THÔKÔLY — THOMAS
musées de Dresde, de Francfort, de Berlin, etc., et dans des collections privées. Il vit à Francfort-sur-le-Main depuis 1877. J. Bainville.
BÎBL. : Thode, Hans Thoma; Vienne, 1891.
THOMACELLI (Pierre), pape (V. Boniface IX).
THOMAN,TOMAN,TOUMAN. Monnaie perse (V. Monnaie et Perse).
THOMAR. Ville du Portugal, district et à 45 kiL N. de Santarem ; 6.000 hab. Cotonnades, papeterie, bons
Couvent du Christ, à Thomar (xiv siècle).
vins. Beau couvent (fondé en 1320) de l'ordre militaire du Christ. Aqueduc bâti de 1595 à 1613.
THOMAS (Saint), l'un des apôtres de Jésus, qui figure dans la liste de ses premiers disciples {saint Marc, ni, 18; cf. saint Matthieu, x, 3, saint Luc, vi, 15, et Actes, I, 13). L'évangile de saint Jean le met en relief à plu*sieurs reprises, notamment dans la scène bien connue, où il déclare qu'il ne se rendra à la réalité de la résurrection du maître que s'il a l'occasion de vérifier ses plaies de ses propres mains. Jésus s 'étant prêté à cette épreuve, l'apôtre donne un libre cours à sa foi et à sa joie par cette exclamation: Mon Seigneur et mon Dieu î — à quoi le- Sauveur répond en mettant la foi sans preuves palpables au-dessus de la foi qui réclame des témoignages sensibles : Heureux ceux qui croient sans avoir vu ! {saint Jean, xx, 24 et suiv.). Le même évangile rappelle que le nom de Thomas équivaut au grec Didyme, c.-à-d. jumeau. D'après la tradition ecclésiastique, saint Thomas aurait prêché l'évangile chez les Parthes et aux Indes, où il aurait trouvé la fin glorieuse des martyrs après avoir baptisé les Mages de la légende de l'enfance {Eusèbe, Socrate, Rufin, Grégoire de Na%yance, Ambroise, Jérôme) : de là le nom de chrétiens de Saint-Thomas donné aux anciennes communautés de cette dernière région. Des fragments d'œuvres apocryphes, placées sous son nom {Evangelium, Acta), ont été rassemblés et édités dans les recueils et collections de livres apocryphes ou pseudépigraphes du Nouveau Testament.
THOMAS, duc de Clarence, roi d'Angleterre (V. Plantagenet).
THOMAS (Pierre), sieur du Fossé, né en 1634, mort le 4 nov. 1698. Le Fossé était une terre de 4.000 livres de rente près de Forges, en Normandie. Pierre Thomas du Fossé était le plus jeune fils de Gentien Thomas du Fossé, maître des comptes à Rouen, qui fut avec sa femme converti par Saint-Cyran. H donna ses enfants à Port-Royal : ses trois filles furent élevées par les religieuses de Paris et deux y prirent le voile ; il envoya ses trois fils dans l'été de 1643 (le petit Pierre avait neuf ans) à Port-Royal des Champs. Ainsi du Fossé est un élève des Petites Ecoles où il fut avec Tillemont : il eut pour maîtres Walon de Beaupuis, Lancelot, Nicole, Lefèvre. de Bascle, Bourgeois. Ses Mémoires, qui nous font connaître toutes les vicissitudes des Petites Ecoles, sont, selon Sainte-Beuve, « le meilleur guide sur ce chapitre » de l'histoire de Port-Royal. Il ne voulut pas choisir d'état, malgré les instances de son père,
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et, si les temps l'avaient permis, il eût vécu à Port-Royal des Champs, en solitaire. Il vécut du moins à côté de Port-Royal, s'en approchant toujours, comme il disait, le plus qu'il lui était possible : il s'établit successivement au château de la Muette dans le bois de Boulogne, à Saint- Remy près Chevreuse, au château des Troux, enfin au Petit- Port-Royal, qui était une ferme de l'abbaye. Il eut un moment, en 1657, l'idée de se retirer à l'abbaye de Saint- Cyran en Poitou, dont M. de Barcos était abbé, et y fit un voyage à cette intention. En 1664, il vint se cacher à Paris, au faubourg Saint-Marceau, chez U^^ Vitart, avec Singlin, de Sacy, de Rebours, Fontaine, etc. Plus tard, il était caché au faubourg Saint- Antoine avec de Sacy et Fontaine, lorsqu'on les arrêta tous les trois le 13 mai 1666. Il fut un mois à la Bastille, et, à sa sortie, fut exilé trois ans à sa terre du Fossé. Depuis ce temps, il y passa tous les ans trois ou quatre mois à la belle saison, vivant le reste du temps à Paris avec un de ses frères, qui avait épousé une nièce de Le Maître et de Sacy. Il étudia toute sa vie, s'occupant surtout d'histoire ecclésiastique. Il rédigea ses Mémoires dans la dernière année de sa vie (sept. 1697-août 1698) : ce précieux ouvrage, qui contient quelques inexactitudes de fait, mais donne, selon Sainte-Beuve, le ton, l'esprit, la couleur de Port-Royal d'une façon remarquable, a été publié, très incomplètement, en 1739 : Mémoires pour servira rhistoire de Port-Royal par M. Du Fossé (Utrecht, MDCCXXXÏX). Une édition complète et exacte a été donnée de nos jours : Mémoires de Pierre Thomas, sieur du Fossé, publiés en entier pour la première fois d'après le manuscrit original par F. Bouquet (1876-79, 4 vol. in-8 ; l'introduction a été publiée à part, 1879). A la fin du t. IV sont publiées des Pensées de M. Du Fossé sur la signature^ et 25 lettres inédites provenant du séminaire d'Amersfoort. Du Fossé travaillait avec Le Maistre et avec de Sacy, et les aidait. De Pontis, ancien lieutenant aux gardes, retiré vers 1652 ou 1653 à Port-Royal des Champs, auprès de son ami d'Andilly, et qui mourut en 1670, dicta à du Fossé vers 1657 des Mémoires dont un certain nombre d'inexactitudes ont fait révoquer en doute, à tort, l'authenticité. Voici les principaux ouvrages de du Fossé, ou auxquels il eut part : Vie de dom Barthélémy des Martyrs, tirée de son Histoire écrite en espagnol et en portugais par le P, de Grenade et autres^ par Thomas Du Fossé et Le Maistre de Sacy (1663, in-8) ; la Vie de saint Thomas, archevêque de Cantorbéry et martyr, mort en iili, par le sieur de Beaulieu (attribuée d'ordinaire à Pontchâteau, mais formellement revendiquée par du Fossé, II, 120) ; Histoire de Tertullien et d'Origène, par le sieur de La Motte (1673, in-8); Mémoires du sieur de Pontis (1676, 2 vol. in-12) ; les Vies des saints et des saintes tirées des PP. de V Eglise et des auteurs ecclésiastiques, par le sieur de La Motte (1686, 2 vol. in-4 : Je recueil ne comprend que les mois de janvier et février) ; les Pseaumes de David, traduits en français {par Le Maistre de Sacy), avec une explication tirée des Saints Pères {par Du Fossé, 1689, 3 vol. in-12) ; la Sainte Bible latine et française {traduite par Le Maistre de Sacy) avec l'explication du sens littéral et spirituel (Paris, 1672-1700, 32 vol. in-8: une partie de Texplication est de du Fossé) ; la Sainte Bible, en latin et en français de la traduction de Le Maistre de Sacy, avec de courtes notes (par Du Fossé) (Bruxelles, 1699, 3 vol. in-4); Mémoire sur le caractère et les vertus de la mère Angélique de saint Jean (dans les Mémoires pour servir à rhistoire de P.-R. et à la vie de la Rév. Mère Angélique (Utrecht, 1742, 3 vol., t. IIl, p. 530); Lettre de M. du Fossé contenant le récit d'une apparition de la mère Angélique à Port-Royal et Paris, peu avant la mort de la sœur Marie-Dorothée Perdereau {ibid., au t. Il, p. 229). Lettre, par l'abbé Urbain, RulL du Bibliophile, ^901, n^ 24. Divers manuscrits
sont conservés au château du Fossé. Selon l'éditeur janséniste des Mémoires en 1739, du Fossé aurait eu part à divers ouvrages de Le Maistre et de Sacy, entre autres à la vie de saint Jean Climaque et aux Eclaircissements sur la traduction de ce père faits par d'Andilly, à la vie de saint Ignace, martyr, etc. « En général, ajoute le même éditeur, Baillet assure que c'est à du Fossé que le public est redevable de tout ce qui a paru sous les noms de Beaulieu et de La Motte. » Gustave Lanson.
BiBL. : F. Bouquet, Introduction^ dans l'éd. des Mémoires, 1879. — Sainte-Beuve, Port-Roy at, passim (V. la table, t. VII de la 5« éd., au mot Du Fossé).
THOMAS (Antoine-Léonard), littérateur français, né à Clermont-Ferrand en 1732, mort au château d'Oullins, près de Lyon, en 1785. Clerc d'un procureur, puis professeur au Collège de Beauvais à Paris^ il se fit connaître par une réfutation médiocre de Voltaire {Réflexions philosophiques et littéraires). En 1759, il composa un poème sur la mort de Jumonville, massacré par les Anglais en Amérique, au mépris des traités. La même année il obtint le prix du concours de l'Académie française avec un Eloge du maréchal de Saxe; en 1760, ï Eloge de d'Aguesseau, en 1762, VOde au Temps, eurent le même succès ; le style emphatique de Thomas a été souvent raillé. Voltaire disait : « Remplaçons Gali-Mathias par Gali-Thomas ». Thomas abandonna sa chaire et continua avec succès ses Eloges (de Sully en 1763, de Descartes en 1765); secrétaire du duc de Praslin, il fut, en 1767, nommé de l'Académie française et y lut un Eloge de Marc-Aurèle qui eut un vif succès. On lui doit encore un Essai sur les femmes dans les différents siècles (1772). Ami de M""® Geoffrin, de Ducis, de Delille, d'Alembert, Marmontel, Chamforl, il est, malgré son emphase, érudit et bon littérateur ; sa vertu et l'excellence de son commerce le firent estimer autant que ses écrits.
THOMAS (Clément), officier et homme politique français, né à Libourne le 31 déc. 1809, mort à Paris le 19 mars 1871. Entré dans l'armée, il y fit beaucoup de propagande pohtique. Aussi figura-t-il parmi les accusés d'avril (1835) et fut enfermé à Sainte-Pélagie d'où il réussit à s'échapper. Amnistié en 1837, collaborateur du National, il fut élu représentant de la Gironde à l'Assemblée constituante de 1848, où il vota avec les socialistes de la nuance de Louis Blanc. Colonel, puis commandant en chef de la garde nationale de la Seine (1848), il dut démissionner pour avoir qualifié en pleine assemblée la croix de la Légion d'honneur de « hochet de vanité ». Non réélu à l'Assemblée législative, il protesta vivement contre le coup d'Etat du 2 Décembre et essaya, sans succès d'ailleurs, de provoquer un soulèvement dans la Gironde. A la suite de cet échec, il se réfugia en Belgique puis en Luxembourg. Après le 4 sept. 1870, il revint à Paris, fut nommé chef d'un bataillon de la garde nationale, puis adjudant général et enfin commandant supérieur des gardes nationales de la Seine. Il participa à la sortie de Montretout et Buzenval (1871), puis démissionna le 14 févr. 1871 . Au début de l'insurrection de la Commune (V. ce mot), il fut massacré rue des Rosiers.
THOMAS (Charles-Louis-Ambroise) , musicien français, né à Metz le 5 août 1811, mort à Paris le 12 févr. 1896. Son père, professeur de musique dans cette ville, lui donna ses premières leçons. Il entra au Conservatoire de Paris en 1828, et fut successivement élève de Zimmermann, Dourlen, Kalkbrenner, Lesueur, etc. Il obtint les premiers prix de piano, d'harmonie, enfin, en 1832, le prix de Rome. Après avoir fait en Italie le temps de séjour réglementaire, il revint à Paris, publia d'abord un recueil de romances sous le titre de Souvenirs d'Italie, puis fit représenter successivement à l'Opéra-Comique : la Double Echelle (1 acte, 23 août 1837), qui ohtint près de deux cents représentations; le Perruquier de la Régence (3 actes, 30 mars 1839) ; le Panier fleuri (1 acte, 6 mai 1839) ; Carline (3 actes, 24 févr. 1840),
THOMAS
Angélique et Médor (4 acte, 40 mai 1843) ; Mina (3 actes, 10 oct. 1843). Il donna en outre à l'Opéra, à la même époque, le ballet de la Gipsy (en collaboration avec Benoist et Marliani, 28 janv. 1839), et deux opéras en deux actes : le Comte de Car^nagno la (i9 avr. 1841) et le Guérillero (24 juin 1842). A la même période encore se rapporte la publication d'un Requiem dont il avait écrit la musique à Rome. Ces derniers ouvrages n'ayant obtenu qu'un accueil assez froid, Amb. Thomas resta cinq années sans rien donner au théâtre (sauf le ballet de Bettg, 10 juil. 1846), Puis, coup sur coup, il fit représenter à TOpéra-Comique deux œuvres qui inaugurèrent pour lui l'ère des succès durables : le Caïd (3 actes, 3 janv. 1849), sorte de parodie, pleine de finesse et de verve, des opéras bouffes italiens, et le Songe d'une nuit d'été (3 actes, 20 avr. 1850), où, sous un titre emprunté à Shakespeare, mais désignant une pièce toute différente, il ne craignit pas de mettre en scène et de faire chanter le poète lui-même. A la suite vinrent, toujours à l'Opéra- Comique : Raymond, ou le Secret de la Reine (3 actes, 5 juin 1851) ; la Tonelli (2 actes, 30 mars 1853); la Cour de Célimène (2 actes, 11 avr. 1855); Psyché (3 actes, 26 janv. 1857); le Carnaval de Venise (3 actes, 9 déc. 1857); le Roman d'Eluirei^ actes, 3 févr. 1860). C'est pendant cette période qu'Amb. Thomas fut nommé membre de l'Académie des beaux-arts. Il succéda à Spontini en 1851, ayant pour concurrents Berlioz, Félicien David, Clapisson et Niedermeyer. Cinq ans plus tard (1856), il fut nommé professeur de composition au Conservatoire.
Après s'être recueilli pendant près de sept années encore, Amb. Thomas fit sa rentrée au théâtre en donnant à rOpéra-Comique Mignon (3 actes, 17 nov. 1866). Le succès en fut considérable, et si prolongé que, le 13 mai 1894, on a donné à l'Opéra-Comique la millième représentation de Mignon. De caractère tour à tour sentimental et brillant, l'œuvre est de celles qui ont conquis en France la plus grande popularité ; les romances : « Connais-tu le pays » et « Elle ne croyait pas dans sa candeur naïve » ont pénétré jusque dans les mifieux les plus humbles et les contrées les plus reculées. Hamlet, opéra en cinq actes, fut représenté à l'Opéra quinze mois plus tard (9 mars 1868). Le succès en fut d'abord assez indécis, et il n'apparut pas que l'inspiration du musicien ait été à la hauteur du sujet shakespearien auquel il avait osé s'attaquer. Interprétée magistralement par Faure et Christine Nilsson, l'œuvre s'est pourtant maintenue assez longtemps au répertoire.
En 1871, à la mort d'Auber, Amb. Thomas fut nommé directeur du Conservatoire, fonction qu'il remplit jusqu'à sa mort. On a représenté de lui, pendant cette dernière période, un petit opéra-comique en un acte, Gille ei Gillotin (22 avr. 1874), puis un ouvrage important, Françoise de Rimini, opéra en 5 actes, donné à rOpéra le 14 avr. 1882, et qui ne réussit pas; enfin, dans ce dernier théâtre, le ballet de la Tempête (3 actes, 26 juin 1889). — Aux œuvres dramatiques énumérées, il faut joindre un certain nombre de compositions religieuses (une Messe, des Motets, une Marche religieuse pour orchestre), ainsi qu'un grand nombre de chœurs d'orphéon. J. Tiersoï.
THOMAS (Gabriel-Jules), sculpteur, né à Paris en 1824. Elève de Dumont, il remporta, en 1848, le premier grand prix de sculpture, avec un morceau très remarqué : Philoctète partant pour Troie. Puis il donna, de 1855 à 1861, quelques figures habilement composées : un Orphée^ une Eve, un Virgile (pour le Louvre). Ce statuaire, à l'inspiration savante plutôt qu'originale, au faire large et sobre, a cultivé longtemps, et avec un succès qui ne s'est point démenti, le genre auquel se rapportent les œuvres de ses débuts. La statue de Lucien Bonaparte (1863), M^^' Mars (1865), Jeune Guerrier (1866), la Pensée (1870), les Quatre parties du monde (1872). Un Christ en croix, qu'il exposa en 1875, lui valurent
un siège à l'Institut. Il faut citer encore la statue en marbre de Mgr Landriot, archevêque de Reims (S. de 1880), V Industrie, la Force, Marceau ; le Drame et la Musique pour l'Opéra, et un curieux monument en marbre, érigé à Baden-Baden (1867) : la Religion consolant le prince et la princesse S tour dm. G. C.
THOMAS (Louis-Marie- Henri, dit La fontaine), acteur français, né en nov. 1826. Il prit de bonne heure la carrière du théâtre, et commença par jouer la comédie en province sous le nom de Charles Roch. On assure que, destiné d'abord à entrer dans les ordres, il fut placé au séminaire, d'oii il s'échappa pour prendre du service sur un navire marchand. Quoi qu'il en soit, il fut, après ses premiers essais scéniques, engagé au Gymnase, oii il débuta en 1849 dans Brutus lâche César. Il ne tarda pas à s'y faire une situation importante, grâce à ses excellentes créations, dans le Fils de famille. Une Femme qui trompe son mari, Diane de Lys, le Mariage de Victorine, Philiberte, le Pressoir, Flamp nio, etc. Le 19 mai 1856, il débutait à la Comédie- Française dans le Cid, avec un succès absolument négatif. Il entrait alors au Vaudeville, où il se faisait remarquer dans le Roman d'un jeune homme pauvre et dans Dalila, puis retournait au Gymnase, pour y jouer le Gentilhomme pauvre, les Ganaches, le Démon du jeu. C'est là qu'il épousait, en 1863, sa camarade à ce théâtre, M^^*^ Victoria, qui avait depuis 1857 un vif succès dans l'emploi des ingénues. En nov. 1863, les deux époux entraient à la Comédie-Française, comme sociétaires; leur carrière y fut peu brillante. Tous deux donnent leur démission en 1871. A partir de ce moment, Lafontaine voyage de théâtre en théâtre, tantôt à la Gaîté, tantôt au Gymnase, tantôt à l'Odéon, tantôt au Vaudeville. Lafontaine a écrit et pubhé plusieurs romans : la Servante, r Homme qui tue, les Petites Rosières, les Bons Camarades, Thérèse ma mie. 11 est aussi l'auteur de plusieurs pièces représentées : Pierre Gendron, le Rêve de ma femme (Gymnase), VAile du corbeau (Vaudeville), la Servante (Bruxelles), Pour les pauvres, etc. A. P.
THOMAS (Sydney -Gilchrist), métallurgiste anglais, né à Londres en avr. 1850, mort à Paris le i^^ févr. 1885. Dès sa sortie de l'Ecole royale des mines de Londres, en 1870, il s'attacha à l'étude de la question de la déphosphoration du fer et, en 1876, découvrit, avec son parent, Percy- Gilchrist, chimiste dans une usine métallurgique, le procédé bien connu qui porte leur nom et qui consiste à garnir de briques en chaux magnésienne le convertisseur Bessemer (V. Acier, t. I, p. 407, et Déphos- PHORÂTioN, t. XIV, p. 559). Il prit son premier brevet à la fin de 1877. Sa santé l'obligea, quelques années après, à aller se fixer en Australie (1882), puis à Alger (1883).
THOMAS (André- Antoine), érudit français, né à Saint- Yrieix-la-Montagne (Creuse) le 29 nov. 1857. Elève de l'Ecole des chartes (1875-78), membre de l'Ecole française de Rome (1879-81), maître de conférences, puis professeur de langue et littérature méridionales à la Faculté des Lettres de Toulouse (1881-89), chargé du cours de philologie romane à la Faculté des lettres de Paris, Thomas est aujourd'hui à cette même Faculté titulaire de la chaire de littérature française du moyen âge et philologie romane. Historien et philologue, l'originalité de Thomas est d'avoir fait profiter les deux sciences qu'il cultive des procédés et des résultats l'une de l'autre. Historien, il a publié d'importants documents et de nombreuses études de détail sur les provinces méridionales, notamment sur la Marche et le Limousin au moyen âge. Philologue, il s'est d'abord consacré à l'histoire de la langue et de la littérature provençales, et, depuis qu'il a pris dans la rédaction du Dictionnaire général la place de Darmesteter, à celle de la langue française; unissant au savoir le plus étendu la méthode la plus rigoureuse, une ingéniosité, une puissance de combinaison et de déduction singufières, il a fait, surtout dans le domaine des
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études linguistiques, de nombreuses et piquantes découvertes. Outre de nombreux articles dans la Romania, les Annales du Midi (qu'il a fondée, et dont il a été le directeur de 4889 à 4898), les Revues historique y celtique, critique^ etc., on lui doit les ouvrages suivants ; Rapport sur une mission philologique dans le département de la Creuse, dans Archives des missions scientifiques et littéraires, 3® série, t. V ; les Etats provinciaux de la France centrale sous Charles VU (Paris, 4879* 2 vol.) ; Nouvelles Recherches sur V Entrée de Spagne (Paris, 4882), dans Bibliothèque des écoles françaises de Rome et d'Athènes (fasc. XXV) ; Francesco da Barberino, étude sur la littérature provençale en Italie (Paris, 4883) ] Poésies complètes de Bertran de Born (Toulouse, 4888) ; Essais de philologie française (Paris, 4897) ; Dictionnaire général de la langue française du commencement du xvii® siècle jusqu'à nos jours (en collaboration avec Darmesteter et Hatzfeld;' Paris, 4889-4900). A. J.
THOMAS (Brandon), acteur et auteur dramatique anglais, né à Hull en 4865. Apprenti, puis employé de commerce, il témoigna dès sa jeunesse un goût prononcé pour le théâtre. En 4879, il débutait dans un théâtre de Londres : les petits rôles qu'on lui confia ne purent attirer sur lui l'atlenlion. Mais ayant fait partie d'une tournée en Amérique, il fut accueilli avec enthousiasme par le public transatlantique. Dès lors sa réputation était faite. Il y ajouta celle d'auteur dramatique et écrivit un certain nombre de comédies à succès parmi lesquelles nous citerons : Comrade (4882); The colour Sergeant (4883); The Lodg^rs (4887) ; The Gold Craze (4889) ; Charley's aunt (4892), son chef-d'œuvre, qui a eu des milliers de représentations dans toute l'Europe; Marm^^(4892), etc.
THOMAS d'Aquin (Saint), Doctor Angelicus, Doctor Universalis, VAnge de l* école : né au château de Rocca- Secca, près de la ville d'Aquino (royaume de Naples), en 4227, mort en 4274 ; canonisé par Jean XXII, en 4323, sans enquête sur ses miracles, le pape estimant que chacun de ses écrits est un miracle : Quot scripsit articulos, tôt miracula fecit. Dante lui donna une place dans son Paradis, Fête, le 48 juil. — Thomas appartenait à l'illustre famille des comtes d'Aquino. Dès l'âge de cinq ans, il fut conduit au Mont-Cassin, pour y commencer ses études; en 4237, à Naples, pour les continuer. Il se sentit bientôt pour l'état monastique une inclination à laquelle ses parents firent une vive résistance, parfois violente. L'intervention de Innocent IV lui permit enfin de la satisfaire ; et il entra chez les dominicains, qui l'envoyèrent à Cologne, pour poursuivre ses études auprès d'Albert le Grand (4245). A cause de sa taciturnité, qu'ils attribuaient à la lenteur de son intelligence, ses condisciples l'appelaient le bœuf muet de Sicile ; mais Albert leur dit : « Ce bœuf mugira si fort, que toute la terre l'entendra ». Il accompagna son maître à Paris, où il fut reçu bachelier en théologie. A son retour, à Cologne, il fut promu sous-maitre et professeur dans la nouvelle école de théologie. En 4254, il alla de nouveau à Paris, d'où il revint avec le titre de licencié. En 4257, il fut nommé docteur. Son enseignement et sa prédication eurent le succès le plus retentissant. Saint Louis, qui l'estimait pour son entente des affaires publiques autant que pour sa piété et sa science, le consulta plusieurs fois et l'invita souvent à sa table. De 4266 à 4269, il enseigna à Bologne; en 4274, il fut appelé à Rome, comme maître du Palais; il refusa toutes les autres charges et honneurs. En 4272, il fut envoyé à Naples, sur la demande du roi Charles. Mais en 4273, il fut gravement atteint dans sa santé ; il avait des défaillances et des hallucinations. Comme il se rendait au concile général de Lyon, il dut s'arrêter dans l'abbaye cistercienne de Fossa-Nuova, et il y mourut. On se disputa ses reliques. Les dominicains le réclamaient comme un des leurs ; les cisterciens, comme étant mort chez eux. En 4368, Urbain V décida en faveur des domi-
nicains. Un des bras fut donné à l'église Saint-Jacques de Paris ; le reste du corps à Toulouse, sauf une main, qui fut donnée à sa sœur.
Thomas s'était laissé entraîner par son esprit philosophique à émettre quelques opinions qui devaient paraître peu conformes à la stricte orthodoxie. Aussitôt après sa mort, il éclata dans l'Université de Paris une contestation sur sa doctrine, les dominicains voulaient qu'elle fût reçue telle quelle ; les docteurs de la Sorbonne y signalaient des propositions téméraires. Dès 4276, Etienne Tempier, évêque de Paris, condamna, en même temps que des erreurs relevées chez les philosophes arabes et chez les cathares, plusieurs thèses tirées des ouvrages de Thomas d'Aquin. L'Université d'Oxford adhéra à cette sentence ; de même, tout l'ordre des franciscains, par rivalité monacale. En 4286, les frères prêcheurs, réunis à Paris en chapitre général, convinrent de faire tous leurs efforts pour défendre la doctrine de leur célèbre collègue ; elle devint normale pour l'enseignement dans leurs écoles. L'Eglise feignit d'ignorer les opinions hasardées d'un maître aussi illustre, ou les mit au rang des questions discutables. On a lu plus haut la déclaration faite en 1322, par Jean XXII, sur le caractère miraculeux qu'il attribuait à ses écrits. Plusieurs papes ont exprimé, en d'autres termes, une estime analogue. Comme les papes, un concile général : « Les Pères du concile de Trente voulurent que, au milieu da leur assemblée, avec le livre des divines Ecritures et les décrets des pontifes suprêmes, sur l'autel même, la Somme de Thomas d'Aquin fût déposée ouverte, pour pouvoir y puiser des conseils, des raisons, des oracles (Encyclique Mterni Patris, 4 août 4879). En cette même encyclique, Léon XIII, préconisant la scholastique, proclame que, entre tous les docteurs scholastiques, brille d'un éclat sans pareil, Thomas d'Aquin, leur prince et leur maître à tous : il a hérité de l'intelligence de tous les docteurs qui l'ont précédé. C'est à juste titre qu'on le considère comme le défenseur spécial et l'honneur de l'Eglise. En conséquence, le pape recommande à tous les évêques du monde catholique de désigner des maîtres éclairés, s'appliquant à faire pénétrer dans l'esprit de leurs disciples la doctrine de Thomas d'Aquin, et à faire ressortir combien elle l'emporte sur toutes les autres, en solidité et en excellence ; enfin d'instituer des académies, pour expliquer cette doctrine, la défendre et l'employer à la réfutation des erreurs dominantes.
En réalité, Thomas d'Aquin a été le plus grand philosophe et le plus grand théologien du moyen âge. Au mot Tpiomisme, l'ensemble de son œuvre est exposé dans ses rapports avec la philosophie et avec la théologie. Sous ce dernier .rapport, on trouvera dans la série alphabétique de notre Encyclopédie, l'indication de sa doctrine, au nom des objets sur lesquels elle a été spécialement formulée. Il nous paraît suffisant de noter ici quelques points. Sa Somme est le plus vigoureux effort de la dialectique sur la doctrine officielle de l'Eglise : elle ramène tous les éléments de la conscience et de la science au principe souverain que lui fournit l'autorité incontestée de l'Eglise. C'est la doctrine des sacrements qu'il a élaborée avec le soin le plus diligent ; si bien que la plupart de ses propositions sont devenues des éléments intégrants du dogme catholique. D'ailleurs, sa théorie n'est le plus souvent que la justification théologique de la pratique établie, s'efforçant d'élever à la hauteur de principes dogmatiques les usages adoptés par l'Eglise de son temps. — Pour les débats entre les séculiers et les ordres mendiants, auxquels Thomas prit une part fort active, V. Bonaventure (Saint), Guillaume de Sainï-Amour, Religieux. — Traductions modernes : Somme, par l'abbé Ecale (Paris, 4854 et suiv., 3 vol. in-8) ; par l'abbé Drioux (Paris, 4852-57, 7 vol. in-8) ; par F. Lâchât (Paris, 4859). Opuscules divers, parles abbés Védrine, Bandel, Fournet (Paris, 4856). E.-H. Vollet.
BiBL. : V. Thomisme.