‹ La Grande encyclopédie (volume 2)Chapitre 132 sur 633 · TOUR — TOURAINE · texte numérisé non relu

TOUR — TOURAINE

cour et lui donna une pension ; mais Philis de La Tour n'y resta pas et revint à Nyons où elle termina ses jours sans avoir voulu se marier.

TOUR-et-Taxis (ail. Thurn-und-Taxis ; ital. délia Torre e Tassi§). Ancienne famille de l'Empire d'Allemagne possédant l'immédiateté. Elle remonte à Roger de Taxis, originaire du pays de Bergame (1309). Un de ses descendants, Boger de taxis (1440-93), entra au service d^ l'empereur Frédéric III et organisa le premier service postal dans les pays habsbourgeois ; Jan de Taxis fut nommé maître général de postes du Tirol (1496). Ce service demeura en pays autrichien le privilège des Taxis, qui furent anoblis le 31 mai 1512. Au xvji^ siècle, on leur fabriqua une généalogie qui les rattacha aux délia Torre (Torriani, ail. Thurn, franc. Tour) de Milan ; ils traitèrent avec les comtes de Thurn et Valsassina établis au Tirol, en Styrie et Carinthie et en obtinrent le droit de porter leurs titres et armoiries (1650). Ils avaient obtenu la maîtrise générale des postes de l'Allemagne et des Pays- Bas et, en 1624, le titre de comtes d'empire. En 1681, on les fait princes d'empire. Alexandre- Ferdinand (MO i- 1773) transforme sa charge en un fief impérial et entre au collège des princes (1754) ; l'empereur le nomme son commissaire à la diète, et de Francfort il va se fixer à Ratisbonne où sa famille est demeurée depuis. Son fils, Charles-Anselme (1733-1805), achète des seigneuries immédiates en Souabe et les fait grouper en comté d'empire. On le dédommage de la perte de son privilège sur la r. g. du Rhin par de nouveaux territoires (1803) ; en 1807, la Prusse racheta aux Tour-et-Taxis pour 3 millions de thalers le privilège que leur avaient conservé une douzaine de petits Etats allemands (Francfort, Hesse, principautés saxonnes, etc.). — Une branche cadette fixée en Bohême descend de Maximifien- Joseph, frère de Charles-Anselme.

TOUR-Landry (Geoffroy de La), gentilhomme et poète français de la première moitié du xiv® siècle. Son nom est attaché à un petit livre en vers qui jouit d'une grande vogue au moyen âge, en France, en Allemagne, en Angleterre ; c'est un des monuments de la langue française au XIV® siècle : le Livre du chevalier de la Tour-Landry pour renseignement de ses filles (vers 1371). Par suite de rignorance des copistes, les manuscrits de ce petit poème moral ont l'air rédigés en prose (les vers sont mis bout à bout) ; cet opuscule ne fut imprimé en France qu'au xvi*' siècle ; de Montaiglon en a publié une bonne édition moderne en 1854. Le livre du chevalier de La Tour- Landry est plein de textes de la Bible, des Evangiles et des moralistes ; les 98 chapitres forment autant de récits, en général fort gaulois de ton et terminés par une moralité.

TOURACO (Ornith.). Genre de Passereaux du groupe des Faux Zy godacty les on Amphidactyles (Is. Geotfroy), et de la famille des Musophagidœ (V. Musophage), désigné scientifiquement sous le nom de Turacus (ou Corythaix) et caractérisé par un bec assez court, convexe, arqué, comprimé, dentelé et fendu jusque sous les yeux ; les narines orbiculaires, cachées en partie par les plumes du front ; les ailes courtes, la queue longue, arrondie, un peu étagéé ; les tarses robustes à quatre doigts, l'externe antérieur aussi souvent dirigé en arrière qu'en avant, les deux autres réunis à leur base par une membrane, les ongles forts, comprimés, mais peu crochus. Ces Oiseaux, d'assez grande taille, habitent l'Afrique au S. du Sahara. Le TouRAco PERSE {Turacus persa) est de la taille d'une Poule ; le plumage est d'un vert foncé à reflets pourprés avec les ailes d'un rouge métallique, terminées de noir, la queue d'un bleu violacé. Une huppe dressée et dirigée en arrière mais non mobile, verte et bordée d'une double ligne noire et rouge, orne la tête ; le bec est rouge et l'œil est souligné d'une moustache d'un blanc pur. Il habite l'Afrique occidentale (Guinée). D'autres espèces habitent le Sénégal, le Congo, le Natal et l'Abyssinie. Ces Oiseaux se nourrissent de fruits à noyaux et de petits Mollusques, perchent et volent d'arbre en arbre sans faire

entendre ni chant, ni cri, font leur nid dans un trou d'arbre et y pondent quatre œufs blancs, arrondis comme ceux des Rapaces nocturnes. Le genre Schizorhis n'est qu'un démembrement du précédent, ayant pour type le Sch. cristatus (ou gigas), grand Oiseau du même pays, aux couleurs sombres, à huppe rabattue en arrière, et qui fait de grands ravages dans les plantations de Bananiers en se nourrissant de leurs fruits. E. Trouessart.

TOURAILLAGE, TouRAiLLE (Tech.) (V. Bière, t. VI, pp. 775 et suiv.).

TOURAILLES. Corn, du dép. de Loir-et-Cher, arr. de Vendôme, cant. de Selommes; 256 hab.

TOURAILLES. Com. du dép. de la Meuse, arr. de Commercy, cant. de Gondrecourt; 72 hab.

TOURAILLES (Les). Com. du dép. de l'Orne, arr. de Domfront, cant. d'Athis ; 205 hab.

TOU RAILLONS (Econ. rurale). Les touraillons ou germes d'orge sont les radicelles de l'orge maltée et touraillée ; on les sépare du grain au moyen de tarares à brosses et à ventilateurs ; ils se présentent sous la forme de petites lanières contournées et cassées, de 3 à 8 millim. de longueur et de 3 à 4 dixièmes de millim. de diamètre, de couleur jaune brunâtre, d'odeur très légère de miel et de goût agréable ; des pellicules de l'enveloppe (son) du grain, et, souvent, des grains entiers s'y trouvent mélangés. Ces résidus sont très secs et peuvent absorber jusqu'à cinq fois et demi leur poids d'eau ; pendant longtemps on les a utilisés uniquement comme engrais, directement ou après avoir servi de litières, mais on se privait ainsi d'un aUment excellent pour le bçtail et très facilement accepté par lui ; Pétermann leur assigne les limites de composition suivantes :

Maximum Minimum Moyenne

Matières protéiques 28,2 ^o 19,8 ^o 22,7 %

— extract, non azotées 48,5 37,8 43,0

— grasses 4,4 1,7 3,2

— minérales. ...*.... 8,5 5,4 7,4 La relation nutritive et la digestibilité sont très élevées,

comme, d'ailleurs, pour la plupart des organes végétaux très jeunes ; de plus, la con^rvation est très facile et le transport commode et peu onéreux : ces raisons justifient la recherche èmt les touraillons sont aujourd'hui l'objet, particulièrement pour l'alimentation des vaches laitières ; la distribution doit se faire après trempage ou après mélange avec d'autres aliments aqueux (racines, pulpes, drèches, etc.) ; même à la dose de 750 gr. à 1 kilogr. par 500 kilogr. de poids vif, le rendement en lait est sensiblement accru, le lait et le beurre obtenus sont d'excellente qualité, J. T.

TOURAINE. Ancienne province de France, un des trente-deux gouvernements ; bornée par le Maine et le Vendômois au N., le Blésois au N.-E., le Berry au S.-E., le Poitou au S. et au S.-O., l'Anjou au N.-O. (pour la géographie, V. Indre-et-Loire).

Histoire. -- l^ Epoque gauloise. Les historiens anciens sont silencieux sur les Turones, nom des habitants de la Touraine à l'époque gauloise. Cependant le pays était, semble-t-il, assez peuplé et l'activité grande. Les monuments mégalithiques sont nombreux : nous ne citerons que le très beau dolmen de la Roche des Fées à Mettray ; au Grand-Pressigny, on a trouvé les traces d'un important atelier de silex taillés qui devait fournir, non seulement à la consommation locale, mais même à l'exportation. Les Turones, tels que nous les connaissons par César {Bello Gallico, II, 35 ; VII, 4, 75), étaient bornés par les Aulerci Cenomanni, les Carnutes, les BiturigeSy les Pictones, les Andecavi et semblent avoir fait partie de la confédération des Aulerci. Quelques monnaies de bronze portant l'inscription Turonos ont été trouvées ; leur capitale n'est mentionnée nulle part ; c'était sans doute un de ces oppidula si nombreux en Gaule, mais sans grande importance (V. Tours). Tacite les appelle imbelles TuroneSy Sidoine Apollinaire les qua-

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lifte de bello timentes; en effet, ils n'ont pas résisté à César pendant la première période de la guerre des Gaules, et le proconsul n'a jamais dû venir dans leur pays qui fut occupé sans coup férir ; deux légions y hivernèrent de 57 à 56. Cependant ils adhérèrent à la révolte générale de 52 et participèrent à la formation de l'armée qui devait porter secours à Vercingétorix enfermé dans Alésia ; ils envoyèrent 8.000 hommes.

2^ Epoque gallo-romaine. Après la conquête, la cité des Turones fit partie de la Lyonnaise; sa capitale, qui reçut le nom de Cœsarodunum, devint un centre assez important, si nous en jugeons par les monuments qui y furent élevés ; de nombreuses voies s'y croisaient, en particulier celle qui réunissait Genabum (Orléans) à Juliomagus (Angers); d'autres rayonnaient vers Autricum (Chartres) , Limonum (Poitiers), Avaricum (Bourges) et de là vers Lyon, etc. La cité des Turones fut assez calme et ne prit guère part qu'à la révolte de Sacrovir ; on lui reprocha même de l'avoir fait échouer, en devançant la date fixée pour l'explosion. Les légions de Varron intervinrent et n'eurent pas de peine à comprimer la révolte. Depuis cette époque et pendant longtemps, l'histoire de la Touraine n'offre aucun événement intéressant : Valentinien fait de Cœsarodunum la capitale de la IIP Lyonnaise, c.-à-d. qu'elle devient la métropole des peuples suivants : les Cenomani, Redones, Andecaui, Namnetes, Corisopitis, Curiosolites, Veneti, Osismii, DiablinteSy qui correspondent aux provinces de Bretagne, Maine, Anjou et Touraine. Ces pays ont dépendu jusqu'en 1859 de r archevêché de Tours.

Le christianisme fut introduit en Touraine à une époque qui reste peu précise. La légende rapportée par Grégoire de Tours veut que saint Gatien ait été envoyé à Cœsarodunum vers 250 ap. J.-G. ; il passe pour le premier évêque et serait mort en 300. Ces dates semblent les plus probables, entre celle du i®^ siècle et celle de 323 que plusieurs historiens indiquent. Mais le véritable apôtre de Touraine fut saint Martin, évêque vers 374, qui fonda aux environs de Tours la célèbre abbaye de Marmoutier, et dont la sépulture, à Tours même, attira dans la suite un nombre considérable de pèlerins et en fit un centre religieux important. Pendant ce temps, la capitale du pays changeait de nom, comme cela s'est produit dans presque toute la Gaule romaine, et prenait celui de la cité, Turonum ou Tours. Au iv® siècle, les invasions ravagèrent le pays, mais ne s'y arrêtèrent pas. Cependant, au commencement du v® siècle, les Visigoths, établis dans le S. de la Gaule, s'avancèrent vers la Loire. Ils mirent une première fois le siège devant Cœsarodunum en 428, mais furent repoussés par Majorien, lieutenant de Valentinien III ; ils finirent, sous le règne d'Euric, par s'emparer du pays vers 473 ou 480, et la Touraine, du moins la partie située au S. de la Loire, fit, dans la suite, partie du royaume visigothique. Mais le joug des Ariens déplaisait fort aux Tourangeaux demeurés orthodoxes ; les évêques entrèrent en conflit avec les rois, surtout lorsque Clovis s 'étant converti, ils virent en lui le représentant de la vraie foi. La tradition veut que les deux évêques Volusien et Verus aient été exilés par Alaric II, pour avoir appelé le chef des Francs. Celui-ci cependant n'employa pas tout de suite la force ; une entrevue eut lieu dans l'Ile d'Amboise entre Clovis et Alaric II (504), et les limites des deux États furent fixées. Quelques chroniqueurs voient dans les « danges de Sublaines », des sortes de bornes-frontières étabhes par les deux rois (V. Sublaines). En 507 enfin, Clovis envahissait le royaume des Visigoths, et Tours lui ouvrait ses portes sans difficultés, saint Martin ayant prouvé, par des miracles que Clovis acheta cher, dit la légende, que sa protection s'étendait sur les armées orthodoxes. C'est à Tours que Clovis reçut les envoyés d'Anastase lui apportant les insignes consulaires ou patriciens.

3*^ Epoque mérovingienne et carolingienne. L'his-

toire de la Touraine pendant la période mérovingienne est, comme celle de toute la Gaule, extraordinairement confuse. La province fit partie des Etats de Clodomir d'Orléans, puis, après la mort de ce roi (520), de ceux de Childebert. C'est dans le bourg de Saint-Martin que Clotilde se retira après la mort de son mari et l'assassinat des enfants de Clodomir; c'est là qu'elle serait morte le 3 juin 545. Clotaire réunit de nouveau toute la Gaule sous son autorité, mais, après sa mort (561), les troubles reprirent, plus graves, et la Touraine passa constamment, par suite des guerres que se livrèrent les successeurs de Clotaire, d'un royaume à l'autre. Elle dépendit d'abord du royaume de Caribert de Paris, puis, à la mort de celui-ci (567), elle fut rattachée à l'Austrasie (Sigebert); Chilpéric la lui disputa et les deux rois personnellement, ou Mummole, Pioccolène, Mérovée, en leur nom, s'emparèrent, à plusieurs reprises de la capitale qui, malgré la présence sur son trône épiscopal de saint Grégoire de Tours, ne put éviter de nombreux pillages. Le saint évêque même courut grand risque lorsque le comte Leudaste le dénonça à Chilpéric. En 587, lors du traité d'Andelot, la Touraine dépendait de nouveau du royaume d'Austrasie; en 596, elle obéissait à Thierry III, roi d'Orléans et de Bourgogne. Dagobert P^ régna sur toute la Gaule, mais, en 630, il en abandonna la partie méridionale, l'Aquitaine, à son frère Caribert; il garda toutefois la Touraine. Celle-ci, sauf Loches, qui était occupée en 742 par les Aquitains, suivit les destinées des royaumes francs, en particulier de celui de Neustrie.

L'invasion arabe atteignit la Touraine, mais y fut arrêtée. Les envahisseurs, après avoir pillé Poitiers et brûlé Saint-Hilaire, voulaient, paraît-il, faire subir le même sort à Saint-Martin de Tours, quand Charles-Martel intervint. Les historiens ne sont pas d'accord sur le lieu où se livra la grande bataille appelée bataille de Poitiers, où les hordes d'Abd-ar-Rahmânfurentdéfaites; certains d'entre eux voudraient la placer en Touraine, les uns dans les plaines de Sublaines, près d'Amboise, hs autres dans les landes de Miré, près de Ballan, entre le Cher et l'Indre, et les récits des Arabes semblent confirmer cette tradition. L'hypothèse la plus probable est qu'il y eut plusieurs engagements dans des heux différents.

Pépin le Bref et Carloman, successeurs de Charles- Martel, entrèrent en conflit avec Hunald d'Aquitaine et, en 742, s'emparèrent de Loches qu'ils ruinèrent; un retour offensif fait en 765 par le comte de Poitou, allié de Waïfre, successeur de Hunald, échoua devant Tours défendue par l'abbé Wulfard. A la mort de Pépin le Bref, la Touraine fit partie du royaume de Charlemagne qui, en 771, réunit, par la mort de Carloman, la totalité des pays francs. On attribue au grand empereur la construction des levées (779) ; il vint plusieurs fois à Tours; en 800, il y partagea ses Etats entre ses enfants, la Touraine faisait partie des Etats de Charles, fils aîné de l'empereur, et il y perdit sa femme Luitgarde qui fut enterrée dans l'église de Saint-Martin ; c'est à ce fait qu'on attribue l'origine du nom de tour Charlemagne, donnée à une de celles de la basiUque ; en même temps, il nommait un savant ami, Alcuin, écolâtre de Saint-Martin ; récole attachée à la basilique était alors et fut dans la suite une des plus renommées de la chrétienté. Un fait important pour la Touraine marqua le,„,règne de Louis le Débonnaire : dans la division de l'Empire en dix missaticay ou ressorts de missi dominici. Tours fut la capitale du missaticum Turonicum ; le même empereur renouvela l'ordre de son père et fit construire les levées de la rive gauche de la Loire. En 846, Noménoé, chef des Bretons, voulant être absolument indépendant, institua dans son pays un archevêché de Dol, retirant ainsi toute la Bretagne à l'influence de l'archevêque de Tours ; ce fut l'occasion d'un procès devant la cour de Rome, qui ne fut terminé qu'en 1199 par une décision pontificale donnant pleinement satisfaction à l'archevêque de Tours.

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Le ix*^ siècle fut marqué par les invasions des Normands : leur première apparition eut lieu en 853 ; ils pillèrent Marmoutier et en massacrèrent les religieux; la même année, ils échouèrent dans une tentative pour s'emparer de la ville même de Tours, mais pillèrent les faubourgs : Saint- Martin et vingt et une autres églises furent brûlées. Ils revinrent plusieurs fois, dans la suite : en 903, ils brûlèrent Amboise et Bléré, attaquèrent Tours, mais en furent repoussés, par l'intervention miraculeuse de saint Martin, dit la légende, et complètement écrasés à la bataille de Sanctus Martinus de Bello ou Saint-Martin-le-Beau.

4^ Comté de ÏWrs. Depuis longtemps, laTouraine était administrée par des comtes, fonctionnaires royaux ; avec les progrès de la féodalité, ce comté devint indépendant sous des comtes héréditaires et liés au roi par la simple vassalité. Après la série des ducs de France de la famille des Robertiens, Thibaut le Tricheur ou le Vieux réunit sous son autorité les comtés de Tours, Chartres, Blois et les villes de Chinon, Montaigu, Vierzon, Sancerre, Saumur, etc. (940 ou 941). 11 mourut en 978. Son fils Eudes l^^ lui succéda et régna sur les comtés de Tours, Chartres, Beauvais, Meaux et Provins. Mais son beaufrère Foulques Nerra, comte d'Anjou, lui fit une rude guerre. Il voulait prendre la Touraine et s'allia à Audebert, comte de Périgueux ; ils s'emparèrent de Tours, mais furent chassés par les habitants. C'est à cette époque, et pour assiéger pour ainsi dire les possessions d'Eudes, que Foulques Nerra fit construire les châteaux de Langeais, Semblançay, Montbazon, Sainte-Maure etMontrésor(991- 998). Eudes fut battu à Châteaudun (994), Foulques ne put encore s'emparer de Tours, mais prit et brûla Châteauneuf, et en même temps Saint-Martin ; Tours capitula enfin (994). Bien qu'ayant repris Montbazon (995), et peutêtre Langeais, Eudes mourut la même année, sans avoir pu rentrer en possession de toutes ses villes.

Son fils aîné, Thibaut II, lui succéda ; Berthe ou Bertrade, veuve d'Eudes, avait épousé le roi Robert II le Pieux; celui-ci, qui avait soutenu Foulques Nerra contre Eudes, reprit à son ancien allié Tours et ses environs, et les rendit à son beau-fils (997) qui mourut en 4004. Il ne laissait pas d'enfant, et le comté de Tours passa à son frère Eudes II. Celui-ci entra en conflit avec Robert le Pieux pour Melun, voisine des possessions de Champagne (Meaux et Troyes) dont il venait de s'emparer, avec Robert II de Normandie, mais la lutte fut surtout vive avec Foulques Nerra. Celui-ci possédait toujours en Touraine les villes de Montrésor, Sainte-Maure, Amboise, Loches, La Haye, Semblançay, fortifiait Montrichard, etc. Eudes II l'attaqua, le prit près de cette ville, mais le laissa échapper (1016); pendant qu'Eudes restait dans ses terres de Champagne, Foulques revenait à la charge, mettait le siège devant Tours, prenait Saumur, Montbazon, profitant de ce qu'Eudes était en guerre avec le roi Henri l"^ (1 030) ; Eudes fut tué en 1037 à Bar, pendant une guerre contre le roi de Germanie Conrad le Salique. Il s'était peu occupé de la Touraine ; on lui attribue cependant la construction du pont de pierre de Tours.

Thibaut IIÏ, fils aîné d'Eudes II, reçut les comtés de Tours, Chartres et Blois, pendant que son frère cadet héritait de la Champagne. Mais Thibaut, continuant la politique de son père, politique constante du reste dans la famille de Blois-Champagne, refusa l'hommage à Henri P^, roi de France ; celui-ci lui enleva la Touraine et la donna à Geoffroy I^^ Martel, comte d'Anjou, qui vint mettre le siège devant Tours (1043). Ce siègedura, dit-on, dix-huit mois; Thibaut, aidé par son frère, vint au secours de sa ville, mais il fut battu à Nouy et fait prisonnier à Courçay (22 août 1044). Sur l'intervention du roi, la paix fut signée entre les deu?' adversaires, mais Thibaut devait céder laTouraine à Geoffroy-Martel, à titre de fief (1044). A partir de ce moment, la Touraine ne fut guère qu'une dépendance de l'Anjou, dont les comtes régnèrent sur elle.

A la mort de Geoffroy I*'^ Martel (1060), son neveu.

Geoffroy II le Barbu, hérita de ses biens; allié à son frère Foulques Réchin, il battit le comte Guillaume VI de Poitou à Chef-Boutonne (1061) ; mais il se brouilla avec Foulques et commença une malheureuse guerre : fait prisonnier, remis en liberté, il reprit les armes en 1068, et pris, cette fois encore, il fut enfermé au château de Chinon où il mourut en 1097 ou en 1103. Foulques Réchin était comte d'Anjou et de Touraine ; il garda ses possessions, malgré une attaque du comte de Blois, allié au comte du Maine et soutenu par le roi Philippe P"" ; il dut cependant renouveler son hommage pour la Touraine au comte de Blois, et abandonner quelques terres à Philippe P^. Son règne fut troublé par des guerres avec Guillaume le Conquérant (1073), qui fut obligé de reconnaître sa suzeraineté sur le Maine, avec le comte d' Amboise, avec le seigneur de Maillé, mais surtout par des querelles d'ordre religieux : excommunié par Grégoire VII, qui ne le trouvait pas assez docile, il rentra en grâce et chassa, sur l'ordre du pape et de Philippe P^ l'archevêque Raoul, surnommé r « Ennemi de Dieu ». Lors de la prédication de la première croisade, Urbain H vint à Tours où il tint un concile du 16 au 23 mars 1096; Foulques, malgré son ancienne excommunication, y reçut la rose d'or. Il mourut le 14avr. 1109.

Son fils Foulques II le Jeune, ou le Jérosolimitain, lui succéda. Il reçut l'investiture de la Touraine et de l'Anjou du roi Philippe I®^ et le Maine par son mariage (1110). Le roi d'Angleterre Henri P^ essaya de lui enlever ce dernier comté et, ne pouvant y réussir dans une guerre directe, souleva contre lui ses vassaux; Foulques, non seulement parvint à réprimer ces révoltes (achat de Montbazon en 1114, prise de Preuilly, 1116), mais même, après une guerre heureuse contre Etienne de Blois, allié de Henri P^ où il s'empara d'Alençon (1115), il obligea celui-ci à signer la paix. La fille du comte d'Anjou, Mathilde, épousait le fils du roi d'Angleterre et lui apportait en dot le Maine. Foulques profita de la paix pour aller à la croisade (1120) avec une trentaine de chevaliers. A son retour, son gendre périt dans le naufrage de la Blanche Nef, et HenriP^renvoyaMathildeengardantleMaine (1121). Foulques voulut marier sa deuxième fille avec Guillaume Cliton, mais le légat du pape s'y étant opposé, il le maltraita, et fut excommunié par Honoré II. Les rapports avec l'Angleterre s'améliorèrent dans la suite par suite du mariage de la fille de Henri P^', r« Emperesse » Mathilde, veuve de Henri V d'Allemagne, avec Geoffroy le Bel ou Plantagenet, fils de Foulques U (1128). C'est la même année que Foulques fut choisi par Beaudouin, roi de Jérusalem, comme son gendre et son héritier. Il partit, laissant ses biens à Geoffroy Plantagenet (1129), succéda à son beau-père en 1131 et mourut roi de Jérusalem en 1142. Sous son règne, en 1122, les habitants de Châteauneuf, ville qui s'était fondée, distincte de Tours, autour de la basilique de Saint- Martin, essayèrent de secouer le joug du chapitre de Saint- Martin et formèrent une commune à la tête de laquelle ils mirent dix jurés. Excommuniés, ils engagèrent une bataille pendant laquelle la basilique et une partie de la ville furent incendiées ; le calme se rétablit, mais pour peu de temps, et les révoltes furent constantes au xii« siècle.

Geoffroy IV le Bel, surnommé Plantagenet^ succéda à son père. Il dut engager de longues luttes avec Thibaut de Blois, avec le comte d' Amboise et le seigneur de l'Ile- Bouchard, dont il prit le château. Pendant ce temps, sa femme, Mathilde, combattait en Angleterre Etienne de Blois, devenu roi d'Angleterre à la mort de Henri P"* ; elle réussit à faire reconnaître son fils aîné Henri comme héritier du trône d'Angleterre. Lorsque Geoffroy mourut, il légua par testament l'Anjou, la Touraine et le Maine à son second fils, Geoffroy, l'alné devant être roi d'Angleterre (1151).

Geoffroy V se brouilla avec son frère Henri II ; il s'entendit en effet avec Louis VIÏ de France pour exiger par la force sa part de l'héritage paternel (1152); Henri vint en Touraine, s'empara de Montsoreau, puis fit

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la paix avec Geoffroy, auquel il ne voulut laisser que Chinon, Loudun etMirebeau (1154) ; deux ans plus tard, il lui reprit même ces villes. Une autre rivalité les mettait aux crises, car Geoffroy avait voulu enlever Aliéner d'Aquitaine lorsque, après son divorce, elle passait par Port-de-Piles pour rentrer en Poitou ; elle épousa peu de temps ensuite Henri II lui-même à Tours. Geoffroy se consola de la perte de ses possessions en acceptant des Nantais le titre de comte de Bretagne ; il mourut à Nantes en 1158.

5** Touraine anglaise. Henri II d'Angleterre se trouva être, par la spoliation de son frère, comte de Touraine. Ce fut un bienfaiteur du pays, comme du Poitou; il exhaussa et élargit les levées de la Loire, augmenta la ville de Tours en y réunissant quelques faubourgs, y bâtit des ponts sur la Loire et le Cher, lui donna une administration régulière. Mais des troubles graves et des guerres sanglantes étaient la conséquence de la mauvaise entente entre Henri et Aliénor, sa femme, qui excitait ses fils contre leur père; Louis VII, puis Philippe- Auguste, toujours prêts à saisir les occasions favorables, soutenaient les révoltés. Une expédition fut rendue nécessaire en 1173-74 par la révolte du prince Henri; les deux rois eurent à cette dernière date une entrevue à Montlouis. Une nouvelle guerre eut lieu en 1189 ; Richard Cœur de Lion, fils cadet de Henri II, s'allia à Philippe-Auguste ; ils s'emparèrent de Chaumont, Amboise, Kochecorbon, passèrent la Loire à gué au-dessous de Tours, à Saint-Cyr, prirent Châteauneufet Tours elle-même, que ne put défendre le château construit par Henri II (3 juil. 1189). La paix fut signée dans une entrevue au château de Colombiers (Villandry) le 4 juil. Philippe-Auguste et Richard gardaient Tours et le Mans en otages ; deux jours après, le 6 juil., Henri II mourait à Chinon ; il fut enterré à Fontevrault. Richard Cœur de Lion, monté sur le trône d'Angleterre, reçut de Philippe- Auguste la Touraine (1190), mais la paix ne dura guère. Les deux rois partirent pour la croisade, la décision en fut prise dans une entrevue à Tours ; revenu le premier, Philippe-Auguste profita de la captivité de Richard pour s'allier avec Jean sans Terre qui voulait s'emparer de l'Angleterre. Par un traité signé en janv. 1193, le roi de France recevait, en échange de son appui, Tours et la Touraine jusqu'à l'Indre, l'hommage de Montrichard et d'Amboise, les seigneuries de Montbazon, Loches et Châtillon-sur-Indre. Mais Richard, ayant recouvré la liberté, entra en Touraine en 1194, et reprit Châteauneuf, Loches, etc.

La mort de Richard, en 1199, amena une série de guerres en Touraine : Artus de Bretagne avait été reconnu comme duc par la noblesse du pays, ainsi que par celle de l'Anjou et du Maine ; il fut aidé par Philippe-Auguste, qui reçut son hommage (1200) et prit quelques places, mais il fut fait prisonnier par Jean sans Terre, qui entra à Tours (1202). La guerre continua entre les rois de France et d'Angleterre ; dans le même mois d'août 1202, Tours fut prise trois fois, les 4, 20, 31 par les deux armées et resta au roi d'Angleterre pendant que le comte d'Amboise, pour le compte du roi de France, s'emparait de Châteauneuf (10 nov.). Après la condamnation de Jean sans Terre, Philippe- Auguste reprit, sans trop de peine, la capitale, puis, après des sièges qui durèrent un an, les villes de Loches et de Chinon (1205). Le comté tout entier fut réuni à la couronne par Guillaume des Roches, seigneur de Rochecorbon, nommé sénéchal héréditaire par Philippe-Auguste (août 1204). Par le traité de Chinon (9 oct. 1214), Jean sans Terre abandonnait la Touraine.

Le règne de Philippe- Auguste fut marqué, en outre, par la création à Tours de grands baillis (1203), par la fin de la longue querelle entre les archevêques de Tours et de Dol, terminée en faveur du premier par une bulle d'Innocent llï (1199), et par la suppression définitive de la commune de Châteauneuf (1194 et 1212) ; les habitants recevaient cependant quelques concessions.

6^ La Touraine française. Avec la réunion au domaine finit l'histoire de la Touraine ; elle ne jouera plus un rôle eilectif, mais ressentira les contre- coups de l'histoire de la France. Louis Vlït, Louis IX, Philippe le Hardi vinrent quelquefois dans la province ; ils y réunirent des armées pour faire la guerre, soit aux seigneurs désobéissants du Midi, soit aux rois anglais. Philippe le B3I y assembla, en mai 1308, les Etats généraux pour y décider du sort des Templiers, dont le grand maître et quelques autres furent enfermés à Chinon. La sénéchaussée héréditaire fut supprimée par la cession qu'en fit Amaury III de Craon au roi (1312). Sous Philippe le Long, des troubles graves furent amenés par une épidémie : les juifs et les lépreux, rendus responsables, furent atrocement torturés à Tours et à Chinon (1321).

La guerre de Cent ans éclata, mais elle ne fut jamais bien active en Touraine ; pendant les premières années même, on sembla ne pas s'en apercevoir, et peu d'événements importants se produisirent dans la province ; en 1347 fut nommé le premier lieutenant général, qui fut Gruy VII, comte de Forest ; la peste noire fit une apparition, mais micius se habuit quant alibi corn muniter ( 1 348) ; elle avait été importée par des pèlerins venus du Poitou pour demander protection à saint Martin ; elle reparut en 1361. Une charte de Jean II le Bon, datée de Beauvais le 30 mars 1354, décida la réunion dans une même enceinte des deux villes jusqu'alors distinctes de Tours et de Châteauneuf; pour construire la nouvelle enceinte, il fallut détruire plusieurs églises, ce qui amena un conflit grave avec l'archevêque ; la question ne fut tranchée qu'en 1361 par des lettres patentes de Charles, régent de France, qui donnaient en même temps l'administration de la ville à six prud'hommes élus.

Cependant la guerre s'approchait de la Touraine : en 1356, à la nouvelle de la défaite de Poitiers, l'alarme fut grande, on fortifia les villes; en 1360, les Anglais occupaient Busançais, l'Ile-Bouchard, La Roche-Posay, Langeais et Palluau qu'ils durent évacuer à la suite du traité de Brétigny; mais ils revinrent en 136i, année où ils s'emparèrent de Montlouis et de Chenonceaux ; Olivier du Guesclin vint au secours de Tours et la protégea (1 365); en 1368-69, le Captai de Buch menaça la capitale, défendue par Jean V de Sancerre; les seigneurs tourangeaux, commandés par Jean de Bueil et du Guesclin, chassèrent les Anglais de Preuilly et de La Roche-Posay. Si la Touraine n'avait plus de princes indépendants, elle fut érigée en duché et constitua des apanages pour les fils de France : en 1360, elle fut donnée à Philippe le Hardi, fils de Jean le Bon, qui la garda jusqu'en 1363, époque où il reçut la Bourgogne ; de 1370 à 1384, elle fut le partage de Louis, deuxième fils de Jean le Bon ; elle revint ensuite à la couronne, mais pour peu de temps, car, en 1386, elle était donnée à Louis, deuxième fils de Charles V, qui fut duc de Touraine jusqu'en 1392 où il reçut l'Orléanais. Pendant la même période, elle s'accroissait du Loudunais (1376). Un traité signé à Tours (fév. 1392) confirma celui de Guérande qui avait réglé quelques années auparavant les affaires de Bretagne.

Les troubles du règne de Charles VI eurent leur contrecoup en Touraine : le duc de Bourgogne s'empara, en 14 1 3, de Chinon, qui fut vite reprise du reste; mais la haine qui existait entre Isabeau de Bavière et son fils Charles, duc de Touraine depuis 1416, amena une véritable guerre à Tours et dans les environs. Isabeau, reléguée par son fils à Tours (1417), se fit enlever de Marmoutier par Jean sans Peur et rentra avec lui dans la ville, aidée par le peuple, malgré l'opposition de la bourgeoisie (2 nov.) ; les Bourguignons y restèrent neuf mois, pillant le pays, et en état de guerre constante avec les garnisons voisines qui tenaient pour le duc de Touraine; Isabeau, par lettres patentes du 15 juin 1418, confisqua son apanage à son fils, mais celui-ci finissait par reprendre sa capitale après un siège de cinq semaines, au commencement de 1419.

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7^* La Touraiae, siège du gouvernement. A partir de ce moment, la Touraine va jouer en France un rôle prépondérant : par force d'abord — la plus grande partie du royaume étant aux mains des Anglais — par goût ensuite, les Valois vont habiter la vallée de la Loire : Chinon, Loches, Tours, Amboise partageront avec Blois l'honneur — un peu coûteux du reste — de loger les rois et d'enlever à Paris le siège du gouvernement. En 1422, à la mort de Charles VI, en même temps que, par application du traité de Troyes, Henri VI d'Angleterre était proclamé roi de France, Charles Vil se faisait couronner roi à Bourges, mais si on l'appela dans la suite le « roi de Bourges », il aurait plutôt mérité le titre de roi de Touraine, car c'est dans les châteaux de cette province qu'il établit le plus souvent sa résidence. Cependant le duché de Touraine eut, pendant ce règne, des titulaires : en 1424, la reine, femme de Charles VII, la même année le comte Douglas, Ecossais de la garde du roi ; l'année suivante, Louis III, duc d'Anjou (5 janv. 1425). Les Anglais faisaient pourtant de grands progrès et prenaient possession de Châteaurenault, Saint-Christophe, Rochecorbon et Langeais, ne laissant au duc, et par conséquent au roi, que la rive gauche de la Loire. Sous le règne de Charles VU, les principaux événements furent l'arrivée de Jeanne d'Arc à Chinon, son séjour à Tours oîi un ouvrier nommé Polnoir lui fit sa célèbre bannière ; elle en partit à la fin de mars 1429, escortée d'un assez grand nombre d'habitants qui voulaient participer à son œuvre. C'est à Tours que furent réunis les Etats généraux de 1429 (juin) où fut décidée la levée de la taille nécessaire pour le voyage de Reims; en 1433, une conjuration de seigneurs tourangeaux, sous la direction de Richemont, réussit à s'emparer de Louis de La Trémoille et à en débarrasser le roi et le royaume; en 1455, des E^ats généraux y ratifièrent le traité d'Arras avec la Bourgogne; en 1440, la Praguerie y menaça le roi lui-même. Charles VII décida la rédaction des coutumes de Touraine, qui fut faite de 1453 à 1461 à Langeais.

Louis XI hérita du goût de son père pour la Touraine : arrivé à Tours le 7 oct. 1461, il fit du château des Montils, appelé dans la suite le Plessis-lès-Tours, sa résidence préférée ; il accorda la noblesse héréditaire aux maire et échevins de ia ville, se fit garder par une garde civique fournie par les habitants de Tours, aux frais de la ville naturellement ; quelques assemblées de notables, quelques Etats généraux y siégèrent, mais le fait le plus important fut l'introduction dans la capitale de la province de l'industrie des soieries : dix-sept ouvriers nîmois y furent installés, logés et meublés par le roi, les bourgeois devant se cotiser pour leur fournir du travail. La grande prospérité industrielle de Tours fut la conséquence de cette décision prise par Louis XL C'est au Plessis que celui-ci mourut, et des obsèques solennelles lui furent faites à Saint-Martin.

Charles VIII résida le plus souvent à Amboise ; cependant c'est au Plessis qu'il vint d'abord, et c'est à Tours que siégèrent, dans une des salles de l'archevêché, les Etats généraux de 1484 (10 janv.-14 mars). Le mariage du roi avec la jeune duchesse Anne de Bretagne eut lieu le 16 déc. 1491 à Langeais ; leurs enfants naquirent et moururent en Touraine et furent enterrés à Saint-Martin d'où on transporta leur tombeau à la cathédrale. Le traité de Senlis (23 mai 1493) fut garanti par le corps de ville de Tours qui s'engagea, en cas de violation de ce traité par le roi, à abandonner sa cause. Charles, de retour de son expédition de Naples, mourut à Amboise le 7 avr. 1498.

Sous Louis XII peu d'événements méritent d'être cités ; cependant Ludovic Sforza fut enfermé à Loches et y mourut en prison; le roi de Naples, François II, nommé duc d'Anjou et de Touraine, mourut au Plessis-lès-Tours le 9 sept. 1504. En mai 1506, des Etats généraux siégèrent dans le même château et décidèrent le roi à rompre les désastreux traités signés deux ans auparavant à Blois ; les fiançailles de Claude de France et de François d'An-

goulême, conséquence de cette rupture, y furent célébrées en grande pompe. Louis XII fit procéder, par une commission de représentants des trois ordres de la province, à la refonte des coutumes de Touraine. Sous son règne, les châteaux d'Amboise, de Chaumont furent construits, agrandis ou embellis. Le règne de François P'' fut marqué en Touraine par peu d'événements : deux tenues des grands jours y furent faites en 1533 et 1547, un synode provincial s'y réunit en 1527 pour voter la contribution du clergé à la rançon des fils du roi, retenus à Madrid comme garants du traité signé par leur père en 1526; enfin les châteaux de Chenonceaux, d'Azay-le-Rideau, de Villandry, d'Ussé, etc., s'élevèrent dans les environs.

Avec Henri II, la Touraine reçut l'organisation qu'elle garda jusqu'à la fin de l'ancien régime : le présidial fut installé le 7 juin 1552 ; Tours devint la capitale d'une des dix-sept généralités, elle s'étendait sur les provinces de Touraine, Anjou et Maine ; les coutumes y furent de nouveau revues par une commission de trois membres du Parlement de Paris, un collège fut installé à Tours, dont le corps de ville fut remanié par lettres patentes d'oct. 1553; enfin la construction et l'entretien des levées ou turcies furent confiés à une délégation des bourgeois (1551).

Mais, après cette assez longue période de calme, de nouveaux troubles furent amenés par la Réforme. Celle-ci trouva en Touraine un grand nombre de prosélytes. Déjà, sous François P^, dès 1525, des sectateurs de Luther y existaient ; en 1532, une femme, nommée Catherine Mareschal, fut brûlée ; l'afi'aire des placards éclata à Amboise en 1534 ; en 1545, quelques personnes étaient suppliciées à Tours et, en 1547, le roi envoyait dans cette ville quelques compagnies de soldats, espérant ainsi intimider les religionnaires. Mais l'effet ne fut pas atteint, et de nombreuses conversions se produisaient, particulièrement dans la noblesse et dans la bourgeoisie, cette dernière surtout paraît avoir été presque entière convertie. Les troubles ne commencèrent véritablement que lorsque, après l'avènement de François II, la question politique se mêla à la question religieuse. La conjuration d'Amboise marqua le début de cette période, et l'on sait avec quelle rigueur elle fut réprimée. A la mort du jeune roi (1560), Marie Stuart, sa veuve, fut investie du duché de Touraine avec 600.000 écus de douaire.

Sous Charles IX, la guerre de religion éclata vraiment : si la Touraine en souffrit peu directement, les armées opérant surtout en Poitou, de très nombreux troubles et des plus graves y éclatèrent. Les passions étaient très exaltées, et des massacres réciproques ensanglantèrent la capitale et les environs. Mais les renseignements sont des plus contradictoires, chacun des deux partis en présence ayant exagéré ses pertes. En 1562, Condé s'empara de Tours (2 avr.), et un pillage des trésors des églises fut la suite de cet événement, ainsi que de nombreux et déplorables actes d'iconoclastie. Le 10 juil., le maréchal de Saint- André reprenait la ville ainsi que toutes les places de Touraine, les prisonniers étaient massacrés à Tours pendant les mois de septembre et d'octobre avec d'atroces raffinements de cruauté. Les années suivantes furent marquées par une petite guerre sur les frontières du Poitou, qui se termina, le 3 oct. 1569, par la bataille de Moncontour. Sur la Saint-Barthélémy, les auteurs sont peu d'accord : les uns parlent de 1' « horrible massacre qui fut exécuté... surtout à Tours où le clergé animait sans cesse le peuple contre les protestants » (Ms. bibl. munie, de Tours, n° 1256) ; d'autres disent qu'il « ne fit couler dans la province ni une larme ni une goutte de sang » (Chalmeï, abbé Chevalier, etc.). La vérité est probablement dans l'assertion de d'Aubigné que Tours, Amboise et Blois « tuèrent un petit nombre » (V. Dupin de Saint-André, le Protestantisme en Touraine). La plupart des auteurs at tribuent au gouverneur René de Prie, soit un refus d'obéissance aux ordres venus de Paris, soit plutôt une attitude passive. En tout cas, les registres municipaux de cette

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période ont disparu. Une émigration assez considérable suivit l'année 4572.

Les troubles reprirent cependant : les protestants tourangeaux avaient reçu le droit d'exercer leur culte à Langeais, puis à Maillé (Luynes), mais les catholiques les massacrèrent à leur retour en ville (4575) ; l'édit de pacification de Beaulieu, près Loches (4576), rétablit un ordre relatif. La Ligue trouva en Touraine un assez grand nombre de membres ; en fév. 4577, les corps de la province la jurèrent à Tours devant M. deChavigny, commissaire du roi. L'assassinat du duc de Guise (déc. 4588) devait amener la lutte ouverte : Henri III vint à Tours, y transféra le Parlement de Paris, ainsi que la Chambre des comptes, en représailles de la journée des Barricades; ces deux cours y restèrent jusqu'au 24 mars 4594. Enfin, obligé de se rapprocher de Henri de Navarre, il eut une entrevue au Plessis-lès-Tours le 30 avr. 4589, entrevue d'où sortit l'alliance ouverte entre les deux rois. Peu de jours après, Mayenne, qui s'était emparé de Montoire, attaquait Tours, prenait le faubourg de Saint-Symphorien, mais était obligé de lever le siège à l'approche du roi de Navarre (8 mai 4589).

8^* La Touraine sous les Bourbons. Avec l'avènement de Henri IV, la Touraine commença à respirer et jouit d'une grande tranquillité dans la suite. Malgré une tentative des Ligueurs pour entraîner Tours à refuser de reconnaître le nouveau roi, celui-ci y fut reçu dès le 24 nov. 4589 et y trouva un bon accueil ; ce fut même Tours qui, lors du sacre de Henri IV (4594), la sainte Ampoule étant entre les mains des Ligueurs à Reims, força les moines de Marmoutier à prêter celle qu'ils possédaient et qui, transportée à Chartres, servit à la cérémonie. L'édit de Nantes amena la pacification religieuse définitive. Les catholiques de Tours, soutenus par le clergé et par le corps de ville qui avait peur de troubles, tentèrent bien d'en empêcher l'application, mais Henri IV, mis au courant, imposa sa volonté, et quatre églises furent établies en Touraine, à Tours, l'Isle-Bouchard, Châtillonsur-ïndre et Preuilly. En même temps, du reste, un grand nombre de couvents s'ouvraient dans le pays, en particulier à Tours, où les capucins et les jésuites s'établirent en grande pompe.

Peu d'événements marquèrent le règne de Louis XÏII ; cependant, lors de la seconde révolte des grands (4645), Condé envahit le S. delà Touraine, mais il fut arrêté par la paix de Loudun ; son arrestation, peu de temps après, amena la révolte du comte de Rochefort à Chinon, mais celui-ci dut bientôt capituler devant l'armée royale; lors de la fuite de Marie de Médicis et la prise d'armes de ses amis, Louis Xllï séjourna à Tours, et, après la paix d'Angoulême, la mère et le fils eurent une entrevue de réconciliation au château de Couzières, près de Montbazon (5 sept. 4619). La paix fut scellée par l'érection de la ville et du château de Maillé en duché-pairie pour Luynes, dont ils prirent le nom (44 nov. 4649). Les protestants de Touraine ne prirent pas part à la guerre de 4621 ; cependant quelques troubles eurent lieu à Tours lors de l'enterrement d'un protestant, nommé Martin Lenoir. Louis XIII dut venir en personne rétablir l'ordre.

Un seul fait eut de l'importance sous le règne de Louis XIV, ce fut la révocation de l'édit de Nantes (4685). Les protestants étaient nombreux dans la province, et, se voyant fermer les carrières libérales, s'étaient tous adonnés au commerce et à l'industrie. Celle des soieries était en particulier presque exclusivement entre les mains des religionnaires. Sans adopter les chiffres de certains auteurs qui évaluent à 40.000 le nombre des personnes vivant à Tours de l'industrie de la soierie, avant la révocation, il est certain que cette industrie était des plus prospères et qu'elle fut presque tuée par cet acte. Les 7.000 métiers de 4668 tombèrent à 4.600 en 4686, le nombre des apprentis admis par an dans la corporation descend de 282 en 4670 à ^64 en 4685, à 36 en 4689 et à 15 en

4694. Il y eut peut-être d'autres causes à cette déchéance, mais la proscription des protestants fut la principale : le nombre des fidèles descendit de 4.500 en 4685, malgré l'émigration déjà active, dont 400 industriels, à 400 en tout en 4698 ; la population de Tours, d'après le recensement de 4698, aurait baissé de 40.000 hab. depuis 4685. Toutes les autres industries subirent le même effet : tannerie, draperie, etc., diminuèrent d'une façon effrayante. Quelque déplorable qu'ait été cet acte, il faut reconnaître qu'il ne semble pas avoir été accompagné de persécution violente ; les auteurs protestants ne signalent pas de dragonnades. Seul, le Temple fut détruit en présence de l'archevêque, par une population « débordante d'enthousiasme », le 5 nov. 4585.

Au xvm® siècle, l'ordre régna en Touraine, malgré une misère atroce à laquelle ne put pas remédier l'habile administration de certains intendants comme du Cluzel. Une expérience des assemblées provinciales demandées par Turgot fut faite en 4787 ; celle de Touraine ouvrit ses séances le 6 oct. et refusa nettement de voter une augmentation d'impôts. La convocation des Etats généraux fut accueillie par la province avec enthousiasme. Les élections eurent lieu en mars 1789. Dans l'assemblée des électeurs, les nobles votèrent, le 47 mars, la célèbre déclaration suivante : « L'ordre de la noblesse du bailliage de Touraine, considérant que ses membres sont hommes et citoyens avant que d'être nobles, ne peut se dédommager, d'une manière plus conforme à l'esprit de justice et de patriotisme qui l'anime, du long silence auquel l'abus du pouvoir ministériel l'avait condamné, qu'en déclarant à ses concitoyens qu'il n'entend plus jouir à l'avenir des privilèges pécuniaires que l'usage lui avait conservés. Il fait par acclamation le vœu solennel de supporter, dans une parfaite égalité, et chacun en proportion de sa fortune, les impôts et contributions générales qui seront consentis par la nation, ne prétendant se réserver que les droits sacrés de la propriété et les distinctions essentielles dans une monarchie, pour être plus à même de soutenir les droits et la liberté du peuple, le respect dû au monarque, et l'autorité des lois ». (Pour l'histoire de la Touraine après 1789, V. Indre-et-Loire.)

Administration. -— Le gouvernement de la Touraine était entre les mains d'un gouverneur général, assisté d'un lieutenant général et d'un lieutenant de roi. La Touraine faisait partie de la généralité de Tours et se divisait en six élections, celles d'Amboise, Loches, Chinon, Richelieu, avec un subdélégué supplémentaire à l'Ile-Bouchard, Loudun et Tours. Au point de vue judiciaire, le présidial de Tours, qui s'étendait sur toute la province, sauf une partie du bailliage de Montrichard, dépendant du présidial de Châtillon-sur-Indre, ressortissait au Parlement de Paris ; il avait juridiction sur les bailliages de Tours, Amboise, Loudun et une partie de celui de Montrichard et sur les quatre sièges royaux de Tours, Loches, Chinon et Langeais. Ces tribunaux jugeaient d'après la coutume particulière de la province rédigée à Langeais en 1460, confirmée en 4464, réformée en 1507 et 4559. Un tribunal de commerce existait à Tours. Il y avait des mairies et échevinages à Tours, Amboise, Chinon, Loches et Loudun, des greniers à sel à Tours, Amboise, Chinon, Loches, Langeais, Montrichard, La Haye, Neuvy, Sainte- Maure et Preuilly. Un grand maître des eaux et forêts de Touraine et un maître particulier résidaient à Tours. Le célèbre hôtel des Monnaies, qui frappait la monnaie tournois et avait juridiction sur la Touraine et sur une partie du Maine, fut supprimé en févr. 4772. Au point de vue commercial, la Touraine faisait partie des cinq grosses fermes.

Liste des comtes, puis ducs de Touraine. — Comtes : Alpin (sous le règne de Clotaire) ; Gaïson (sous celui de Caribert) ; Leudarte, Ennomius, Ennodius, Eborinus (dans la deuxième moitié du vi^ siècle); Robert I®^ (848); Robert n (t 867); Hugues P^ (f 886); Eudes (886) ; Robert m (887); Hugues le Grand (923). —Comtes hérédi-

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