TRITON
apparenté avec Nérée, peut-être d'origine phénicienne, dans tous les cas, un démon de la mer dont il personnifie les flots retentissants. On lui donnait pour patrie le lac fabuleux de Tritonis, au voisinage de la côte de Tripolitaine ; les poètes le représentent comme un être double, homme par le buste et le visage, monstre marin à partir des reins. Il parcourt les flots sur des dauphins, hippocampes et autres monstres analogues, soufflant dans des coquillages allongés qui lui servent de trompette pour apaiser ou soulever les flots. Un vase peint, de style archaïque, le montre en lutte avec Héraclès, tandis que Poséidon, armé du trident, se précipite à son secours, en présence d'Amphitrite terrifiée, de Nérée avec sa compagne Doris en spectateurs indifférents. Le sculpteur Scopas idéalisa le type, comme nous pouvons voir encore par une figure remarquable du musée Pio-Glementi, où. il est représenté en satyre de la mer, avec l'expression mélancolique jusqu'à la tristesse de la bouche et des yeux ; la partie inférieure de la figure manque. L'être de ce Triton unique se multiplie afin de fournir aux artistes des groupements divers avec les nymphes et les monstres marins ; une améthyste gravée de Florence nous ofi're toute une famille de Tritons, le père muni d'une double rame, la mère, jeune femme gracieuse dont le corps se termine en poisson, et trois enfants, lesquels chevauchent ensemble
Triton enlevant une nymphe.
sur un dauphin fantastique. Un groupe de marbre du plus bel effet représente un Triton, composé d'homme et de cheval marin, qui enlève une nymphe. Ce thème général a fourni aux poètes et aux artistes, sous la forme de mosaïques, de terres cuites, de fresques, de bas-reliefs (V. celui qui, à la glyptothèque de Munich, représente les noces de Poséidon et d'Amphitrite), une variété considérable de sujets maritimes qui forment un pendant aux représentations du cortège dionysiaque. J.-A. H.
II. Erpétologie. — Genre de Batraciens Urodèles de la famille des Salamandridœ. Chez ces animaux, la langue est charnue, papilleuse, arrondie, libre seulement sur ses bords, les dents palatines forment deux séries longitudinales rapprochées et presque parallèles. Le corps est allongé, la queue est toujours comprimée. Ce genre est principalement européen ; parmi les formes connues, on peut citer le Triton marmoratus; la coloration est des plus brillantes. Le corps en dessus est d'un beau vert, les flancs et les côtés de la queue sont marbrés de brun, les lignes d'un blanc d'argent parcourent les joues. Le dessous du corps est d'un rouge brun vineux piqueté de noir, une ligne de couleur rouge carminé règne sur la partie médiane du dos. Cette forme se trouve en France, en Portugal et en Egypte. Rocher.
III. Malacologie. — Genre de Mollusques Prosobranches contenus dans une coquille, solide, ovale, oblongue, à épiderme épais, à spire plus ou moins allongée. Les tours de spire sont munis de varices non continues d'un tour à l'autre. Ouverture portant en arrière un sinus et terminée par un canal de longueur variable, columelle plissée. Les Tritons habitent les mers chaudes et tempérées.
IV. Paléontologie. — Les Batraciens Urodèles ont apparu à l'époque tertiaire. Près des genres actuels Triton (Molge) et Salamandre, dont on connaît quelques espèces de Bohême et du Gers, se placent les Archœotriton, des tufs basaltiques de Bohême, différant des Tritons par de hautes apophyses épineuses ; Megalotriton, de l'éocène supérieur de Ûuercy, aux vertèbres grandes; Heliarchon, des lignites du Siebengebirge, à la queue longue, à la tête rétrécie en avant; Polymesia, du même gisement, au crâne très large, aux narines grandes.
Sous le nom de Protriton petrolei, le professeur Gaudry a désigné un petit Batracien qui appartient à un tout autre groupe, celui des Labyrinthodontiens, sousordre des Lepospondyli. Le Protriton, du terrain permien inférieur des environs d'Autun, est caractérisé par le crâne large, les orbites très grandes, l'absence de dents aux parasphénoïdes ptérygoïdiens palatins, et quatre doigts. Credner admet que Proiriton est l'état larvaire d'un autre Batracien permien, le Branchiosaurus .
BiBL. : Mythologie. — Baumeistee, Denkmœler des hlass. Alterthums, 1861 et suiv., II.
Erpétologie. — Sauvage, dans Brehm, éd. franc.
Paléontologie. — A. Gaudry, Bull. Soc. géol. France, 1875. — \ .YDEKKER, Cat. fossil. Reptilea British Muséum, t. IV, 1890. — Zittel, Traité de paléontologie, 1893, t. III.
TRITON (Mus.). Le triton est le nom ancien de cet intervalle composé de trois tons entiers que nous appelons aujourd'hui quarte augmentée (Y. Quarte). Sur le clavier tempéré du piano ou de l'orgue, cet intervalle paraît semblable à la quinte diminuée, mais théoriquement il en diffère quelque peu. En effet, si-fa, qui forme une quinte diminuée, est quelque plus grand que si-mi dièse qui fait quarte augmentée ou triton. Toutefois, dans la pratique harmonique, ces deux intervalles pris l'un pour l'autre enharmoniquement favorisent des modulations dont l'explication serait difficile autrement, et les accords qui les renferment rendent faciles beaucoup de résolutions exceptionnelles par suite de leur aspect ambigu. Cette dissonance de triton se trouve dans la gamme naturelle entre le quatrième et le septième degré, fa-si. Elle a été sévèrement proscrite, même mélodiquement, par les théoriciens du moyen âge. Même dans une mélodie, ils avaient soin d'éviter le rapport de triton en baissant la septième d'un ton par le bémol (V. ce mot).
TRITON (Géogr.). Les écrivains anciens ont applique le nom de Triton au mythique lac des Hespérides que plus tard Ton finit par localiser près de la cité d'Hesperis ou Bérénice en Cyrénaïque. Le lac Triton fut promené sur divers points de la Libye, depuis l'extrémité occidentale de l'Atlas jusqu'à la Cyrénaïque ; le problème se compliqua d'une explication du nom d'Athéné Tritogeneia; un ruisseau de Crète et un ruisseau de Béotie dénommés Triton se disputèrent l'honneur d'avoir vu la naissance de la déesse. Quant au lac, on finit parle localiser à l'O. des Syrtes. Ptolémée dit que le fleuve Triton, issu du mont VasaMus, forme la limite occidentale de la région syrtique (Tripolitaine actuelle) et que, coulant vers le N., il traverse les trois lacs Libyen, Pallas et Triton et se jette dans la petite Syrte entre Tacape (Gabès) et Macomada, près de Tacape. Cette description prouve l'ignorance du géographe, car elle ne correspond à rien de réel. On a admis que ces trois lacs sont les grands chotts Melrir, Rharsa et Djérid, qui d'ailleurs ne communiquent pas et se suivent de l'O. à l'E. et non du N. au S. Le fleuve Triton serait, pour la partie supérieure, l'oued Djeddi ou l'oued Mya ; pour la partie inférieure, la source d'El Hamma qui jaillit près de la mer avec laquelle les chotts n'ont certainement pas communiqué à l'époque historique. Cette interprétation ne s'accordant pas avec le texte, lequel d'ailleurs n'en comporte aucune qui se rapproche de la réalité, l'explorateur Rouire en a proposé une autre, en s'appuyant sur un texte très mutilé de Scylax ; il identifie le fleuve Triton avec l'oued Zeroud, fleuve central de la Tunisie, le lac Libyen avec le lac Kelbia, le lac Triton avec la
lagune de Djiriba ; il retrouve à l'O. d'Hergla, File de Phla, située à l'embouchure du fleuve Triton, citée par Hérodote et Strabon qui y place un temple d'Aphrodite ; cette hypothèse s'accorde avec une partie des énoncés, mais est en contradiction absolue avec d'autres, notamment en ce qu'elle déplacerait vers le ,N. la Petite Syrte que Rouire est forcé d'identifier au golfe d'Hammamet, ce qui semble insoutenable. En l'état actuel des documents, ce problème géographique du lac Triton ne comporte pas de solution conforme aux descriptions des auteurs anciens et prouve surtout l'inexactitude de leurs informations sur l'Afrique.
TRITTENHEIW (V. Tritheim).
TRITYLE (Chim.). On a appelé autrefois trityle le radical G^H^, analogue au radical méthyle C^H^ et au radical éthyleC'*H^. On donnait alors le nom de groupe tritylique à la série des combinaisons formées par ce radical. Aujourd'hui on appelle plutôt le radical C^H''' propyle.
TRIUNIPH (Vitic.) (V. Vigne) .
TRIUMVIR, TRIUMVIRAT (Hist. rom.). D'une manière générale, on appelait à Rome triumvirs les membres de tout collège de fonctionnaires ou de prêtres qui se composait de trois personnages. R y eut dans l'Etat romain des triumvirs ordinaires et des triumvirs extraordinaires ou exceptionnels. Parmi les triumvirs ordinaires, les plus importants étaient : les triumviri ou tresviri capitales, d'abord simples agents de police, plus tard vrais magistrats chargés d'opérer les arrestations, d'incarcérer les prévenus, et d'assister les préteurs dans certains procès civils ; les triumviri ou tresviri monetales, spécialement chargés de la frappe des monnaies romaines. Les plus connus des triumvirs extraordinaires furent les triumviri reipublicœ constituendce de l'an 13 av. J.-C, Octave, Antoine et Lépide. Sous ce titre, ces trois personnages se firent décerner une magistrature absolument exceptionnelle, qui leur assura la toute-puissance dans l'Etat romain. Ce n'était en réalité que l'association de trois ambitieux. L'alliance de César, Crassus et Pompée en 60 porte aussi dans l'histoire le nom de Triumvirat ; mais c'était une entente privée, sans aucun caractère oflTiciel.
TRIVALÉRINE (Chim.) (V. Valérique [Acide]).
TRIVANDRAM (hindou Tirouwanantâpuram). Ville de l'Inde méridionale, cap. de la principauté de Travancore (V. ce mot); 27.887 hab. en 4891 ; palais moderne du radja, fort anglais, observatoire ; grand temple de Padmanabha (Vichnou).
TRIVIER (Elisée-Camille-Ernest), marin et explorateur français, né à Rochefort le 15 mars 1842. R s'embarqua à seize ans sur un navire de commerce pour faire le tour du monde ; en 1862, atteint par la conscription maritime, il fut envoyé au Mexique où il fit la campagne ; en 1866, reçu, à Rochefort, capitaine au long cours, il se mit à naviguer pour son compte ; en 1877, il sauva l'équipage d'un navire américain. Pendant plusieurs années, Trivier resta dans la République Argentine et au Paraguay, et se trouvait au Grand Chaco lors de l'assassinat du D^ Crevaux en 1882. En 1884, il dressa la première carte de l'Ogooué ; en 1888, il partit pour le compte du journal la Gironde à la recherche de Stanley et traversa presque seul le continent africain en un an, sans tirer un coup de fusil : dans ce voyage, il perdit un œil. R a publié : Mon voyage au continent noir. Les observations ethnographiques, géographiques et géologiques qu'il a recueillies sont très intéressantes.
TRIVIUM (Pédag.) (V. Quadrividm).
TRIVULZIO. Famille milanaise. Son histoire remonte au xii® siècle ; mais sa célébrité ne date que du xv®. — Ambrogio, adversaire acharné dejrançois Sforza, fut exilé et emprisonné plusieurs fois. — Son frère Erasmo (mort en 1459), élève deNiccolo Piccinino, se distingua comme condottiere de Philippe-Marie Visconti, — Giacomello (f 1465) embrassa le parti du nouveau duc de Milan, qui se servit de lui en maintes ambassades, — Teodoro
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(1456-1532), son frère, d'abord au service des Aragonais de Naples, puis à celui du roi de France (1495), devint maréchal de France (1526), gouverneur de Milan et puis de Lyon, défendit Gênes contre André Doria.
— Mais la célébrité de la famille est due principalement à Giangiacomo, fils d'Antoine, né en 1441, mort le 5 déc. 1518. Ce fut un des grands capitaines de son temps. Il combattit d'abord sous les Aragonais de Naples, puis sous Ludovic Sforza, qu'il abandonna pour le roi de France (1495), envahit pour Louis XTI le Milanais, en chassa Ludovic Sforza (1499) et en devint gouverneur. R y combattit jusqu'en 1513. Sous François I«'', il eut part à la victoire de Marignan, mais fut disgracié à la suite de ses quereUes avec Lautrec. — Giacomo Teodoro, né en 1597, mort le 3 août 1657, fut tout le temps au service de l'Espagne, devint cardinal (1629), gouverneur d'Aragon (1643), de Sicile (1647) etdeSardaigne (1648), enfin de Lombardie. — La famille de Trivulzio, éteinte en 1678, fut relevée par un parent, Antonio Cajetano Teodoro Gallio, qui en prit le nom et les titres et dont la descendance directe s'éteignit en 1767.
— Dans la nouvelle branche, on peut citer Cristina, princesse de Belgiojoso (V. ce mot).
BiBL. : Pompeo Litta, Famille Trivulzio, dans ses Famiglie celebri italiane. — Carlo de Rosmini, Dell'istorici intorno aile militari imprese di Gian Jacopo Trivulzio detto il Magno, libri XV ; Milan, 1815, 2 vol. in-l,
TRIVY. Com. du dép. de Saône-et-Loire, arr. de Maçon, cant. de Matour ; 858 hab. Stat. de chem. de fer.
TRIZAC. Com. du dép. du Cantal, arr. de Mauriac, cant. de Riom-en-Montagne ; 1.840 hab. Race bovine estimée, bons fromages. Eglise romane ; ruines des châteaux de Cheyrouze, Liencfiy, Peyrols, Laurichesse, Ckavaroche et, au lieu dit Cottenghe, ancienne enceinte préhistorique.
TRIZAY. Com. du dép. delà Charente-Inférieure, arr. de Saintes, cant. de Saint-Porchaire ; 805 hab.
TRIZAY-Coutretot-Saint-Serge. Com. du dép. d'Eureet-Loir, arr. et cant. de Nogent-le-Rotrou ; 502 hab.
TRIZAY-LÈs-RoNNEVAL. Com. du dép. d'Eure-et-Loir, arr. de Châteaudun, cant, de Ronneval ; 307 hab.
TROADE (V. Troie).
TROARN, Ch.-l. de cant. du dép. du Calvados, arr. de Caen ; 662 hab. Stat. du chem. de fer de l'Ouest. Elevage de chevaux.
TROBRIAND. Iles de la Nouvelle-Guinée (V. Kirviraï).
TROCADÉRO. Nom donné à un ensemble d'établissements dans la baie de Cadix (Espagne). C'est d'abord le canal qui fait communiquer le Puerto Real avec l'embouchure du San Pedro et du Guadalete ; il est bordé de chantiers, de belles cales de construction, des anciens magasins des navires des Indes ; ce sont ensuite les deux îles basses qu'il sépare de la terre ferme, et dont les fortifications, aujourd'hui démantelées, furent prises par l'armée française du duc d'Angoulême en 1823, ce qui amena la capitulation de Cadix . Un chemin de fer le réunit à Cadix d'une part, à Séville de l'autre.
T RO C A RT (Chir . ) . Les trocarts sont des tiges métalliques droites ou courbes terminées en pointes triangulaires et ordinairement emmanchés. Ces tiges glissent facilement dans une gaine métallique ou chemise qui ne laisse sortir que la pointe du trocart. On connaît plusieurs espèces de trocarts : les fins trocarts explorateurs, le trocart plus volumineux pour la paracentèse et l'hydrocèle, le trocart courbe pour la ponction de la vessie. Ces appareils, qui mettent toujours la cavité ponctionnée en rapport avec l'extérieur, ne sont plus beaucoup employés ; ils sont remplacés par des trocarts dont la chemise est reliée par un ajutage avec un appareil d'aspiration (appareil de Potain ou de Dieulafoy) qui permet l'évacuation à l'abri de l'air.
TROCHAÏQUE (Métriq. anc). Se dit des vers où le pied pur est un trochée : ces vers ont été plus employés par les Grecs que par les Romains. En Grèce, chez les tragiques
TROGHATQUE — TROCHU
et les comiques, on rencontre surtout le tétramètre catalectique irochaïque, formé de sept pieds et demi, le pied pur étant le septième, et la coupe placée après le quatrième pied : on trouve aussi, chez les comiques, des systèmes trochaïques (V. Système), constitués par un tétramètre catalectique, où le premier membre se répéterait autant de fois que le voudrait le poète. Moins fréquents sont le tétramètre scazon et le tétramètre acatalecte. A Rome, on se sert principalement du septénaire troctiaïque, qui correspond, pour la longueur, au tétramètre catalectique, le septième pied étant formé par un trochée ou un tribraque, et la coupe étant placée après le quatrième pied : on emploie aussi, moins souvent, des systèmes trochaïques, composés d'une série d'octonaires ou vers de huit pieds, terminés par un septénaire ou par un dimètre catalectique trochaïque, ce dernier analogue au deuxième membre d'un septénaire, coupé après le quatrième pied. Il existe également des tripodies trochaïques qui constituent le vers phallique ou ithy phallique. On remarquera que, chez les Grecs, on peut mettre à tous les pieds, sauf le pied pur, un trochée ou un tribraque, et, aux pieds pairs seulement, l'anapeste et le spondée ; à Rome, en dehors du septième pied, on trouve indifféremment le trochée, le tribraque, le spondée, l'anapeste, le dactyle, et, parfois, le procéleusmatique : cependant quelques écrivains, comme Sénèque, ont observé les lois suivies par les Grecs et ont fait des tétramètres. A l'époque de la versification rythmique, on a écrit des vers trochaïques rythmiques. H. Bornecque.
TROCHANTER. I. Anatomie (V. Fémur).