‹ La Grande encyclopédie (volume 2)Chapitre 12 sur 633 · THOMASSIN — THOMISME · texte numérisé non relu

THOMASSIN — THOMISME

Mélancolie, d'après Féti, passe pour son chef-d'œuvre. Il interpréta aussi Véronèse, Rubens, Jouvenet, La Fosse, de Troy. D'après ce dernier maître, il exécuta sa belle et célèbre eau-forte : la Peste de Marseille, qui date de 4727. G. C.

THOMASSIN (Louis), oratorien, né à Aix en 4649, mort en 4693. Il enseigna la philosophie à Pézénas, la théologie à Saumur et au séminaire de Saint-Magloire à Paris. — OEuvres principales : il Dissertationes in concilia generalia et particularia (Paris, 4672) ; Mémoires sur la grâce (4674). Composés pour concilier la doctrine des molinisteset celle des jansénistes, ils soulevèrent contre lui et contre sa congrégation la colère des parlements et du clergé. Ses supérieurs lui enjoignirent de s'abstenir de toute polémique. Ancienne et nouvelle discipline de l'Eglise touchant les bénéfices et les bénéficiers (4678- 79, 3 vol. in-foL). lien donna lui-même une traduction latine, dans un autre ordre. C'est une œuvre capitale sur l'histoire du droit canonique. Les écrivains postérieurs y ont fait de larges emprunts. Do^ma^a theologica (4680- 84 et 4689, 3 vol. in-fol.) ; Traité historique et dogmatique sur divers points de la discipline de l'Eglise et de la morale chrétienne (4681-83, 2 vol.) ; Traité de l'office divin (1686) ; Traité historique et dogmatique sur les édits et autres moyens dont on s'est servi pour établir et maintenir V unité dans l'Eglise {ii^SQ- 88, 3 vol. in-4), tendant à Tapologie de la révocation de redit de Nantes ; Traité de f aumône (4695); Glossarium universale hebraîcum (4697, in-fol.) .

THOMASSON Ljungo, écrivain finnois (V. Ljungo).

THOMÉ (Francis), musicien français contemporain, né à Port-Louis (ile Maurice) le 48 oct. 4850. Entré au Conservatoire en 4867, il fut élève de Marmontel, Duprato, Ambroise Thomas, Chauvet, César Franck, et remporta successivement les prix de piano, harmonie et fugue. Il a composé la musique de plusieurs ballets représentés sur diverses scènes parisiennes : Djemma (4886); Folie Parisienne {id.); le Papillon iiS88) ; Barbe Bleuette (i890); les Saisons {iSdl); le Prince Désir (i899), etc.; un opéra-comique en un acte, Marton et Frontin, représenté au casino de Trouville ; la musique de scène de Y Infidèle, comédie de Porto-Riche (4890) ; Roméo et Juliette (Odéon, 4890); l'Enfant Jésus (1894); le Petit Chaperon rouge (Odéon, 4900); Quo Fâ!& (Porte-Saint- Martin, 4904), etc. Il a publié un grand nombre de morceaux pour piano, pour chant et pour des instruments, des adaptations symphoniques sur des poésies célèbres (la Fiancée du timbalier, de Victor Hugo ; Lucie, de Musset; le Carnaval, de Théophile Gautier), etc. Il a fait la critique musicale au Pays, au Constitutionnel et à la Revue de Famille. Il a consacré enfin une grande partie de son activité au professorat.

THOMER-LA-SôGNE. Com. du dép. de l'Eure, arr. d'Evreux, cant. de Damville ; 300 hab.

THOMERY. Com. du dép. de Seine-et-Marne, arr. de Fontainebleau, cant. de Moret-sur-Loing ; 4.484 hab. Stat. de chem. de fer P.-L.-M. Raisins très estimés.

THOMINES (Pierre), sieur Du Bosc(y. ce nom).

THOMIRE (Pierre-Philippe), ciseleur et fondeur fran-* çais, né à Paris en 4751 , mort en 4843. De bonne heure, en suivant les leçons de Pajou et de Houdon, dont il reproduisit VEcorché,éi^ms le Voltaire assis, pour Fimpératrice de Russie, il apprit l'art de fabriquer les objets de bronze. La faveur de Louis XVI F appela, comme ciseleur, dans les manufactures royales : les chefs-d'œuvre de Pigalle, de Chaudet, de Rolland lui passèrent par les mains. Il fut chargé d'exécuter un service commandé par le roi en mémoire de la guerre d'Amérique. La Révolution suspendit son activité artistique ; mais, sous l'Empire, il se vit confier, pour la couronne, de nombreux travaux que recommandent la pureté du dessin et le fini de l'exécution : les Surtouts de table pour les Tuileries, une Psyché

et une Toilette, destinées à Marie-Louise, et le fameux Berceau du roi de Rome. G. C.

THOMIREY. Com. du dép. de la Côte-d'Or, arr. de Reaune, cant. de Rligny-sur-Ouche ; 465 hab.

TH OMISE (Thomisus Walck). Genre d'Arachnides- Aranéides, type de la famille des Jhomisidœ., caractérisés par les deux rangées d'yeux presque égaux, convexes en avant, les pattes rejetées latéralement (la deuxième paire plus longue que les autres) et dépourvues de touffes de poils). Les Thomises ne filent pas et se dissimulent sur les fleurs et les feuilles en attendant leur proie. Les espèces principales sont T. onustus Walck., T. cilreus Geoffr., etc., de l'Europe centrale et méridionale.

THOMISME et NÉO-THOMISME. Entre les systématisations philosophiques et religieuses de l'époque essentiellement théologique qui constitue le moyen âge, le thomisme est la plus complète, la plus compréhensive et la plus persistante. Préparée par les chrétiens d'Orient et d'Occident, par les Arabes et par les Juifs, par des hérétiques et des orthodoxes, achevée par saint Thomas et ses collaborateurs, elle fut défendue dans son ensemble par les dominicains, acceptée par les jésuites, comme par des séculiers et des réguliers de différents ordres. Prise comme guide et comme règle par le concile de Trente, elle est depuis la bulle JEterni Patris de Léon XIII, en 4879, rappelée à la méditation des catholiques qui doivent en étudier la partie philosophique aussi bien que la partie théologique. La vie de saint Thomas d'Aquin (V. ci-dessus), passée tout entière dans la méditation et la prière, l'étude, la prédication et l'enseignement, est celle d'un scolastique qui invoque la raison et l'autorité, d'un mystiqu0 et d'un ascète qui, par tous les moyens, tend à se rapprocher de Dieu et à en rapprocher les autres hommes, à acquérir, pour lui et pour eux, le bonheur éternel. Nulle vie ne réunit mieux les tendances théologiques de l'époque médiévale où Dieu et le salut de 1 ame sont les préoccupations les plus puissantes et les plus ordinaires. Nulle œuvre ne les résume mieux, dans sa complexité, pour la majorité des catholiques qui se proposent le même but. Elle est considérable : en retranchant les ouvrages douteux, on y trouve de 48.000 à 49.000 pages in-4, écrites en une vingtaine d'années. Or saint Thomas a fréquemment voyagé. Ses devoirs de prêtre, de dominicain et de professeur prirent une grande partie de son temps. Aussi fut-il aidé par de nombreux collaborateurs. Pour lui, Guillaume de Mœrbeke, d'autres peut-être, traduisent Aristote, Proclus, Ammonius, Themistius. Urbain IV met à sa disposition une version latine des Pères grecs. Disciples et confrères écrivent sous sa dictée, rédigent ou recueillent certains commentaires sur les Livres saints et sur Aristote, complètent ou achèvent des ouvrages oii ils développent et interprètent sa pensée. De cette œuvre, individuelle et collective, nous avons les Sermons, les Commentaires sur Aristote, Boèce, le Livre des Causes, les JSoms divins dupseudo-Denys, sur les livres saints et les Sentences de Pierre Lombard ; la Somme de théologie et la Somme contre les Gentils, bon nombre d'ouvrages ou d'opuscules qui rélèvent du dominicain et du mystique, du théologien et du polémiste, du philosophe, du moraliste et du politique. Elle a été composée pour répondre aux difficultés qui lui étaient soumises par ses supérieurs, par ses confrères ou par des laïques. Ainsi pour les papes, saint Thomas écrit la Catena aurea, où il commente, relie et synthétise les quatre Evangiles; le Contra errores Gr^<?(?rwm; l'office du Saint Sacrement; probablement aussi les commentaires sur Aristote, dont l'un, celui qui porte sur le IIspl £p[ji7|V£ia<;, est spécialement adressé à un maître de Louvain. A la prière de ses supérieurs, il compose les quatre livres de la vérité de la foi cathoHque, qu'il adresse aux Gentils, aux mahométans et aux juifs, aux hérétiques et aux incrédules de toutes les nuances ; il répond à cent huit et à cinquante-deux questions ; il traite de la forme de l'absolution ; il maintient

THOMLSME

contre les séculiers les revendications des ordres mendiants et la supériorité de la vie monastique. Il répond, au lecteur de Venise en quatre jours, sur trente-six articles, au lecteur de Besançon, sur six articles. Pour le frère Reginald, il écrit le Compendium theologiœ, le Tractatus insignis de suhstaniiis separatis, seu de angelorum natura, le De Judiciis astroriim. Il adresse, au chantre d'Antioche, la Ueclaratio quorumdam articulorum contra Grœcos, Armenos et Saracenos ; à maître Philippe, le De Mistioneelementorum, et le De Motu cordis; au frère Sylvestre, le De Principiis natiirœ; à Jacob de Burgo, le De Sortihus ; à un soldat, le De Occultis naturœ operibus; à certains nobles artistes, le D<?j^a/tem'; au roi de Chypre, le De Regimine principum; à la duchesse de Brabant, le De Regimine Judœorum; à l'archevêque de Palerme, le De Àrticulis fidei et de Sacramentis. Quelques jours avant sa mort, il dicte aux moines de Fossa Neuva un commentaire sur le Cantique des Cantiques.

L'œuvre répond en outre à toutes les questions qu'on peut se poser dans une période théologique et elle y répond au nom de l'orthodoxie catholique et romaine. Saint Thomas emploie la méthode aristotélique, avec les transformations et les compléments qu'y avaient joints Abélard et Alexandre de Halès. Il recueille tous les problèmes soulevés par ses prédécesseurs et ses contemporains, les divisions qu'ils y ont introduites comme celles qu'y joint une dialectique subtile à analyser les mots, les idées et les jugements. De même il rassemble les solutions déjà données ou possibles. Il examine chacune d'elles, en tenant compte de la majeure et de la mineure dont elle est la conclusion, des apories et des difficultés que présente, au point de vue matériel et formel, le syllogisme ainsi formé. Celle-là seule est conservée qui subsiste victorieuse de toutes les objections. Comme saint Thomas puise dans l'Ancien et le Nouveau Testament, dans les Pères et les docteurs latins ou grecs, chez Aristote et ses commentateurs grecs, arabes et juifs qui tous s'inspirent du néoplatonisme, ainsi que chez tous les scolastiques antérieurs de l'Occident chrétien ; comme les textes ne s'accroissent ni ne changent, que la matière de la foi reste ainsi identique, et que la raison s'appuie sur les mêmes faits et les mêmes autorités, on comprend que les Pères du concile de Trente^ également animés de l'esprit théologique et partisans de l'orthodoxie romaine, soient pleinement satisfaits par la Somme de théologie et les œuvres qui la complètent oti l'expliquent. Il en sera ainsi tant que l'observation ne remplacera pas la dialectique appuyée sur le langage et le sens commun, tant qu'on ne demandera pas à la nature, consultée en dehors de toute préoccupation rehgieuse ou métaphysique, d'indiquer les questions et d'y répondre ; tant que Bacon, Galilée, Descartes, Harvey, Leuwenhœk n'auront pas formulé ou pratiqué le Novum organum qui mettra au premier plan la méthode expérimentale.

Pour comprendre comment le thomisme s'est formé et développé, comment il a été accepté par l'Eglise et même repris par elle, il faut partir des opuscules où saint Thomas défend les réguliers contre les séculiers, voir comment il interprète Aristote et ce qu'il retire de toutes ses études philosophiques, examiner l'usage qu'il en fait dans les Commentaires sur les Sentences de Pierre Lombard, pour enrichir la théologie et constituer une vaste synthèse de doctrines qui résolve toutes les difficultés et répudie les hérésies, passées ou futures. Enfin il faut voir comment cette théologie compréhensive a transformé et rénové ou, si l'on veut, complété les Coînmentaires sur les livres saints.

Ce qui caractérise les trois opuscules, Contra impugnantes Dei cultum et religionem.De Perfectione vitœ spiritualis, Contra pestiferam doctrinam retrahentium homines a religionis ingressu, écrits contre Guillaume de Saint-Amour et les maîtres de l'Université de Paris, c'est que les représentants des ordres mendiants y

sont présentés comme les « religieux » par excellence, comme les « saints de Dieu ». Plus séparés des choses humaines par leurs vœux de chasteté, d'humilité, de pauvreté et d'obéissance, ils sont liés plus étroitement à Dieu. Aussi doivent-ils confesser, prêcher, enseigner la théologie comme les sciences humaines. La hiérarchie ecclésiastique qui, après le pseudo Denys l'Aréopagite, plaçait les moines au-dessous des pontifes, des prêtres et des diacres, tend ainsi à se constituer d'une façon nouvelle. En même temps, le pape est présenté comme le chef suprême de l'EgUse qui peut accorder aux dominicains et aux franciscains les droits qu'ils revendiquent, comme il peut commander aux princes et aux rois en raison de son autorité spirituelle, à laquelle doivent être soumis tous les chrétiens, ecclésiastiques ou laïques.

Saint Thomas, orthodoxe et partisan de la suprématie du pontife de Rome, était tout désigné pour accomplir ce que le pape Grégoire IX demandait en 4231 à quelques théologiens. Il pouvait examiner, « avec l'attention et la rigueur convenables », les livres d' Aristote condamnés en 4209 et en 4245 ; il pouvait « en retrancher scrupuleusement toute erreur capable de scandaliser et d'oflénser les lecteurs, pour qu'ils pussent, sans retard et sans danger, être rendus à l'étude. Dans ces Commentaires, qui portent surtout sur les ouvrages suspects, mais aussi sur ceux dont la lecture pouvait être profitable aux chrétiens, saint Thomas établit le sens littéral en s'aidant de traductions arabico-latines, de traductions grecques, de commentaires grecs, arabes et latins, parfois même des textes originaux. Puis il en donne le sens général, replace chaque ouvrage dans l'ensemble de l'œuvre péripatéticienne, en indique l'objet et les divisions. Mais il s'attache plus encore à en séparer tout ce qui ne saurait entrer dans le christianisme, à interpréter les textes du maître et de ses disciples de manière à défendre, à fortifier, à compléter et à élargir les doctrines orthodoxes. Avec le Ilepl ép[xr)V£iaç il construit une théorie complète de la contingence et de la liberté qui ruine le fatum astrologique, justifie la Providence et la prédestination, écarte le manichéisme et le pélagianisme. S'il étudie la physique, il discute point par point les affirmations des commentateurs qui voulaient, en soutenant l'éternité du mouvement, établir l'impossibilité de la création et, avec des textes fort habilement choisis dans la métaphysique il maintient qu'Aristote n'a jamais dit que Dieu n'est pas la cause de l'existence du monde. Dans la métaphysique, elle-même, il trouve des arguments pour établir l'existence de Dieu et la Providence, pour déterminer plus exactement son essence et ses attributs. Avec le rispl 'l^^x^?' i* soutient qu'Averroès a mal interprété Aristote et prétendu à tort que l'intellect humain n'est ni personnel, ni immortel. La morale et la politique lui servent à montrer qu'Aristote a admirablement traité de la conduite à suivre en cette vie et préparé les bases sur lesquelles peut être édifiée la doctrine chrétienne du salut et de la vie éternelle. Ainsi saint Thomas fait entrer dans le catholicisme toute la doctrine positive d' Aristote, acceptée par les Grecs, les Arabes et les Juifs, et il soutient que ses théories, métaphysiques et théologiques, sont bien plus en accord avec le christianisme qu'avec les religions ou les doctrines rivales. Aristote (V. Péripatétisme) n'est plus un ennemi, c'est un auxiliaire d'autant plus précieux que son autorité est plus grande chez tous les adversaires du catholicisme romain.

La philosophie de saint Thomas se construit ainsi, à un point de vue chrétien, avec tous les éléments qui lui viennent d' Aristote, des néo-platoniciens, des Grecs, des Arabes et des Juifs. Elle se distingue par la forme, par le principe et la méthode, de la théologie, elle lui est subordonnée matériellement en ce qu'elle aboutit aux mêmes affirmations, mais elle en est l'auxiliaire en ce qu'elle fournit les motifs de crédibilité. Elle établit l'existence de Dieu par des preuves a posteriori; elle tire sa nature de son existence substantielle et, tout en insistant sur la perfec-

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