j'oserai émettre l'avis que l'absinthe pourrait bien l'avoir tuée. L'i\ resse purement vineuse de nos pères leur laissait un fond de gaieté d'on sont sortis les diners dn Caveau. On y disait en rimes croisées que le vin était un jus divin, qu'il donnait du courage au\ plus poltrons et qu'il nous faisait voir tout en rose.

Aujourd'hui le vin est au troisième plan. On ne boit plus ou on boit de l'absinthe. Levez-vous doue à la lin d'un repas pour

célébrer sur l'air ; Restes, restes, troupe jolie, 1rs douceurs du vertige alcoolique ou les agréments du delirium tremens.

J'admets donc jusqu'à un certain point qu'on s'attaque à la li berté de l'absinthe comme aux autres. Mais pourquoi favoriser

spécialement le eamp de Châlons et non les autres parties du

territoire? il faut toujours épuiser un raisonnement. Si l'absinthe est aujourd'hui reconnue comme un toxique mortel, onagil sagement en l'interdisant an camp de Châlons, mais on agit imprudemment en l'autorisant chei les liquoristes et dans tous les cafés des boulevards. Si je demandais dans un établissement punUc un petit verre de belladone, il v a tout à parier qu'on me le reraserait. Puisque l'absinthe est d'autant plus dangereuse que les palais usi - s'j habituent plus volontiers qu'à la belladone, pourquoi ne reléguerait-on pas ce corrosif dans les flacons des pharmaciens, qui n'en délivreraient que m ordonnance 1

11 me semble que >i cette mesure a été prise il l'égard des

soldats, qui supportent généralement la boisson mieux que les civils, il serait urgent de l'appliquer promptement aux simples pékins qui ont besoin de leur tête et «le leur imagination beau-

coup plus que les militaires, à qui ou a de bonne heure enseigné que la discipline tient lieu de tout.

.le sais bien que l'habit noir n'a jamais rendu aux. hommes d'Etat les même services que l'uniforme. Moi, par exemple, qui me déciderais difficilement à mourir pour les gens que je connais, je serais des plus surpris si on me priait d'aller me faire tuer pour ceux que je ne connais pas et qui ne me connaissent pas non plus, du reste. Néanmoins, nous sommes encore assez intéressants pour qu'on prenne des mesures afin d'éloigner de nous le calice qui nous fait voir tout en vert.

Si on craint d'attenter a notre libre arbitre en nous défendant, comme aux soldats du camp de Châlons, l'usage de cette boisson désorganisante et délétère, on pourrait nous garantir à l'aide de moyens moins radicaux, mais peut-être aussi efficaces. Le législateur, je suppose, inscrirait l'absinthe dans le Code parmi les peines afflictives et infamantes ; au lieu d'être condamné à cinq ans de travaux forcés, un malfaiteur le serait a cinquante litres d'absinthe. Et peut-être en le voyant marcher sur la tète dans les rues, et gambader avec des gestes d'épileptiques, ceux qui considèrent cette intoxication comme un plaisir, finiraient-ils par reconnaître que c'est le plus odieux des supplices.

J'ignore quel carme, chaussé ou non, nous a gratifiés de ce spiritueux, mais je le prie de ne pas compter sur moi le jour oii ses confrères ouvriront une souscription pour lui élever une statue, ce qu'on est en train de faire pour Emile Chevé, l'inventeur de la musique chiffrée. Pour ceux qui, comme moi, ne distingueraient pas en musique un soupir d'un éléphant, il est bien difficile de se créer une opinion exacte sur la valeur d'Emile Chevé. Des gens sérieux m'ont affirmé que c'était un des plus grands hommes du siècle. D'autres gens non moins sérieux ont soutenu devant moi que c'était un vulgaire charlatan. Essayez de vous tirer de là.

Sans essayer de prendre une moyenne entre deux arpentages

i. \ uiamh: bon m i. ufl

aussi opposés, je regrette que, pendant toute la dorée de son enseignement, il n'ail pas produit, soit comme chanteur, soil comme compositeur, on élève qui démontrât à coups de su la supériorité de sa méthode. Ce qui parait incontestable, quoi que également contesté, c'est qu'il a simplifié el réduit a sa plus facile expression l'étude du solfège. Dos individus dont l'intelligence n'est pas plus cultivée que la plaine Saint-Denis arrivent en quelques jours à déchiffrera livre ouvert les morceaux les plus compliqués. Il y a certainement un résultat magnifique, mais toute la musique n'est pas là. Ce n'est en somme que du temps de gagné, puisque par l'ancien système on arrivait, plus lentement, je le veux bien, mais on arrivait aussi au décliiffrage. Si les découvertes d'Emile Chevé se bornent à ce simple procédé d'abréviation, il me semble qu'une statue c'est bien grave. Je ne souscrirai à la sienne que le jour ou nous aurons, grâce à lui, de meilleurs ténors et des opéras plus réussis. Jusque-là, je demande la permission de flotter; l'essentiel n'étant pas qu'on chante beaucoup en Frannce, mais qu'on y chante bien. Si on doit continuer à y chanter mal, autant qu'on n'y chante pas du tout. J'ai en grande estime la réponse de ce père, à qui l'inventeur d'une nouvelle méthode pour enseigner le piano en trois semaines venait offrir ses services :

— Vous êtes bien bon, fit le père, si je fais apprendre le piano à ma fille, c'est à la condition qu'elle ne le saura jamais.

9 juillet 186U.

Depuis le commencement de la semaine, nous vivons sur les aiguilles : cette position est Insupportable. On ne remarque pas assez, d'ailleurs, que cel enthousiasme pour des fusils est bien humiliant pour les hommes, C'esl dire franchement aux soldats que l'héroïsme, le courage, la vertu guerrière sont devenus des objets inutiles, qui auront àgrand'peine leur étiquette dans les musées Campana de l'avenir. Prenez, en effet, le poltron le plus avéré ; formez un régiment de tous ceux qui, depuis dix ans, oui jonché d'excuses écrites les Journaux du soir, du matin, du midi et de l'après-djner (on sait qu'aujourd'hui tout journal qui se respecte a ses cinq éditions dans les vingt-quatre heures). Armez de fusils à aiguilles, ces vétérans de la couardise, el opposez leur Roland avec son cor d'ivoire, Renaud de Montauban et ses trois frères, Achille multiplié par Patrccle, enfin tous les s de tontes les légendes, il est évidenl maintement que les premiers, avec leur fusils à aiguille, culbuteront les seconds s'ils n'ont que des fusils à épingle.

La guerre a été presque toujours absurde et souvent odieuse. A cette heure, elle est déloyale. i>a première précaution que prennent les témoins d'un duel, est de mesurer les épées afin

LA GtAHDI IOHÊMI ' •«

LnRUter qu'elles soot(ien>éroi longueur. Si i

remballants une rapière et a l'autre un clou, celu ■il Gatechair pour l'adresse et le maréchal Ney pour la valeur, ■ram'cessairement succomber. Il est extrêmement cruel, lors- Ion ne sait déjapaseu juste au nom de qui on se bit, denayoïi un. [îas les moyens de se défera nterrogeznnd. leinUledéc^fequiémaUlentactuelle-

„i les plaines de la Monde Germanie, et demandez-lui pourjj h « mort Si ce cadirw eut sincère, il voua répondra

èablemenl :

-Monsieur, je ne pourrais pas voua renseigner là-dessus, non oapitaine.Jen'ai reçu qu'une éducaUon i incomplète : je sais bien que j'ai été tué, mais mes moyens me permettent pas de rousdire pourquoi, kans ces circonstances, Userait urgent d'instituer pour les Édiles comme pour les fiullites un syndic qui empêchai qu un bat mât -ix coupa de fusil pendant qu'unautre soldai a tout

q,. i, temps dN -n tirer un. H B8t aa* ■/ .•xlr:i..r.lmaiiv que lea

tons eonaidèrent comme ane chose parfaitemenl CdesparticuUefsdeuonceraintaYec indignaiion à l opinion klique. Puiaqu'U esl mm* que la guerre est le jugement . ,lirll. Dieu doit être tingnUèremenJ Batte delà façon dont i biseaute » |ugements.

nilleur qui a inventé les fusils en question ne se doutait nl pas que ses aiguilles feraient nnjour monter la mte française à des hauteura d'tc elle aspire malheureuse- Ut à deacendi i n constatant le soir dans les journaux b écarts a effrayer les clowns du cirque Déjean, qu'on a le witde se frotter les maina, les joues et les autres parti Lpgdeul danaU finance. Quel drame ne. ferait n pas bous (••■ litre :

IK. m , .1 M [B CHARGE.

A l'heure ou le laboureurl

arei-vous ce k quoi peul rêver un homme qui se trouve à I • 'Hle d'une hausse de vingl francs sur l'Italien, quand il a dj titillions engagés sur le turf pécuniaire. Comme au moimlr assoupissemenl il doil apercevoir les fantômes de ses cliej voltigeanl dans ses rideaux el lui disant d'une voix étranglé!

- Je perds sept cenl mille francs ce mois-ci; je n'ai pu e réunir que soixante-quatre, vous seriez bien aimable de payl le reste à ma place !

Comme il doit se lever toutes les cinq minutes pour ouvri sa fenêtre et arpenter sa chambre à coucher d'un pas fiévreux Homme il doit à toul bout de champ réveiller sa femme qi s'est tranquillement endormie en songeant au jeune homme d'e| race ■

— Adélaïde ! crois-tn que nous monterons demain ?

- Je ne sais pas, je dors.

— C'est que si ça monte nous sommes perdus. Fournacho m'a chargé de vendre pour lui soixante mille de rente, et la hausse vient, je le connais, il Dépavera pas.

— Alors il faut espérer que nous aurons de la baisse; t devrais bien fermer la fenêtre et te recoucher.

— Oui. mais Trinquemalé m'a donné ordre de lui acheté soixante-dix mille, et si nous avons de la baisse, il ne payer, pas non plus.

— Quand tu passeras ta nuit à te promener les jambes nues tu ne changeras rien à la situation. Viens te refourrer dans li lit. nous causerons de tout ça demain matin.

— La seule combinaison pour que tout s'arrangeât, ce serai qu'on baissât un peu, mais pas assez pour que le Trinquemal* fit un pouf; ou encore qu'on haussât dans une proportion mé diocre, afin que Fournachon ne perdit qu'une somme raison nable et pût encore payer ses différences.

— C'est cela! et maintenant il ne faut plus risquer une affaire sans exiger une couverture.

— Une couverture! j'exigerai un tapis des Gobelins.

LA 61 vM'i BOW M I i

La position d'agent de change n'en est pis moins une des plus enviées qui soient an momie. On la compare volontiers .1 celle des anciens fermiers généraux, quoique les deux chai n'aient entre elles aucun rapport. Quanta moi, j'ai bean cher cher, je ne découvre rien d'aussi douloureux qu'une profession dont on ne peut vivre qu'à la condition :

nue les Italiens ne seront pas vainqueurs;

Que les Prussiens ne seront pas vaincus ;

Que les autrichiens passeront tel fleuve au lieu de tel «autre

fleuve :

Que les Espagnols se tiendront tranquilles et que les Russes

ne se mêleront-dé rien.

Il est difficile de mettre la main sur un métier plus étrange que le nôtre, qui consiste principalement à raconter au lecteur affame' de scandale, que M,,e Cornélia, du théûtre Beaumarchais, est dernièrement entrée en ^r\u- avec des bas roses. Mais, à tout prendre, j'aime encore mieux ramer sur la galère de la chronique que me réveiller tous les matins en me demandant, comme les matelots dn Fœdevis-Ana. si je ne serai pas exécuté dans la journée.

Lorsque nous faisons des différences, c'est en écrivant un jour un article moins réussi que celui de la Mille, comme par exemple mon dernier courrier, oii je traitais en passant de la statue d'Emile Chevé, ce qui a provoqué de la part de mon collaborateur et ami Francisque Sarcey une réponse émue.

4k n'ai p;i^ «ru dépasser les pouvoirs qui m'ont été confiés en parlant d'une souscription qui ne peut avoir rien de particulier, puisque c'est une souscription publique. Comme je ne connais aux questions musicales que ce que les ténors et les compositeurs veulent bien m'en apprendre, je suis dans l'affaire Chevé impartial comme l'ignorance. Tout ce que je constatais, c'est que la méthode enseignée par l'apôtre à qui on taille actuellement une statue, n'avait jusqu'ici rien produit de décisif dans l'art musical et puisqu'Emile Chevé était révolutionnaire an

i:,i LA GRANDE lu) il l: M I

premier chef, je demandais qu'il tii au moins une révolution.

Si niuii honorable confrère çt amiSarecy connaît dans un coin des chanteurs qui doivent leur talent à FanileChevé,il rendrait au théâtre moderne un énorme service en donnant leurs adresses, attend! que le vrai chanteur se raréfiant tous les jours, je VUS convaincu que les directeurs les enlèveront à tout prix sans leur demander leurs passe-ports.

Tout le monde, comme l'établit parfaitement Francisque Sarcey. a le droit de souscrire pour élever une statue à l'homme de son choix. Aussi, n'ai-je jamais eu l'intention de m'adresse!" à l'autorité pour taire interdire la souscription Chevé. Je faisais simplement observer que, comme hommage national, cette statue me paraissait quelque peu prématurée. Il ne suffit pas qu'une souscription soit couverte, encore faut-il qu'elle arrive a son heure. Si les camarades d'Hamburger, des Variétés, se réunissaient pourlui élever unestatue sur la place de la Concorde, je suis sûr que beaucoup de gens réclameraient, même s'il demeurait prouvé que le gouvernement est resté étranger à cette Bfete de famille.

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lô juillet 18(36.

< >ux de nos lecteurs qui habitent la campagne ignorent probablement qu'à Paris l'amour est une entreprise colossale qui

i fats, RB ftgfcats d'affaires, ses courtiers marrons et eoulissiers. On a commencé par aimer ternir et on a fiai par aimer à prime, par aimer lin courant et même par aimer dont deux sous. Il s'est jugé avant-hier à la police correctionnelle un de ces procès qui établissent d'une façon irrécusable (pic nous sommes, comme intelligence et comme moralité, bien inférieurs aux sujets de la reine Emma, souveraine de toutes les Sandwichs. Douze femmes ftgéOS] devant lesquelles je m'incline a\cc tout le respect qu on doit au\ cheveux, blancs, même quand 3s sont teints, étaient accusées d'avoir détourné des mineurs d. s deux BCMS en favorisant entre eux. moyennant un prix variable, des entrevues auxquelles la politique était par trop étrangère.

Il est à peu près impossible d'assister à ces sortes d'affaires sans que les bras JOUS tombent. Quand ce n'est pas devant li naïveté des jeun. c'est devant la précocité* des jeunes

Biles : et quand ce n*e8l pas devant la précocité des jeunes filles

IS6 LA GRANDE HOHImML

c'est devant le cynisme des vieilles femmes. Quoi qu'on lasse % donc, les bras vous tombent toujours. Mais le procès d'avanthier était de force à vous faire tomber également les jambes. Les demoiselles compromises, qui pour la plupart prenaient la qualification parfois justifiée d'artistes dramatiques, y ont fait preuve en effet des plus sérieuses dispositions à jouer la comédie. Je sais que la rampe émancipe. Ainsi, prenez une jeune fille de seize ans, modeste, innocente, et ne quittant pas madame sa mère d'une semelle, faites-la engager dans un théâtre subventionné ou non et vous serez tout étonné, deux mois après, de l'entendre exprimer en plein foyer cet axiome de physique expérimentale :

— Les vieux ça ne vous bat jamais, et ça vous fait un sort. Mais quelque soit le développement qu'imprime l'habitude

de la scène aux facultés intellectuelles, on ne peut s'empêcher d'admirer la nature, qui permet à certaines femmes de connaître le cœur humain bien avant l'orthographe. Le procès dont nous parlons a été un puits de révélations dont l'auteur de l'affaire Clemenceau eût certainement tiré un parti considérable. Par les soins des honorables intermédiaires que la police correctionnelle couvre aujourd'hui de sa protection, le candide provincial de passage à Paris voyait un matin entrer chez lui une jeune et timide enfant qui lui racontait ses malheurs d'une voix mourante :

— Monsieur, disait-elle, excusez ma démarche; je vous suis adressée par une vieille amie de notre famille qui m'a fait espérer que vous voudriez bien m'aider à trouver une place qui me permette de vivre honnêtement de mon travail. Mon père en mourant ne m'a absolument rien laissé qu'un sabre de cavalerie. J'ai bien une vieille tante qui veille sur moi, mais si elle savait que j'ai osé me présenter ainsi chez un monsieur seul, elle me tuerait, oh ! oui, elle me tuerait.

Le bon provincial doutait en rassurant l'orpheline sur ses intentions, puis il finissait par lui offrir un joli billet de cinq

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•eiiis francs qu'elle acceptait en levant les yeux an firmament somme pour invoquer son père. Une fois en lètc-a-tète avec sa Bonscience, le bon provincial s'arrachait les cheveux :

Qu'ai-ie tait / se disait-il : cette jeun*' fille venait à moi

pleine de confiance et d'honneur, et moi, infâme, j'ai abusé làshement de sa pauvreté; j'ai exploité sa misère. Ah ! je suis un être bien abject.

Et, comme tous les grands criminels ont la rage de noyer leurs remords dans l'orgie (c'est même presque toujours ce qui les tait pincera, il allait passer la soirée suivante à Mabille uii il retrouvait son orpheline se disloquant devant l'orchestre aux applaudissements d'une foule ivre de joie.

Le provinciaf retournait chez lui soulagé' quant à la conscience, mais douloureusement affecté, quant au porte-monnaie, en songeant qu'au résumé il avait payé cinq cents francs ce dont les autres ne voulaient probablement pas pour vingt.

Quelquefois la pilule n'était même pas dorée par ce procédé Ruolz : un cocodès, en rupture de conseil judiciaire, allait trouver discrètement une de ces mères non repenties.

— Madame, disait-il à la sorcière avec toutes les marques de la plus haute considération, on m'assure que vous avez des relations excessivement étendues. J'éprouve pour BP X..., la ravissante jeune première du Gymnase, une passion violente. Est-ce que vous ne pourriez pas lui faire part de cet amour que j'aurais quelque peine à exprimer moi-même? Aucun sacrifiée ne me coûtera.

— Lui avez-VOUS déjà parlé? demandait la duègne.

— Je ne l'ai jamais vue que de l'orchestre ; mais son éclat m'a vivement frappé.

Le lendemain, le cocodès était surpris et charmé de recevoir une lettre au patchouli qui lui assignait le plus mystérieux des rendez-vous, et deux heures après il se trouvait en présence d'une femme petite et boulotte aux cheveux rares et à la voix

rauque.

k,n LA GRANDE BOHÈME

— C'csl singulier! pensait l'amoureux, de ma stalle elle me pa* raissaitsvelte, élancée et douée chine abondante chevelure. Onme l'avait bien dii : rien n'est trompeur comme l'optique du théâtre.

G'estseulement au tribunal que plusieurs d'entre^ux ont appris iiuc les célèbres jeunes premières don! la facilité les avaient stupéfaits, riaient de simples déesses du macadam qui acceptaient de temps en temps le rôle que Mme de Lamothe avait jadis l'ait jouer à une inconnue dans la fameuse affaire du Collier.

La condamnation de ces douze femmes si nécessaires va supprimer violemment les relations internationales entre les jeunes gens de bonne et les jeunes filles de mauvaise famille. Le commerce va ainsi se trouver suspendu comme au lendemain de la déclaration de la guerre. Quoi qu'il arrive, il restera toujours des débals une réponse ingénue qui, dans un procès de celle nature, esta la fois le mot de la situation et celui de la fin.

— Vous vous dites artiste dramatique, demandante présidenj ii une des jolies filles appelées comme témoins : dans quelles pièces et à quel théâtre uvez-vous donc joué ?

— Un soir, répondit l'enfant avec le calme d'une conscience impure, j'ai joué à la salle de la Tour-d'Auvergne une comédie de m. Marivaux intitulée : les Jeux de F amour et de Saint- Lazare.

La pauvre petite étail convaincue qu'elle mentait, et elle n'avait jamais été plus près de la vérité. La Providence nous joue parfois de ces tours.

La Providence a été du reste fort occupée celte semaine. Elle a eu à recevoir les remerciments des Prussiens qui l'avaient invoquée avant de commencer leur campagne; elle a dû subir les reproches des Autrichiens, qui l'avaient invoquée également; i moment du combat, les deux'adversaires invoquent presque ti ujour la Providence chacun dans leur petit coin, cl comm il n . a de vainqueur qu'autant qu'il y a an vaincu^ il faut en c inclure qu'un des deux, au moins, aurait aussi bien fait de supprimer son invocation.

i. \ GRANDE BOHÊIll |

il ni isi mi peu de h Providence qu'on invoque en partie iouble, comme du soleil d'Austerlitz donl Napoléon atanl parle » Sainte-Hélène. Un des lieutenants de l'honorable exécuteur du lue d'Enghien aurait pu lui faire observer respectueusement

Ue apparition subite, du soleil n'avait aucun sens al ■que, attendu que, s'il avait brillé pour l'armée française qui l'ut victorieuse, il avait brillé en même temps pour l'armé Usée qui fut battue.

A peine tranquillisée du côté des Prussiens, la Providence s'est trouvée convoquée pour l'inauguration du monument levé dans l'église Saint-Germain-des-Prés, à la mémoire d'HippolvteFlandrin. Je n'ai pas à discuter le talent gris, mais Incontestable de cet artiste, aimé de M. Ingres. Ce qui m'a paru le moins sérieux, dans cette cérémonie, c'est le discours Bu curé de Notre-Dame-dés-Ghamps, qui a annoncé, en prenant la parole, qu'il allait faire l'éloge d'flippolyte Plandrin non comme peintre, mais comme chrétien. Tuez-vous donc à étudier la nature sur le nu : réveille/-vous donc la nuit, afin de retenir sur le papier une composition ingénieuse ou un raccourci à effet : donnez-vous donc enfin les cent mille et une émotions du chercheur, pour qu'après votre mort on vienne vous vanter non comme peintre, mais comme chrétien.

On donnait à Hippolyte Flandrin «les chapelles à décorer. Il était ('•vident qu'il n'allait pas y peindre le portrait de (iil Pérès dans le Myosotis ni celui de Paulin Ménier dans le Courrier de Lyon. La décoration d'une chapelle se composant surtout de saints de saintes, de christs et d'archanges, Hippolyte Flandrin. qui et, m tort en faveur, peignait des saintes et des archanges, mais il est probable qu'il n'était pas plus chrétien qu'un autre. Prenez un rapinqui use ses coudes dans les soucoupes de la brasserie des Martyrs, et cômmandez-lui une sainte Véronique, il vous fera votre sainte Véronique et il retournera à sa brasserie.

.le crois que pour rester dans le vrai le curé de Notre-Damed es- Champs n'aurait pas dû s'écrier :

— Hippolyte Flandrin était surtout un chrétien ! Mais :

— Hippolyte Flandrin avait beaucoup de travaux du gouvernement.

16 juillet 1866.

Après avoir détaillé avec amour un assaisonnement compost1 de champignons et de tomates, Brillai-Savarin s'écrie dans un accès de lyrisme :

« A cette sauce-là on mangerait son père. »

J'ignore si, en effet, il est une sauce à laquelle on mangerait son père ; mais le procès entamé à propos de la succession Caderousse prouve qu'il est des héritages pour lesquels on éreinte volontiers ses parents. Je croyais que lorsque le descendant d'une grande famille s'était compromis par des faiblesses plus ou moins coupables, les alliés et consanguins faisaient, en vue de l'honneur du nom, des sacrifices surhumains pour étouffer les fâcheux souvenirs. Il s'agit, il est vrai, d'une somme de deux millions, et pour deux millions l'opinion publique vous permet de renier bien des hommes et bien des choses ; mais les héritiers naturels du brillant Caderousse n'en auraient eu que plus de bon goût à empêcher que maître Al lou ne parlât de ce héros d'avant-scène comme d'un homme qui passait ses journées à boire des canons sur les comptoirs des marchands de vin.

Les gens du peuple d'ailleurs, tout sceptiques qu'ils deviennent, ont le tort grave de reconnaître encore certaines vertus à la particule. Le plus grand nombre d'entre eux s'imaginent qu'il y a, comme pour les arbres, des essences différentes pour les individus et que si eux sont simplement en hêtre ou en sapin, un comte est en acajou et un marquis en palissandre. Ceux qui ont intérêt à laisser se propager ces utiles erreurs ne devraient donc à aucun prix, même au prix de deux millions, apprendre au gros de la population, par des débats solennels, que dans les sphères aristocratiques on peut s'envoyer, dans des circonstances données, des épithètes dont les dictionnaires refusent l'insertion.

Le lendemain de la mort du duc de Gramont-Caderousse, la plupart des journaux fondirent en larmes, et éclatèrent simultanément en éloges tellement babyloniens, que je ne pus me retenir de publier dans le Figaro un article modérateur, où je demandais qu'on ne mît pas un soupeur de profession absolument sur la même ligne que Washington ou Caton d'Utique.

Cette réclamation, qui n'avait rien d'exagéré, m'attira d'amers reproches sillonnés de quelques compliments. Je reçus des monceaux de lettres anonymes qui toutes à peu près s'étaient entendues pour débuter par la phrase suivante :

« Misérable !

» Est-ce que tu ne rougis pas de cracher ainsi sur une tombe à peine fermée?... »

J'aurais pu, dans un second article, expliquer à mes anonymes que si j'avais apprécié M. de Gramont-Caderousse c'était précisément parce qu'il venait de mourir, attendu que dans quinze ans son souvenir avait des chances pour être effacé de bien des mémoires. Mais je me résignai, en songeant que de tout temps on a écrasé les journalistes avec l'histoire de la tombe à peine fermée. S'ils se permettent de juger un défunt de date récente, mille voix s'écrient :

LA i.k wui: BOHÊHJ

Une tombe à pein ! quelli horreurl

s ils laissent écouler un Lemps rai onnable entre les obsèques t l'oraison funèbre, mille autres voix (ce sont quelquefois les sèmes entonnent cet ensemble :

Ali ! cà, de qui nous parle-t-U donc? Voilà t|U'il se mit

i nous servir ses vieux articles?

Quoique la tombe du due de C.ramont s.iH un peu plus toi -

née que l'année dernière, je le reconnais, la plaidoirie des ivocats des héritiers dépi établit surabondamment que

alors étaient restées bien en deçà de la vérité, „m i|ue moi. étranger, j'ai bien pu dire dan.s le Figaro ce que les parents répètent aujourd'hui avec de nombreux développements devant le tribunal. Il est vrai que pour moi il ne s'hissait pas de deux millions. Mais, laissez-moi me donner ce gant dont la couleur me plaît, s'il se lût agi de deux millions, je crois ([ne je me serais tu

Il me parait d'ailleurs douloureux d'arracher ces mânes à l'oubli pour les faire passer à nouveau devant le conseil de guerre, comme le général autrichien Clam-Gallas et ses collé- -. dont le grand tort est «l'avoir été battus, ou plutôt tripotés, par les aiguilles prussiennes. Si l'Autriche t'ait passer ainsi tous sis généraux devant les conseils de guerre, on i e voit pas trop comment elle continuera la guerre, à moins qu'elle ne confie à des caporaux le commandement de ses divers corps. Heureusement le général Clam-Gallas a mie défense toute tracée. Depuis huit jours, on saisit de tous (.Mes des pigeons voyageurs qui portent sous les ailes des lettres faciles à traduire, mais que tout l'ait supposer venir du théâtre de la guerre. Des paysans ont attrapé avant-hier dans les environs de Strasbourg un ramier porteur d'un billet. ainsi conçu :

« Viens, ma Catherine : la position n'est plus tenable. Aussitôt ton arrivée, le mariage se fera. »

Notre grande supériorité à deviner les rébus a permis aux

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lettrés de l'endroit de donner immédiatement le sens exact de cette mystérieuse dépêche. Catherine, c'est l'armée d'un des archiducs, car vous savez qu'il n'y a pas de pays comme l'Autriche pour produire des archiducs. « La position n'est plus tenable. » Lisez : Je suis sur le point d'être enveloppé. « Aussitôt ton arrivée le mariage se fera. » Il est clair, comme seize et sept font quatre, que c'est une façon adroite d'écrire : Accourez pour que nous opérions notre jonction.

Voilà ce que signifie cette dépêche qui doit provenir d'un chef de corps à moins qu'elle n'ait été tout bonnement tracée par un amoureux pressé de publier ses bans. Quoi qu'il en soit, si le général Clam-Gallas est le moins du monde intelligent, il peut tirer un grand parti des nombreux pigeons qu'on récolte depuis quelques jours. Si au lieu de porter à destination les messages qu'on leur confie, ces oiseaux chers à Vénus s'amusaient à organiser des parties fines avec des colombes entretenues, il est évident que ce sont eux et non les généraux autrichiens qui devront passer en conseil de guerre. Gomment condamner un accusé qui ferait cette déclaration :

— J'avais placé sous l'aile d'un pigeon voyageur des instructions précises que j'adressais à mes collègues de l'armée du Sud et qui devaient assurer le succès de nos opérations. Est-ce ma faute si cet officier d'ordonnance a été pris et vendu à la criée pour être ensuite, lui et ses dépêches, mis à la casserole avec des carottes nouvelles ?

Mais les pigeons ayant été dévorés se trouvent hors d'atteinte, et on s'en prend aux hommes, ce qui prouve qu'il est rare qu'on soit récompensé selon ses mérites. Quand un général s'empare d'une demi-lune grande comme un Camembert, il n'y a pas assez de titres, de pensions, de dotations et de croix pour reconnaître ce mince fait d'armes. Quand il est battu, on le traduit devant un conseil de guerre. Voila encore une profession oii la tenue des livres serait trop compliquée pour moi.

*0 juillet 1866.

« Pour réussir, nous écrit un abonné, il ne suffit pas de s'adresser .1 un certain monde, il faut s'adresser à tous les mondes. Voyez la Liberté : sous la rubrique : Le monde politique. Le monde parisien, Le monde religieux, Le monde thermal, etc., elle publie tous les jours trois ou quatre colonnes d'informations variées. Aussi, quoiqu'elle n'ait encore que trois mois d'existence thv-t-elle à un nombre considérable d'exemplaires. »

Je pourrais objecter à notre abonné que le succès de la Liberté vient moins de ce qu'elle découvre tous les jours de nouveaux inondes, que de ce qu'elle s.- ?end dix centimes quand elle en coûte douze à sou fondateur. Je pourrais lui répondre aussi que M. de Girardin ayant annonce, il y a quelque temps à l'Europe en larmes, qu'il était mort, le public un peu fatigué de ce qu'on écrit sur la terre, est naturellement curieux de savoir ce qu'on peut écrire dessous. Mais pour montrer que nous n'avons aucun parti pris, et que le bonheur de la France est notre seule et unique préoccupation, je prends sur moi de tenter aujourd'hui le système inauguré parlai*-

berté. Je vais tâcher d'en mettre pour tous les mondes connus, et même pour ceux qui ne le sont pas. Si cependant j'oubliais un monde, je le prie instamment de ne pas m'en vouloir. Ce serait ignorance et non méchanceté.

Quoique depuis quelques jours il nous soit interdit de discuter la Constitution, je n'hésite pas à commencer par

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