CHAPITRE n
beaucoup de bibliophiles : une grande Bible, sur vélin, ornée de miniatures, du x® siècle, dont les couleurs scmt d'une fraîcheur étonnante ; un Nouveau Testament, du XI® siècle; les quatre Evangiles, du xn® siè* ele; divers livres de TAncien Testament, du xu® siè-cle; Glose sur Tobie, Judith et Esther^ du xm® siècle; un Ancien Testament, du xm® siècle; un Psautier, du xiv^ siècle; une Imitation de Jésus-Christ, du XV® siècle; beaucoup de Missels, de Rituels, d'Antiphonaires, de divers siècles jusqu'à l'invention de rimprimerie, etc.
On trouve aujourd'hui à la Grande-Chartreuse une fort belle collection des Pères de l'Eglise , format infolio, plusieurs Commentaires des Ecritures saintes, un grand nombre de livres ascétiques , des miscellanea, et encore quelques manuscrits. L'histoire, la littérature, la physique, la botanique, y sont aussi représentées par d'assez bons ouvrages. Mais il y a encore bien des lacunes à combler sur beaucoup de points. Ainsi on s'étonne de ne pas rencontrer la collection des BoUandistes dans une bibliothèque de couvent. On regrette également de ne pas y voir les ouvrages de dom Martène , de dom Mabillon et de quelques autres bénédictins qui ont écrit sur les or-
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dres religieux. Ces vides, il faut l'espérer, se rempliront avee le temps.
Pour compléter la description de la maison , nous ajouterons qu'à Tangle nord-est du mur d'enceinte on a fait réparer la chapelle dite de Saint-Sauveur. Les personnes du sexe peuvent demander à y entendre une messe basse les dimanches et les fêtes. C'est même pour cette destination spéciale qu'elle a été restaurée.
€HAPITRE IIL
Ixplicalion des Takleau composanl la m de saint Bnmo,
par le Soeur.
Il parait assez naturel de faire précéder cette explication par une courte notice sur l'habile peintre au pinceau duquel on doit la galerie que nous allons parcourir.
Le Sueur, né en 1617, et élève de Simon Voûet, fut une des illustrations du xvii® siècle. Il s'était déjà fait connaître par quelques bons tableaux qu'il vendait mal , quand le gouvernement , pour lui donner des moyens d'existence assurés, le nomma inspec teur des recettes aux entrées de Paris.
€ C'est à la barrière de l'Oursine, dit M. Miel (1) ,
(1) Auteur d'un examen raisonné de la galerie qui nous occupe , lequel nous a été d'un grand secours dans le compte que nous avons à en rendre nous-méme.
qu'il eut à repousser Finjure faite à un de ses subordonnés par un gentilhomme. Insulté lui-même, il demanda satisfaction par les armes. Le cartel fut d'abord reçu avec mépris ; mais Le Sueur se nomma» et r^gresseur, qui l'avait souvent admiré daos ses ouvrages , consentit à une réparation. Ils se rendirent à l'instant sous les murs des Chartreux , et l'artiste eut la malheureuse adresse de tuer son adversaire d'un coup d'épée. Le Sueur se retira dans le couvent même des Chartreux y qui lui donnèrent asile jusqu'à ce qu'on eut apaisé la famille du défunt. L'hospitalité de la religion ne fut pas perdue pour l'art. Dans le sfilence de cette solitude , bourrelé de sa fatale victoire , vivement ému par le contraste ^ui régnait entre lui et la paix inaltérable dont il était environné , Le Sueur dut sans doute » à sa retraite chez les Chartreux les premières in- » spirations de son cloître. »
Cette belle collection fut achevée par Le Sueur en moins de trois ans.
Ce grand artiste se signala ensuite par quelques autres chefs-d'œuvre , notamment par le tableau de saint Paul prêchant à Ephèse , qui lui valurent f estime secrète et l'envie mal dissimulée du peintre Lebrun. Usé de bonne heure par un travail forcé, une