SCÈNE XÏII
lES MÊMES, MATHÉUS.
MATHÉUS
C'est affreux , c'est épouvantable, çà ue peut pas s* ,pas-r ser ainsi.
PB.BSTOLETTO.
Diable ! il paraît qu'il y a du nouveau pour toi.
MATHÉUS
Quelle tête, quelle têtej malheur à la Toscane si nous ne reprimons pas ce petit caractère-là.
(Il prend Guilliery par la main.)
GUILHERY.
Ah ! mon dieu , qu'est-ce que j'ai donc fait encore ?
Ce que tu as fait? pauvre petit innocent !... il me le demande... j'en frémis pour toi... Son Altesse était à peine entrée dans la salle du festin . . . qu'un mallieureux écuyer marche sur sa robe . . . elle se retourne d'abord avec impatience, et lui lance un regard foudroyant. . k brise en mille morceaux ce superbe vase du Japon , qui nous avait été donné par le savant Mandarin Kia-o-Li , mon confrère de Pékin.
^IR : KaudeviLle du l"' prix.
Pour la punir de sa colère , Auprès de toi , je viens ici ; Car tu sens bien que cette affaire Ne peut pas se passer ainsi.
PRESTOLETXO.
Y'ià c'quc c'est que d'avoir des tj^res ; Le pauv' petit. . . eu est-ce assez ?
C'esl la princesse qui cass' les vitres,. Et lui qui pny' les pots cassés.
MATHÉUS
Kemlre toute la Conr témoin de ses emportemens; heureuseineut sa punition est facile à trouver... elle devait assister à ce grand repas ... eh bien ! elle n'ira pas. . . c'està-dire si... elle ira , parce qu'on ne peut pas se passer tl'elle; mais elle sera mise an pain sec. . . c'est-à-dire non, elle mangera tout ce qu'elle voudra , mais toi , tu dîneras par cœur.
GUILHERY.
Comment, par cœur. . . moi qui ai si faim. . . ah ben ! c'est injuste , ce matin on ne m'avait pas parlé du pain sec j j'aime encore mieux. . .
MATHÉUS
La princesse en sera plus mortifiée.
( On apporte une petite table , sur laquelle il y a une carafe (Teau et un morceau de pain. )
PRESTOLETTO.
Tiens , voilà ton déjeûner qu'on apporte , j''espère qu'il y a du luxe. . . regarde un peu la jolie petite table.
GUILHERY.
J' crois bien , il n'y a rien dessus. . . j'aimais mieux mon ecuelle de bois , au moins il y avait de la soupe aux choux.
MATHÉUS
Allons, remets-toi, mon enfant, bon appétit. . . je vais faire part à la princesse du profond chagrin que tu éprouves. . . allons, mange, mange, et surtout ne te fait pas de mal ; quant à toi , Prestoletto, cours vite chez les médecins de Son Altesse. . . à la suite de sa colère, elle s'est trouvée indisposée , et elle est rentrée dans son appartement.
PRESTOLETTO.
J'y vais, j'y vais , respectable M. Mathéus.
( Ils sortent.)
SCÈi^E XIV.
GUILHERY, seul.
J'ai beau retourner mon pain de tous les côtés , çà n'y mettra pas quelque chose dessus , ( s' approchant de la porte par laquelle on est iorti.) et dire que par là on mange de si
(■24) bonnes choses . . . Quelle odeur ! tâchons d'entrouvrir la porte , et de manger mon pain à la fumée ; çà sera toujours çà.
( Il est sensé regarder dans la salle du festin , et r^ aperçoit pas Léopoldine qui entre par la petite porte dérobée et s'avance jusqu'à la table. )