CHAPITRE II
la plénitude de ses facultés intellectuelles. < Il parla
> peu à ses confrères, dit dom Cellier, il reçut les
> derniers sacrements et s'endormit ensuite dans le » Seigneur avec une grande tranquillité. > Guignes réunit à ceux de ses frères échappés au désastre quelques autres religieux de la chartreuse des Portes , au diocèse de Belley , qu'il avait fondée précédemment , et établit la communauté nouvelle dans l'endroit même où se trouve aujourd'hui le monastère de la Grande-Chartreuse. Un de ses premiers soins fut d'y amener par un aqueduc en pierres , qui subsiste encore , les eaux de la fontaine de saint Bruno. Le monastère nouveau fut d'abord construit en bois comme l'avait été le premier , à l'exception de l'église qui fut bâtie plus solidement, et qui forme aujourd'hui la chapelle dite le chapitre des religieux. Saint Anthelme , 7® général de l'Ordre , puis évéque de Belley, dans le douzième siècle , fit jeter les fondements de la partie du grand cloître qui est dans le style gothique , et qui fut achevée plus tard par les libéralités de Marguerite , duchesse de Bourgogne. La maison prit ainsi des accroissements successifs ; mais elle fut incendiée jusqu'à huit fois , soit par accident f soit avec des intentions hostiles. Ces incendies eurenfMieu en 1320, 1371 , 1474, 1510, 1562 (c'est aux fureurs
du baron des Adrets, capitaine des calvinistes» qu'on attribue ce cinquième désastre ), puis en 1592, en 1611 , et enfin le 10 avril 1676» Cest alors que dom Le Masson, 50® général de TOrdre, aidé d'un frère architecte , la mit dans l'état ^ù on la voit aujourd'hui.
lia révolution de 89 semblait d'abord avoir oublié ou respecté le monastère de la Grande-Chartreuse , quand, au mois d'octobre 1792, la pro(scription , qui avait atteint déjà tant d'autres établissements reli^ gieux, s'étendit jusqu'à cette première maison de l'Ordre, Les religieux qui la composaient obéirent sans résistance, mais non pas sans une profonde douleur, aux décrets du gouvernement qui les bannissaieut de ces doltres où ils trouvaient tant de douceur à enfermer leur vie.
Un certaiu nombre d'entre eux , qui ne purent avoir la triste consolation de s'expatrier , se dispersèrent dans l'intérieur de la France, où quelques-uns s'adonnèrent secrètement aux fonctions du ministère sacré, malgré les lois portées contre les prêtres insermentés. Ceux que l'on découvrit dans rexercice des devoirs du sacerdoce furent emprisonnés, déportés, et quelques-uns même mis à mort. D^autres avaient trouvé le moyen de passer dans diverses mi^
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isons de leur Ordre encore existantes hors de France ; mais ils en furent de nouveau arrachés au bout de peu de temps par la tempête révolutionnaire , qui , comme tout le monde sait, s'étendit sur une grande partie de l'Europe, Ces maisons furent toutes succès^ sivement abolies, à l'exception de celle de la Part* Dieu, en Suisse, qui échappa seule à cette destruction générale.
Le révérend père D. Nicolas Geoffroy, alors supérieur général de l'Ordre, et qui avait pu passer à l'étranger, se retira d'abord à Bologne et plus tarda Rome, où il mourut en 1801. Après lui, l'Ordre fut gouverné successivement pendant quinze 9ns par trois vicaires^énéraux.
En 1815, D. Romuald Moissonnier , second vicairegénéral, s'occupa des démarches à faire pour obtenir du gouvernement la faculté de rétablir le monastère de la Grande-Chartreuse« Il fut secondé avec beaucoup de zèle et d'activité par dom Ephrem Coutarel , qui , après plusieurs années d'une dure captivité , n'avait profité de la liberté qui lui fut rendue que pour venir se retirer et vivre ignoré dans les environs de cette maison mère , dont il était profès. '^'
Ils obtinrent l'accomplissement du plus cher de leurs vœux; et, au mois de juillet 1816, ils purent
rentrer dans le Désert sanctifié par la pénitence de saint Bruno. La population des environs ne vit pas sans un vif intérêt ce rétablissement. Elle se rappelait que les Chartreux avaient apporté la vie et Tabondance dans la contrée , qu'ils étaient la providence du pauvre et l'appui de l'orphelin, et que, plus d'une fois, ils avaient nourri des villages entiers dans des années de disette.
Du reste , les habitants de Grenoble et même ceux de tout le Dauphiné ne furent pas non plus insensibles au retour des Chartreux : car ils sont fiers de posséder la Grande-Chartreuse, qu'ils regardent avec juste raison comme le plus beau monument de leur province et l'un des plus remarquables de France.
Ainsi le vénérable Vicaire-général, qui avait été l'instrument de la Providence pour la restauration de son Ordre en France dans le lieu même où saint Bruno l'avait fondé, rentra au couvent où il avait été enfanté à la vie religieuse comme un exilé rentre dans la maison de ses pères.
Instruits du rétablissement du berceau de leur Ordre, plusieurs anciens Chartreux français vinrent successivement grossir le petit nombre de ceux qui en avaient repris possession , et dont le respectable chef n'avait pas tardé de passer à une meilleure vie. Car