CHAPITRE V
d'autres vues que de couler ses jours dans Tobscurité et de s'y préparer au jugement de Dieu ^ il médite sans cesse les années étemelles qui doivent suivre le peu d'instants qu'il passe ici-bas ; et toujours occupé du terme de sa carrière > il ne pense qu'aux moyens à prendre pour l'achever heureusement
' Il garde une solitude volontaire , où désoccupé des choses présentes et oubliant toutes les créatures, il ne pense qu'au Créateur et à ses perfections ; où , adonné aux exercices d'une pénitence laborieuse, il triomphe de la chair et de ses révoltes, du monde et de ses plaisirs, du démon et de ses attaquas; où enlSn, par la douceur des divins cantiques, l'application aux lectures spirituelles, la ferveur dans la prière, les ar-. deurs de l'oraison, il sanctifie tous ses moments et s'unit à Dieu de la manîèlre la plus intime.
n n'est jamais moins seul que lorsqu'il est seul , parce que c'est alors que Dieu lui est plus présent et qu'il en est plus occupé. Quoique caché aux yeux des hommes, il ne croit pas pouvoir pour cela se donner plus de liberté dans sa conduite, parce qu'il est attentif à ce maître invisible qui pèse toutes ses actions dans la balance de sa justice.
Renfermé dans l'intérieur de sa cellule , il ne cherche point d'occasions furtives d'en sortir et de se ré-
pandre avec les hommes; mais ne la quittant qiie par nécessité et par obéissance , il y rentre au plus tAt par devoir et par inclination. Aimant mieux parler à Dieu des besoins des hommes que d'entretenir lies hommes des grandeurs de Dieu , il borne ses conversations à celles que la règle permet, et alors même eu voit toujours arriver la fin avec plaisir. Il ne reçoit les visites des séculiers qu'avec la permission expresse de ses supérieurs , et toujours sans les désirer et sans les provoquer.
Sincère amateur du silence, il ne le rompt jamais que dans les cas prévus et les temps marqués par les statuts, et toujours sans passer les bornes d'une juste nécessité.
C'est un homme qui, entièrement dégagé des choses extérieures, ne s'entremêle dans aucune affaire étrangère ou domestique, et qui, choisissant pour soi la part de Marie comme la plus avantageuse, abandonne les fonctions tumultueuses de Marthe à ceux que la Providence en a chargés. Uniquement occupé de plaire à Dieu , il n'ambitionne point une réputation qui pourrait lui devenir une tentation continuelle de vanité. Cherchant à vivre inconnu et se bornant au seul témoignage de sa conscience réglée sur l'Evangile et sur ses constitutions particulières , il ne brigue ni