ULYSSE
(de oBuasoÔai), celui qui s'irrite, qui se bute contre les forces de l'univers. D'autres interprètent au passif : celui qui est l'objet de la colère des dieux, particulièrement de Poséidon, avec lequel il est le plus souvent aux prises. Dès sa jeunesse, il se distingue à la fois par la vigueur et par l'astuce. Il brille à la chasse où il est blessé par un sanglier ; il reçoit en présent l'arc fameux d'Eurytos qui lui servira plus tard à tuer les prétendants. Lorsqu'il succède à son frère, il exerce la royauté avec clémence et majesté ; il épouse Pénélope, la fille avisée d'Icarios, devient célèbre par sa richesse, par la cordialité de l'accueil qu'il fait à ses hôtes, par la piété envers les dieux, dont lesplus éminents, Zeus et Athéna, le prennentsous leur spéciale protection. Lors des préliminaires de la guerre de Troie, c'est lui qui est désigné, pour aller en ambassade réclamer Hélène ; pour découvrir Achille caché à Scyros parmi les filles de Lycomède ; et il prend part à l'expédition avec douze vaisseaux qui sont au centre de l'armée.
Devant Troie, son rôle est de conseiller, de rétablir l'harmonie troukée, de remédier par ses avis aux situations difficiles. II intervient dans le différend d'Achille et d'Agamemnon, cherche à apaiser le premier et morigène le second, avec prudence, tact et à-propos ; il fait rendre Chryséis à son père et conclut l'armistice avec les Troyens. Dans les combats, il fait preuve d'une endurance rare ; son courage n'est pas brillant comme celui d'Achille, ni brutal comme celui d'Ajax ou de Diomède, mais toujours inspiré et soutenu par la raison. Le poète le compare au sanglier qui fait tête aux chiens, au cerf entouré par une meute de chacals ; dans l'épisode post-homérique de la Dolonie, il joint la ruse à la force; il s'empare de Rhésus et ramène ses coursiers légendaires. Il pénètre comme espion dans Troie où il est reconnu par Hélène ; après la mort d'Achille, il obtient les armes du héros, en les disputant à Ajax, puis il ramène de Scyros Néoptolême dont la présence est indispensable au succès. C'est lui enfin qui fabrique le cheval de bois et qui, parla ruse, assure la prise de la ville. Quelques-uns de ces épisodes et de ces traits, quoique se rapportant à la période de la guerre, sont empruntés à r0dî/55^'(?; mais l'objet principal de ce dernier poème, c'est le retour du héros dans la patrie. Ce retour dure dix années comme la guerre ellemême ; si V Odyssée n'était pas une épopée merveilleuse, elle serait encore le plus beau des romans d'aventures : la rencontre avec les Lotophages, la visite dans l'île des Cyclopes et la lutte contre Polyphème, fils de Poséidon, les relations avec Eole, dieu des vents, la tempête déchaînée par l'imprudente avidité de ses compagnons, la descente au pays des Lestrygons, le séjour d'une année chez Circé l'enchanteresse, l'évocation des morts dans la région fabuleuse des Cimmériens, l'habileté déployée pour échapper aux Sirènes, le courage avisé avec lequel sont esquivés les monstres Scylla et Charybde, le meurtre des bœufs d'Hélios à Thrinacie, les sept années passées daus l'île d'Ogygie aux côtés de la nymphe Calypso, le débarquement dans l'ile fantastique des Phéaciens où le héros se concilie l'aide de Nausicaa et l'admiration de ses hôtes, sont autant d'épisodes inoubliables où l'on ne sait ce qu'il faut le plus admirer de la variété hardie des conceptions ou de l'exécution de détail qui abonde en traits charmants, en peintures, dans lesquelles la fantaisie se mêle au sens du réel, où la connaissance des passions humaines est relevée par le pittoresque des milieux et le naturel des caractères. Cependant le récit de ces aventures est encore surpassé par le tableau du retour dans Ithaque après vingt années d'absence, la rencontre avec Télémaque, avec le berger Eumée, la reconnaissance par Pénélope et le vieux Laërte, enfin par la lutte contre les prétendants qui succombent sous les coups que dirige Athéna.
Il n'est pas possible de soutenir qu'il y a unité parfaite dans la conception du personnage d'Ulysse, telle que nous la donnent les poèmes homériques dans l'état, où ils nous
sont parvenus; mais les incompatibilités ne portent que sur quelques traits particuliers de la peinture physique du héros et peut-être aussi de son tempérament moral. L'ensemble toutefois s'impose comme une figure fondue, on dirait volontiers d'un seul jet, par le même artiste. 1 es traits dominants sont la force et la finesse de l'âme, servies par la vigueur et plus encore par la dextérité du corps. Si la prudence d'Ulysse va jusqu'à la ruse, son courage est inséparable du raisonnement et du sang-froid. Ajoutons à cela le respect des dieux, la piété envers les parents, l'affection maritale, l'amour de la patrie absente, et nous aurons un type à la fois réel et idéal où revit le meilleur des qualités helléniques.
La légende post-homérique a plutôt altéré cette figure, en y introduisant des éléments peu sympathiques ; d'abord une origine louche, Ulysse nous étant présenté comme le fils de Sisyphe, roi de Corinthe, qui aurait rendu enceinte Anticlée avant de l'envoyer à Laërte avec qui elle était fiancée. Ensuite des actes de lâcheté et de fourberie dont le héros se serait rendu coupable avant et pendant le siège de Troie : simulation de la folie pour se soustraire à la guerre de Troie ; sacrifice d'Iphigénie imposé aux Grecs pour se rendre les vents favorables afin d'aborder en Troade ; violences et ruses exercées sur Philoctèse dans l'île de Lemnos afin de le ramener dans l'armée des Grecs ; démêlés avec Palamède qui tombe victime des haines et de la jalousie d'Ulysse; revendication inique des armes d'Achille enlevées à Ajax ; égorgement de Polyxène et d'Astyanax après la prise de la ville ; ingratitude envers Hécube qui devient la captive d'Ulysse après l'avoir jadis sauvé delà mort lorsqu'il pénétra comme espion dans le palais dePriam. Les données de V Odyssée sont modifiées plus encore que celles de Y Iliade, tant par les cycliques que par les poètes tragiques et comiques des siècles de Périclès et d'Alexandre. Chez ces derniers, Ulysse est l'objet de caricatures qui le tournent au grotesque comme les tragiques le tournent à l'odieux. Cependant, dans l'unique drame satyrique qui ait. survécu, dans le Cyclope d'Euripide, Ulysse reste tel que nous le présentait Homère, brave à la fois et rusé, digne de la protection des plus grands dieux comme de l'admiration des hommes et contrastant avec la couardise de ses compagnons. Les amours avec Circé et Calypso jettent un jour défavorable sur sa fidélité conjugale; d'autre part, Pénélope eUe-même n'est pas épargnée; une légende exploitée par Sophocle veut qu'elle ait fait mourir son époux, après que lui-même eut tué Euryale, un fils adultérin qu'il avait eu en Epire.
Les traditions sur sa mort sont d'ailleurs très variées : tantôt il succombe en Thesprotie, tué par Télégonos, un des fils qu'il a eus avec Circé, tantôt en Etrurie où l'on montrait son tombeau. Même mort, il reste un sujet de fables dont se fait l'écho la littérature la plus récente chez Philostrate et Lucien ; il est l'objet d'honneurs divins à Sparte, en Etolie, en Epire, etc. Sa descendance est nombreuse, ainsi qu'il est naturel, les légendes locales lui donnant des fils partout où il a passé, comme elles firent pour Héraclès et Thésée. La Théogonie d'Hésiode nomme comme étant ses rejetons, Télégonos, Agicos, Latinos, héros fondateurs des pays italiques, dont le poète dit quHls régnent au loin dans les îles des illustres Tyrrhéniens. Sur le tard, on faisait d'Ulysse le père de Romos, d'Antéiaset d'Ardéas, éponyme's des villes de Rome, d'Antium et d'Ardée dans le Latium ; les relations d'Ulysse avec l'Hespérie sont un des traits les plus intéressants de la tradition qui fait rayonner la civilisation hellénique vers l'Occident, dès avant la date de la fondation de Rome.
Ulysse, voyageur fabuleux, devait fatajement devenir le héros fondateur et éponyme d'un grand nombre de cités ; de même qu'Enée et plus encore que lui, il défraie la légende géographique, en ce que ses courses sont idéalisées par les plus féconds des conteurs, par les marins grecs, qui colportent eux-mêmes leurs ouvrages. Sur lui surtout se vérifie cette observation de Mommsen. « Chez les
ULYSSE — UMCURSALE
Grecs, la légende suit pas à pas et partout les connaissances géographiques à mesure qu'elles s étendent; et les romans sans nombre de leurs navigateurs errants transforment en une sorte de drame les descriptions de la terre qu'ils nous ont laissées ». Sans parler des autres localisations dont ses aventures ont été l'objet dans l'antiquité, il faut citer celles qui ont transporté le pays des Cimmériens au voisinage de Cumes, le promontoire des Sirènes au S. du golfe de Napîes, l'île de Circé au voisinage du cap Circéi, Charybde et Scylla dans le détroit de Messine, l'île d'Eole à Stromboli ou Lipari, etc. Ulysse fut d'ailleurs aussi populaire, peu s'en faut, enEtrurieque dans les îles et chez les diversses nationalités grecques. Son nom Uiuze, Ulhvste, etc., s'y rattache à la forme Odysseus, comme Ulixes, Ulysses (plus récent), chez les Latins, rappelle la forme Olysseus; les monuments figurés des Etrusques lui font une place considérable; plus tard, la poésie latine sous toutes ses formes prolonge sa popularité bien avant dans le moyen âge, tout en y accentuant le plus souvent les traits fâcheux que lui donne la légende post-homérique. Mais Ulysse est d'origine et de nature purement hellénique, et toutes les tentatives qui ont été faites pour le dépayser avec des arguments empruntés à la mythologie comparée, doivent être tenues pour manquées. La plus intéressante de ces dernières est celle qui le considère comme une doublure d'Hermès, de même qu'Achille serait une doublure d'Apollon. Peut-être Ulysse est-il, à l'origine, le héros d'un mythe salaire, ainsi que Thésée; mais la démonstration apportée du fait n'est pas suffisante.
Les représentations plastiques du héros sont en proportion de ses glorifications et peintures poétiques : tous les épisodes de sa légende y ont fourni leur part, et c'est une tâche considérable que de suivre le type à travers les vases peints, les bas-reliefs, les statuettes et les gemmes qui ont popularisé son image. Il y est représenté sous les trails d'un homme fort , de taille moyenne, vigoureux et trapu, à l'expression le plus souvent mélancolique ; il porte toute sa barbe, et sur la tête la calotte pointue qui est la coifiure habituelle des marins grecs. V. entre autres une statuette de Venise, chez Furtvvaengler-Urlichs, Z>^72A:mœler, tab. 36. J.-A. Hild.
BiBL. : Art. Odysseus, dans Avsfûh^'Uches Lexikon der griech.iindrœm. Mythologie de Roscter, II, pp. 602-081, avec les monographies qui y sont citées. V. encore les noms de héros ^et de divinités cités dans cet article.
UMBELLIFERE (Bot.) (V. Ombeljjfère).
UMBRINE ou OMBRINE. L Ichtyologie.— Genre de Poissons Acanthoptérygiens, de l'ordre des Squamodermes, famille des Sciénoïdes, différant des Sciènes (V. ce mot) par un barbillon sous la symphyse de la mâchoire inférieure. L'espèce type, Umbrine commune {Umbr.iulgaris), longue de 0^\65, d'un poids de 12 à 46 kilogr., habite la Méditerranée et est jaune citron avec des raies couleur d'acier sur les côtés ; ventre blanc, anales rouges, dorsales brunes, ventrales et pectorales noires. La chair de rUmbrine, ferme et délicate, est d'un très bon goût.
IL Pêche. -- Ce poisson qui habile la Méditerranée se rapproche du rivage au printemps, recherchant les bancs de sable ; on peut le pêcher alors à la senne ; au large, la pêche se fait avec des lignes amorcées de poisson ou de sèche.
UMEA-Elf. Fleuve de Suède septentrionale qui se jette dans le golfe de Botnie. Formé de deux branches (l'Uma à dr. et le Vindel-Elf à g.) qui se réunissent à Vannas, à 40 kil. de son embouchure. L*Uma sort du lac Ofver-Uma (670 m. d'alt.), forme le lac Gardjaur, traverse le lac Stor-Uman, véritable fiord intérieur de 65 kil. de long. Le Vindel-Elf naît au Nasafjiill et suit une direction parallèle à l'Uma ; il forme le lac Stor- Vindeln, coule au S.-E., et rejoint FUma pour former l'Umea-Elf. Ce dernier, fleuve long et puissant de 476 kil., coule à l'E. -S.-E., passe devant la ville d'Umea(riv. g.), tourne au S. et se jette dans la mer par un estuaire de 7 kil. partagé par l'île d'Obbata.
GBANDE ENCYCLOPÉDIE. XXXI.
UWIO. Fleuve d'Abyssinie (V. Omo).
UMPEAU. Corn. du dép. d'Eure-et-Loir, arr.de Chartres, cant. d'Auneau ; 401 hab.
UN. Nombre fondamental d'où l'on déduit tous les autres et qui représente Vuniié (V. ce mot).
UNAC. Com. du dép. de l'Ariège, arr. de Foix, cant. de Cabannes ; 227 hab.
UN AU (Zool.) (V. Bradype).
UN CARIA [Uncaria Schreb.) (Bot.). Genre voisin des Nancîea (V. ce mot) et se confondant avec les Ourouparia Aubl. (V. ce mot).
UNCEY-le-Franc. Com. du dép. de la Côte-d'Or, arr. de Semur-en-Auxois, cant. de Vitteaux; 168 hab.
UN CHAIR. Com. du dép. de la Marne, arr. de Reims, cant. de Fismes; 173 hab.
UN CIA (Zool.) (V. Chat).
UNCIALE (Ecriture) (V. Paléographie et les différentes lettres de l'alphabet).
UN G. Comitat de Hongrie, à la frontière galicienne. Superficie, 3.052 kil. q.; 151.683 hab. (en 1900). Une partie est sillonnée par les Karpates, l'autre est plate et marécageuse. La rivière Ung divise le comitat en deux parties. Gisements de fer et de charbon. Le comitat a 209 communes et une ville. Ch.-l. : Un^vâr.
UN GAVA (Baie) (V. Oungava).
UNGER (Joseph), jurisconsulte et homme politique autrichien, né à Vienne le 2 juil. 1828. Il professa le droit aux universités de Prague (1853), puis de Vienne (1855), fut l'un des promoteurs du système dualiste par' son livre {ZurLœsung der ungarischen Frage, anon. 1861, avec Fischer), devint à la Chambre des seigneurs le chef du parti libéral (1869), fut ministre sans portefeuille du cabinet Auersperg (1871-79), président de la cour impériale (1881). Son grand ouvrage est System desœsterr. allgemeinen Privatrechts (6 vol., plusieurs fois réédites).
UN6IR (Tribu) (V. Ouïgours).
U N G U 1 S ( Anat. ) . Unguis (ou lacrymal) , petit os, ainsi appelé à cause de sa forme (forme de l'ongle), placé à la partie antérieure et interne de Forbite. Il concourt à former la gouttière lacrymale et le canal nasal. Il s'articule avec le maxillaire en avant, le cornet inférieur en bas, l'apophyse orbitaire interne du frontal en haut et, en arrière, avec Fos planum de Fethmoïde. Ch. Debierre.
UN6ULITES (Paléont.) (V. Obolus).
UNGVaR. Ville de Hongrie, ch.-l. du comitat Ung, sur FUng; 11.793 hab. (en 1890). La rivière forme une île oti se trouvait Fancienne forteresse, aujourd'hui transformée en séminaire. Sur la hauteur on voit quelques ruines de bastions; c'est là qu'on a construit la cathédrale, Févêché grec-catholique et l'hôtel de ville. La ville a un lycée et une école normale grecque-catholique. Selon l'Anonyme (chroniqueur hongrois de la fin du xii« siècle), la forteresse Ungvâr existait déjà lors de l'arrivée des Hongrois en Europe : le duc Almos la prit et investit ensuite son fils Arpad du commandement. Depuis le xiv® siècle, la forteresse appartenait à la famille Homonnai-Drugeth; Marie-Thérèse en fit don à Févêque de Munkâcs. UNIAS. Com. du dép. de la Loire, arr. de Montbrison, cant. de Saint-Rambert ; 193 hab.
UNIATES (Hist. relig.) (V. Grecs-ums, t. XIX, p. 344). UNICURSALE (Géom.j. Quandles coordonnées x, y de chaque point d'une courbe peuvent s'exprimer rationnellement en fonctions d'un paramètre t, on dit que cette courbe est unicursale. Il s'ensuit immédiatement que les expressions de x et de ?/ peuvent être mises sous la forme
^ "^ ^) ' ^ ^ ^)' ^'' ^^"'^^'"' (Z'^)' ^(^)' ^(^) ^^^"t des polynômes. 11 existe, des courbes unicursalcs, une autre définition qui paraît tout d'abord très différente, et qui cependant s'y ramène d'une façon assez directe ; rappelons que le « genre » d'une courbe est la différence entre le nombre des points doubles qu'elle peut avoirau maximum
tJNlCURSALE - UNIFORME
et celui des points doubles qu'elle a effectivement. Cela étant, une courbe unicursale est une courbe de genre zéro, c.-à-d. une courbe qui a son maximum de points doubles. Les courbes unicursales ont donné lieu à des travaux de géométrie et d'analyse intéressants et nombreux. Dans la plupart des traités classiques de géométrie analytique ou de calcul infinitésimal modernes, on trouve à leur sujet des renseignements utiles. On considère aussi des courbes unicursales dans l'espace. C.-A. Laisant.
UNIENVILLE. Com. du dép. de l'Aube, arr. de Barsur-Aube, cant. de Vendeuvre-sur-Barse ; 246 hab. Stat. du chem. de fer de l'Est.
UNI EUX. Com. du dép. de la Loire, arr. de Saint- Etienne, cant. du Chambon-Feugerolles ; 4.377 hab. Forges et aciéries. Fabr. d'outils en acier.
U N 1 FO RM E. I. Art miutaire. — L'uniforme, considéré, dans les armées modernes, comme un élément essentiel de la discipline, paraît avoir été négligé des anciens. On objecte, il est vrai, que les Lacédémôniens revêtaient, pour aller au combat, des chlamydes rouges. Mais il n'y avait là qu'une mode, qu'une prédilection, la couleur rouge ayant l'avantage, à leurs yeux, de dissimuler le sang qui s'échappait des blessures, et les soldats avaient toute latitude pour ne s'y pas conformer. De même, les armées romaines ont, presque certainement, ignoré l'uniforme. Il y avait bien des parties du costume qui se retrouvaient identiques chez tous les soldats : le sagum, qui leur tenait lieu de capote, et la lacerna, sorte de manteau à capuchon, de caban. Rien ne permet, par contre, d'affirmer qu'ils fussent tenus de les porter exactement de la même coupe et de la même couleur, et, là encore, on se trouvait en présence de modes, non de prescriptions. II convient, d'ailleurs, d'observer que, même dans la vie civile, les Romains étaient accoutumés de se vêtir, suivant leur âge, leurs dignités ou leurs fonctions, de vêtements sensiblement identiques (V. Costume, t. XÏI, p. 4156). La saie et les braies des Gaulois, le sayon de peau et le haubert des Francs, la saladine des croisés ne constituaient pas davantage des uniformes. A toutes ces époques, on exigea des troupes disciplinées l'uniformité de l'armement, mais jamais, — autant, du moins, qu'on en peut juger par les sculptures des bas-reliefs et les descriptions des auteurs, — l'uniformité du vêtement, et ily eut tout au plus certains signes de reconnaissance, alors surtout que les armures en fer battu se généralisèrent, pour différencier les nations ou les partis : croix, aiguillettes, écharpes, etc. C'est ainsi que, d'après la chronique de Du Guesclin, les hommes d'armes anglais du xiv® siècle portaient, sur leur tunique blanche, des croix rouges devant et derrière. Les milices des villes de Flandre se distinguaient, de leur côté, d'après Froissart, par la couleur de leurs cottes d'armes. Au XV® siècle, Charles VII ordonna que les soldats de ses compagnies d'armes porteraient tous le hoqueton de la couleur de celui de leur capitaine. Louis XI alla plus loin: il prescrivit que la casaque, laquelle avait remplacé le hoqueton, aurait une coupe et des dimensions déterminées. François P^ se montra moins exigeant : il lui suffit que l'une des manches en fût de la couleur de la «livrée» du commandant, et, sous Henri II, il ne reste plus de ces tentatives d'uniforme que Fécharpe. On signala, par contre, à la bataille de Saint-Quentin, en 1557, tout un corps de 7.000 Anglais uniformément vêtus.
' Les premières ordonnances où il soit question d'un uniforme commun à toutes les troupes de la même arme datent, en France, de Louis XIII. Il s'en fallut toutefois qu'elles fussent généralement observées et, encore sous Louis XIV, les régiments portaient les couleurs de leur colonel. Enfin, en 1670, la question fut définitivement réglée par Louvois, qui, par une nouvelle ordonnance, rendit l'uniforme obligatoire dans toute l'armée, en même temps qu'il en fixait les détails. Le soldat d'infanterie portait désormais un justaucorps blanc ou bleu à larges basques descendant jusqu'au jarret et doublé de rouge, avec
un collet et des parements d'une autre couleur, un gilet blanc, des culottes blanches, des guêtres et des souliers. Celui des officiers n'en différait que par la finesse des étoffes et par plus ou moins de galons d'or et d'argent, suivant les grades, l'épaulette n'ayant été introduite que bien plus tard. La coiffure consistait en un petit chapeau. L'uniforme de la cavalerie ressemblait beaucoup à celui de l'infanterie, seulement la culotte était de peau, le chapeau était surmonté d'un plumet et le soldat avait' d'énormes bottes au lieu de guêtres. Fantassins et cavaliers avaient sur la poitrine deux bandoulières croisées, l'une pour le sabre, l'autre pour la giberne. Toutes les armées étrangères adoptèrent des uniformes analogues. Jusqu'au règne de Louis XV, d'ailleurs, on continua de faire le service des {places et de passer les revues en habits de ville. Seule la maison militaire était, de façon à peu près constante en uniforme, et encore vit-on bien tard les officiers aux gardes faire leur service en costume de fantaisie, voire en habits noirs s'ils étaient en deuil.
Le ministère de Choiseul apporta dans l'uniforme, surtout dans sa couleur, plusieurs modifications : le blanc fut réservé à l'infanterie, le bleu à la cavalerie, le vert aux dragons. Sous Louis XVI, des ordonnances de 1776 et 1789 classèrent les régiments en six séries, se distinguant par la couleur des revers et des parements. Les guerres de la Révolution amenèrent encore de profonds changements dans les uniformes, qu'on s'efforça de rendre aussi simples et aussi commodes que possible : on adopta l'habit bleu et les longues guêtres, que la peinture et le dessin ont popularisés. On ne parvint que ^difficilement, toutefois, à faire supprimer la poudre et surtout la queue, que la garde impériale devait conserver longtemps encore. Le premier Empire fut l'époque des brillants uniformes. Un instant, Napoléon P^ qui faisait de la tenue une question capitale, songea, l'indigo s'étant fait rare, à rendre à l'infanterie l'habit blanc. Mais les fabricants parvinrent à remplacer l'indigo par le pastel, l'habit bleu fut conservé, seulement raccourci, et on y ajouta un gilet à manches, un pantalon de tricot (au lieu de la culotte) et le shako (le bonnet à poils pour les grenadiers). En 1815, l'habit blanc reparut, mais pour céder de nouveau la place, en 1820, à l'habit bleu. La même année vit le pantalon bleu et l'année 1829 le pantalon garance. En 1843, la tunique, essayée tout d'abord par quelques corps d'Algérie, remplaça l'habit. De son côté, le képi supplanta, au moins pour la tenue de campagne, le shako. Sous le second Empire, la longueur de la tunique fut réduite jusqu'à n'en faire qu'une veste à petites basques ; la capote gris de fer descendant jusqu'au genou fut donnée à tous les soldats pour les protéger contre la pluie et le froid; le pantalon fut fait flottant jusqu'au-dessous de la cheville et emprisonné dans une guêtre ou dans un brodequin avec jambière ; les buffleteries furent remplacées par le ceinturon. Sous la troisième République, de nombreuses modifications ont été apportées dans l'uniforme, mais toutes de détail et en conservant, d'une façon à peu près générale, le pantalon rouge (sauf pour les chasseurs à pied, l'artillerie et le génie), la tunique ou le dolman bleu foncé, le képi et le ceinturon. On trouvera, d'ailleurs, à l'art. Infanterie, t. XX, pp. 771 et suiv., la description des uniformes de l'infanterie française et des principales infanteries étrangères, à l'art. Etat-Major, t. XVI, pp. 504 et suiv., celle des uniformes des officiers d'étatmajor des principales puissances, à l'art. Marine, t. XXIII, pp. 133 et suiv., 138 et suiv., celle des uniformes des officiers de marine, matelots et assimilés.
IL Législation. — Les lois et les règlements obligent de nombreux fonctionnaires et agents' à être revêtus, dans l'exercice de leurs fonctions, d'un uniforme ou costume : agents et gardes forestiers, employés des douanes, magistrats, greffiers, avocats, etc. Pour d'autres, au contraire, l'uniforme ou le costume, tout en étant fixé, n'est pas, en fait, obhgatoire, car aucune sanction ne s'attache au fait
de n'en être pas revêtu. C'est ainsi qu'une 'série de décrets, la plupart de 1852, ont assigné aux membres de tous les grands corps de l'Etat et aux fonctionnaires de presque tous les degrés de la hiérarchie administrative des costumes distinctifs et minutieusement décrits. Le plus grand nombre n'ont jamais été ou ne sont plus portés et seuls, ou à peu près, les préfets, sous-préfets, secrétaires généraux et conseillers de préfecture sont encore tenus do les revêtir dans les grandes cérémonies officielles. De leur côté, les maires et les adjoints continuent de porter l'écharpe aux couleurs nationales. Dans l'Université, les professeurs doivent, régulièrement, faire leurs cours en robe d'étamine noire, avec chausse variant de couleur avec les facultés et de bordure avec les grades (décr., 17 mars 1808). Cette règle est elle-même enfreinte de plus en plus.
L'art. 259, §i duC. pén., punit d'un emprisonnement de six mois à deux ans toute personne qui porte publiquement un costume ou un uniforme ne lui appartenant pas. D'autre part, l'art. 344, l*', aggrave en cas d'arrestation illégale, la peine, qui est alors des travaux forcés à perpétuité, si cette arrestation a été exécutée avec un faux costume. De même, l'art. 384 punit des travaux forcés à temps le vol simple lorsque son auteur s'est revêtu, pour le commettre, de l'uniforme ou du costume d'un fonctionnaire public ou d'un officier civil ou militaire.
UNIGENITUS Dei Filius. Premiers mots d'une bulle publiée par Clément XI, le 8 sept. 1713, condamnant 101 propositions du livre de l'oratorien Pasquier Quesnel : Réflexions morales sur le Nouveau Testament, Au mot ÛUESNELISME, uous avons résumé le contenu de cette bulle et nous avons présenté, avec les développements nécessaires, l'histoire des débats qui l'ont provoquée, ainsi que des appels, des oppositions et des résistances de tout genre dont elle a été l'objet en France, et des moyens employés pour la faire prévaloir.
UN 10 (Malacol.). Mollusques Lamellibranches contenus dans une coquille à valves souvent fort épaisses, nacrée à l'intérieur et dontl'extérieur est revêtu d'un épidermequi passe du vert au noir. La charnière, très variable, se compose de une ou deux dents cardinales, plus ou moins divisées, striées ou rugueuses et d'une dent latérale, allongée en forme de lamelle. Les impressions musculaires sont grandes, arrondies, la palléale est simple. Les Unies sont répandus dans le monde entier : ils vivent dans les eaux douces, et la nacre de leur coquille est utilisée par l'industrie.
UNION. ï. Droit commercial (V. Faillite, t. XXI, p. 1099).