SCENE Vllïa
LÉOPOLDINE, MATHÉUS, GUILHERY.
MATHÉUS t'offre un siège à la Duchesse. La Grande Duchesse Léopoldine étant sur le point de conclure une alliance qui doit concilier à jamais les intérêts de Parme et de Florence, nous avons cru indispensable pour son instruction, d'adopter un système de science et de morale enseignées par Pexemple . . . C'est toi , mon petit ami, qui sera l'exemple. . .
LÉOPOLDINE
Comment il étudiera avec moi ? . . . Ah ! tant mieux ! . . . ( bas. ) Sois tranquille, nous jouerons ensemble ; j'ai reçu ce matin de jolies petites marionettes toutes neuves.
MATHiU£.
Sais-tu , mon enfant , quel sera ton emploi direct ?
GTJILHERY.
Dam! non , pas encore.
MATHÉUS
Quand Son Altesse ne saura pas sa leçon , ou qu'elle aura quelque mouvement de vivacité, c'est toi qu'on punira.
LÉOPOLDINE
Comment, punir Guilhery , pour moi?.. .. Certainement non, et je ne le souffrirai pas!
MATHÉUS
Il faut souffrir ce qu'on ne peut empêcher , et l'on a pris des mesures à cet effet.
GUILHERY. /
Mais quand elle saura bien sa leçon ? . . .
MATHÉUS
Elle sera récompensée , c'est trop juste.
GUILHERY.
Et moi, qu'est-ce que j'aurai?
MATHÉUS
Oh! alors tu auras. . . ou plutôt tu n'aura pas. . . C'est encore juste.
GUILHERY.
V'ià tout?. . . ce n'est pas beaucoup... Ah! bah! au fait... je me résigne. . . D'ailleurs j'ai l'habitude. . .
MATHÉUS
Allons, je vois que le petit bonhomme a des dispositions pour son état. . . Mais puisque tout est convenu, nous pouvons commencer la leçon.
LÉOPOLDINE
Ah ! mon Dieu ! et moi qui n'en sais que la moitié î
MATHÉUS , tirant un livre de sa poche.
C'est aujourd'hui votre leçon d'histoire , vous devez me réciter ce matin ce beau discours de la Reine Ehsabeth, au moment où ses peuples veulent la contraindre à se marier... Je l'ai traduit moi-même en prose élégante.
LÉOPOLDINE, récitant.
Discours de la Reine Elisabeth.
Après.
•7 ) LÉOrOLDINE.
« Ma liberté m^était chère, mais les intérêts de mon » peuple sont ma première loi.
MATHÉUS
Bien!
GriLHERY.
Çà va, çà va !
LÉOPOLDINE
jî Pour lui, je devais tout sacrifier, mes répugnances » comme mes affections.
MATHÉUS
Très-bien !
GUILHERY.
Eh bien ! mais c'est gentil !
LÉOPOLDINE, hésitant.
» L'époux que l'on m'a choisi .... l'époux que Ton m'a » choisi . . .
GUILHERY.
Aye!... aye!...
MATHÉUS
» Je l'acceptais . . .
LÉOPOLDINE
» Je l'acceptais. . .
" Comme un nouveau. . . .
LÉOPOLDINE
» Comme tm nouveau . . .
GUILHERY.
Oh ! là , là , v^là qu'elle amione.
MATHÉUS
« Garant de mon bonheur.'. .
LÉOPOLDINE
>' Garant de mon bonhenr. . . »
MATHÉUS
De mon bonheur. . .
GUILHERY.
Ah! mon Dieu! . . . elle s'arrête sur mon bonheur. . .me v'ià perdu !
LÉOPOLDINE
Eh ! bien , je ne sais pas , là .. .
MATHÉUS
Je le vois bien, et çà ne peut pas se passer ainsi./ • La Grande Duchesse. 5
( '8 ) GÙILHERY.
^h ?)e yoits en prie , elle ne le fera plus.
Çà ne peut pas se passer ainsi, te dis-je... Elle a fait une faute I . • . elle doit en être punie • . . Seulement pour la première fois , je veuz bien être indulgent.
AIR : Ce que j'éprouve en vous voyant,
î3f. Allons bien vîte , approche-toi ,
Et leads-raoi l'oreille et la joue , Eh bien, je crois qu'il fait la moue.
GUILHERY.
Mais \ me serabl' qu'il y a bien de quoi , A ma plac' tous feriez comme moi.
MATHÉUS
Tais-toi donc... et vous sans réplique ti'rn ., t> Songez èi faire atteûlion. Voilà votre correction.
( // donne un petit soufflet à Guilhery , et lui tire l'oreille. )
OUILHERY.
Oh ! là , là , mon dieu comme ça pique.
MATHÉUS
- Tu viens d'entrer en fonction.
LÉOPOLDINE
N€ pleure pas , je t'en prie, mon petit Guilhery.
MATHÉUS
Heim! heimî je crois que vous chucliottez , princesse. Voulez-vous donc exposer de nouveau ce jeune enfant à toute la rigueur de mon ministère. . . Mais on vient, du silence, et que tonte la Toscane ignore que ce matin, sa Souveraine a oublié d'apprendre sa leçon.