‹ La Grande-Chartreuse, ou, Tableau historique et descriptif de ce MonastereChapitre 13 sur 93 · CHAPITRE n · texte numérisé non relu

CHAPITRE n

œuvres d'imagination. Nous donnerons dans le chapitre suivant l'explication de ces tableaux.

Après cette salle on en trouve une autre moins grande, où se voient la continuation des portraits des Généraux de Tordre , et , en outre , plusieurs autres tableaux. Dans le plus grand sont réunis tous les personnages de l'ordre des Chartreux distingués par leurs vertus ou par les dignités ecclésiastiques dont ils ont été revêtus. En face de ce tableau est une Assomption sculptée en relief.

Dans le passage qui sépare cette salle du grand clottre, on voit, de chaque côté, deux grandes cartes topographiques, donnant d'une manière assez exacte le plan du Désert.

Mais nous voici arrivés à la partie la plus remarquable de toute la maison , et qu'on ne peut voir et parcourir pour la première fois sans étonnement. Nous voulons parler du grand cloître , qui forme un carré long éclairé par 150 fenêtres, et que la nature du terrain a forcé de construire sur un plan incliné. Il a 215 mètres, ou 645 pieds de longueur, sur 25 mètres ou 69 pieds de largeur. Deux personnes placées à chacune des extrémités ne sauraient se reconnaître. La partie la plus ancienne , qui , comme nous l'avons déjà dit, date de la fin du xu® siècle, et

qui est dans le style gothique , attire Tattention des connaisseurs, et fait regretter que l'autre partie, beaucoup plus moderne, forme un contraste fâcheux avec celle-ci , dont le ton plus obscur et le genre plus religieux conviennent beaucoup mieux à un monastère.

Les cellules sont au nombre de trente-cinq , et ont toutes leur entrée sur le cloître. Ce sont conmie autant de petites maisons séparées, qui se composent de deux pièces éclairées par trois fenêtres , et dans lesquelles on a ménagé un oratoire et un cabinet d'étude. Au-dessous se trouvent un bûcher et un atelier, plus un corridor, et enfin un petit jardin formant la séparation des cellules entre elles. Le tout peut occuper un espace d'environ 40 pieds carrés. Â côté de la porte de chaque cellule , on remarque un guichet pratiqué dans l'épaisseur du mur, et dans lequel se déposent les aliments qui sont servis aux religieux. On lit sur la porte même une sentence, qui est ordinairement tirée de l'Ecriture ou des Pères.

Le silence profond qui règne dans le dottre n'est troublé (1) que par le bruit que fait en tombant Teau

(1) Les religieux se plaignent que ce silence est aussi trop soarent interrompu^ dans la belle saison, par les conversations tnmul-

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de quelques. fontaines, placées de distance en distance pour l'usage des religieux.

Au milieu est placé le cimetière ; de façon qu'en sortant de leurs cellules , leur demeure pendant cette vie, ils voient tous les jours la dernière demeure qui attend leurs dépouilles mortelles. Les croix de pierre qu'on aperçoit dans la partie supérieure de ce cimetière distinguent les tombes des Généraux de l'Ordre.

Tout à côté on montre au voyageur la chapelle des Morts, qui a été fondée en 1582 par François de Gonzé ou Gonziaço, évêque de Grenoble. Il y a dans cette chapelle un caveau renfermant les ossements des premiers Chartreux qui avaient été enterrés près de Notre-Dame de Casalibus.

Dans une niche pratiquée en dehors, au-dessus de la porte de cette chapelle , les artistes admirent un buste de marbre représentant la mort, sous sa forme ordinaire d'un squelette de femme , et couvert d'un manteau supérieurement drapé. C'est, d'après une inscription placée au bas, un don de M, le comte de Châteauvillard.

(aeuses des visiteurs , qav ne se rappellent pas loujours l'avertissement placé à rentrée de ces corridors.

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Plus bas, et du côté opposé, on montre encore au voyageur la chapelle dédiée à S. Louis, roi de France. La fondation en est due à Louis ?^u, qui y consacra trente mille livrer prises sur $e$ épargnée; royales. Elle est ornée de jolies statuettes placées dans des niches, et représentant Moïse, David, les quatre grands prophète^, et, de chaque côté de l'autel, deux saints Chsurtreuj^ en contemplation. EJle est, en outre, décorée entièrement de peintures et de tableaux, dont une psprtie n'est pas sans quelque mérite. Louis xni, en souvenir de sa libéralité, réclama desi Chartreux une messe annuelle pour lui et pour ses successeurs.

En sortai^t de ce vaste cloître , qu'on ne peut guère visiter sans éprouver de salutaires impressions, on descend à la bibliothèque, qui, bien qu'elle contienne plus de ^x Qiille volumes acquis ou donnés depuis la re^tauratiqu du couvent» est cependant biei^ éloignée de valoir l'apcienne , laquelle renfermait plus de cinq cents manuscrits ou de titres originaux aujourd'hui déplacés ou perdus, et trois cents volumes environ du commencement de l'imprimerie. La bibliothèque de Grenoble, qui s'est enrichie dans la révolution aux dépens de celle de la Grande-Chartreuse, possède les manuscrits suivants, qu'admirent

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