‹ La Grande encyclopédie (volume 2)Chapitre 216 sur 633 · TRISSINO — TRISTAN · texte numérisé non relu

TRISSINO — TRISTAN

TRISSINO (Giangiorgio), littérateur italien, né à Vicence en 4478, mort à Rome le 8 déc. 4550. Soupçonné par les Vénitiens d'avoir pris parti pour l'empereur Maximilien dans la guerre que termina la bataille d'Agnadel (4509), il dut s'exiler. Après avoir voyagé en Allemagne et en Lombardie, il fut accueilli à Rome par Léon X (4544), qui lui confia diverses missions. Il dut à l'intervention du pontife de pouvoir rentrer dans sa ville natale (4548) ; en 4524 et 4526, Clément VII le choisit comme ambassadeur auprès de la République de Venise. Il renonça bientôt aux charges publiques et passa la fin de sa vie, qui fut attristée par de longs démêlés avec son fils Jules, soit dans sa villa de Cricoli, soit dans les diverses villes (Padoue, Murano, Rome, Bologne, Venise), où le retenaient la protection des grands ou les soins qu'il donnait à l'impression de ses ouvrages.

Trissino tut grammairien et poète. Grammairien, il entreprit de réformer l'alphabet italien et il exposa ses idées sur ce sujet dans une Epistola a Clémente VU (4524). C'est à lui que remonte la distinction de i et j, u ^X v ; en revanche, sa proposition d'employer des caractères grecs pour la notation des sons ouverts ou fermés n'eut pas de succès. Ses théories sur la langue, développées dans le dialogue 11 Castellano (4529) et vivement combattues par l'école florentine (Gianbullari, Gelli, Varchi), sont inspirées par celles de Dante, dont il avait publié le De Vulgari Eloquio : pour lui, la langue littéraire doit emprunter ses éléments aux divers dialectes, mais écarter les traits qui caractérisent chacun d'eux et se régler surtout sur l'usage des classiques.

Malgré la médiocrité de son talent, plus critique que poétique, Trissino exerça une immense influence sur la littérature de son siècle. Il se fit, par l'exemple aussi bien que par la théorie, l'infatigable promoteur de l'imitation servile de l'antiquité. Son ambition fut de ressusciter dans sa langue les principaux genres cultivés par les anciens, l'épopée, la tragédie, la poésie lyrique. Dans l'épopée, il déclare la guerre à la libre fantaisie où avait triomphé l'Arioste ; il veut, comme Aristote, que l'action soit « grande, unique, complète », et qu'un seul protagoniste retienne l'attention ; quoi qu'il prétende imiter Virgile et Homère, et précisément parce qu'il les imite de trop près, son poème (l'Italia liber ata dai Goti, vingt-sept chants publiés en trois fois, Rome, 4547 ; Venise, 4548) est une œuvre mort-née : le sujet (la délivrance de l'Italie par Bélisaire) est peu intéressant, et l'atmosphère tout historique où les faits se déroulent est peu favorable au merveilleux — merveilleux du reste purement abstrait ou chrétien — par lequel il essaie en vain de l'égayer ; la forme vaut moins encore : Vendecasillabo sciolto, qu'il préféra à l'octave pour se rapprocher davantage de l'hexamètre, est chez lui monotone et sans grâce.

Sa Sofonisba (écrite en 4545, imprimée à Rome en 4524), rigoureusement.calquée sur les tragédies grecques, était la première des pièces coulées dans le moule aristotélique, et c'est d'elle que procèdent la plupart des tragédies italiennes du xvi® siècle ; les trois unités y sont observées ; le chœur, toujours présent sur la scène, prend part au dialogue et récite de longs morceaux d'apparat qui séparent les grandes divisions de la pièce (laquelle n'est pas coupée en actes) ; mais Trissino n'emprunte à la tragédie grecque que son squelette : les caractères sont 8 peine ébauchés, la passion est absente, le style terne et la versification monotone (le vers employé est Vendecasillabo). Dans l'ode, Trissino, précurseur d'Alamanni, prêcha l'imitation de Pindare et fit quelques pièces divisées en ballaie, contraballate et stanze. Outre une imitation des Ménechmes de Plante (/ simillimi, 4548), Trissino a laissé divers ouvrages de critique et de grammaire {Grammatichetta, Dubbi grammaticali, Divi-^ sioni delta Poetica, etc.). Ses œuvres complètes ont été réimprimées à Vérone en i 729. A. Jeanroy.

BiBL. : B, MoRSOLiN, G. Trissino; Florence, 1894, 2« éd.

— D'Ancona, dans Varietà storiche e letterarie ; Milan, 1885, t. II. — V. Vivaldi, Le controversie intorno alla lingua; Catanzaro, 1894, 1. 1. — E. Ciampolini, La prima tragedia regolare, etc. ; Lucques, 1884. —F. Ermini, l'Italia lïberata dai Goti ; Rome, 1895.

TRISTAN (Louis), dit Tristan T Hermite (V. Hermite [Louis-Tristan I']).

TRISTAN DA CuNHA ou TRISTAO da Cunha. Ile de l'océan Atlantique méridional, située par 37*^6' lat. S. et 44*^ 23' long. 0,, sur la route directe du Cap au rio de la Plata, à 2.845 kil. du Gap et 4.000 de la Plata. Découverte en 4506 par le navigateur portugais, Tristâo da Cunha, elle dépend nominalement de la Grande-Bretagne. C'est une montagne volcanique de 446 kil. q., dont le pic central atteint 2.537 m.; un petit lac dort au fond de l'ancien cratère ; les pentes, abruptes jusqu'à la mer, ne laissent de plage qu'au N.-O. Le climat est doux (4- 20^ en été, +44° en hiver); il pleut beaucoup en toute saison. La flore est riche en cryptogames filicinées (30 espèces contre 30 de phanérogames) ; les pentes sont boisées en Phylica arborea^ arbre qui se retrouve, comme la Spontina Arundinacea, aux îles de Saint-Paul et d'Amsterdam. La population, issue de marins anglais et américains, comptait 64 personnes en 4894; une douzaine d'hectares de ce sol de laves et de tuf sont cultivés en pommes de terre ; le troupeau compte environ 600 bœufs et autant de moutons ; les porcs et la volaille sont nombreux. Les chats sauvages, les phoques et les oiseaux de mer pullulent. Le sauvetage des naufragés procure de temps à autre des ressources supplémentaires. — Au S.-O. et au S.-E. de l'île sont deux rochers volcaniques inhabités, l'île Inaccessible et l'île Nightingale.

BiBL. : Steen Bill, Relation de voyage, dans les Mitt. de Petermann, 1855, pp. 79-85. -— Renard, Géologie de Tristan da Cunha, dans Bull. ac. belge, 1885, t. IX. — Carte n» 3.169 du Dépôt de la marine.

TRISTAN DE Nanteuil. Chanson de geste française de la fin du XIV® ou du commencement du xv® siècle, en 23.000 alexandrins. C'est une suite de Aye d^ Avignon et Guy de Nanteuil ; son objet est de raconter les aventures des derniers descendants de la geste de Doon de Mayence. C'est un tissu d'aventures invraisemblables, mal rattachées entre elles et racontées en un style prolixe et plat. C'est l'une des plus misérables productions d'un genre en pleine décadence. Cette chanson est inédite, mais on en possède de longues analyses (l'une, par P. Meyer, dans le Jahrbuch fur romanische und englische Literatur, IX, 4-42 ; 353-98 ; l'autre, par P. Paris, Hist. litt. de la France, XXVI, 229-69). A. J.

BiBL. : V., outre les articles cités plus haut, G. Paris et A. Bos, la Vie de Saint- Gilles ; Paris, 1881, pp. 98 et suiv.

TRISTAN ET Iseut (Légende de). Cette légende est une des plus poétiques que nous ait laissées le moyen âge. En voici un bref résumé. Tristan de Léonois, orphelin dès l'enfance, est élevé par son oncle Marc, roi de Cornouailles. Il lui manifeste sa reconnaissance en tuant le Morhout d'Irlande, sorte de monstre, qui venait chaque année réclamer des Cornouaillais un tribu de quatre cents jeunes gens. Blessé par le fer empoisonné du Morhout, il se rend chez la reine d'Irlande, sœur du monstre, seule capable de le guérir, qui, ne l'ayant pas reconnu, le guérit en effet. Plus tard, il revient en Irlande, chargé de demander à la reine la main de sa fille Iseut pour le roi Marc. Il ramène Iseut en effet, mais, dans la traversée, il partage par mégarde avec elle un philtre qu'elle devait boire avec son mari le soir de ses noces et dont la propriété était d'allumer un amour inextinguible dans le cœur de ceux qui le boiraient ensemble. « Dès lors, Tristan et Iseut sont liés par une passion que rien ne peut éteindre. Des péripéties diverses de joie et de douleur remplissent leur vie pendant des années : trahis plus d'une fois, échappant plus d'une fois, ils sont enfin surpris ; et, bannis par Marc, ils se réfugient dans la grande forêt de Morois, où longtemps ils mènent une vie heureuse et sauvage, qu'alimente la chasse de Tristan. Le roi, à la fin, leur pardonne et

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