‹ La grande crise, romanChapitre 40 sur 41 · EN VUE DU PORT · texte numérisé non relu

EN VUE DU PORT

Cousine, je suis blessé.

Je pourrai dire que, jusqu'à la dernière minute, cette guerre m'aura été odieusement cruelle. J'ai vécu tous les temps de nos échecs ; j'ai subi tous nos échecs ; j'ai enduré tous les tourments physiques et moraux ; j'ai éprouvé toutes les disgrâces d'un sort injuste. Et voici qu'à l'instant où ma situation s'améliorait, où le milieu me devenait plus favorable, où la Victoire apparaissait à mes yeux étonnés et ravis, je suis mis hors de combat.

Je n'aurai donc goûté aucune ivresse : ni celle d'aller de l'avant, ni celle de poursuivre l'ennemi, ni celle de sentir définitivement vaincu, implorant, et pantelant sous ma botte, l'adversaire le plus formidable que la terre ait enfanté.

Fini, c'est fini pour moi. Mais j'ai beaucoup de choses encore à vous confier, cousine...

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