TOURNOI
l'origine, nobles et vilains pouvaient indistinctement prendre part aux tournois. Les fêtes de l'Epinette, à Lille, comportaient des exercices de ce genre et étaient organisées par les bourgeois de cette ville. On vit même, en Allemagne, des tournois auxquels les femmes participaient, à la fin du xm® siècle. Les tournois se célébraient aux principales occasions de fêtes du moyen âge (V. Fête, t. XVII, pp. 351-52). Ils avaient un caractère international très prononcé et on y venait de provinces et de pays souvent très éloignés les uns des autres. L^%tournoyeurs formaient, sous deux chefs, deux camps opposés, celui de Vappelanty qui était censé envoyer le défi, et celui du défendant. On faisait combattre, par exemple. Français contre Champenois, Flamands contre Bourguignons, Français contre Allemands ou Anglais, etc. Des juges diseurs, au nombre de six ou huit, examinaient les titres des combattants, vérifiaient leurs armes et jugeaient tous les différends qui pouvaient se produire. Le roi d'armes, les hérauts et leurs poursuivants (V. ces mots) annonçaient ou criaient le tournoi, portaient les convocations et réglaient toutes les questions de cérémonial. Au xiV' siècle, il y eut aussi une reine du tournoi, choisie parmi les dames nobles, qui décernait le prix au chevalier le plus méritant ou mieux faisant de la journée. Ce prix était en général un joyau, souvent aussi c'était une faveur, c.-à-d. une écharpe, une coiffe ou une manche d'habillement de la dame elle-même. Très souvent, le mariage de la reine, ou de ses demoiselles d'honneur, terminait le tournoi. Chaque tournoyeur était accompagné de plusieurs valets, à cheval et à pied, qui pouvaient l'assister même pendant la mêlée. En Angleterre, au xii® et au xm® siècle, il y avait quelquefois des droits à payer pour prendre part au tournoi. Le nombre des combattants était quelquefois très élevé : il n'était pas rare qu'il y eut 500 chevaliers de chaque côté, quelquefois 2.00Ô (1279). La veille du tournoi, on faisait apporter et ranger, dans le cloître d'un monastère voisin de l'emplacement choisi, toutes les armes, qui étaient inspectées par les juges du tournoi. Les chevaliers apposaient leurs bannières aux fenêtres de leurs logements, ce qui s'appelait faire des blasons fenestre. Tout chevalier qui était reconnu comme ayant failli d'une façon quelconque aux lois de l'honneur, et, à partir du xiv® siècle, tout bourgeois ou vilain qui cherchait à se faufiler en compagnie noble, était dénoncé [recommandé), battu et placé à califourchon sur les barrières des hces pendant toute la durée du tournoi. Dans les cas les moins graves, le « recommandé » était autorisé à prendre part au tournoi, mais alors tous les autres combattants avaient mission de frapper sur lui jusqu'à ce que les dames demandassent grâce pour lui. L'espace réservé au tournoi, ou lices (V. ce mot), était entouré d'une double barrière et de plusieurs tribunes, pour les juges du tournoi et les spectateurs. Les vaincus perdaient leurs armes et leurs chevaux et pouvaient être mis à rançon par leurs vainqueurs.
La joute (en ancien allemand tjost) était un combat entre deux adversaires seulement. L'arme employée principalement était la lance, mais on pouvait se servir aussi de l'épée. Au xiv« siècle, on inventa la joute à la barrière, dans laquelle les deux jouteurs couraient l'un contre l'autre de chaque côté d'une palissade recouverte de toiles, qui s'élevait à la hauteur de la selle des chevaux. C'est ce qu'on appela courir une lance. Les chevaliers qui offraient la joute à tout venant exposaient, près de leurs logements, leurs targes, plantées en terre ou accrochées, et ceux qui voulaient combattre venaient les toucher de leurs lances. Comme les tournois, les joutes comportaient généralement plusieurs jours d'exercices. Il y en avait qui duraient trente jours de suite, entre Français et Anglais (1390). A partir du xv® siècle, la joute fut souvent un exercice d'adresse oii il s'agissait simplement de faire sauter en l'air des pièces mobiles de l'armure ou du casque (V. ci-après) ou le cimier de celui-
ci. Ouelquefois, les jouteurs habiles restaient la tête découverte. Le pas d'armes (V. ce mot, t. XXVI) était une variété de la joute. Les jeunes chevaliers commençaient de très bonne heure ces exercices, comme en témoignent les nombreuses armures d'enfants qui ont été conservées.
Les armes employées dans les tournois devinrent, au xvi<^ et au xv^ siècle, très différentes des armes de guerre, mais, à l'origine, elles ne s'en distinguaient pas (V. Armes, Harnois, Heaume, Salade, Haubert, etc.). Les armes étaient généralement peintes de couleurs voyantes. Les armes courtoises, qui apparaissent au xm® siècle, étaient la lance à fer carré et obtus, l'épée sans pointe ni taillant, la masse de bois dur sans aspérités. La plupart des perfectionnements apportés aux armes de tournoi eurent lieu vers 1380.
— Le casque de tournoi (fig. 1) était caractérisé par sa visière en forme de grille A, qui ne gênait pas la vue eut successivement la forme du hemme, du bassinet, dé
Casque de tournoi.
Le casque de joute (fig. 2)
Fig. 2. — Casque de joute.
la salade (fig. 3, A) et de Varmet (V. ces mots). Il était soUdement assujetti à la cuirasse pir des pattes en fer (fig. 2), afin de ne pas être enlevé par un coup de lance.
Le timbre devint très aplati, à partir de 1390 environ, et donna la forme dite en tête de crapaud (fig. 2). La vue n'était plus formée que par la suture des deux parties du heaume et la lance pouvait pénétrer par ce défaut, comme cela arriva à Henri IL Le poids du casque atteignait quelquefois près de 10 kilogr. Un cimier (V. ce mot) le surmontait, principalement en Allemagne (fig. i , BC), ainsi qu'un « volet » ou couvre-chef (Y . ce mot). Le devant du timbre portait souvent, au xv® et au xvi® siècle, de petites plaques mobiles maintenues par un ressort et qui se détachaient tout d'un coup, quand, par un tour d'adresse très prisé, l'extrémité de la lance venait les frapper. La grande armure de Maximilien (fig. 5) en est pourvue. Pour les autres détails du casque, V. les art. Bavière, Barbute, Ceryelière, Coiffure, Costume, Gorgerin^