‹ La Grande encyclopédie (volume 2)Chapitre 217 sur 633 · TRISTAN -- TRISTESSE · texte numérisé non relu

TRISTAN -- TRISTESSE

les rappelle. Mais ils sont de nouveau surpris, et Tristan, pour sauver Iseut, quitte la Cornouailles. Il essaie d'échapper à son tourment en formant de nouveaux liens : il épouse une autre Iseut, Iseut aux blanches mains. Un jour il est blessé d'une arme envenimée : il sait que seule Iseut de Cornouailles pourrait le guérir. Il envoie un messager lui demander d'abandonner son mari et de venir le sauver : si le vaisseau la ramène, il arborera une voile blanche; dans le cas contraire, une voile noire. Au dernier jour du terme fixé, le vaisseau revient; il porte une voile blanche. Iseut a tout quitté pour son ami. Mais la femme de Tristan lui dit que la voile est noire. Tristan se tourne vers la muraille et meurt. Iseut arrive, se couche sur son corps et meurt aussi. Le roi Marc, ayant appris la cause de leur passion, de leur faute et de leurs malheurs, leur pardonne et honore leur mémoire » (G. Paris).

Cette histoire est une des plus belles épopées d'amour qui aient été chantées. Tristan et Iseut ont symboHsé pour tout le moyen âge, et, depuis le drame de Wagner, symbolisent encore pour nous la passion dans ce qu'elle a de plus impérieux et de plus tragique. Malgré les faiblesses des rédactions qui nous sont parvenues, nous entrevoyons à l'origine une œuvre d'une spontanéité d'inspiration et d'un éclat poétique incomparables. Cette œuvre paraît être née en terre celtique à une époque très reculée et avoir pénétré sur le continent par l'intermédiaire des Anglais, puis des Anglo -Normands. La plupart des noms propres ont une étymologie visiblement celtique; les noms germaniques qui apparaissent, comme Iseut et Gormond, prouvent simplement que l'histoire n'a pris sa forme actuelle que postérieurement aux invasions saxonnes en Angleterre. L'action se transporte continuellement de Cornouailles ou de Galles en Irlande ou en Armorique ; c'est la mer qui fait communiquer entre elles ces diverses fractions du monde celtique d'alors; un tel scénario ne pouvait évidemment être conçu que par l'esprit d'un Celte. Le personnage de Tristan, chasseur habile et marin consommé, guerrier intrépide et harpeur incomparable, paraît bien incarner l'idéal de cette race aventureuse et poétique, également familière avec les flots de l'Océan et les forêts de la Bretagne. Les mœurs, telles qu'il est permis de les entrevoir à travers des rédactions tardives, sont d'une simphcité toute primitive et d'une rudesse qui touche à la barbarie : les personnages vivent dans les forêts, d'une vie presque sauvage ; les palais des rois ressemblent à des huttes; l'arme préférée de Tristan est, non l'épée ou la lance, mais l'arc; son animal favori est, non un cheval, mais un merveilleux chien de chasse. La psychologie des personnages est parfaitement élémentaire : ces âmes impulsives passent brusquement d'un excès à l'autre sous la poussée de l'intérêt ou de la passion : Tristan n'hésite pas à percer de flèches l'espion qu'il redoute, et à mettre dans ses chausses ses longues tresses, pour réjouir le cœur de son amie; Iseut elle-même est prête à se débarrasser sommairement d'une suivante dont elle a accepté le dévouement. Naturellement, ces mœurs ont été profondément modifiées dans les remaniements des xii® et xiii^ siècles, qui ont habillé les personnages à la dernière mode de la chevalerie ; mais il en reste de nombreuses traces, et lemélange incohérent de traits appartenant à des époques diverses est peut-être ce qui choque le plus dans les œuvres qui nous ont transmis l'écho, déjà bien affaibli, de cette belle légende.

Aucune de ces œuvres ne nous est parvenue complète, et c'est par leur comparaison que Ton a pu reconstituer l'intrigue dont on a lu plus haut une analyse. Les deux fragments les plus anciens appartiennent à la fin du xii^ siècle : l'un, d'un certain Béroul, a été écrit sur le continent ; l'autre en Angleterre, par un certain Thomas (peut-être l'auteur du roman de Horn) qui est l'un des meilleurs poètes du moyen âge. Ces deux fragments ne nous offrent que des épisodes isolés (le premier contient la partie centrale du récit ; le second, les derniers épisodes);

heureusement nous pouvons nous faire une idée de ce qu'étaient les poèmes complets, grâce aux nombreuses imitations ou traductions qui en avaient été faites : celui de Thomas a été traduit en allemand par Gottfried de Strasbourg (vers 4200), en norvégien par le moine Robert (en 4226), et en anglais (au xiv® siècle); celui de Béroul revit pour nous dans la traduction allemande d'Eilhard d'Oberg (vers 4475, qui elle-même ne subsiste que dans des rédactions remaniées) et dans des fragments divers qui s'en étaient certainement inspirés. Ce qui nous est parvenu de l'œuvre de Béroul et de Thomas a été imprimé par Fr. Michel {Tristan, recueil de ce qui reste des poèmes relatifs à ses aventures; Londres, d 835-39, 3 vol.) et sera prochainement republié par E. Muret et J. Bédier pour la Société des Anciens Textes français. Deux nouveaux fragments du poème de Thomas, découverts depuis la publication de F. Michel, ont été imprimés par de La Villemarqué dans les Archives desmissions, t. V, p. 97, et par Novati dans les Studi difilologia romanza, t. Il, p. 369. Bédier a donné récemment une reconstitution fort réussie du poème de Béroul en le complétant par les versions étrangères et au besoin par quelques raccords personnels (Tristan et Iseut; Paris, 4900) A. Jeanroy.

BiBL. : Articles de Bédier, Lutoslawski, Sudre, MoRF, Sœderhjelm et Muret, publiés dans les t. XV, XVI et XVII de la Romania. — G. Paris, Note sur les romans relatifs à Tristan, dans Romania, XV, 597 et Histoire littéraire, XXX, 19. — Du même, Tristan et Iseut^ dans Revue de Paris, 15 avr. 1894 et dans Poèmes et Légendes du moyen âge; Paris, 1900. — W. Golther, Die Sage von Tristan und I solde ; Munich, 1887. — Lœseth, le Roman en prose de Tristan; Paris, 1891. — W. Rœtti- GER, Der heutige Stand der Tristanforschung; Hambourg, 1897. — W. Golther, Bemerkungen zurSage von Tristan und Isolde, dans Zeitschrift fur franzœsische Sprache und Literatur, 1900, XXII, 1.

TRISTAN l'Hermite (François), poète dramatique frauçais, né au château de Soliers, dans la Marche, en d 604, mort à Paris en 4655. Il a raconté lui-même dans le Page disgracié sa jeunesse aventureuse. Placé comme gentilhomme d'honneur auprès de l'un des bâtards de la marquise de Verneuil, à treize ans, il tua en duel un garde du corps et dut s'enfuir en Angleterre. Au bout de peu de temps, il se remit en route pour aller à la cour de Castille ; mais, comme il traversait le Poitou incognito, il dut, faute d'argent, s'adresser à Scévole de Sainte-Marthe qui lui procura la place de secrétaire du marquis de Villars- Montpezat. Reconnu et rentré en grâce, il devint bientôt gentilhomme ordinaire dans la maison de Gaston d'Orléans. Sa passion pour le jeu le rendit pauvre toute sa vie ; il légua pourtant par testament une somme assez considérable à son élève Quinault. Il débuta dans le monde des lettres en 4636 par sa tragédie la Marianne y qui fut un triomphe et balança quelque temps la gloire de Corneille. Cette pièce est, en effet, la meilleure de celles de Tristan. Bien que le plan en soit, par endroits, défectueux et le style un peu lâche, le sujet est intéressant et le caractère principal, celui d'Hérode, bien dessiné. En 4637, Tristan fit jouer Penthée; en 4644, la Mort de Sénèque et la Folie du Sage; en 4645, la Mort de Crispe; en 4649, il entra à l'Académie française où il succéda à Colomby; il donna encore au Ûièàitre Amarilli s (4652) et le Parasite (4654). Outre ses pièces, on a de lui : Plaintes d'Acanthe et autres Œuvres (4634); la Lyre (4644); Lettres mêlées (1642); Plaidoyers historiques (4643); le Page disgracié {WlZ) -, les Vers héroïques (4648); les Heures de la sainte Vierge (4653). A. Bayet.

BiBL. : Olivet, Histoire de l'Académie française, t. II. ~- Parfaigt, Histoire du théâtre français, t. V. — Pel- LissoN, Histoire de l'Académie française.

TRISTEARINE (Chim.) (V. Stéarine).

TRISTESSE (Philos.). La tristesse est un état mental, qui est lié à un certain état organique. L'état mental consiste avant tout en un sentiment de dépression, avec ou sans souffrance morale réelle. En réalité, il s'agit d'un malaise complexe, confus, qui ne nous semble siéger dans aucun organe, qui même se concilie très bien avec un sen.

TRISTESSE ~ TRITH

timent réel de bien-être physique. — En même temps la tristesse est caractérisée par une coloration spéciale de tous nos états de conscience, de toutes nos pensées. Tout prend une teinte triste, le présent, l'avenir et même le passé ; nous perdons presque la faculté des souvenirs joyeux : non pas que les faits heureux soient oubliés, mais ils reçoivent, par cela seul qu'ils entrent dans la conscience, la coloration qui y règne. — Souvent l'esprit est hanté par une idée ou une image : l'idée d'une absence, d'une mort, d'un insuccès, etc. Mais cet élément n'est pas constant : il y a des moments où on ne pense plus à l'événement douloureux ; on continue pourtant à être triste. Il y a même des cas où la tristesse ne parait attachée à aucune idée précise : c'est alors la mélancolie. — Enfin, il y a langueur, inertie, affaissement de l'intelligence et même des sens, parfois excitation superficielle.

Tel est l'état mental qu'on appelle tristesse. Quelle en est la cause Hl y a lieu de distinguer la cause immédiate j qui est physiologique, et la cause médiate, qui, parfois au moins, est psychologique. La cause immédiate de la tristesse paraît bien résider dans l'organisme. C'est ce qu'il est difficile de contester après les travaux de Lange, de W. James, et, en France, de Ribot et de Dumas. De ces travaux, il résulte : 4° que la tristesse est lice à tout un ensemble de modifications organiques : vaso-constriction ou anémie cérébrale et périphérique, entraînant la pâleur et la froideur de la peau ; ralentissement du ca^ur, ralentissement de la respiration ; ralentissement des sécrétions ; variation du nombre des globules sanguins ; — 2*^ que le sentiment de tristesse n'est que la conscience confuse de ce trouble profond de l'organisme ; il n'est que la réverbération de ce trouble dans l'esprit ; il n'est, en somme, que la traduction consciente d'un état plus ou moins grave d'épuisement nerveux.

Quelle est maintenant la cause de ce trouble physiologique? En d'autres termes, quelle est la cause initiale do la tristesse? Ou encore, si l'on convient d'appeler tristesse le fait total, à la fois physique et moral, quelle est la cause de ce fait total ? Souvent cette cause est, ellemême, organique. Il ne saurait être question de le nier. Souvent, nous percevons nous-mêmes qu'un malaise obscur du corps nous assombrit. De plus, il n'est pas rare de se trouver tout d'un coup triste sans motif connu ; on a beau chercher, on ne se découvre aucun sujet de chagrin ; pourtant on est triste ; dans ces cas-là il est assez naturel de penser que la cause est organique. Il y a même des heures où, très visiblement, les idées attristantes, loin d'être la cause de la tristesse, en sont tout au contraire l'effet. Nous sommes tristes d* abord et ensuite nous trouvons des raisons de l'être ; c'est une dépression physique préexistante qui transforme en causes de tristesse les circonstances les plus simples ; c'est elle qui crée le motif et non le motif qui la crée. — Nous savons même qu'on peut parfois produire expérimentalement la tristesse en agissant sur les fonctions organiques : chez les hypnotisés, il suffit de donner au corps les attitudes de la tristesse pour faire naître l'émotion même de la tristesse. Bien plus, une simple injection de caféine ou de sérum suffit pour dissiper la tristesse ; l'absorption d'une certaine dose d'ipéca produit une anxiété très voisine de la tristesse.

Voilà donc ce qui appartient au corps dans la production de la tristesse : d'une part, la tristesse est toujours accompagnée d'un certain trouble organique; et, d'autre part, elle est parfois provoquée uniquement par un certain état de l'organisme. Elle ne l'est pas toujours. Il est des cas o;i c'est un événement tout intérieur et moral qui crée la tristesse. Par exemple, je suis en pleine santé, dispos, content : je reçois une mauvaise nouvelle, me voilà triste. Le fait est fréquent; or, on ne peut guère contester ici que la cause soit d'ordre psychologique ; car l'état de mon corps n'a pas changé avant l'état de mon esprit ; ce n'est pas un malaise préexistant qui m'a fait trouver inquiétante la nouvelle que j'ai reçue ; c'est bien la nouvelle

qui a créé le malaise. Il y a donc certains états psychologiques qui sont capables de produire le fait physique et mental de la tristesse ; il y a une cause psychologique de la tristesse : quelle est- elle?

Si l'on examine toutes les causes vulgaires de la tristesse : une mort, une séparation, un échec d'amour-propre, l'attente d'un malheur, un remords, etc., on trouvera qu'elles se ramènent toutes à deux : ou bien un désir contrarié, ou bien un conflit de désirs. — Dans beaucoup de cas, la tristesse est produite par le refoulement d'un désir : par exemple si une critique nous attriste, c'est qu'elle contrarie le désir que nous éprouvions de certaines louanges : ce qui le prouve, c'est qu'une critique, même pénétrante, mais qui ne nous atteint pas dans nos intimes prétentions, nous touche peu. De même une absence nous attriste en créant un obstacle infranchissable à nos désirs les plus intenses. — Dans certains cas, la tristesse est causée par un conflit de tendances, par un état de fluctuation; par exemple, l'indécision attriste : c'est que l'indécis est partagé entre des désirs opposés; la confusion des idées attriste ; c'est qu'elle consiste précisément à flotter entre des opinions contradictoires ; le remords d'un devoir négligé attriste: c'est qu'il éveille en nous des tendances opposées : tendance à vivre dans le présent et tendance à « ruminer » perpétuellement le passé ; tendance à nous estimer nous-même et tendance à nous mépriser, etc.

Il est maintenant évident que ces deux causes se ramènent à une seule, qui est la vraie cause psychologique de la tristesse, le sentiment de notre impuissance. ~ En effet, quand un de nos désirs ardents est contrarié, que sentons-nous, si ce n'est notre impuissance? notre impuissance à modifier la réalité rebelle, notre impuissance à triompher des résistancee, notre impuissance à dominer les forces extérieures? — Quand nous sommes en proie à un conflit de tendances, que sentons-nous si ce n'est notre impuissance à agir, notre impuissance à nous dégager de la confusion, notre impuissance à reconquérir l'unité, la convergence de notre être? Ainsi, le sentiment de la tristesse a sa cause immédiate dans un certain état de dépression organique, et sa cause médiate dans la conscience de notre impuissance. C. Mélinand.

BiBL. : Descartes, Traité des Passions. — Spinoza, Ethique. — W. James, Psychology. — Lange, les Emotions. — Ribot, Psych. des sentiments. — D"- G. Dumas, la Joie et la tristesse. ~ Rauh, De la Méthode dans la psychologie des sentiments.

TRITCHINOPOLI (hindou Tirouchinapalli). Ville de l'Inde, présidence de Madras, sur la r. dr. et à la tête du delta de la Kaveri, ch.-l. d'une ancienne province du Carnatic : 90.600 hab. en 1891, dont 11. 000 musulmans et 12.300 chrétiens. Joaillerie d'or, coutellerie, quincaillerie, cigares renommés, etc. Nœud de voies ferrées de Madras vers Calicut, Negapatam, Tontticorin. Evêché catholique. L'agglomération urbaine comprend 17 villages, la ville administrative, le quartier des casernes vers le S. et, dominant le tout, un abrupt rocher de syénite haut de 200 m., auquel s'adosse le quartier du fort ; celui-ci embrasse l'ancien palais du navab bâti par Tchoka-Nayak (f 1682) ; à mi-côte est un beau temple de Siva, au sommet un temple de Ganapati. Le plus septentrional des villages ou quartiers ruraux est Ouriyar, l'O^Goupa de Ptolémée, ancienne capitale du royaume de Tchola. En face de Tritchinopoli, est dans une île de la Kaveri, la ville de Srirangam ou Seringham (21.632 bab. hindous, beaux temples, lieu de pèlerinage). — La forteresse réputée imprenable de Tritchinopoli fut au xvi® siècle conquise par les princes du Madoura qui en firent leur capitale au xvii« siècle ; leur dynastie s'éteignit en 1740, et la ville fut alors disputée entre les navabs d'Arcot, les Marathes, les radjahs du Maïssour. Dans la lutte pour la domination du Carnatic intervinrent les Français et les Anglais (V. Inde, § Histoire, et Dupleix).

TRITH -Saint-Léger. Com. du dép. du Nord, arr. et cant. (S.) de Valenciennes ; 3.716 hab. Stat. du chem.

TRITH — TRITON

de fer du Nord. Forges, aciéries et fonderies ; fabrique de produits chimiques.

TRITHEIM ou TRITTENHEIM (Johann von), généralement appelé Trithème (Trithemius), bibliographe et historien allemand, né à Trittenheim, près de Trêves, le 1^^ févr. 4462, mort le 13 déc. 1516, et dont le vrai nom de famille était Heidenberg. Il alla étudier à Trêves et à Heidelberg. Il voyageait à pied. S'étant réfugié, pendant une tempête de neige en hiver, au monastère bénédictin de Sponheim ou Spanheim (1482), il y resta, s'y fit moine l'année suivante et en devint abbé peu de temps après (1483). Il devint plus tard abbé du monastère de Saint-Jacques de Wurzbourg (1506), où il mourut. Il réforma le clergé monastique, et sa sévérité le brouilla même avec ses moines. La bibliothèque de Spanheim, qui n'avait que 14 vol. à son arrivée, en compta plus de 2.000, moitié manuscrits et moitié imprimés. Trithème fut l'ami de l'empereur Maximilien, du comte palatin du Rhin et de plusieurs autres grands seigneurs. Il savait le grec, qu'il apprit de Conrad Celtes, et l'hébreu. — Les principaux ouvrages historiques de Trithème sont le Chronicon Hirsaugiense (V. Hirsau) et le Chronicon Sponheimense (V. Sponheim). Il paraît avoir utilisé plusieurs auteurs perdus, comme Hunibald, annaliste mérovingien, et Méginfred, auteur du ix® siècle. Il composa plusieurs recueils biobibliographiques, le Liber scriptorum ecclesiasticorum (963 notices) et le Catalogus illustrium virorum Germaniœ (303 personnages). — Il a laissé une curieuse correspondance (Epistolœ familiares), une sorte d'autobiographie littéraire sur ses propres études (Nepiachus), un éloge des scribes monastiques (De laude scriptorum manualium), petit traité où il consigne ses idées comme bibliothécaire et bibliographe et qui est d'autant plus intéressant qu'il s'était fait lui-même copiste de manuscrits latins et grecs. — Trithème est l'auteur d'une cryptographie qui fut très célèbre (Polygraphia, 1518, rééditée, tantôt sous ce titre et tantôt sous celui de Steganographia, en 1531, 1550, 1564, 1571, 1600, 1606, 1613, etc.), constituée par 384 alphabets composés chacun de 24 mots, correspondant à chacune des lettres de l'alphabet. Les mots de chaque alphabet avaient à peu près le même sens (Deus, creator, conditor, opifex, etc. ; — démens, clementissimus, piuSy piissimns, etc.), de sorte qu'en en prenant un dans chaque alphabet, on formait une phrase ayant un sens apparent. Pour trouver le sens secret, il suffisait de prendre les lettres correspondant à chaque mot, exemple : la phrase conditor (mot correspondant à c dans le premier alphabet) démens (a dans le 2^ alphabet) discernens mundana signifiait : cave (Bibliot. nation. Rés. V. 704). Elle fut traduite en français par Gabriel de Collange (Paris, 1561 et 1625, in-4). — Trithème a encore composé un grand nombre d'ouvrages de théologie (commentaire sur la règle bénédictine, recueil des miracles de la Vierge, traités sur la réforme des monastères, consultations ou Quœstiones adressées à l'empereur Maximilien, etc.). — Des éditions collectives des œuvres de Trithème (moins les traités de cryptographie) ont été publiées par Marquard Freher (Opéra historica ; Francfort, 1601, in-fol.) et par J. Busaeus (Opéra spiritualia ; Mayence, 1605, in-fol.).

E.-D. Grand.

BiBL. : Ph.-F. HoRN, Johannes Trithemius^ Abt des vormaligen Klosters Sakt-Jacob in Wûrzburg ; Wurzbourg, 1843, in-8. — A. Paul, De fontibus a Tritheniio in prima parte Chronici Hirsaugiensis adhibitis; Halle, 1867, in-8. — SiLBERNAGEL, Jofiannes Trithemius, eine Monographie; Landshut, 1868 et 1885, 2" éd., in-8. — A. Ruland, art. dans Theologisches Literaturblatt ; Bonn, ann. 1868, n»» 21 et 22, trad. en français par C.-U.-J. Chevalier, Etude sur l'abbé Trithème (compte rendu analytique et critique de l'ouvrage précédent). — W. Schneegans, Abt Johannes Trithemius und Kloster Spanheim ; Kreuznach, 1882, in-8. — Les anciennes éditions des ouvrages de Trithème sont énumérées dans les répertoires bibliographiques de Brunet {Manuel du libraireA. V, 1864, col. 960-61 et supplém., t. II, 1880, col. 806-807) et de Hain {Repertorium bibliographicum, t. II, [2» part., l-SSS, pp. 426-31) et supplém.

de CopiNGER. — W.-E. Heidel, Johannis Trithemii Steqanographia vindicata; Mayence, 1676, in-4, et Nuremberg,' 1721, in-4. — E.-G. Vogel, Die Bibliotheh der Benedictiner-Abtei Sponheim, dans le Serapeum^ ann. 1842, pp. 312-328. — Du même, Corporations-Bibliotheken ; Leipzig, 1840, p. 207, in-8. — Wattenbach, Deutschlands Geschichtsquellen, 1894, t. II, p. 491, 6" éd. (sur l'authenticité des sources histori(iues utilisées par Trithème).

TRITHÈME (V. IrniHEm).

TRITHIONIQUE(Acide).Form. j ^^^' ; ; fs^^^'

L'acide trithionique est un des quatre acides oxygénés du soufre qui forment la série thionique. On le prépare en décomposant le Irithionate de potassium. Ce trithionate a été obtenu par plusieurs procédés. Langlois, qui Ta découvert en 1842, Ta préparé en faisant digérer pendant longtemps à une douce température de la fleur de soufre dans une solution concentrée de bisulfite de potassium. Le soufre se retrouve à la fin de l'opération ; tout se passe comme s'il n'intervenait pas :

Bisulfite Trithionate Sulfate

î potassium

de potassium

On filtre la liqueur chaude au bout de plusieurs jours; le trithionate de potassium se dépose cristallisé par refroidissement ; il est mélangé du soufre qui est resté inaltéré et du sulfate de potassium qui s'est formé ; on le purifie en le faisant recristalliser. Le trithionate de potassium a encore été obtenu par Plessy en faisant agir l'acide sulfureux sur l'hyposulfite de potassium :

Hyposulfite Trithionate

de potassium de potassium

On fait passer un courant de gaz sulfureux dans une solution concentrée d'hyposulfite ; la liqueur prend une teinte jaune ; on arrête l'opération quand le gaz sulfureux n'est plus absorbé. On purifie les cristaux de trithionate qui se déposent en les redissolvant dans l'eau et versant sur la solution un peu d'alcool pour reprécipiter le sel dissous. Enfin Chancel et Diacon ont préparé le trithionate de potassium en mélangeant deux dissolulions de sulfure et de bisulfite de potassium, faisant passer dans ce mélange un courant de gaz sulfureux, puis évaporant et purifiant le sel comme Plessy par redissolution dans l'eau et précipitation au moyen de l'alcool.

Pour obtenir l'acide trithionique à partir du trithionate de potassium, il sufiit de décomposer ce trithionate par un acide dont le sel de potassium soit insoluble ; on peut employer l'acide hydrofluosilicique, l'acide perchlorique ou l'acide tartrique. L'acide trithionique reste en solution. On ne peut concentrer cette dissolution en chauffant parce que l'acide trithionique est peu stable à chaud ; on la laisse s'évaporer lentement dans le vide sec. La concentration ne peut être poussée au delà d'une certaine limite parce que l'acide trithionique se décompose alors en acide sulfureux et acide sulfurique avec dépôt de soufre :

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