‹ La grande bohêmeChapitre 18 sur 38 · LE MONDE POLITIQUE · texte numérisé non relu

LE MONDE POLITIQUE

Un fait considérable s'est produit avant-hier sur les deux heures, deux heures et demie. Un jeune homme d'environ vingt-sept ans est entré au bureau de poste de la place de la Bourse et a demandé à l'employé qu'il voulût bien lui affranchir une lettre pour la ville de Venise. L'employé lui passa à travers son guichet un timbre de quatre-vingts centimes.

— Pardon, fit le jeune homme d'environ vingt-sept ans, Venise appartient à la France. Or sur tout le territoire français le tarif n'est que de vingt centimes, veuillez me donner un timbre de quatre sous.

— Monsieur, répliqua l'employé, je ne connais que le règlement. Le règlement dit seize sous pour Venise, voilà votre timbre, passez-moi vos seize sous.

— Monsieur, insista le jeune homme, si vous aviez lu la noie du Moniteur, comme c'était votre devoir, vous ne tiendriez pas ce langage antinational. Je trouve odieux que, salarié comme vous l'êtes, vous fassiez ainsi une opposition sourde au gouvernement. On vous ferait passer devant un conseil de guerre comme Jean la Poste, que vous auriez tout au plus ce que vous méritez.

— C'est possible, balbutia l'employé; mais je n'ai que douze cents francs d'appointements et soizante-quinze francs de gratification seulement tous les six ans. Si je vous donne un timbre de quatre sous, et qu'après, on me retienne douze sous

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mx mes émoluments personnels, je vous demande an peu à

quoi m aura servi mou patriotisme î

|rllll(. homme d'environ ftegt-sept ans n'eu démordii L'employé ea démordit encore moins. L'affaire, qui él

quelque temps un.' ample question deguichet, demi bientôt une question de cabine* : le général Latnarmora, instruit du lait, déclara que m remployé avait délivré le timbre do quatre sous, c'était la guerre européenne; et en remerciaient de sa neutralité, il fient, <lit-ou, de faire promettre à L'intelligent bureaucrate qu'aussitôt la lutte terminée, il serait nommé bibliothécaire des-lagunes de Venise, et conservateur adjoint du l'ont des Soupirs.

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