‹ La Grande-Chartreuse, ou, Tableau historique et descriptif de ce MonastereChapitre 7 sur 93 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

chargés de planches ou de charbon, lesquels vont presque toujours suivant leur caprice , sans que le plus souvent leur conducteur les précède ni les guide. Alors si vous êtes à cheval , rangez-vous d'avance du côté opposé au précipice dans quelque recoin du rocher. Que si on £ait retentir au-dessus de vos tètes les coups delà cognée dévastatrice, soyez encore sur vos gardes : bientôt, peut-être, vous entendrez lé vieux patriarche des forêts rouler de rocher en rocher, et ses débris fracassés viendront même parfois joncher l'endroit du chemin où vous allez porter vos pas. Si vous montez à la Chartreuse aux environs de la Saint- Jean d'été, vous pourrez aussi vous trouver attardé par un de ces troupeaux d'innombrables moutons que le berger de Provence amène de la Camargue dans les Alpes, avec ses mules, ses ânes et ses énormes chiens, véritables caravanes d'Orient, qui vont du désert au désert en traversant nos villes et nos plaines populeuses. Quelquefois vous rencontrerez une bande de chasseurs qui sera allée relancer le chamois sur ses pics aigus, ou même attaquer l'ours dans sa tanière obscure. D'autres fois vous vous croiserez avec d'élégantes compagnies de promeneurs et de promeneuses, qui seront venus d'Aix ou d'Uriage pour varier par des sensations nouvelles les plaisirs ordi*

^70 LA GRANDE-CHAETREUSE.

naires de la vie des Eaux. Vous verrez aussi des botamstes rapporter d'un air de contentement dans la botte de fer-blanc suspendue à leurs épaules une riche collection de plantes alpines cueillies sur 1^ cimeç d'Aliénardy de Chamechaude ou du GrandrSom (i)* Enfin y le long des rives du torrent, auprès de quelque cascade écumante» vous apercevrez le dessinateur ou le peintre parisien , abrité sous le lai^e parapluie à canne , et tâchant de dérober à I9 pâture ^s effet» gracieui^ et ses accidents variés.

Mais laissant maintepant la croix verte et continuant votre msirche, au bout d'upe demirheure, après un détour dans les bois» vous vous trouvèrent gu pied même des bâtiments du Monastère, qui, se présentant tout à coup à vos regards, semblera vous donner Tidée d'une petite ville. Ce n'est du reste que son ^pect extérieur qui ait quelque rs^pport avec celui des demeures ordinaires des homme^ ; cai* il ne sort des cloîtres muet|Sf de la Chartreuse aucuii de ces bruits ni de ces rumeurs qui annoncent les approchas d'une enceinte habitée. Enfin vous suivrez par un chemin montant les contours du

(1) Trois sommités qui dominent le couvent.

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