FRAGMENT
Par Ducis.
Quel calme ! quel Désert ! Dans une paix profonde. Je n'entends plus mugir les tempêtes du monde. Le monde a disparu , le temps s'est arrêté... Commences-tu pour moi , terrible éternité ?
Ah I je sens que déjà dans cette auguste enceinte y Un Dieu consolateur daigne apaiser ma crainte. Je le sais , c'est un Père ; il chérit les humains : Pourquoi briserait-il l'ouvrage de ses mains? C'est lui qui m'a formé dans le sein de ma mère ; Il veut mon repentir : mais il veut que j'espère. O toi qui sur ces monts blanchis par les hivers , Vins chercher les frimats , un tombeau , des déserts , Et qui volant plus haut , par ton amour extrême , Semblais , voisin du ciel , habiter le ciel même , Que j'aime à voir tes pas empreints dans ces saints lieux ! Le berceau de ton Ordre est caché dans les cieux. C'est là que du Seigneur répétant les louanges , La voix de tes enfants s'unit au chœur des Anges. Là de ses faux plaisirs , par le siècle égaré , Le voyageur pensif a souvent soupiré.
Ces rochers , ces sapins , ce torrent solitaire ,
Tout parle , tout m'instruit à mépriser la terre ^ La terre où le bonheur est un fruit étranger Que toujours quelque ver en secret vient ronger. Partout de la douleur j'y trouve les images ; L'amour a ses tourments, l'amitié ses outrages. . Que de désirs trompés , de travaux superflus I . • . Vous qui , vivant pour Dieu , mourez dans ces retraites , Heureux qui vient vous voir dans le port où vous êtes : Mais plus heureux cent fois celui qui n'en sort plus !