‹ La Grande encyclopédie (volume 2)Chapitre 134 sur 633 · TOURBE · texte numérisé non relu

TOURBE

tourbe feuilletée de nuance plus foncée et dont la décoraposition est plus avancée ; la partie inférieure est constituée par la tourbe noire ordinairement compacte, amenée parfois à l'état d'humus (V. ce mot) et renfermant souvent des débris presque carbonisés de végétaux supérieurs, [.a décomposition s'accentue à mesure que l'on avance en profondeur. Dans les tourbières de formation récente, on trouve fréquemment les débris d'animaux appartenant à la faune actuelle. La flore est également très variée. L'arbre caractéristique du début a été le tremble, ensuite sont venus le pin sylvestre, puis le chêne, le hêtre et l'aulne; cette constatation, faite en Scandinavie par Steenstrup, a été confirmée aussi en Sibérie et en France (Flèche).

A. de Lapparent classe les tourbières, au point de vue topographique et géologique, en :

a. Tourbières des vallées. Elles sont formées surtout par la décomposition des eaux et d'hypnes, garnissant le fond plat et souvent très limité de vallées d'érosion et « présentant par l'abondance de leurs eaux, un contraste remarquable avec l'ensemble de la contrée qui les environne » (Belgrand). La vallée de la Somme en fournit l'un des exemples ; dans les hautes vallées montagneuses du Jura, il en existe aussi diiférents gisements situés à des altitudes supérieures à 800 m. et dans lesquels la végétation débute par des carex que, bientôt, des mousses bryacées, telles que les hypnes, étouffent.

b. Tourbières des plaines. Elles sont de beaucoup les plus importantes (Irlande, Allemagne du Nord, Hollande, Lithuanie, Caroline du Nord, Virginie, etc.). De Lapparent attribue leur formation, particulièrement en ce qui concerne l'Irlande, à l'humidité de l'atmosphère jointe au chiffre peu élevé de la température moyenne annuelle, et à la constitution topographique du terrain façonné par les grands champs de glace qui en occupaient encore la surface au début de l'ère actuelle.

c. Tourbières des pentes. Elles sont généralement situées sur des affleurements granitiques (Vosges, Morvan, Alpes, Pyrénées, etc.) ; certains géologues les désignent sous le nom de marais émergés.

Gisements français. L'étendue totale des tourbières françaises était, en 1892, de 38.292 hect. (0,072 ^/o de la superficie totale) ; elle avait diminué, de 4882 à 1892, de 8.021 hect. et tend encore à se restreindre au profit de la culture ; les gisements sont répartis dans vingt-deux départements et situés en grande majorité dans des vallées plates et basses. Les principaux se trouvent dans les départements suivants: Somme : 2.908 hect.; extraction annuelle environ 70.000 tonnes ; trois sortes de produits : tourbe compacte et feuilletée, tourbe mousseuse et tourbe à cendres très riche en matières minérales. Les gisements appartiennent en général aux communes. — Oise : 1.038 hect.; tourbe brune, compacte, très légère. — Aisne : 1.000 hect. environ; extraction annuelle, 14.000 à 15.000 tonnes (Saint-Quentin et Laon) comme combustible. — Pas-de-Calais : 1.168 hect.; extraction annuelle, 25.000 tonnes (Saint-Omer, Montreuil). — Ain et Savoie : 400 hect. ; tourbe combustible (Ceyzérieu, Culoz, etc.). — • Loire-Inférieure : 9.500 hect. ; extraction annuelle, 25.000 t. (brières des environs de Montoir). — Cantal et Puy-de-Dôme : 348 hect.; profondeur de 1 à 6 m.; tourbes très légères et spongieuses sur les parties hautes et presque dépourvues de matières minérales, pouvant être utilisées comme litière. — Vosges et Haute- Saône : 475 hect. s'étendant de Lure à Epinal ; tourbe combustible et tourbe spongieuse pour litière. — Dordogne ; 275 hect. dans la vallée de la Lizonne. — Isère: gisements nombreux aux environs de Bourgoin, quelquesuns de tourbe spongieuse. — Seine-et-Oise : 570 hect. ; extraction annuelle, 15.000 tonnes; tourbe pour chauffage. — Jura : gisements nombreux de montagne, presque tous couverts d excellente tourbe mousseuse.

Les gisements des autres départements (Vendée, 1.946 hect. ; Basses-Pyrénées et Hautes-Pyrénées, 1.200 hect. ;

Manche, 933 hect.; Mayenne, 712 hect.; Haute-Loire, 479 hect. ; Morbihan, 446 hect. ; Lot, 363 hect. ; Deux- Sèvres, 360 hect.; Loiret, 355 hect., etc.) sont exploités seulement sur une petite échelle.

Gisements étrangers. En Hollande, les tourbières occupent plusieurs milliers d'hectares, surtout dans les provinces de Groningue, de Frise, d'Over-Yssel, de la Drenthe et de la GueIdre : tourbières basses {laag Veenen), formées sur les alluvions argileuses plates du littoral et atteignant une épaisseur de 1 à 8 m. ; tourbières hautes (fioog Veenen), reposant sur des terrains quaternaires où les sables prédominent. Elles sont exploitées comme litière et comme combustible. En Allemagne, elles s'étendent surtout dans le Hanovre et l'Oldenbourg, où leur mise en rapport a été l'objet d'importants travaux. En Irlande, elles couvrent le septième de l'île, soit 11.450 kil. q., avec une épaisseur moyenne de 8 m. Elles se distinguent en tourbes noires (black bogs), les plus exploitées, et en tourbes louges (red bogs).

Exploitation et emplois. L'extraction de la tourbe se fait à la bêche et à la drague (V. CoiMbustible, t. XI, p. 1162). La tourbe est surtout utilisée comme combustible. On la dessèche ou on la carbonise et, dans ce dernier cas, on en retire, outre le charbon de tourbe, un certain nombre de sous-produits : goudron, carbonate d'ammoniaque, etc. (V. Charbon, t. X, p. 590). CoUart a, de plus, démontré que la tourbe carburée à l'aide de ses propres goudrons donne, par tonne, environ 400 m. c. d'un gaz d'éclairage susceptible d'être utilisé par la métallurgie. La fabrication des tissus et des câbles de tourbe fibreuse en association avec diverses autres matières, l'emploi de la tourbe dans certains pansements chirurgicaux et en médecine vétérinaire, ont encore été recommandés souvent avec succès. La tourbe tient, d*autre part, une place importante dans les exploitations agricoles. Elle constitue, d'abord, ainsi que le montre l'analyse, un engrais naturel organique. Mais il est très médiocre à l'état naturel, à cause de la lenteur de sa décomposition, et c'est surtout comme litière que l'emploi de la tourbe a pris, à raison de son pouvoir d'absorption considérable, un grand développement (V. Litière, t. XXII, p. 343). Le fumier obtenu est, d'ailleurs, d'excellente qualité et notablement plus riche que les fumiers à base de paille. Les mêmes litières sont préconisées, en Italie surtout, pour les vers à soie. L'introduction des poussières de tourbe dans les fosses d'aisances est aussi très recommandable (50 gr. environ par jour et par personne adulte). Il en résulte un terreau très riche, qu'utilise avec succès la culture maraîchère. On emploie encore la poussière et la laine de tourbe comme isolants pour les glacières, et de nombreux essais ont montré qu'elles constituent un milieu excellent pour la conservation des produits agricoles végétaux et animaux. Enfin la tourbe longue a été conseillée, surtout en Allemagne, depuis 1898, comme support pour la mélasse destinée à l'alimentation du bétail {tourbe mélasse).

Mise en valeur des tourbières. Les terrains de tourbières peuvent être souvent livrés avec beaucoup de profit à la culture maraîchère ou forestière, ou être transformés en prairies (hortillonnages des environs d'Amiens^, colonies de tourbières ou Veenen-Ko Ionien de la province de Groningue, etc.) ; mais l'exécution préalable de travaux de dessèchement et de défrichement s'impose, en général, et il faut, en outre, procéder à des chaulages, à des marnages et phosphatages à haute dose, de façon à détruire l'avidité de la tourbe et à enrichir cette dernière en acide phosphorique, élément qui y fait toujours défaut. Les frais qui occasionnent ces opérations empêchent que la mise en valeur ne pi'enne une plus grande extension.

Commerce et statistigue. Il y a, en France, 600 tourbières en exploitation. Mais elles ne fournissent guère que du combustible consommé dans les régions de l'extraction, et même, quoique nos exportations se soient accrues depuis plusieurs années, notre production est bien inférieure

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