‹ La Grande-Chartreuse, ou, Tableau historique et descriptif de ce MonastereChapitre 71 sur 93 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

n connut leurs plaisirs , leurs transports extatiques ; n unit à leurs voix l'ardeur de ses cantiques : Comme eux du Dieu suprême adorant la grandeur, Le servir fut sa gloire^ et l'aimer son bonheur.

Sous ses mains cependant les plaines s'embellirent , Le Désert s'anima, les rochers s'aplanirent; L'or des moissons couvrit les monts les plus affreux : L'abondance naquit , mais pour les malheureux. Bruno , qui fit descendre en ces lieux la sagesse ^ Sut de même en bannir la faim et la paresse ; Tout y retrace encor du saint instituteur , Les prodiges , les lois , le zèle et la ferveur. Loin de notre vain luxe et de nos ridicules , Là mes yeux , cher Alcippe , ont vu dans leurs cellules Ces amis du Très-Haut qui , dans un corps mortel , Attendent , plein d'espoir , le séjour éternel : La joie est dans leurs cœurs , la paix sur leurs visages. Sous la haire et le sac ces vénérables sages , Nuit et jour aux autels anéantis pour nous , Nous rendent Dieu propice, apaisent son courroux. Soutenant dû chrétien les divins caractères , Bienfaisants pour autrui , pour eux durs et sévères , Si notre faible cœur ne peut les imiter , Sachons du moins , ami, sachons les respecter. Depuis leur digne chef jusqu'à leurs néophytes ,

Combien ils m'ont rayi , ces heureux cénobites ! Que mon àme auprès d'eux brûlait pour la vertu ! Que n'ai-je pu , Seigneur , par ta grâce abattu , De mes engagements brisant toutes les chaînes , Là fouler à mes pieds tant de chimères vaines , Te vouer mes serments , m'enchatner à ta loi , La méditer sans cesse , et n'obéir qu'à toi I • . •

Ah I du moins , saint Désert , séjour pur et paisible , Solitude profonde au vice inaccessible , Impétueux torrents , et vous , sombres forêts , Recevez mes adieux , comme aussi mes regrets # Toujours épris de vous , trop aimable retraite ^ Puissé-je , dans le cours d'une vie inquiète , Dans ce flux étemel de folie et d'erreur Où flotte tristement notre malheureux cœur , Puissé-je , pour charmer mes ennuis et mes peines , Souvent fuir en esprit au bord de vos fontaines , Egarer ma pensée au milieu de vos bois , Par un doux souvenir rappeler mille fois De vos saints habitants les touchantes images , Pénétrer sur leurs pas dans vos grottes sauvages , Me placer sur vos monts , et là prenant l'essor , Aller chercher en Dieu ma joie et mon trésor !

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