TUNIQUE — TUNISIE
IV. Anatômie. -— Membrane qui forme ou concourt à former les parois d'un organe. — Tunique érythroïde (V. Scrotum). — Tunique innommée. C'est la sclérotique (V. ce mot). — Tunique vaginale. C'est l'enveloppe séreuse du testicule détachée de la grande séreuse péritonéale au moment de la descente du testicule dans les bourses. CD.
TUNIS (lat. Tunes, Thunes). Capitale de Tunisie, àl'O. de la lagune ou lac de Tunis (El Bahira), reliée au golfe de Tunis par le chenal de la Goulette ; 480.000 hab. dont 100.000 musulmans, 30.000 Européens (10.000 Français) et 50.000 Juifs. La ville arabe occupe le centre d'un isthme compris entre le lac de Tunis et le lac ou sebkha Seldjoumi; ses rues étroites montent vers la Kasba; un haut mur crénelé flanqué de tours et de bastions l'enveloppe àl'O., auN. et au S. ; la cité proprement dite ou Médina (92 hect.) est complétée de deux faubourgs (173 hect.), Bab-es-Souika au N., Bab-ed-Djezira au S. ;
le bas de la cité et le N.-E. d'Es- Souika sont occupés par les Juifs. Entre la ville arabe et le lac s'est bâtie la ville européenne, dite Marine ou quartier Franc, dont le centre est
l'avenue de France continuée par l'avenue de la Marine (60 m. de large); le long, sont les plus belles maissons, le palais de la Résidence, la cathédrale, les cafés, hôtels, boutiques, etc. ; des boulevards ont remplacé les remparts intérieurs de Tunis, dont on a conservé quelques portes monumentales : la porte de la Mer (Bab-el-Bahar) ou porte de France mène de l'avenue de France à la ville indigène qui a conservé son cachet ; la rue centrale monte à la Kasba, laissant à gauche Dar-el-Bey, le palais beylical, bâti par Hamonda Pacha (1782-1814) et richement décoré. La Kasba, citadelle des Espagnols, puis des Turcs, où Charles- (Juint délivra 20.000 esclaves chrétiens, sert aujourd'hui de caserne ; on y remarque une mosquée du XIII® siècle. En contre-bas de la Kasba est le quartier des marchands, dont les bazars ou souks offrent l'aspect le plus pittoresque ; d'étroites rues, voûtées en pierre ou recouvertes de planches disjointes, sont bordées de boutiques, petits cubes de 2 à 3 m. de côté, où le marchand est accroupi auprès de ses denrées ; les principales rues consacrées chacune à un commerce sont le souk des parfumeurs, celui des tailleurs et brodeurs, celui des armuriers, celui des selliers, etc. Le labyrinthe des 1.300 rues de la Tunis arabe, sans être aussi curieux que le quartier des souks, offre aussi bien souvent la même apparence : ruelles étroites, coudées, en pente raide, surmontées de voûtes ou d'arcades que soutiennent des colonnes de marbre empruntées aux ruines de Garthage ; derrière ces façades sont les maisons mauresques avec leurs cours, leurs fontaines et quelques arbres. Les principaux édifices sont les mosquées ; celle de l'Olivier (Djama-ez-Zitouna), bâtie au xiii^ siècle, est décorée de 150 colonnes prises à Carthage et renferme une belle bibliothèque arabe; citons encore celle de Sidi-ben-Ahrous à minaret octogone, celle de Sidi Mahrez à coupole centrale, et celle de Sahabel-Tahadji (1830), inachevée. Le palais Kheireddine est occupé par les tribunaux français.
L'industrie locale est d'importance secondaire, quoique les touristes lui soient un appréciable supplément de clientèle : elle fabrique des étoffes de laine, de soie, des broderies, des cuirs, de la joaillerie, de la chaudronnerie, des parfums ;
son exportation de chéchias (coiffure turque) a été supplantée par Trieste. Le commei-ce est principalement alimenté par les produits agricoles de Fintérieur : blé et orge, 10 millions de fr. ; vins, de 1 à 3 millions ; huile d'olive, 1/2 million; minerais de galène et calamine, 3 millions, etc. ; l'importation consiste en farines et semoules 5 millions; céréales, 2 millions; vins etspiritueux, 1 million; fers, 500.000 fr.;houille,500.000fr.; cotonnades, toiles et confections, 5 millions; sucre, café, etc. — Le port a été dragué dans la lagune de Tunis, peuplée de milliers de flamants blancs et roses ; un canal creusé au miheu de la lagune le relie à son avant-port de la Goulette, sur la flèche de sable qui isole la lagune du golfe ; ce canal, de 8 kil. de long, a 6"^, 50 de profondeur et 30 m. de largeur au plafond. Le port possède un bassin de 12 hect., 600 m. de murs de quai, un outillage perfectionné. Les travaux, commencés en 1881, ont coûté 17 millions 320.000 fr. (jusqu'en 1900). — Le inouvementde la navigation était en 1899 de 1 .237.000 tonnes de jauge ; il avait été importé 150.000 t. de marchandises, et exporté 112.000 t. Vers la terre, Tunis est tête de ligne du chemin de fer de la Medjerda qui la relie à l'Algérie (Bone, Guelma, Constantine) ; des petites lignes à voie étroite vers Hammamet et Sousse, vers le Pont du Fahs et Zaghouan, vers la Goulette et la Marsa ; l'embranchement qui menait à l'ancien palais beyUcal du Barda (V. ce nom), transformé en musée, est abandonné. Un réseau de bonnes chaussées rayonne de Tunis vers les localités voisines, et vers Bizerte, le Kef, Sousse, etc. — • La ville est alimentée d'eau par un aqueduc de 131 kil., qui amène les sources du Zaghouan, du Djoukar et d'Aïn-Ziga ; c'est une œuvre romaine restaurée en 1859-61 et depuis 1884. — Tunis est le centre intellectuel de la régence ; ses écoles reçoivent plusieurs milliers d'enfants indigènes ; la grande mosquée de l'Olivier accueille un milUer d'étudiants; c'est la pépinière de la magistrature et du clergé musulmans. L'enseignement français est représenté par le lycée Carnot (644 élèves en 1901), [l'école secondaire de jeunes filles (604 élèves) ; le collège Alaoui (école normale franco-arabe, 527 élèves, dont 113 à l'école normale et 414 à l'école annexe), une école professionnelle franco-arabe (62 élèves), des écoles primaires, etc.
Histoire. — Tunis paraît aussi ancienne que Carthage, bâtie à 15 kil. N.-E. sur le promontoire qui borde au N. la lagune. Elle fut à plusieurs reprises occupée par les envahisseurs hostiles à la cité phénicienne : Libyens en 395, Agathocle en 310, Régulus, les Mercenaires, les deux Scipions. On n'a pas retrouvé de ruines antiques notables. L'importance de Tunis date de l'époque arabe ; après la ruine de Carthage, cette ville mieux isolée de la mer lui succéda. Les Hafsides en firent leur capitale (1236), repoussèrent l'attaque de saint Louis (1270). Prise par Charles-Quint (1535), et don Juan d'Autriche (1572), elle fut chaque fois reprise au bout de quelques mois par les Musulmans. La proclamation de la suzeraineté turque (1574), la prise de la ville par les Algériens (1689), la conquête française (1881), sont les principaux événements de son histoire. La prospérité grandissante de la nouvelle Tunis européenne a métamorphosé Tunis, qui est (l'Egypte exceptée) la plus grande ville de l'Afrique. A. -M. B.
Ordre de Tunis (V. Croix de Bourgogne).
BiBL.: V.Tunisie.
TUNISIE. Généralités. -— Limites. Superficie. — Pays de l'Afrique du Nord, placé sous le protectorat de la France. La Tunisie ou Régence de Tunis est située entre le bassin oriental et le bassin occidental de la Méditerranée, en façade sur cette mer, au N. et à l'E., tandis que sa frontière occidentale confine à l'Algérie, sa frontière S. et S.-E. à la Tripohtaine. C'est VAfrica des Romains, Ifrikia des Arabes ou Maghreb-el-Adna (le couchant le plus voisin dejEArabie). — La superficie est évaluée à 170.000 kil. q. et la population à 1.700.000 hab. — Les points extrêmes sont au^N. le cap ou Ras Engelah (37" 20'
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lat. N.) oa platôt rîledelaGalite(37«31'). Les limites méridionales dans la région saharienne étant assez indécises, nous noas bornerons à noter que, vers l'E., sur le littoral, la frontière tripolitaine est marquée par le Ras Adjedir au 9M8' long. E.; vers TO., au delàduChott Djerid, la Tunisie atteint le 5° 10' long. E.; vers le S., elle s*avance jusqu'à l'oued Djeneien. — Le périmètre n'est bien défini que de trois côtés : auN. et à l'E., le long de la mer, où les côtes ont 1.070 à 1.100 kil. de développement, à FO. le long de l'Algérie, delà mer aux chotts, 500 kil. —Delà superficie totale, à peine 50.000 kil. q. sont cultivables et 10.000 pays de steppe, le surplus revient au désert. Géographie physique. — Côtes et Iles. — L'importance historique de la Tunisie tient pour beaucoup à son admirable situation au centre de la Méditerranée, à l'angle de la région de l'Atlas, en face de la Sicile, dominant le détroit qui réunit les deux moitiés de la grande mer intérieure, sur laquelle elle possède 1.100 kil. de côtes où s'ouvrent, au débouché de vallées ou plaines fertiles, des ports excellents, par où passent depuis trente siècles les commerçants et les conquérants. Le littoral septentrional mesure 350 kil., de la frontière algérienne au cap Bon. Il commence à l'E. du cap Houx (Kef Rous) par une côte escarpée, découpée en petites calanques que dominent des hauteurs boisées. A l'O. de la pointe Galline s'ouvre la rade de Tabarka abritée par un îlot ; Toued el-Kébir qui s'y jette est l'antique Tusca, frontière de la Numidieet de la prov. d'Afrique. Puis viennent des dunes et au delà de l'oued Zara les falaises rocheuses du pays des Mogod ; citons l'anse de Boudma qu'abrite le cap Nègre, le cap Serrât. — A 38 kil. au large N.-N.-O. de ce cap, est la petite île de la Galite dont les trachytes se dressent à 393 m.; l'îlot Ganis qui en dépend est le point le plus septentrional de l'Afrique ; au S.-O. est un autre îlot, Galiton. — A l'E. du cap Serrât, la côte se poursuit formée de grès ; à 4 kil. sont les Frères {Fratelliy Neptuni arœ) deux îlots et quelques écueils ; puis le Ras el-Koran, le Ras Engelah, pointe la plus septentrionale du continent africain, le cap Blanc (Ras el-Abiod, Candidum promontorium), à l'E. duquel s'évase le golfe de Bizerte {sinus Hipponensis), au fond duquel le chenal de Bizerte transformé en canal maritime par la marine française mène à la mer le trop-plein du lac salé de Bizerte (V. ce mot) ; un grand avant-port a été construit sur la mer, derrière une digue et deux jetées; l'arsenal est au fond du lac. Le golfe de Bizerte se clôt à l'E. par le Ras Zebid, en face duquel sont, à 11 kil. en mer, les deux îlots des Chiens (Gani). Plus près du rivage est l'îlot de Pillau (el Démina, ait. 130 m.); puis, allongé vers l'Orient, le promontoire de Sidi-Ah-el-Mekki, que prolonge, à 3 kil. 1/2 l'île Plane (ElKammala). Ce promontoire et cette île marquent l'ouverture septentrionale et occidentale du golfe de luniSy borné à l'E. par le cap Bon ; de l'un à l'autre, il a 70 kil. d'ouverture et il pénètre de 50 kil. dans les terres ; son pourtour est de 160 kil. Sa baie septentrionale, jadis baie d'Utique, a été comblée par les alluvions de la Medjerda ; -une profondeur suffisante pour un port s'est longtemps maintenue dans la lagune de Porto-Farina'; puis elle a été envasée à son tour. Cette plage alluviale, basse, marécageuse, se poursuit jusqu'aux collines où fut Carthage : le cap Kamart, le cap Carthage ou de Bou-Saïd s'escarpent au bord de la mer; la baie de Carthage, qui jadis isolait au N. la péninsule, n'est plus aujourd'hui qu une lagune (sebkhaer-Rouan) comblée par l'ancienne embouchure de la Medjerda. Au S. de la péninsule de Carthage s'est oonservée la lagune de Tunis, fermée par une flèche de sable que coupe le canal de la Goulette; au S. de cette flèche est Rades, plage sablonneuse propice aux bains de mer. Puis vient Hammam-Lif et une plage basse, à la racine de la vaste presqu'île du cap Bon ; cette presqu'île, la mieux découpée de toute l'Afrique, a 70 kil. de long, 40 kil. de large à la base, 190 kil. de côtes ; on y remarque le cap
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Fortas au pied du djebel Kourbès, Panse de Sidi-Daoud, le cap Rouge, en face des îles Zembra (ait., 400 m.) et Zembretta, îles JEgimures des Romains, Dj amour des Arabes. Le cap Bon (Ras Addar, promontorium Mercuriï), distant de 140 kil. des côtes siciliennes, borne angulaire du continent africain, voit se heurter les courants maritimes et les courants atmosphériques ; il est redouté des navigateurs.
Du cap Bon à la frontière tripolitaine se développe sur 750 kil. le httoral oriental de la Tunisie. Le Ras Mustapha abrite Panse de Kelibia, l'antique Clypea; puis on rencontre la plage de Menzel -Termine, la lagune de Kourba (Curubis), le Ras Mamoura, au S. duquel s'échancre le golfe de Hammamet que les Latins dénommaient Sinus Neapolitanus ; Neapolis est devenu Nabeul, éclipsée à l'époque arabe par la ville de Hammamet, bâtie à 12 kil. 0., à la racine de la presqu'île du cap Bon. Ici, l'aspect de la côte change : plus de rochers et de multiples indentations, des plages basses de terrains récents, souvent sablonneux. Signalons la plage de Bou-Ficha, la lagune de l'Enfida et de Djiriba, longue de 25 kil., la colline d'Hergla (tlorrea Cœlia, ait. 35 m.), qui sépare de cette lagune celle plus méridionale de Halk-el-Menzel, où Rouire crut retrouver le lac Triton (V. ce mot) : c'est, en temps de crue, le débouché du bassin hydrographique de la Tunisie centrale (V. ciaprès). Au S. est Sousse, l'antique Hadrumète, port de la Tunisie centrale, au N. de la riche plaine du Sahel ; au S.-E. , la presqu'île et le port de Monastir {Ruspina), vis-à-vis des deux îles Kouriat, puis LdiiniaL {Leptis minor) , le cap Dimas, qu'un seuil sous-marin joint aux îles Kouriat ; là fut la cité antique de Thapsus. Au S., lecapAfrica porte la ville de Mehdia ou Mehedia, jadis capitale de l'empire arabe des Fatimites. Le Ras ou cap Kapoudia, couronné par le bordj Khadidja, est la saillie la plus orientale de la côte du Sahel ; celle-ci se prolonge, plate et déserte, vers le S. -S.-O. , jusqu'à Sfax, précédée de vastes bas-fonds ; il faut aller à 60 kil. en mer pour trouver les fonds de 10 m. ; de ce plateau sous-marin émergent les Iles Kerkena (lat. Cercina [V. ce mot]). Au S. se creuse le golfe de Gabès, la Petite Syrte, ouverte entre ce plateau et l'île de Djerba ; son littoral dessine un demi-cercle ; parsemé de bancs de sables et de rochers, parcouru par des courants violents, cet entonnoir, au fond duquel la mer est souvent mauvaise, où les marées montent de 2 et 3 m., est redouté des marins ; même les petits caboteurs n'y avancent que la sonde à la main; on y a pied jusqu'à 10 kil. du rivage. Celui-ci est plat, monotone, sans eau ni verdure. A partir de Sfax, on rencontre le Ras Thina, avec les ruines de Thinae, la ville de Maharès, les îlots Knaïs, la plage de la Skirra, l'embouchure de l'oued Mêla, le port de Gabès {Tacape) avec sa merveilleuse oasis. A PE, du golfe est l'île des Lotophages, Meninx, la moderne Djerba (V. ce mot), oasis insulaire de 640 kil. q. Elle enferme entre elle et le rivage saharien la petite mer intérieure deBou-Grara, large de 25 kil., profonde de 15 m., ouverte seulement par un seuil de 3 m. à PO. (détroit d'Adjim large de 2 kil.) de 1"^,50 à PE. (détroit d'El-Kantara large de 3 kil. ), où l'on a proposé de créer un grand port militaire symétrique de celui de Bizerte; au coin S.-O., est le djorf de Bou-Grara, l'antique port saharien de Gightis. La presqu'île orientale qui ferme la mer de Bou-Grara, habitée par les Akara, est presque isolée au S. par la sebkha el-Melah, lagune salée; elle renferme Zarzis (Gergis). A l'E. est la grande lagune de Bahiret-el-Biban (Zuchis lacus)^ dont un bordj garde le chenal d'entrée ; à l'O. s'y ouvre la sebkha Bou- Djemel ; à PE. passe la frontière fixée au Ras Adjedir.
Relief du sol. — La Tunisie est des trois pays de l'Atlas celui qui a le moins de montagnes et le moins d'eau ; la zone des hauts plateaux si caractéristique de P Algérie y fait défaut, et le désert y arrive jusqu'à la mer. On y peut distinguer trois régions formant trois zones successives : région montagneuse du Nord, recevant au moins 500 millim. de pluies annuelles; Jrégion du centre, pays
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de steppes, avec la fertile bordure du Sahel ; région méridionale ou saharienne, divisée entre la plaine qui s'incline vers la cuvette des chotts et le plateau oriental des Matmata, terminus des grandes hammada tripolitaines(V. S\- HARA et Tripolitaine).
La région montagneuse du N. s'étend depuis la mer jusqu'à une ligne menée de la presqu'île du cap Bon à Kasserine parles crêtes de laKessera et duChambi. C'est l'extrémité N.-E. du grand massif de l'Atlas, prolongeant non pas le Petit Atlas algérien duN. des Hauts-Plateaux, mais le Grand Atlas saharien, la chaîne méridionale ; celle du N. manque en Tunisie, ainsi que le bassin intérieur des Hauts-Plateaux. L'aspect général de la Tunisie montagneuse du N.-O. est caractérisé par « le grand nombre de chaînons, généralement de faible longueur, leur discontinuité, l'incertitude de leur orientation oscillant de part et d'autre d'une direction duN.-E. au S.-O., sauf dans la partie orientale où ils se rapprochent de la ligne N. -S., la fréquence des petits massifs à base circulaire ou elliptique, c.-à-d. de dômes ». La plupart de ces chaînons sont constitués par des anticlinaux réguliers, offrant quelquefois des failles, jamais de renversements ; le système principal de plissements du N.-E. au S.-O. a été contrarié par un autre orienté du N. au S. ; c'est ce qui explique la discontinuité des chaînons. Leur altitude est médiocre, n'atteignant en aucun lieu 1.600 m. La région montagneuse est divisée en deux parties inégales par la vallée de la Medjerda, la zone du N. entre le tleuve et la mer représentant environ un tiers, et celle du S. les deux tiers.
La zone septentrionale commence au N.-O. du lac de Bizerte par la petite chaîne côtièr e du djebel Ahmar ; sauf l'extrémité (qui porte les forts de Bizerte) formée de calcaires sénoniens, cette chaîne est formée de grès roux de l'éocène supérieur, de même que les massifs des Mogods dont la sépare le synclinal miocène, occupé par la vallée de l'oued Sedjnan ; ces petits massifs atteignent rarement 600 m.; ils se prolongent à l'O. par les monts deKroumirie, dont les grès numidiens, revêtus de terre végétale et abondamment arrosés par les pluies, portent de superbes forêts de chênes-lièges et de chênes zéens ; le centre de la Kroumirie est Aïn-Draham (800 m.), au pied du djebel Bir (1.050 m.), le point culminant est le djebel Ghorra (1.150 m.), sur la frontière. Au S. des Mogods sont les monts du Béjaoua (609 et 719 m.), série de petits chaînons sénoniens, coupés de plateaux éocènes. Au delà de la vallée de l'oued Tine sont les djebels Eidous {664.' m.) et Enseroun qu'il faut rattacher géologiquement à la zone du S. de la Medjerda. — Celle-ci forme l'extrémité orientale de l'Atlas. Il en faut séparer la péninsule du cap Bon qui renferme seulement deux anticlinaux éocènes, séparés par des dépôts miocènes ; djebel Abd-er-Rahman (620 m.) au centra, djebel Kourbès (418 m.) au bord du golfe de Tunis. — L'Atlas commence au S. de Hammann-Lif par le Bou Kornin (576 m.), liasique comme le djebel Beças (700 m.) qui le suit au S. ; laissant au N.-O. les petits dômes liasiques des djebel Oust (410m.), djebel Bou Kornin du Fahs, et djebel Klab, la chaîne maîtresse se poursuit au S.-O. par le massif de Zaghouan (1.295 m.), le plus beau de Tunisie, dont la crête aiguë domine de 1 .150 m. la ville de Zaghouan; puis vient le massif également jurassique du Djoukar (1.171 m.), formé comme lui de dômes de calcaires bleus. On rattache à Faptien les calcaires épais et durs du Bargou (1.380 m.) et les sombres calcaires dolomitiques du Serdj (1.375 m.) par lesquels se continue la chaîne principale ; puis vient, toujours sur le même alignement, le plateau ou hammada de Kessera (1.168 m.) : c'est le commencement du plateau central de la Tunisie, qui s'étend vers l'O. sur les territoires des Ouled Aoun, des Ouled Ayar, des Ouartane; c'est un vaste dôme surbaissé formé de terrains sénoniens, partiellement recouverts d'éocène inférieur; ce dernier se termine par des calcaires nummulitiques qui ont résisté aux efforts de
plissement et se sont cassés; l'érosion a ensuite découpé ces couches en plateaux presque horizontaux, séparés par des vallées profondes ; l'ait, moyenne de ces plateaux est de 800 à 900 m. ; leur point culminant atteint 1.318 m. au Kef Ghzaï; au S. du plateau sont le djebel Barberou (1.224 m.) et le djebel Mouella. Le plateau s'arrête à la vallée d'effondrement de l'oued Sguiffa (oued el-Hatob) qui le sépare du djebel Oum-Dellel (1.305 m.) ; nous atteignons la région des monts de Thala, marnes et calcaires ; la chaîne principale est toujours celle qui les borde au S.-E. et où culminent le Semmama (1.313 m.) et le Chambi (1.590 m.), cime majeure de la Tunisie, flanqué de trois autres qui dépassent 1.500 m.; au S. se développe l'anticlinal du djebel Nouba (1.260 m.), du djebel Selloum et de Feriana ; il est séparé par l'oued el-Hatob des monts de Sbeitla et de Mrilah et du massif isolé de Hadjeb-el-Aioun (kef Naara). A l'O. du Chambi et de Feriana, l'Atlas tunisien se raccorde aux monts de Tebessa. H en est de même des chaînes du N. du plateau de Thala; notons-y le Bou-el-Haneche, dôme de calcaire gréseux, le Zrissa, le Kalaat-es-Senam (1.252 m.), forteresse naturelle fameuse ; c'est une table calcaire juchée au sommet d'une pyramide de 200 m. de haut et coupée à pic sur tontes les faces ; la muraille finale, de 40 à 50 m., ne se peut escalader que par un escalier que fermait une porte byzantine ; ces calcaires reposent sur un niveau phosphaté. — Au N.-O. de la grande ligne de hauteurs jurassiques et crétacées que nous venons de décrire et parallèlement à elle se développe un autre anticlinal de formation semblable qui commence sur la rive gauche de la Medjerda par les djebel Enseroun et Eidous ; se continue par le djebel Srera contourné par le grand coude du fleuve, puis sur la rive droite par les calcaires nummulitiques du djebel Gorrah (963 m.) et les monts du Kef (1.088 m.), se continuant le long de l'oued Mellègue, lequel a profité d'une fracture qui amène au jour les marnes et grès triasiques, dont les teintes bariolées caractérisent le paysage de ce district ; les derniers sommets vers l'Algérie sont le Guern Halfaya (954 m.), le Slata (1.102 m.), le Hameima. Entre ce second alignement du Srera et du Kef et la chaîne principale du Zaghouan au Chambi s'étendent des plaines très fertiles de marnes éocènes ou d'alluvions quaternaires; vallée supérieure de l'oued Miliane, bled Gafour, vallée de la Siliane, hautes plaines de Maktar et des Ouartane, bled du Sers, bled Zouarine, etc. Les ruines romaines y sont extrêmement nombreuses.
La région sèche de la Tunisie centrale, adossée aux montagnes de Tebessa et à l'Atlas tunisien, s'abaisse sur , les steppes et les lacs salés de Kairouan, continués au bord de la mer par les olivettes du Sahel. Le nom général de Sahel est appliqué à la région relativement fertile de Soussc où les vents du S.-E. apportent 440 millim. d'eau par an, près du double de ce que reçoit la steppe centrale ; on y peut rattacher les terrasses orientales du cap Bon, que les lagunes et la steppe de l'Enfida séparent du beau Sahel de Sousse et Mehdia ; celui-ci se prolonge jusqu'à Sfax, dont la banlieue est déjà bien plus sèche. La zone des steppes s'étend à l'O. du Sahel, auN. et au S. duquel elle atteint la mer ; elle va finir au pied de l'Atlas tunisien. Elle est relativement accidentée, plusieurs petits massifs surgissant comme des îlots du milieu de la plaine quaternaire ; à l'O. et au S. elle est bornée par des alignements montagneux. Sur la rive gauche de l'oued Zeroud, ce sont les contreforts de la grande chaîne : djebel Ousselet (1.000 m.), au N.-O. de Kairouan; djebel Trozza (1.000 m.) à l'O.; djebel Touila et Hadjeb-el- Aioun au S.-O. En face de ceux-ci, sur la rive droite du Zeroud, sont les deux massifs parallèles du djebel Nasser- Allah et du djebel Bou-Gobrine, alignés presque exactement du N. au S. ; ils.rejoignent un autre chaînon orienté du N.-E. au S.-O., comprenant le Khechem Artsouma (730 m.) et le Bou-Dinar; le djebel Gouleb le raccorde au massif un peu plus considérable du Mêlions (640 m.);
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à ro. de celui-ci émerge de la plaine le djebel Sidi- Aich (1,089 m.) que la plaine des Ouled-Sidi-Thil sépare du djebel Nouba et des monts de Feriana. On voit que la région des steppes centrales, basse à l'E. oii les collines dépassent rarement ^00 m., est parsemée à l'O. de petits massifs irréguliers d'un relief accentué. Au S. elle est nettement bornée par une double chaîne de montagnes crétacées. La première continuant le djebel Sidi-Abid et le djebel Ouk d'Algérie porte en Tunisie le nom de djebel Jellabia (d.OOO m.), Serraguia (1.000 m.) et Guettar ; elle est coupée au N.-O. de Gafsa par la trouée de l'oued Baiech, mais reprend de l'autre côté avec les djebels Orbata (1.170 m.), Oum-el-Alleg (1.120 m.), MechetBou- Hedma (779 m.) pour se terminer entre la plaine de Maknassi au N. et la Sebkha en Nouail (ait. 40 m.) au S. par une sorte de cirque grandiose qu'entourent les djebels Douara, Enechayl(415 m.) et Zebbeus ; ce cirque, résultat d'un effondrement, offre un chaos de roches calcaires dolomitiques, de grès, de gypses bariolés.
A la chaîne du Serraguia vient s'en joindre près de Gafsa une autre formant avec elle un angle de 45° ; commençant vers Négrine en Algérie, pénétrant en Tunisie vers Tamerza, elle porte les noms de djebel Zimra (dOOm.), Seldja, Stah et Tfel ; elle est formée d'un axe sénonien flanqué des deux côtés par les couches redressées de l'éocène inférieur ; elle renferme les immenses gisements de phosphate découverts en 1885 par Thomas et dont l'exploitation est commencée au Metlaoui, près des gorges de l'oued Seldja qui traverse du N. au S. cette chaîne.
La seconde chaîne montagneuse de la Tunisie méridionale est celle qui longe le N. du bassin des chotts. Les deux bords des chotts forment un soulèvement brisé des assises crétacées, comparable à la boutonnière du pays de Bray ; le bord méridional est relativement plat, le bord septentrional a l'aspect d'une longue falaise décrivant, de Tozeur à Gabès, un arc elliptique dont l'axe est dirigé de l'E. à ro» ; l'ensemble de la chaîne est souvent désigné du nom de djebel Cherb que porte plus spécialement la partie médiane ; à l'O. est le Tarfaoui (5o3 m.); à TE., l'Oum-el-Oguel (579 m.) ; les collines extrêmes proches de la mer s appellent djebel Fedjedj (219 m.) et Roumana (il9 m.). Au N. de cette chaîne du Cherb, la séparant de la fraction orientale de la chaîne de Gafsa s'étend une plaine quaternaire d'où émergent les dômes réguliers du djebel Rosfa et du djebel Berda (1.050 m.); ils sont formés d'assises crétacées flanquées d'éocène inférieur à phosphate de chaux; à l'E. sont les crêtes parallèles du djebel Semsi ou Ayacha (calcaires et marnes crétacées).
La région saharienne ou méridionale commence avec les chotts, bien que quelques géographes regardent la bordure S. formée îpar le djebel Tebaga (490 |m.) comme le pli le plus extérieur de l'Atlas. La limite naturelle est la grande dépression des chotts: longue de plus de 400 kil. de l'E. à l'O., elle n'est séparée de la mer que par le seuil de Gabès, large d'une vingtaine de kilomètres et haut de 47 m. Le grand chott tunisien, qui porte successivement les noms de Chott-el-Fedjedj, Faraoun et Djérid, est, contrairement à ce que l'on avait cru, plus élevé que le niveau de la mer de 15 à 26 m.; il mesure 200 kil. de l'E. à ro. et 75 kil. de largeur maxima ; le Djérid, la palmeraie s'étend au N.-N.-O. de ce chott, le séparant du Chottel-Rharsa (50 kil. de long, 20 kil. de large), lequel est à 21 m. au-dessous du niveau de la mer ; c'est celui^que Roudaire voulait transformer en mer intérieure (Cf. l'art. ConsïANTiNE[Dép. de]); il se partage entre la Tunisie et l'Algérie.
Le Sahara tunisien comprend deux parties bien distinctes : à TE. les plateaux des Matmata et des Ourghamma, à l'O. la plaine inclinée vers les chotts. Les plateaux des Matmata et des Ourghamma, qui se raccordent aux plateaux et monts de la Tripolitaine, sont formés de vastes assises crétacées et jurassiques (au S.-E.) ; ils dominent la plaine côtière de l'Arad. En allant duN. au S., à partir du seuil de Gabès, on rencontre successivement : le plateau des Mat-
mata, pays des Troglodytes, qui y ont creusé leurs villages dans la rochel; l'ait, varie de 400 à 560 m. ; le plateau de Toujane, également évidé en habitations, s'élève à 650 m., le mont Oum-el-Kasbah au S.-O. en mesure 589; le plateau des Ahouayas atteint 750 m. au Kef Demeur ; puis viennent les monts de Douirat (625 m.) et des Ouderna. On désigne parfois l'ensemble sous le nom de monts des Ksour ; escarpé en falaise au-dessus de la plaine littorale réduite à un couloir souvent parcouru par les invasions, ce massif rocheux est demeuré le refuge des anciens habitants fortifiés dans leurs ksours ou rorfs, ou dans leurs habitations souterraines disposées autour d'excavations circulaires, et cultivant leurs jardins étages en espalier sur les flancs de la montagne. Vers l'occident, ces plateaux s'abaissent graduellement vers le Dahar, la grande plaine quaternaire du Sahara (V. ce mot) qui s'étend jusqu'aux massifs des pays touareg ; mais une grande partie est ensevelie sous les dunes de l'Erg oriental. La frontière purement conventionnelle va jusqu'aux approches de Berezof (Algérie) et de Sinaoun (Tripolitaine). Du Sahara tunisien, la partie habitée est celle des oasis riveraines des chotts, Nefzaoua et Djérid. Le Nefzaoua, qui a beaucoup perdu de son antique richesse, est le groupe des oasis comprises entre le chott Fedjedj et Faraoun et le djebel Tebaga ; il offre un aspect particulier, très différent de celui des oasis ordinaires ; une série de mamelons sablonneux couverts de palmiers dispersés au milieu de marécages et de sebkhas ; à l'O. est le bled Faraoun, plaine des asphodèles. Au S. des monts Tebaga, on rencontre encore assez longtemps l'eau qui est de bonne qualité. Le Djérid, compris entre les chotts Djérid et Rharsa, est célèbre par la beauté de ses oasis ; celles-ci sont situées dans les dépressions et entourées de dunes ; les quatre grandes sont El Oudiane, El Hamma et surtout Tozeur et Nefta.
Régime des eaux. — Des trois grandes régions de la Tunisie, la seule qui ait un système fluvial permanent est la première ; celle du centre a des rivières temporaires ; celle du S. ne peut guère compter que sur les eaux de la nappe souterraine. — La seule partie très arrosée est le versant N. des montagnes, riverain de la Méditerranée ; en Kroumirie, les vents du N.-O. apportent jusqu'à 1.754 miliim. d'eau pluviale par an à Aïn-Draham sur les pentes du djebel Bir ; cette station a 131 jours de pluie par an. Les eaux qui ruissellent en Kroumirie s'écoulent par l'oued el-Kebir bônois, l'oued el-Kebir de Tabarka, l'oued Zouara, ou vont à la Medjerda par l'oued Rzala. En dehors de ce district exceptionnellement arrosé et verdoyant, la chute d'eau annuelle varie de 650 à 500 miliim. dans la région montagneuse du N. : 650 miUim. en 97 jours à Bizerte ; 614 en 83 jours au Kef, 589 en 83 jours à Souk-el-djemaa au N. des monts de la Kessera ; 497 en 84 jours à Tunis, 580 en 73 jours à Zaghouan. Le principal bassin est celui de la Medjerda flanqué au N. de celui de Bizerte, au S. de celui de l'oued Miliane. Les eaux qui se déversent dans le lac de Bizerte par l'oued Tindja, simple déversoir de 2 kil. de long, sont celles réunies dans le vaste étang des Buffles, Guerra Achkeul, profond de 0°^,60 à2"^,40 seulement; en temps de crue, il entoure tout à fait le mont Achkeul (508 m.). Cet étang recueille les eaux d'un bassin de 2.875 kil. q. par deux rivières principales : à l'O., l'oued Sedjnan, venu du lac Sedjnan, au N. du pays des Mogod; au S., l'oued Jounime, rivière du Béjaoua, grossie à Mateur de l'oued Tine. — La Medjerda (Bagradas) draine un bassin de 22.540 kil. q. ; elle parcourt 375 kil. dont 275 en Tunisie et débite en crue 1.000 m. c. par seconde, 2 seulement à l'étiage.Elle naît en Algérie (V. l'art. Medjerda) et pénètre en Tunisie à l'issue des gorges du Khedara ; près de Ghardimaou, sa vallée s'élargit à 6 kil.; après le défilé de Sidi-Meskine s'ouvre la plaine fertile de la Dakla (75.000 hect.), où le fleuve baigne Souk-el-Arba, Souk-el-Khemis, reçoit ses grands affluents Mellègue
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(dr.), Tessa (dr.), et Rzala ou Ghezela (g.); en aval du confluent de l'oued Beja (g.) est le défilé crayeux de Mtarif, la Medjerda contournant le djebel Srera recueille Toued ' Siliane (g.), passe à Testeur, Medjez-el-Bab et débouche dans sa plaine maritime où elle serpente devant Tebourba, Djedeida ; à 20 kil. de Tunis, elle tourne auN., passe devant Sidi-Tabet, Bou-Chateur (ruines d'Utique) et termine son cours au travers du bourbier représentant l'ancien golfe dont elle a conquis sur la mer 57.000 hect. Les affluents les plus longs sont sur la rive droite : 1° l'oued Mellègue, plus long de 120 kil., mais moins abondant que la Medjerda au confluent ; issu des monts Tebessa, il entre en Tunisie au S. de l'Harraba, s'engage dans des cassures qui mettent au jour les marnes et grès triasiques et imprègnent ses eaux de sels; il absorbe à droite le Serrât, descendu de Kalaat-es- Senam et qui, lui non plus, ne tarit jamais, mérite rare en Tunisie ; Û^ l'oued Tessa dont le bassin est particulièrement fertile, depuis les belles plaines hautes du Sers jusqu'à la Dakla ; les ruines romaines y pullulent ; 3<^ la Siliane (140 kil.), qui commence près de Maktar sous le nom d'oued Ousapha, s'engage dans la faille du djebel Belota, passe à Sidi-Abd-el-Melek, dans la plaine de Gafour, et finit près de Testour. — Le bassin de l'oued Miliane ou Melian, vaste de 2.440 kil.'q., ne peut alimenter •toute l'année son petit fleuve de 140 kil. Il commence à rO. du Bargou, sous le nom d'oued el-Kebir, traverse la cuvette synclinale des Ouled Yahia, se creuse un lit dans les calcaires blancs du djebel Selbia et débouche dans la plaine du Fahs oii il prend son nom d'oued Miliane ; il finit à Rades.
- La Tunisie centrale n'a pas de cours d'eau permanent ; elle reçoit peu d'eau, même sur le littoral (Sousse, 440 millim. ; Kairouan, 353; Gafsa, 242 ; Sfax, 274); ajoutez la perméabilité du sol de la steppe : le pliocène continental, très perméable, boit l'eau qui souvent s'arrête à une couche gréseuse sous-jacente et forme une nappe ; il est privé d'arbres et ne nourrit que des plantes de steppes ; sur le quaternaire, également dénué de ruisseaux, les villages se servent d'eau de puits généralement malpropre ; par contre, les sols marneux du sénonien, profondément entaillés par les oued, donnent lieu à des sources nombreuses et abondantes. Les eaux vives jaillies du pied ou du flanc des monts se perdent donc dans la steppe. C'est en particulier le cas pour le grand bassin hydrographique de la Tunisie centrale, celui de l'oued Zeroud. Il naît près de la frontière algérienne sous le nom d'oued el-Hatob, à l'E. de Tebessa, descend au S.-E. près de Kasserine prenant tour à tour les noms d'oued Foucannah, Fekka, adopte la direction N.-E., prend le nom d'oued G uemouda, puis, après le confluent de l'oued Menasser qu'arrose Sbeitla, celui d'oued Djilma auquel succède, près d'Hadjeb el-Aioun, celui d'oued Zeroud porté par un affluent de gauche qui, né près de Ksour, s'est appelé oued Sgnifi'a, puis, en aval du confluent de l'oued Sbiba, oued el-Hatob. L'oued Zeroud coupe le djebel Bou-Gobrine, contourne le Nasser Allah et traîne ses eaux dans la plaine de Kairouan qu'en temps de crue leur nappe couvre parfois entièrement ; le Zeroud, devenu oued Bagla, y est grossi du Merguellil ; celui-ci descend du djebel Berberou que sa profonde vallée creusée dans les marnes sénoniennes sépare des monts de la Kessera, il passe entre les djebels Halfa et Trozza, s'étale en un lit de 60U m. de large ; celui du Zeroud atteint 1 kil. Après Kairouan, ces lits parallèles s'effacent, et les rivières se perdent dans la plaine; un orage suffit pour inonder celle-ci, mais en un jour ou deux l'eau s'absorbe, ne laissant qu'un léger glacis de limon . Si les pluies se prolongent, les eaux des oued Zeroud et Merguellil confondues arrivent à la sebkha Kelbia qui prend alors l'air d'un lac de 13.000 hect. avec 3*^,50 de fond ; on sait que Rouire a cru retrouver ici le fleuve et le lac Triton (V. ce mot); tous les dix ou quinze ans, le lac Kelbia s'enfle au point de s'écouler vers la mer ; sous le nom d'oued
Menfès, il gagne la lagune de Halk-el-Menzel, puis la mer'; au N. de cette lagune se développe celle de Djiriba, le long du domaine de l'Enfida, mot qui désigne les espaces occupés en temps de crue par les nappes d'eau qui ne sont pas confinées entre les berges d'un oued. Les belles sources du Bargou, que l'on veut capter pour ahmenter Tunis, jaillissent d'une fissure des calcaires aptiens et forment l'oued Nebaane qui, sous le nom d'oued el-Alem, se jette dans le lac Kelbia. — Au S. de celui-ci et au S.-E. de Kairouan est la vaste sebkha (Je Sidi-el-Hani, longue de 50 kil., large de 20, vaste de 500 kil. q. ; elle ne garde un peu d'eau vers le milieu qu'en année pluvieuse. Les autres ravins de la steppe aboutissent à des sebkhas de moindre étendue : celles de Moknine, Mta-el-Ghorra, Bou-Djemel, Mecheguigne.
L'oued el-Leben, jaillit dans la plaine de Maknassi et, grossi de l'oued Nadour, recueille les eaux du versant N. du djebel Oum-el-AUeg, et se perd vers Graiba sans atteindre la mer; au S. de la chaîne, l'oued. Serg va former la Sebkha en Nouaïl. Des sources jaillies près de la mer forment les oued Akarit, Melah, Gabès. Du plateau des Matmata dévalent de nombreux ravins, oued Serrag, Ferd, Mareth, Zeuss, Negueb, Khril, Bou-Ahmed, Fessi, puis, proches de laTripolitaine, deux oued sahariens, Khaoui el-Hania et Mogta, ce dernier servant de frontière.
Le bassin des Chotts a pour principal tributaire tunisien l'oued Melah ou Baiech; venu d'Algérie, du versant S. des monts de Tebessa, il entre en Tunisie sous celui d'Oum-el-Ksob, contourne les monts de Gafsa qu'il traverse après s'être grossi de l'oued Sidi-Aïch venu de Feriana; il reçoit plus bas l'oued Seldja et aboutit au chott Rharsa. C'est le type de l'oued saharien aux crues soudaines et formidables; entre ses berges coupées au couteau, le lit est habituellement desséché ; mais, après les violentes averses de ces pays, on voit s'y former et parfois passer en un quart d'heure un fleuve torrentiel. Du côté du Sahara les eaux ruisselant, après orage, des pentes du plÉjteau des Matmata se réunissent dans le lit de l'oued el-Haliouf ou Merkeb et de quelques autres. Il ne tombe que 215 millim. d'eau de pluie par an à Gabès, 158 à Tozeur, 305 à Medenine au S. des Matmata, mais à peu près rien à l'O. de ces plateaux.
Climat. — On peut distinguer quatre zones : 1° celle du littoral à courbes thermométriques régulières, saison chaude de juin à septembre; la température croît du N. au S., la moyenne étant de + 18^ à 19"*, le maximum observé à Gabès de H- 48*^,5, le minimum observé à Tunis de — 0^,5; — 2^ zone montagneuse à courbes thermométriques régulières, mais minima très bas ; la température moyenne est de H- 15°, le maximum observé au Kef + 44°, le minimum observé à Souk-el-Djemaa — 6<^,9 ; — 3*^ zone de la steppe où le climat tend à devenir excessif en été ; le rôle de la rosée devient notable, la température moyenne dépasse 19** ; la saison chaude dure de mai à octobre; — 4° zone des oasis, saison chaude d'avril à octobre, chmat excessif, température moyenne dépassant + 21 « avec écarts considérables : maximum + 49**, minimum — 4**. Le rôle des vents est important, mais pas très connu ; les vents du S., lebetch (africus), sont étoufl'ants, de même ceux du S.-E., guébli; vers Tunis, les vents marins du N.-E. en été, du N.-O, le reste de l'année rafraîchissent l'atmosphère. — On a beaucoup discuté la question de savoir si le climat de la Tunisie avait changé depuis l'époque romaine où ce pays fut si peuplé et si prospère, couvert de villes et de fermes isolées. L'opinion dominante est qu'il devait être à peu près semblable, mais que les Romains avaient admirablement aménagé les eaux et développé dans le Sahel et dans la steppe les cultures arbustives, surtout celle de l'olivier.
Flore (Ct. Afrique et Algérie). — Les principaux arbres sont au N. le Chêne zéen et le Chêne liège ; sur les sommets calcaires, le Chêne vert rabougri et le'^Pin d'Alep, des Genévriers, Thuyas, Arbousiers; au voisinage de la
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plaine, le Caroubier et l'Olivier sauvage ; la brousse est formée surtout de Romarin {Klitt ou Aklill) mêlé de Genêts épineux et de Bruyères ; l'humidité permet au Lentisque de pousser. Citons encore au N. l'Aubépine, puis le Bétoum ou Pistachier sauvage et le Jujubier, fléau |des agriculteurs par ses racines qu'il est presque impossible d'arracher ; les bords des oued sont signalés par les Lauriers-Roses et les Tamaris. De 300 à 700 m. d'alt., se trouve dans les terrains meubles, de préférence siliceux, l'Alfa ; sur les marnes il est remplacé par le Diss. Le Gommier (Acacia tortilis) est deyeau. très rare. Les plantations préférées dans le steppe et le Sahel sont l'Olivier et le Figuier de Barbarie.
Faune (Cf. Afrique et Algérie). — Le Lion parait avoir disparu, même dans les montagnes du Nord où la Panthère se fait rare ; les Hyènes rayées, Renards Fennecs et Chacals sont nombreux ; on trouve le Guépard au S. des chotts; il reste quelques Buffles au djebel Achkeul. Citons encore la Loutre dans les lacs saumâtres, la Zorilla libyca au S., la Genette dans les montagnes, la Mangouste ichneumon. Les steppes et le désert sont peuplés de Gerboises ; le Lapin n'existe que dans les îles, mais le Lièvre d'Egypte est très commun ; de même le Sanglier, le Cerf, le Daim ; sur les hauts sommets vit le Mouflon à manchettes (Aries tragelaphus) ; la Gazella dorcas vit au S. — Parmi les Oiseaux, on signale l'Aigle royal, le Vautour, un Fringilla, Passereau des murailles aimé des Arabes, une grande Alouette haute sur pattes (Certilauda desertorum), deux Outardes (Tetrax, Hoiibara). — Les Reptiles les plus redoutés sont le Naja et la Vipère cornue (Cerastus œgyptiacus) ; notons aussi la Couleuvre de Montpellier, et, parmi les Sauriens, le Gecko, le grand Varan des sables, etc.
Géographie politique. — Population. — Le chiffre de la population tunisienne n'est pas connu, aucun recensement n'ayant été fait de la population indigène ; autrefois on s'en exagérait le total ; Malte-Brun l'évaluait à 3.500.000 âmes ; les autorités officielles, vers 1867, réduisaient ce chiffre à 4 million et étaient probablement près de la vérité ; actuellement l'élément indigène doit dépasser ce chiffre, et le plus vraisemblable est de l'estimer à 4.500.000; ajoutez 20.000 Français, 400,000 Européens dont trois quarts d'Italiens et 20.000 Maltais; de plus, 60.000 juifs. — La population indigène musulmane a une apparente unité due à l'usage de la langue arabe, connue même de ceux qui parlent la langue berbère. Mais elle est très composite ; aux races antiques, Libyens, Gétules, Garamantes, Numides, Carthaginois, Italiens, esclaves de toute provenance. Vandales, se sont ajoutés les Arabes, puis les Maures refoulés d'Espagne, les Turcs, les nègres, etc. Tous ces éléments se sont croisés et plus ou moins confondus ; la distinction du sédentaire et du nomade pasteur n'est pas non plus très précise, beaucoup de tribus étant semi-nomades, et beaucoup d'individus allant chercher temporairement du travail fort loin de la montagne ou de la steppe natale. On admet cependant qu'en Tunisie, comme en Algérie, se peut discerner le dualisme de l'Arabe, principalement nomade, et du Berbère, généralement sédentaire rural. Le type berbère se retrouverait à peu près sur les plateaux crétacés des Matmata peuplés d'hommes trapus, fortement musclés, à figure large, nez busqué, cheveux souvent blonds ou roux, gestes vifs ; ils sont laborieux, économes, intéressés. Le type arabe le plus pur serait celui des Ouled Yacoub du Nefzaoua, grands, élancés, à figure allongée, nez aquilin, yeux en amande. Dans le Sud et les oasis, les habitants sont fortement imprégnés de sang nègre. Les Maures sont les habitants des villes, résidu de croisements ethniques de toutes les races méditerranéennes, indolents, préférant le commerce aux autres occupations ; les plus actifs sont ceux de Sfax. L'élément andalou y est considérable ; beaucoup ont gardé les clefs des maisons possédées en Espagne par leurs ancêtres ; les
potiers de Nabeul descendent de réfugiés de Malaga ; les jardiniers de Testour, d'émigrés du Guadalquivir. Les Koulouglis, métis turcs, s'absorbent dans la population maure ou arabe. Dans la campagne, on peut admettre que les montagnes humides du N.-O. (Kroumirie, Mogod) et les plateaux crétacés sahariens du S. des chotts sont peuplés de Berbères ; de même les montagnes du Bargou et de la Kessera et celles des deux côtés de Gafsa ; la steppe revient aux Arabes ; les deux éléments sont mélangés sur le littoral et autour des villes.
Les principales tribus dans l'ordre géographique sont : les Kroumirs (8.000) , dans le massif montagneux du N.-O, ; au S. de ceux-ci, les Amdoun (6.000) et les Chiahiâ:; les groupes de la R ekba et Ouchtetta (40. 000) , sur les deux rives de la haute Medjerda ; les Djendouba (9.000), Arabes, plus à l'E. ; les Nefza (9.000), dans les monts à l'E. de la Kroumirie; les Mogod (7.000); dansleBéjaoua, environ 6.000 Berbères, des Arabes berbérisés, etlesHedilles(o.OOO) d'origine arabe. — Dans la région haute deTeboursoukauKefsont de nombreuses tribus sédentaires pratiquant la propriété individuelle etpeu homogènes; la principale est celle des Dridesi On groupe, sous le nom de tribus de l'Ounifa, une ligue de sept tribus (24.000 âmes) répandues le Ipng de la frontière algérienne, de la Medjerda à Thala (Ouargha, Charen, Ouled-bou-Ghanem, Zeghalma, Doufan, Khemensa, Ouled- Yacoub). A l'E., le long de la crête majeure de Tunisie sont les Ouartan (4.000), les Ouled-Ayar (48.000), les Ouled Aoun (7.000), les Ouled Yahia, les villages du Bargou et de la Kessera. Au S. de Thala, sur la frontière, les Fraichiches (22.000), agriculteurs et pasteurs ; à l'E. de ceux-ci, les Madjeur (20.000), également agriculteurs et pasteurs. Occupant les contreforts du massif central, jusqu'au Zeroud, ils forment la transition avec les tribus de la steppe. De celles-ci, les plus considérables sont les trois grandes confédérations arabes des Hamama, des Riah, des Zlass qui se partagent la Tunisie centrale. Les Hamama, essentiellement pasteurs, belliqueux et pillards, vont de la belle plaine de Guemouda jusqu'aux monts de la Tunisie méridionale, des deux côtés de Gafsa, se heurtant aux montagnards berbères qui occupent ces montagnes de Tamerza à El-Ayacha. Les Riah occupent le N.-E. de la région centrale, depuis Medjez-el-Bab jusqu'à El-Djem, comprenant : les Riah proprement dits (25.000), de la Medjerda aux monts de Zaghouan ; les 0uled-Saïd|(4. 000), de ces monts àjla mer sur l'Enfida, et les Souassi (20.000), entre Kairouan et El-Djem. Les Zlass, divisés en Ouled-Iddir,Ouled-Khalifa, Ouled-Sendassen, Kaoub et Zouazines, nomadisent sur la steppe centrale, au N., au S. et à ro. de Kairouan ; ils sont au nombre d'environ 40.000. Les indigènes du Sahel, relativement industrieux et sédentaires, ne sont guère constitués en tribus. Toutefois, autour de Sfax, on trouve celle des Metellit (20.000), au S. desquels sont les Aguerba (3.000), d'origine marocaine. Les insulaires des îles Kerkena, au nombre de 8.000, sont des Berbères très métissés et non constitués en tribu. LesMehedba, d'origine maraboutique, vivent entre la mer et la Sebkha en Nouaïl ; entre eux et les Metellit est le noyau principal de la turbulente tribu des Neffet, venue lors de l'invasion hilalienne d'Egypte en Tripolitaine, où une fraction est demeurée ; l'autre se fixa au xiii® siècle vers El- Hamma, à l'O. de Gabès, puis émigra jusqu'à Fez (Maroc) au xvii® siècle, revint au xviii®; un groupe a émigré entre Bizerte et Mateur, un autre dans la plaine du Fahs.
Les habitants du Djérid (25 . 000) , d'origine multiple, sont arabisés; ceux des 48 villages du Nefzaoua (42.000) sont en majorité Berbères, jadis opprimés par les nomades arabes voisins, Ouled-Yacoub (4.500), Beni-Zid (d 0.000) et même Chamba et Touareg. Dans la plaine de l'Arad, les principales tribus sont les Hazem (4.000) et les Hamema (4.000) de race arabe. L'île de Djerba est peuplée de 64.000 Berbères parlant encore leur langue ancienne et appartenant à une secte musulmane dissidente (Kharedjites). Les Berbères des plateaux ont également con-
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serve leur langue. Ils comprennent deux groupes : au N., lesMatmata (40.000) retranchés dans leurs villages de Troglodytes; au S. la confédération des Ourghamma (50.000) descendant des Zenètes; ceux-ci se divisent en Akara, dans la presqu'île de Zarzis; Touazines, autour de Medenine, Khezour et Ghoumrassen sur le plateau méridional; Ouderna, demi-nomades autour de Tatahouine, Djebalia, au S. de la région des Ksour, logés dans des cavernes de Troglodytes.
Les juifs sont concentrés à Tunis, dans les autres villes côtières, Sousse, Sfax, Gabès et dans Tîle de Djerba ; ils parlent arabe et apprennent le français. C'est la classe la plus riche, comme d'habitude, grâce à son rôle d'intermédiaire, au commerce et aux prêts d'argent. Beaucoup sont tailleurs, cordonniers, orfèvres, etc. On y distingue deux fractions, les Tounsi ou Tunisiens, en partie réfugiés d'Espagne, et les Livournais ou Gourni, juifs italiens fréquemment hostiles à la France.
Les Européens comprennent trois éléments principaux : les Maltais, les Italiens, les Français. Les Maltais (15.000 environ) sont, à vrai dire, des indigènes de religion chrétienne, mais de race arabisée. Ils vivent du commerce, du colportage, du jardinage, des petits métiers, habitant de préférence Tunis et les environs. Les Italiens, que l'on évalue à près de 80.000, viennent en grande majorité de Sicile, très nombreux à Tunis, à Sousse, à Bizerte ; pratiquant une foule de petits métiers, ils fournissent la plupart des terrassiers, beaucoup de pêcheurs, des ouvriers mineurs ; bien peu étaient agriculteurs, mais des sociétés fondées, autant pour exploiter la misère des prolétaires siciliens que pour propager l'influence italienne, ont acheté des domaines ruraux sur lesquels elles ont appelé par milliers des travailleurs de la grande île qui se fixent au sol, formant une classe de métayers et de petits propriétaires. Les Français au nombre d'environ 20.000, dont la moitié à Tunis, forment la classe dirigeante ; beaucoup sont fonctionnaires, exercent des professions libérales ; le grand commerce est entre leurs mains ; dO à 15 **/o seulement sont des agriculteurs et bien peu de petits colons,^ ce qui tient à la déplorable méthode suivie par l'administration (V. ci-après).
Gouvernement. — La Tunisie est placée sous le protectorat de la France, proclamé par le traité du 12 mai 1881, aux termes duquel le bey de Tunis abandonna à la France le soin de pourvoir aux relations de la régence avec les puissances étrangères ; — précisé par la convention du 8 juin 1883, dans laquelle le bey s'engagea à procéder aux réformes administratives, judiciaires et financières que le gouvernement français jugerait utiles ; — réglé par le décret du 23 juin 1885 qui définit les pouvoirs du résident général. Le résident général, et c'est la caractéristique du protectorat, réunit des qualités et des pouvoirs différents. Il est le président du Conseil des ministres du bey, chargé du ministère des affaires étrangères. Il est le représentant de la France auprès du bey et l'intermédiaire obligé entre le gouvernement tunisien et la République française. Il est le chef des services français établis en Tunisie, et notamment de l'armée et de la magistrature, qui communiquent par son canal avec les administrations métropolitaines. Il est le chef de la colonie française, pour laquelle il prend par arrêté les dispositions réglementaires qui la concernent exclusivement.il administre avec le concours d'une conférence consultative où siègent côte à côte les principaux fonctionnaires et les délégués des colons, des commerçants et autres Français. Ses pouvoirs sont à peu près absolus, sous le contrôle du ministre des affaires étrangères.
L'administration indigène a été conservée ; le bey demeure nominalement souverain» exerçant ses pouvoirs par l'intermédiaire des ministres que préside et dirige le résident général, assisté d'un secrétaire général (Français) du gouvernement tunisien ; deux ministres seulement sont indigènes (premier ministre et ministre de la plume).
L'administration locale indigène a été maintenue et est
confiée aux caids, mais ils sont surveillés et dirigés par les quatorze contrôleurs civils français, chefs de la police arabe {oudjak). Des municipalités ont été créées à Tunis, la Goulette, le Kef, Sousse, Sfax, Bizerte, Mehdia, associant Français et indigènes sous la tutelle dictatoriale de l'administration. — Les contrôles civils sont : Tunis (5.800 kil. q.), Grombalia(2.950kil.q.), Bizerte (3.500 kil. q.), Béj a (avec annexe à Medjez-el-Bab, 3.750 kil. q.), Souk-el-Arba (avec annexe à Tabarka, 2.550 kil. q.), le Kef (avec annexe à Teboursouk, 6.850 kil. q.), Maktar (2.850 kil. q.), Thala (9.330 kil. q.), Kairouan (7.200 kil. q.), Sousse (6.200 kil. q.), Sfax(9.i00kiL q.), Gafsa (avec annexe à Tozeur), Gabès (avec annexe à Djerba, 5.950 kil. q.). La zone méridionale forme un territoire militaire comprenant les circonscriptions territoriales de Ourghamma, Matmata et Nefzaoua.
Le budget (publié depuis 1900) se fixait comme suit en 1901 :
Recettes ordinaires 26 . 599 . 700 fr .
— affectées aux exercices clos . . 2 . 023 . 500 —
— sur ressources exceptionnelles . 1 0 . 61 3 . 954 —
Total 39.237.154 fr.
3nses ordinaires 26.484.981 fr.
des exercices clos 2 . 023 . 500 —
— sur ressources exceptionnelles. 10.613.954 —
Total 39,122.435 fr.
Les principales recettes viennent des impôts arabes, medjba ou capitation (4.462.000 fr.), kanoun, taxe par pied des oliviers et dattiers (1.326.000), achour ou dime des céréales (1.523.700); des droits de timbre et d'enregistrement (1.634.300 fr.), des douanes (3.445.000), des mahsoulats (2.833.000), droits variés d'entrée, de circulation, etc. ; du monopole des tabacs (4.867.000), des sels (690.900), des postes et télégraphes (1.095.900), des forêts (614.400), etc. — Les dépenses principales sont : liste civile du bey, 900.000 fr. ; dotation des princes de sa famille, 660.000; personnel du palais, 120.000; résidence générale, 161.440; contrôles civils, 377.982; service de la dette, 6.329.520; pensions, 148.160; frais de régie et de perception des impôts, 4.277.178; postes et télégraphes, 1 .424.700 ; police, 1 .582.533 ; justice, 850.333 ; forêts, 492.300; enseignement 1.042.711; travaux publics, 4.743.500, etc. Les dépenses des exercices clos sont, jusqu'à concurrence de 1 .960.500 fr. , des arriérés de la dette tunisienne. Les dépenses sur ressources exceptionnelles concernent principalement les travaux publics (7.900.000 fr. environ), la colonisation (1.630.000 fr.) et les primes d'engagement militaire (818.000 fr.). L'armée tunisienne coûte tout compris 1.450.800 fr., mais la seule force militaire utile est celle de l'armée française d'occupation, laquelle forme une division dont le général est ministre de la guerre du bey de Tunis. La forteresse de Bizerte joue le rôle de point d'appui principal. Ces dépenses militaires sont inscrites au budget français pour 15 millions; celles de la station navale pour environ 1 million, non compris 10 millions (en 1901) pour les fortifications et le port de Bizerte; les dépenses résultant de la garantie d'intérêt du chemin de fer de la Medjerda sont de 2.200.000 fr. payés par la France. Celle-ci supporte donc plus de 40 % des dépenses publiques totales effectuées en Tunisie. — Le contrôle financier n'est pas organisé, la cour des comptes étant composée de trois indigènes. La dette publique garantie par la France s'élevait, après la conversion de 1892, à 198.418.000 fr. en 3 % amortissable en quatre vingtseize ans.
La Tunisie forme l'archevêché de Carthage relevé pour M^^ Lavigerie avec le titre de primat d'Afrique.
L'enseignement public est représenté au degré secondaire par 1 lycée et 2 collèges de garçons, une école de jeunes filles; au degré primaire, par 25 écoles laïques de garçons et 12 mixtes. Ajoutez 2 collèges congréganistes
TUNISIE
et 14 pensionnats ou écoles dont 9 congréganistes. La population scolaire totale de ces établissements est de 17.216 élèves, dont 3.425 français (1.583 filles), 3.393 musulmans (71 filles), 4.622 israélites indigènes (1.999 filles), 3.960 italiens (1.920 filles), 1.58rmaltais (808 filles) et 234 divers (109 filles). Les établissements publics avaient 13.607 élèves, les établissements privés 3.609. Il existe un certain nombre d'écoles italiennes ayant un caractère national. — Sfax a des écoles primaires supérieures ; Tunis, une école professionnelle. — L'enseignement arabe est représenté par la Madersa Estadibia, sorte d'école normale formant des maîtres indigènes, par l'école de la grande mosquée de Tunis (44 maîtres, 892 élèves en 1900), par 1.433 écoles coraniques (Kouttabs) comptant 21 .490 élèves, par un millier d'élèves suivant les cours de droit et de grammaire professés dans 147 mosquées, par l'école franco-arabe de la Khaldounia (7 maîtres, 75 élèves).
Très riche en ruines romaines, puniques et en monuments arabes, la Tunisie a fourni ample matière aux travaux de la direction des arts et antiquités. Elle a formé le beau musée du Bardo ; citons aussi le musée Lavigerie des Pères Blancs de Carthage, le musée de Sousse, etc. L'organisation judiciaire est double ; pour les Européens, tribunaux français siégeant à Tunis et à Sousse et relevant en appel de la cour d'Alger; pour les indigènes, juridiction indigène; celle-ci, exercée dans les tribus par les cadis, aboutissait jadis à Tunis ; on a créé des tribunaux indigènes à Sousse, Sfax, Kairouan, le Kef, Gafsa et Gabès, lesquels jugent les délits et les affaires civils ; les appels et les crimes sont jugés directement par le bey. Deux autres grands tribunaux indigènes sont : le Châra, tribunal religieux jugeant d'après la loi de l'Islam et le rite auquel se rattachent les plaideurs ; l' Owmm, qui connaît des affaires pénales et des litiges mobiliers et immobiliers ; des tribunaux rabbiniques jugent entre israélites les questions relatives à leur statut personnel (mariages, successions, affaires relatives au culte, etc). Les lois indigènes ayant été maintenues régissent la propriété foncière, et c'est à la juridiction indigène qu'il faut, en principe, s'adresser pour les litiges relatifs aux immeubles. Le droit de propriété se transmet théoriquement par acte authentique, mais presque toujours on y supplée par un acte de notoriété (outika) n'offrant pas les mêmes garanties, de sorte (jue les titres sont très souvent incertains. Afin de remédier à cette clandestinité et incertitude des titres de propriété, on a partiellement appliqué à la Tunisie ïActe Torrens (V. cet art.) d'Australie. L'établissement du titre de propriété se fait par la création d'un titre contenant la description et le plan de l'immeuble, renonciation des droits et charges y afférents ; cet acte fait foi par lui-même, après une procédure de purge avec publicité et délais, au terme de laquelle sont annulés tous droits que l'on n'aurait pas fait valoir, et après jugement par un tribunal mixte franco- arabe sur les oppositions intervenues ; le titre définitif une fois rédigé est immatriculé sur un livre foncier tenu par un fonctionnaire spécial. L'immatriculation place le bien sous la juridiction de la loi française. Ce travail se poursuit, mais assez lentement. Au 31 déc. 1900, le nombre total des titres d'immatriculation délivrés était de 5.528, d'une contenance de 374.623 hect. valant 77.996.085 fr. ~ Pour compléter ce qui concerne la législation foncière, il faut dire un mot des biens hahous (V. ce mot) qui ont un grand rôle dans l'économie générale de la Tunisie. Au domaine public et au domaine de l'Etat, le gouvernement joint la surveillance des biens de mainmorte, dits habous : habous publics, dont la nue propriété et la jouissance sont affectées à une fondation pieuse ; habous particuliers, dont les héritiei s directs du fondateur ont gardé la jouissance. Les habous étant inaliénables ne peuvent être cédés qu'à bail, mais on peut conclure un bail per^ pétuel, moyennant une rente foncière annuelle ; ce con-
trat, connu, sous le nom à'enzel, permet la mobilisation de ces immeubles ; l'usage se répand de transférer d'abord les habous au Domaine, lequel les rétrocède aux colins.
Géographie économique. -- Mines. — La Tunisie renferme d'importantes mines de fer et de calamine et de grands gisements de phosphate de chaux. Les principales mines de fer sont dans la région des Nefzas, entre Tabarka et le cap Serrât ; l'hématite rouge et brune manganésifère y est intercalée en grande masse dans des grès friables et des argiles éocènes ; la teneur moyenne est de 55 **/o de fer et 1/2 à 9 ^jo de manganèse ; un chemin de fer est projeté pour relier ces gisements à Bizerte. Il en existe d'autres au djebel Zrissa, entre le Kef et Thala. — On a signalé du pétrole vers Grombalia, du cuivre entre Ghardimaou et Béja, de minces couches de nitrates dans le Sud. On exploite le gypse à Tebourba, le marbre à Chemtou et au djebel Oust, le grès de pavage à Korbeus, la pierre de taille au Keddel, près de Soliman, la chaux hydraulique au Bou-Kornine et dans les environs. Mais les seules grandes exploitations minières sont celles de calamine et de phosphate de chaux. La calamine, minerai de zinc et de plomb, a fourni, en 1899, 2 3.435 tonnes de minerai de zinc et 5.224 tonnes de minerai de plomb, d'une valeur globale de 3 millions de fr. environ ; la production augmente. Les principales concessions sont : celles du djebel Reças, à 28 kil. S. de Tunis ; de Djebha, à 2 kil. S.-E. de la station de Souk-el-Khemis ; du Kanguet-Kef-Tout, sur la route de Béja à Tabarka ; du djebel Sidi- Ahmed, près de Béja ; de Fed-el-Adjoum, à 14 kil. S.-O. de Teboursouk; de Zaghouan, de Bou-Jaber, à l'O. de Kalaates-Senam ; de Sidi-Youssef, à TO. du Kef, etc. — Les phosphates de chaux se rencontrent, soit en gîtes sédimentaires à la base de l'ocène supérieur, soit à l'état de phosphorites en filons, ceux-ci riches, mais peu abondants (djebel Reças, Zaghouan, etc.). Les phosphates sédimentaires, très abondants dans les montagnes du Sud et du centre, sont de formation lagunaire au S. (région de Gafsa), marine au centre (région de Thala). Découverts par Thomas en 1885 dans toute la région frontière algérotunisienne, ils n'ont été mis en exploitation en Tunisie que bien après ceux de l'Algérie, ce qui s'explique par le retard dans le développement de la Tunisie et l'excès d'ingérence administrative. Le seul gisement exploité est celui de Gafsa, dont la concession, liée à celle d'un chemin de fer allant de Sfax à la mine, a été donnée en 1895 ; elle s'applique à une région de 50.000 hect., du djebel Seldja à Tamerza ; l'exploitation est commencée au Metlaoui; il a été expédié 170.000 tonnes en 1900 ; on espère arriver à 300.000 tonnes par an. Sur le chemin de fer de Sfax à Gafsa se trouvent à mi-chemin les phosphates du djebel Zebbeus N. et S., des deux côtés de la voie, près de Mezzouna. A 15 kil. N.-O. de Thala est le gisement de Kalaa Djerda; un peu plus loin, celui de Kalaat-es-Senam ; ces massifs sont voisins de ceux de Tebessa; à l'E., on trouve également des phosphates sur le plateau des Ouartan, sur les terres des Khemensa, etc. ; d'autres gisements de teneur trop faible ont été reconnus à Sidi-Ayed (vallée de la Siliane), au djebel Nasser- Allah (S.-O. de Kairouan), etc. Il existe en Tunisie beaucoup de sources minérales, généralement désignées parle nom de Hammam, toutes sont chlorurées sodiques, leur température variant de -f- 40° à -\- 56**. Citons celles de Hammam-Lif, Hammam-Korbeus, Hammam-Djedidi (entre Zaghouan et Hammamet), El-Hamma (au N. de Gabès). Pêche. — Les côtes tunisiennes sont très poissonneuses ; les sardines et les anchois viennent en bancs très denses, le long de la côte N. , de mars à août ; les centres de cette pêche sont Tabarka, les îles de la Galite et Zembra ; pratiquée surtout par des Italiens, beaucoup des produits échappent à la statistique. Le lac de Bizerte pullule de daurades, mulets, loups, serrans, anguilles, etc., que l'on pèche dans les filets du barrage établi à l'issue méridio-
TUNISIE
nale du chenal qui joint le lac à la mer et au débouché du lac Achkeul ; beaucoup de ces poissons s'expédient en France ; là valeur dépasse 500.000 fr. par an. Des pêcheries analogues se pratiquent dans la lagune de Porto-Farim, le lac de Tunis, le lac des Bibans, près de Zarzis, et sur le littoral. Le produit total est évalué à 3 millions de fr. Il y faut ajouter celui de la pêche des thons, estiiné à 600. OÛO fr., qui se pratique aux abords dtj cap Bon (Ras Djebel et Sidi-Daoud), de Monastir, aux îles Kouriat ; celui de la pêche des poulpes et des éponges. Les poulpes, qui, desséchés, servent à la nourriture des classes pauvres de la Qrèce et de Naples, représentent une ressource de plus de 100.000 Ir. par an; les éponges, 1. 500. 000 fr. à 2 millions. Les uns et les autres sont péchés dans le golfe de Gabès, sur les côtes des îles Kerkena et à FE. de Zarzis par des barques arabes, siciliennes et surtout grecques. La pêche du corail, concédée [à la France depuis 1832, est presque abandonnée ; elle se fait par bateaux italiens ayant La Galle pour port d'attache.
AGRicuLTiJRE. — La Tunisio est un pays essentiellement agricole, et à ce point de vue on peut la diviser en trois régions : celle du Nord, celle du Sahel et des steppes centrales, celle des oasis au S. — La région du Nord est celle des montagnes et des plaines arrosées par des eaux courantes, qui reçoit au moins 500 millim. d'eau pluviale par an. La culture dominante y est celle des céréales ; les Français y ont acquis de vastes domaines, où ils associent l'élevage à la production des grains ; les environs de Tunis, la plaine de Mateur, la vallée de la Medjerda, la presqu'île du cap Bon, sont les régions où l'on a obtenu les meilleurs résultats. La propriété collective, même indigène, n'existe que sous la forme d'indivision entre héritiers d'un grand domaine (exception faite des habous). Les domaines étendus ou toic/wr^ dépassent rarement 3.000 hect. de terres labourables; la plupart en ont 200 à 300, la mesure étant la mechia de 40 à 42 hect. La moyenne et la petite propriété sont répandues ; toutefois, la culture indigène des céréales ayant épuisé le sol, leur petite culture est eu décadence. Elle ne domine qu'aux environs de Tunis, sur le littoral du cap Bon, du lac de Bizerte, autour de Béja et de Souk-el-Arba. Dès qu'on s'en éloigne, on trouve de plus vastes domaines (200 à 4.000 hect.) presque inhabités; sur 4 millions d'hect. peuplés de 450.000 âmes, on compte à peine 400.000 âmes pour les 3 millions d'hect. qui ne sont pas compris dans les districts énumérés ci-dessus. La Tunisie agricole du Nord^estdonc en grande partie inhabitée. 7- La région du centre,' où il ne tombe plusque;200 à 400 millim. d'eau, est en grande partie occupée par des domaines de 40.000 et jusqu'à 50.000 hect.; l'Enfida en a 400,000, Cherahil 70.000, Ouseltia (au N. de Kairouan) 90.000, Djedidi, au pied du Zaghouan, 35.000, etc. Toutefois, dans la zone littorale du Sahel, un peu mieux arrosée, la petite propriété s'est maintenue pour les jardins et aussi pour les oliviers. La steppe est le pays des nomades et des pasteurs qui remontent au N. en été avec leurs troupeaux de moutons, chèvres, etc. — Dans les oasis sahariennes et les vergers de Djerba comme sur les plateaux des Matmata ou des Ksour, la petite propriété domine tout à fait ; un jardin de quelques ares suffit à faire vivre une famille. Le sol du désert n'est pas approprié, sa valeur étant à peu près nulle. — Les propriétés françaises occupaient au 34 déc. 4897 un total de 467. 372 hect. répartis comme suit par contrôles : Tunis, 94.673; Grombalia, 38.384; Bizerte, 46.737 ; Béja, 38.060; Souk-el-Arba, 5.297; le Kef, 65.744; Thala, 9.697 ; Sousse, 444.708; Sfax, 30.446; Kairouan, 20,750; Gabès, 2.444; Gafsa, 344; Maktar, 34; territoire militaire, 747; en 4900, l'ensemble se peut estimer à 500.000 hect., plus 70.000 possédés par d'autres Européens.
Les superficies emblavées en céréales ont été en 4900 de 429.300 hect. pour le blé, 340.400 pour l'orge, 8.000 pour l'avoine, 44.500 pour le maïs et le sorgho.
Le rendement moyen en orge ou blé dur est de 8 à 42 quintaux par hect. pour les Européens, à peine la moitié pour les indigènes. Le vignoble tunisien, dont l'extension a été enrayée de 4886 à 4896 par l'opposition de l'administration, s'étend sur 44.375 hect. et a fourni en 4900 environ 355.000 hectol., d'un prix moyen de 46 fr. Le phylloxéra n'a pas encore envahi la Régence. On fabrique des vins de liqueur et des eaux -de-vie. La culture maraîchère prospère aux environs des villes et au cap Bon. Le bétail s'améliore rapidement chez les colons. On peut évaluer le total des animaux aux chiffres suivants :
Chevaux 35 . 000 Moutons 800 . 000
Anes et mulets. 445.000 Chèvres 500.000
Bœufs 490.000 Porcs 7.000
Chameaux.... 490.000
Les régions de Bizerte et Mateur, du cap Bon offrent de beaux pâturages ; de même les magnifiques plaines des affluents droits de la Medjerda et, sur le versant de la grande chaîne, les alentours de Thala et de Haïdra. — Les forêts donnent de bons résultats en Kroumirie où 82.000 hect. sont plantés en chênes-lièges : on récolte 4 0.000 quintaux de liège, 35.000 d'écorce à tan et 9.000 m. c. de bois d'œuvre (chêne zéen). Les plus belles forêts sont domaniales.
Les cultures arborescentes ont une importance extrême, Il a été reconnu que si la Tunisie septentrionale était à l'époque romaine une terre à blé, la zone centrale avait dû son admirable prospérité à l'olivier, lequel couvrait d'une sorte âe forêt plus d'un million d'hectares. La teneur en matières grasses des olives tunisiennes est de 26 4/2 à 34 %, dépassant de beaucoup celle des oUves de France et même de la Fouille. Dévastées par les pasteurs arabes, les olivettes- se reconstituent ; Khéreddine avait donné l'exemple en 4870 en reconstituant le service de la Ghaba, chargé de la surveillance et de la conservation des oliviers du N. de la Régence, pays de dîme ; cette région en compte actuellement 4.800.000 pieds, dans les contrôles de Bizerte, Tunis et le caïdat de Soliman. Il avait également développé les plantations autour de Sfax en reprenant, pour les diviser, les terres sialines concédées à la famille Siala au xvi® siècle. Ces terres ont été vendues par le gouvernement depuis 4892, et de vastes plantations d'oliviers entreprises par des colons français. Aux 4 mil- Hons 800.000 oliviers du N., aux 4 millions du Sahel de Sousse s'ajoutent ceux de Sfax; on n'en comptait guère qu'un million vers 4895; mais ce nombre a beaucoup augmenté. Actuellement 200.000 hect. sont plantés en oliviers, et toutes les terres légères, du Sahel aux monts de Tébessa, se replanteront successivement. En 4900, année moyenne, la récolte d'olives a fourni 34 millions de litres ; on compte, en général, une année bonne, une mauvaise et une moyenne sur trois. Les Sfaxiens ont amené à un haut degré de perfection cette culture ; ils espacent les oliviers de 24 m., ce qui donne 47 à 20 arbres par hectare, mais cet espacement leur permet d'atteindre un tel développement que le rendement par hectare égale et que la qualité dépasse celle des arbres plus serrés du N. Les colons français pratiquent ordinairement le contrat de mrharci, qui est un contrat de comptant : l'Européen achète la terre et fournit les avances ; l'indigène donne son travail ; le sol planté est ensuite partagé par moitié, et sur sa part Findigène rembourse les avances, conservant du tiers au quart de la surface totale. Pour la culture et la récolte, on adopte, soit le travail à la tâche ou à la journée, soit le contrat de métayage (khammessa); le khammès fait les travaux et prélève le cinquième ou le quart de la récolte , plus les menus bénéfices, les cultures intercalaires, etc. Ce contrat de métayage prévaut pour la culture des oasis. — L'arbre du S. est le palmier-dattier; on en estime le nombre à 4.400.000 en Tunisie, près de la moitié pour les oasis du Djérid qui donnent les meilleures dattes,
TUNISIE
350.000 à Djerba, 250.000 dans l'Arad, 30.000 à Gafsa, etc. Ceux des Kerkena (80.000) ne sont cultivés que pour les feuilles dont les nervures servent à confectionner les clayonnages des pêcheurs. Au-dessous des palmiers croissent toutes les variétés d'arbres fruitiers et, en bas, les céréales, la luzerne, etc. Les principaux fruits récoltés sont, après l'olive et la datte : la caroube, l'orange (Tunis et cap Bon) , le citron (Hammamet) , le cédrat (Djerba), la figue très abondante dans le S., l'amande, assez répandue, la pistache (Sfax et Sahel), la grenade, l'abricot, la banane, la goyave (jardins et oasis), les fruits d'Europe, etc. L'opuntia, figuier de Barbarie, a pris une grande extension dans toute la zone centrale; les indigènes se nourrissent des fruits et leur bétail des raquettes durant trois ou quatre mois (avril-juillet). Le gouvernement s'efforce de développer les oasis par le forage de puits artésiens et d'aménager méthodiquement les points d'eau, puits, sources, redirs, citernes, barrages de rivières, etc.
Industrie. — La grande industrie agricole est l'huilerie, surtout développée autour de Sousse et de Mehdia et à Sfax ; la fabrication des savons s'est développée à côté ; 68 huileries à vapeur ont été créées, dont 4 traitant les grignons par le sulfure de carbone. La fabrication des futailles, annexe de la viticulture, celles des liqueurs, des boissons gazeuses, de la glace, sont d'origine récente ; de même les tuileries, briqueteries, fabriques de chaux et de ciment. La distillation des fleurs subsiste à Sfax et Nabeul. Les céramistes de Nabeul et Djerba exportent encore leurs produits ; Tunis et Kairouan font de la chaudronnerie d'art, Tunis, Sousse et Sfax de l'orfèvrerie. On ouvre et teint les peaux à Tunis et Sfax ; les cuirs de Kairouan, jadis fameux, ont encore une clientèle ; la sellerie et la cordonnerie satisfont aux besoins locaux. Les industries textiles ont été très restreintes par la concurrence des importations européennes, et Tunis n'estplus le grand centre industriel qu'il fut autrefois ; la teinturerie a été atteinte par la substitution des produits chimiques artificiels aux couleurs végétales. Les douars lissent pour l'usage domestique des étoffes de laine, de poil de chèvre ou de chameau. Mais les fameux tapis de Kairouan n'ont plus qu'une clientèle restreinte ; de même les chéchias de Tunis ; les soieries de Tunis et du Sahel (Ksar-Helal) ; on fabrique des mélangés à Tunis, Béja, Testour et Djerba ; des couvertures de laine à Tunis, Djerba et au Djérid,des burnous et petites couvertures à Gafsa et Oudref ; la teinturerie subsiste sur ces points. Le cap Bon et la plaine du Fahs font des nattes ; le Djérid, de la vannerie de feuilles de palmier ; le Sahel et les îles Kerkena, de la sparterie en alfa.
Commerce. — Le commerce de la Tunisie est représenté par les tableaux suivants :
1** Exportations (en milliers de francs)
France
Algérie
Italie
Malte
Angleterre
Autres pays . . .
Total
Les ventes varient sensiblement suivant les récoltes de céréales et d'huile.
2^ Importations 4892 4899 4900
France 20.774
Algérie 2.665
Italie 4.673
Malte 4.365
Angleterre 4 . 402
Autres pays ... 5 . 447
Total 39.326
La France et l'Algérie fournissent à la Tunisie 63 % de ses importations et lui achètent 60% de ses exportations. Les principales marchandises exportées en 4900 (récoltes médiocres) sont l'huile d'olive, 5.460.000 fr. ; le blé, 8.572.000 fr. ; l'orge, 4.680.000 fr. ; les éponges, 4.740.000fr.;ralfa,2.247.000fr.;letan,4.208.000fr.; les bestiaux,4 .266.000 fr. Les principales importations, les farines et semoules, 8.434.000 fr. ; grains, 3.042.000fr. ; bois, 1.809.000 fr. ; soies, 4 million 947.000 fr. ; denrées coloniales et sucre, 2.704 .000 fr. ; vins et alcools, 1.925.000 fr. ; cotonnades, 6 millions 336.000 fr. (dont 4.474 .000 fr. d'Angleterre), machines, 2.443.000 fr., etc.
Le commerce extérieur se fait surtout par mer ; en 4900, il est entré dans les ports tunisiens 4 4.754 navires, 65.030 passagers et 332.644 tonnes de marchandises ; il est sorti 14.754 navires, 58.745 passagers et 382.537 t. de marchandises. Le pavillon français représente 2 millions 637.000 t. de jauge sur un total de 5.037.000 et 294.000 t. de marchandises sur 745.009 ; le pavillon italien, 4.775.000t. de jauge et 400.700 t. de marchandises ; le pavillon anglais, 237.000 1. de jaugeet 94.300 1. de marchandises. Dans ce mouvement total, les principaux ports se rangent comme suit :
Tunis-Goulette .
Sfax
Sousse
Bizerte
Gabès ,
Tonnes de jauge
Marchandises
Viennent ensuite les ports de pêche, Mehdia, Monastir et Skira, avec un mouvement d'environ 400.000 t. et un commerce d'environ 10.000.
Les voies de communication intérieures, à défaut de rivières navigables, sont les chemins de fer et les routes. Le réseau des chaussées empierrées est de 2.000 kil. environ ; les pistes ont été améliorées, notamment aux abords des cours d'eau. Les chemins de fer forment un réseau de 927 kil. dont 346 à voie large. Concédés à la Compagnie Bone Guelma, sauf la dernière ligne, ils comprennent : 4*^ la ligne de la Medjerda à voie large de Tunis vers l'Algérie (494 kil.), avec ses embranchements de Djedeida à Bizerte (73 kil.) et du Pont de Trajan àBéja (43 kil.) ; 2<* le réseau de banlieue de Tunis au Bardo, à la Goulette et à la Marsa (34 kil.) ; 3« la ligne à voie étroite de 4 m. de Tunis à Sousse (150 kil.), avec ses embranchements vers Menzel-bou-Zelfa (44 kil.), vers Hammamet et Nabeul (47 kil.), de Kalaa Srira à Kairouan (50 kil.), de Sousse à Moknine (48 kil.) ; 4° la ligne à voie étroite de Tunis à Zaghouan et au Pont du Fahs (76 kil.), avec embranchement sur Crété ville (43 kil.) ; 5° isolée du reste du réseau, la ligne de Sfax à Gafsa et à la mine de phosphate de Metlaoui (243 kil). — - La ligne de la Medjerda a transporté, en 4900, 547.940 voyageurs et 422.368 tonnes de marchandises, réalisant une recette totale de 2.425.294 fr., soit 9.403 fr. par kil. ; celle de Djedeida à Bizerte a transporté 98.626 voyageurs par kil. Les lignes de Zaghouan et du Sahel (Sousse, Kairouan, etc.) ont transporté 349.244 voyageurs et 45.580 tonnes, encaissé 940.658 fr., soit 2.698 fr. par kilomètre.
La poste est desservie, en 4900, par 76 bureaux de poste et des courriers parcourent un trajet quotidien de 7.650 kil. ; il existe 79 bureaux télégraphiques et 3.243 kil. de lignes télégraphiques, plus 800 kil. de câbles côtiers, 368 kil. delignestéléphoniques.Ila été expédié 4 4. 500. 524 correspondances postales dont 6.049.848 pour la Tunisie, 4.452.336 pour la France et l'Algérie, 4.032.340 pour l'étranger. Il a été reçu 42.626.436 correspondances postales, dont 5.457.468 de Tunisie, 5.942.946 de France et d'Algérie, 4.226.052 de l'étranger. Le total des colis postaux dépasse 266.000. Il a été transmis ou reçu environ 900.000 télégrammes.
TUNISIE — 476
HisTOTRE. — Les origines historiques de la Tunisie remontent à l'époque carthaginoise (V. Carthage). La grande cité punique dominait les côtes du N.-O. de l'Afrique et régissait plus ou moins les indigènes et les métis Libyphéniciens des rives de la Medjerda (Bagradas) et du Sahel. Après la conquête romaine (146), son pays fut divisé entre le royaume de Numidie (V. ce mot) et la province romaine d'Afrique (V. ce mot) dont le chef-lieu fut Utique. Carthage, mieux située, fut reconstruite et redevint métropole sous l'Empire. La Tunisie connut alors une richesse légendaire ; les principales villes furent Hippo Zarytus (Bizerte), Vaga (Béja), Bualla Regia, Thugga (Dougga), Sicca Veneria (le Kef), Zama, Ammsedara (Haidra), Sufetula (Sbeitla), Capsa (Gafsa),' lladrumelum (Sousse), Thapsus, Thysdrus (El-Djem), Ruspaî, Tinse, Tacape (Gabès), etc. On la divisa en deux provinces : au N. , la Zeugitane ; au S. , la Byzacène (Byzacium), région du Sahel, appelée aussi Emporium, dont le gouverneur habitait Hadrumetum. L'aménagement des eaux, la culture méthodique avec double labour et fumure, firent de la Tunisie le grenier de Rome, terre du blé et des olives. Son port méridional de Gightis recevait les caravanes du Soudan. Les guerres du temps des Gordiens (238), l'incursion des Maures sous Valérien, les révoltes d'Aradionqiie tua Probus, de Julianus (293), de Domitius Alexandre (308-11), tour à tour proclamés à Carthage, de l'indigène Firmus, de son frère Gildon, du comte Héraclien (413), du comte Boniface (417), préparent l'invasion vandale. Celle-ci submerge l'Afrique carthaginoise en 439 et affaiblit la domination latine ; les Berbères s'affranchissent dans leurs montagnes, ravagent et incendient les villes. Quand le royaume vandale est reconquis par Bélisaire (533), les Byzantins s'épuisent à lutter contre les incurcursions des indigènes et les révoltes locales; en 648, le patrice Grégoire se proclame roi à Sufetula. Mais cette année même surviennent les envahisseurs arabes conduits par Abdallah. Grégoire est vaincu et tué, la Byzacène et l'Afrique proconsulaire sont ra)»çonnées. En 66^, les Arabes reparaissent avec Moawiya et vont jusqu'à Bizerte. En 665 ils reparaissentet conquièrent Djerba. En670, Okba s'installe au cœur du pays et fonde la capitale arabe, Kairouan. Il périt en combattant le Berbère Koçaïlah (683), mais est vengé par Kohaïr-ibn-Kaïs (688). Enfin Hassan-ibn-es-Noman s'empare de Carthage, de Bizerte, achève la conquête musulmane (698).
Après un siècle de gouvernement par des émirs, seconde en 800 la dynastie Aghlabite (V. ce mot) qui ne reconnaît que nominalement la suzeraineté des khalifes de Bagdad ; ses onze princes meurent presque tous de mort violente, et la guerre est à peu près continuelle. En 909, surgissent les Fatimites (V. ce mot), nouvelle dynastie qui prend le titre de khalife et dont le fondateur, Obeïd- AUah, fonde une nouvelle capitale, Mehdia(916). Renonçant à dompter les indociles Berbères , les Fatimites se tournent vers la mer et vers l'Egypte; ils s'y installent en 972, laissant à des gouverneurs de la famille Ziride, de race berbère, le gouvernement du Maghreb. En 1045, les Zirides se déclarent indépendants, événement dont les conséquences furent immenses. Le khalife égyptien jeta sur ses vassaux révoltés les tribus arabes campées aux limites de l'Egypte et que l'on groupe sous le nom de MillalieMs. Ces tribus de la race de Hillalet de Soleim, fortes d'au moins 200.000 têtes, submergent l'Afrique berbère • Barca en 1049, Tripoli en 1050, Kairouan en 1051. La conquête musulmane avait été politique et religieuse; celle-ci fut ethnique ; les nomades arabes s'emparèrent de la plaine, refoulant dans la montagne les Berbères qui veulent demeurer autonomes. De cette invasion date la physionomie actuelle des populations nord-africaines. Mehdia avait résisté et les Zirides survécurent. En 1148, les Normands de Sicile les expulsent de Mehdia. Le dernier Ziride, El Hassan, invoque l'assistance d'Abd-el-Moumen, le grand sultan almohade ; celui-ci conquiert l'Ifrikia {Africa
antique, notre Tunisie), y compris Mehdia (1160). Les Almohades installent en 1207, comme gouverneur, Abou-Mohamed-el-Hafs, dontlefils AbouZakana se rend indépendant à Tunis et fonde ladynastie//a/sic?e(1236). Le fils de celui-ci, Abdallah-el-Mostanser-Billah, repousse la croisade de saint Louis (1270). LesHafsides déclinent, leur histoire est tramée de tragédies domestiques et de perpétuelles révoltes. Le dernier, Moulaï-Hassen, chassé par le corsaire Kheireddine, qui avait fait hommage au sultan des Turcs Osmanlis, se réfugie auprès de Charles-Quint, lequel conquiert Tunis et l'y restaure (1535), mais il y est culbuté sitôt après. En 1573, Sinan Pacha établit la domination turque : un pacha élu par les janissaires gouverne avec l'assistance d'un divan ; la Porte sanctionne les choix, faits d'abord pour trois ans.|En 1650, la famille des Tchélébis s'assure l'hérédité. Les deys tentent de se rendre indépendants, mais la plupart périssent égorgés par leurs soldats ; le chef militaire ou bey finit en 1702 par réunir en sa main les pouvoirs de dey, de pacha et de bey ; le chef de l'armée navale, le Captan-raïs, organise la piraterie qui dévaste la Méditerranée aux xvn® et xviii® siècles et met les Tunisiens aux prises avec les grandes nations européennes. La France, protectrice des chrétiens aux termes du traité de 1270, avait un consul à Tunis depuis 1577. — Le bey Ibrahim pris par les Algériens est remplacé par Husseinben-Ali, fondateur de la dynastie encore régnante (1 705). Il est tué par son neveu Younès en 1740 ; puis régnent ses trois fils, Mohammed (1756-59), Ali (1759-81), Malimoud; puis Hussein (1824-35), Mahmoud Bey (1835-37), le fils de celui-ci, Ahmed (1837-56), l'un des plus énergiques beys de Tunis; en 1819, la France et l'Angleterre avaient fait abolir la piraterie. Mohammed-es-Saddok (1856-82), par sa mollesse et sa mauvaise gestion financière, endette la Régence, tombe sous la tutelle d'une commission financière internationale. La France, qui ne pouvait tolérer àcôtéde l'Algérie un Etat anarchique incapable de faire respecter la frontière, intervient en 1881 ; le 24 avr. , elle envahit la Kroumirie; le 1 2 mai, le général Bréart,débarqué le 1 ®^ mai à Bizerte, fait signer au bey le traité du Bardo, plaçant la Tunisie sous le protectorat français. Saddok, mort le 27 oct. 1882, a pour successeur son frère Sidi-Ali (né le 14 août 1817).
La domination française a été consolidée par le remboursement de la dette tunisienne remplacée par une dette garantie par la France (1884), par des traités successifs avec les diverses puissances, qui ont aboli le régime des capitulations (V. ce mot) et donné à la France le droit de juridictioîi et le droit d'instaurer un régime de faveur en matière douanière. Les finances mieux gérées ont permis d'exécuter de grands travaux publics, pour une valeur d'une centaine de millions en ports, phares, chemins de fer, routes, etc. ; sans compter les travaux faits par les concessionnaires. Le commerce a triplé en vingt ans, la production agricole presque doublé. Il est vrai que la colonisation française, que l'administration peu soucieuse du petit colon a orienté dans le sens capitaliste, n'a donné pour le peuplement français que des résultats très inférieurs à ceux obtenus en Algérie. Toutefois, dans leur ensemble, les résultats de la conquête française ont été satisfaisants ; ils ont rendu à la Tunisie un ordre et une prospérité qu'elle n'avait pas connus depuis quinze siècles.
André Berthelot.
BiBL. : Cartes au 800.000" du Dépôt de la guerre et carte géologique d'Aubert ; carte routière au 1.000.000« d'A. Berthelot. De la carte au 50.000» sont parues les feuilles de la région côtière de Bizerte à Mehdia et celles limitrophes vers l'intérieur. Les principaux documents officiels sont: le rapport annuel (depuis 1890) au président de la République, les rapports parlementaires de Doumer (1895), Merlou (1890), Flandin (1897), Berthelot (1899-1900), Bienvenu Martin (1901) ; la Tunisie, en 4 vol., publiée en 1895 la Section tunisienne, résumé général extrait du Journal officiel des 4. 5 et 7 mai 1900 ; les Travaux publics en Tunisie, 2 vol. in-8 en 1900. — Aubert, Explication de la carte géologique provisoire de la Tunisie^ 1892. — PerviNQUiÈREs, la Tunisie centrale^ dans Annales de géographie. 15 nov. 1900. — GuÉRiN, Voyage archéologique en Twmsie; Paris, 1881,2vol. — Gagnât et Saladin, Voyage