THÉS — THÉSÉE
THÉS. Rivière du dép. de VHérauU (V. ce mot, t. XIX, p. 1141).
THÈSE. Com. du dép. des Basses-Alpes, arr. de Sisteron, cant. de La Motte; 276 hab.
THÉSÉE (Myth. gr.). Le héros national des Atliéniens et, à ce titre, la plus grande figure de leur histoire légendaire. Les premières traces de sa popularité littéraire sont à chercher dans ï Odyssée qui connaît son expédition en Crète et ses amours avecAriadoe : ses traits se précisent dans la poésie cyclique qui a chanté les combats contre les Amazones et peut-être fait de Thésée un héros épique, analogue à Héraclès ; la tradition de ces Tfiéséides se perpétue d'ailleurs jusqu'au déclin de la littérature gréco-latine, donnant naissance à des œuvres auxquelles Aristote déjà dénie les quahtés de la véritable épopée. Sappho et Simonide, parmi les lyriques, ont exalté ses exploits et ses aventures; mais c'est surtout la poésie dramatique depuis Eschyle qui a réuni sur sa tête tous les caractères de T Athénien idéal, illustre par la force que tempère la grâce juvénile, orné de tous les dons de l'esprit, habile dans la pratique des arts musicaux comme dans celle de la palestre, épris d'aventures guerrières qui se compliquent presque toujours de quelque roman d'amour, grand par son courage, plus grand encore par son dévouement au peuple et ses aspirations vers un gouvernement libéral et bienfaisant. Tous ces traits se résument dans le mot par lequel Plutarque ouvre une biographie semi-légendaire o'i sont condensés et les souvenirs de la fable et les donaées plus ou moins certaines de la primitive histoire : Thésée fut le fondateur de la belle et vénérable cité d'Athènes.
Par ses origines le héros est mis en rapport avec les divinités dans lesquelles est personnifié le génie des Ioniens de la Grèce continentale, avec Poséidon qui est son père réel par Aethra, sous le couvert d'Egée, roi d'Athènes; avec Apollon, le dieu national des Athéniens ; avec Athéna, fondatrice et bienfaitrice de la cité; avec Héraclès, enfin, auquel il fournit un pendant, celui de la vigueur gracieuse et intelligente, opposée à la force violente et brutale. Il nait à Trézène, où il passe son enfance ; le centaure Chiron le forme aux exercices du corps ; Connidas est son précepteur. A seize ans, il voue sa chevelure à Apollon Delphien et se met en route pour Athènes afin de s'y faire reconnaître par son père à l'aide des signes naguère convenus avec sa mère. Egée, qui n'a pas d'autre enfaut, est sur le point de l'empoisonner sur les conseils de Médée, lorsqu'il découvre en lui le fils promis par l'oracle. Mais il faut que Thésée fasse valoir ses droits à l'héritage contre les cinquante fils de Pallas, frère de son père, tous géants vigoureux qui s'arment pour l'expulser. Ce fut le plus beau des exploits par lesquels il se signala, devenant, comme un autre Héraclès, dompteur de monstres, vain[ueur de brigands fameux qui infestent l'Attique. Déjà, dans son voyage de Tré/.ène à Athènes, il avait successivement vaincu Periphétès, fils dTIéphaistos, géant redoutable, qu'il dépouille de sa massue d'airain en le tuant; Sinis qui, à l'isthme de Gorinthe, arrêtait les voyageurs et les faisait sauter en l'air après les avoir forcés à courber avec lui des troncs de pins qu'il lâchait ensuite ; la truie Phaia, qui infestait les régions montagneuses de Commyon; Sciron qui, à l'endroit le plus dangereux du passage, précipitait dans la mer du haut des rochers tous ceux qui passaient à sa portée, et que Thésée précipita à son tour ; Cercyon, lutteur fameux d'Eleusis, qui n'avait jamais connu de défaites et qui ne résista pas au jeune athlète venu de Trézène ; enfin, le géant Procruste, soumis, entre Eleusis et Athènes, au supplice qu'il avait fait subir à tant d'autres. Après la défaite des Pallantides, Thésée débarrasse la région de Marathon, d'où sa légende paraît originaire, d'un taureau qui causait parmi les hommes et les animaux les plus terribles ravages. Dans cet épisode, le héros apparaît nettement comme une personnification solaire. Ce caractère s'accentue encore dans l'expédition que,
pour le salut des Athéniens soumis à un tribut cruel autant que déshonorant, il entreprend contre la Crète : avec le secours d'Ariadne, fille de Minos, il s'oriente dans le labyrinthe et tue le Minotaure. Parti sur la galère aux voiles noires qui emportait chaque année sept jeunes gens et sept jeunes filles destinées au monstre, il revient victorieux, abandonne à Naxos son amante que consolera Dionysos, mais oublie de hisser les voiles blanches, signal convenu du succès, ce qui cause la mort d'Egée. Désormais, Thésée va nous apparaître comme législateur et souverain bienfaisant; il forme en un seul organisme politique les communes indépendantes groupées autour de l'Acropole ; il réunit la Mégaride à Athènes ; il institue la fête des Panathénées, laquelle est la consécration religieuse de l'unité politique et administrative de la cité ; il est de même le fondateur de la fête des Metœkia, au dire de Plutarque, plus exactement de celle des Synœkia, qui avait pour objet de commémorer l'heureux résultat de cette union ; et enfin la fête des Isthmia, en souvenir de sa victoire sur le brigand Sinis. Pour le surplus, la poésie, à partir du siècle de Périclès, s'attache à faire de Thésée un précurseur des législateurs qui, comme Solon, ont fondé le gouvernement d'Athènes sur les principes de liberté et d'égalité démocratiques; les Suppliantes d'Enripide font même de lui un véritable démocrate. Nous trouvons des tendances analogues dans l'histoire légendaire de Rome, où Servius Tullius est représenté comme une sorte de roi populaire qui, peu avant sa mort, aurait songé à abdiquer pour constituer la forme républicaine. Par ces dernières aventures, Thésée est mêlé à la chasse du sanglier de Calydon et à l'expédition des Argonautes ; mais il est douteux qu'il y ait là autre chose que des inventions poétiques, sans rapport avec la légende populaire. Il en est autrement de la guerre contre les Amazones où il est assisté par Héraclès ; là encore, nous le trouvons se reposant des combats dans l'amour ; Antiope, reine des Amazones, s'éprend de lui et il a d'elle un fils dont la tragédie grecque a chanté le destin, Hippolyte, le chaste héros devenu victime de la jalousie de Phèdre qui a succédé à Antiope dans les bonnes grâces de son père. Avec Pirithoùs, le héros national des Thessaliens, Thésée enlève Hélène alors âgée de douze ans ; puis il descend aux enfers pour y ravir Perséphoné à Hadès. Les deux amis y sont enchaînés et ne doivent leur délivrance qu'à l'amitié d'Héraclès qui entreprend pour eux le sombre voyage. Au retour, Thésée trouve Athènes sous le pouvoir de Mnesthée ; celui-ci le fait bannir par ostracisme, en raison de la souillure que lui a fait contracter la mort de son fils Hippolyte. Le héros s'en va alors à Scyros où il périt de mort violente, précipité dans les tlots par Lycomède ou y tombant par accident. Mais il reste vivant dans la mémoire des Athéniens, défendu contre l'ingratitude des foules par les poètes et les artistes qui proclament son apothéose dans leurs œuvres, jusqu'à ce que le sentiment national, exalté par les guerres médiques, la lui procure dans le culte réel de la cité. On racontait, au lendemain de la bataille de Marathon, qu'il était apparu au milieu des combattants et qu'il avait contribué pour sa bonne part à la victoire. Cimon en grande pompe ramena ses cendres de Scyros ; la reconnaissance de ses concitoyens lui fit élever un temple qui subsiste encore ; c'est le monument de style dorique, le mieux conservé de tous les édifices gréco romains, qui s'élève au N.-O. de la citadelle et de l'aréopage, sur le plateau d'Hagia Marina et appelé pour cette raison Theseion : cette identification a été contestée par des arguments plus subtils que probants. En même temps, on institua une grande fête nationale, les Theseia, fixée au huitième jour du mois Pyanepsion, lendemain des Oschophories célébrées en l'honneur d'Apollon ; d'ordinaire, ce jour-là, on ensevelissait dans les tombes, aux frais de l'Etat, les soldats morts pour la patrie à l'étranger, comme Thésée lui-même était mort à Scyros.
La grande popularité du héros tombant dans un temps où le mouvement littéraire et artistique est à Tapogée (la fête du retour fut célébrée, la première fois, en 469 av. J.-C), rien de surprenant que Thésée ait défrayé, plus qu'aucune autre figure, avec la poésie toutes les formes de l'art. Les sculpteurs Phidias et Silanion lui consacrèrent chacun une statue ; les peintres Polygnote, Micon, Euphranor, Parrhasius vulgarisèrent ses traits. On disait de celui d'Euphranor qu'il était nourri de chair et de celui de Parrhasius qu'il le semblait de roses. Une statue de marbre de la villa d'Adrien, aujourd'hui en Angleterre, le représente nu, un casque en tète, l'expression souriante, d'une structure vigoureuse et élégante à la fois, celle d'un Athénien rompu à tous les exercices de la palestre, chez qui l'harmonie du type semble la résultante d'une culture raisonnée de toutes les facultés physiques, intellectuelles et morales. Les frises et les métopes du Tfieseion le montrent au cours des diverses aventures que nous avons racontées ; il a en outre défrayé la peinture de vases, toujours suivant le même idéal de force gracieuse et disciplinée ; une très belle fresque de Campanie le représente alors que, après la défaite du Minotaure, il reçoit les hommages émus des jeunes Athéniens qu'il a délivrés. J.-A. Hild.
BiBL. : Real-Encyclopœdie de Pauly, VI, p. 1869. — Preller, Griech. Mythol., II, pp. 285-802. — A. Momm- SEN, Heortologie, pp. 269-287.— Baumeisïer, Denkmseler^ III, p. 1774 (Theseion), p. 1786 (Theseus) avec les monograijhîes citées, p. 1778, pour les questions archéologiques. -— E. PoTTiEB, Comment Thésée devint l'ami d'Hercule; Paris, 1900.
THÉSI6ER (Frederick), homme d'Etat anglais (V. Chelmsford).
THÉSIS (Métriq.). (V. Arsis).
THESMOPHORIES (Antiq. gr.). Une des fêtes les plus importantes du calendrier athénien, célébrée au mois Pyanepsion, le quatrième de l'année, qui concorde avec notre mois de novembre. Elle était, comme les Eleusinies qu'elle suivait de près, en rapport avec le culte de Déméter et de Kora sa fille ; elle avait un double but : de remercier la divinité pour les bienfaits de l'agriculture et de lui faire honneur de la vie réglée par la loi (OsajjLo;, loi, ordonnance), qui, sous son influence, succéda à la barbarie nomade et à la promiscuité des unions libres. C'est pour cela qu'elle était célébrée, ainsi que la fête de la Grande Déesse à Rome, par les femmes seules, à l'exclusion des hommes ; toutes les femmes de condition libre, unies à des citoyens par légitime mariage, y étaient admises. Chaque dème en désignait deux parmi les plus considérées, qui avaient à accomplir les rites au nom de la communauté entière et à pourvoir au repas qui servait de conclusion à la cérémonie. Toutes, d'ailleurs, s'y préparaient par plusieurs jours de continence, et cette coutume fournissait matière aux plaisanteries ies satiriques ; Aristophane nous en a transmis le souvenir, soit dans Lysistrate, soit dans les Thesmopfioriazuses. La fête durait cinq jours ; les épisodes principaux étaient une procession nommée 5^^nia jusqu'au bourg d'Halimus, des cérémonies nocturnes au temple de Déméter dans cette localité ; un jour de jeûne au retour, comme préparation à la grande fête de Calligeneia, laquelle termmait la fête par un joyeux repas et aussi par des danses qui n'avaient rien de religieux ; avant de se séparer, les femmes faisaient une oflPrande aux déesses en réparation des fautes commises durant la célébration. La légende faisait remonter l'institution des ïhesmophories aux filles de Danaus, venues d'Egypte, qui l'auraient apportée dans le Péloponnèse. Elles furent surtout en honneur à Athènes, d'où elles se répandirent en Asie Mineure et même en Sicile ; nous ne la connaissons que sur la foi de témoignages athéniens. J.-A. Hild.
BiBL. : Preli.er, Demeter und Persephone, p. 335. — A. MoMMREN, IJeortologie, pp. 25 suiv, ; 291 suiv.
THESMOTHcTE (Antiq. gr.) (V. ARCrtoNiE).
THESPIS (©saTut;), le plus ancien poète tragique grec
, ~ THÉSÉE — THESSALIl]
(cf. Aristophane, Guêpes, v. 1479), fut, au vi® siècle avant notre ère (il naquit vers 580), le créateur même, le père de la tragédie athénienne. Originaire du dème d'icaria, près d'Athènes, contemporain de Pisistrate, couronné peutêtre en un concours poétique entre 536 et 534, maître de Phiynichos, il débuta sans doute, comme les chantres primitifs de Sicyone, par de rustiques dithyrambes. Le premier, il imagina de couper le chœur en plusieurs divisions, sans d'ailleurs lui ôter son caractère liturgique ; entre les intermèdes chorégraphiques et les chants dithyrambiques qu'on entonnait aux fêtes de Dionysos, il inséra des tirades parlées, des récits débités par un personnage unique, étranger au chœur. Ce nouveau récitateur ou répondant (iTuoxpiTTJ;) était chargé d'interroger ou de donner la réplique ; plus tard, il deviendra Vacteur, investi de divers rôles (serviteur, messager, héros). Tel quel, il engageait déjà avec les choreutes une sorte de dialogue où se trouvait mis en action quelque point de la légende traitée, celle de Dionysos ou toute autre : il répondait aux questions par des narrations ou provoquait, à son tour, les confidences du chœur. Ainsi se forma, se développa le drame, grâce au récit enclavé parmi les morceaux lyriques et qui prit lui-même (cf. Aristote, Poétique, i^y 5) le nom d'épisode (Itîsictoôiov), germe de la tragédie complète résultant, avec le temps, des transformations de l'épisode primordial dédoublé, prolongé, et confié à deux, puis à trois interprètes. Thespis inventa, dit-on, des masques en toile et revêtit son acteur de costumes appropriés aux rôles. Nous ne possédons de lui que cinq ou six titres de pièces incertaines, dont le sujet devait être tiré de la légende héroïque tout entière (la première de ces tragédies aurait été jouée en 535). Voici ces titres, dont on ne peut même garantir l'authenticité : les Jeux funèbres de Pélias (ou Phorhas), les Prêtres, les Jeunes gens, Alceste, Penthée. L'anecdote, rappelée par Horace {Ad Pisones, V. 276) et par Boileau (Art poét. ,c\i. m, v. 67), de Thespis se barbouillant la figure de lie et promenant ses poèmes dramatiques sur des chariots, peut s'expliquer ainsi, selon Croiset: Thespis, à la fois acteur et entrepreneur, comme nos modernes forains, donnait ses représentations à travers les bourgades de FAltique, aux fêtes de Dionysos, surtout en automne. Il circulait sur une sorte de roulotte avec son léger matériel ; il formait et instruisait sommairement sa troupe, puis jouait en plein air sur la grande place du village. Telle est l'humble chrysalide du théâtre, promis à tant de gloire. Victor Glachant.
Bii3L. : Fr.-Guil. Wagner. Poetarum tragicorum fragmenta; Ratisbonne. 1846-52, 3 vol. in-8, recueil reî)roduit dans le volume des Fragmenta Euripidis de la Bibl. Didot ; Paris, 1846, in-8. — Coll. Aug. Nauck, dans son recueil de même titre, 1856, in-8. — E.-Ad. Chaignet, la Tragédie grecque; Paris, 1877, pp. 54-67, in-12 (la Tragédie de Thespis). — A. et M. Croiset, Histoire de la littérature grecque, t. lïJ. pp. 42 et suiv.
THESPROTIE (V. Epire).
THESSALIE. Région septentrionale de la Grèce continentale, comprise entre la mer à l'Ë., l'Olympe, les monts Cambuniens et le Lakmon au N., le Pinde à l'O., le mont Othrys et le golfe de Pagase (ou de Volo), au S., elle confine au N. à la Macédoine, à l'O. à l'Albanie (Epire), au S. au bassin du Sperchios, que parfois on lui rattache. Sa superficie dépasse 12.000 kil. q., et sa population 300.000 âmes. Elle appartient au royaume de Grèce, mais ses limites politiques ne coïncident pas avec les limites physiques ; elles dépassent à l'O. la ligne de faîte et atteignent l'Acheloos; au N., elles laissent à la Turquie le district d'Elassona et les crêtes montagneuses de l'Olympe ; de ce côté, la frontière a été rectifiée au détriment de la Grèce à l'issue de la guerre malheureuse de 1897 (traité de Constantinople, 4 déc).
Géographie physique (V. Grèce, t. XIX, pp. 271 et suiv.).
Géographie politique et économique (V. Grèce). -— La Thessalie comprend les deux nomes de Larisse et Tricala : le premier a 6.380 kil. q. et 181.542 hab.; le second,
THESSALIE -^ THÊTIS
5.590 kil. q. et 176.773 hab. (rec. de 1890) ; les villes principales sont : Tricala, 21.149 liab. ; Volo, 16.232 hab. ; Larisse» 15.373 hab. ; Larisse et Tricala forment deux archevêchés grecs orthodoxes ; Larisse est le siège d'une cour d'appel. L'aspect général de la Thessalie est celui d'un bassin fermé enveloppé de hautes montagnes ; les eaux vont au Pénée et se déversent dans la mer par l'étroit défilé de Tempe (V. ce mot); mais le véritable débouché historique et économique de la Thessalie sur la mer est le golfe de Volo, petite mer intérieure creusée au S.-E. Les divisions naturelles de la Thessalie correspondent aux divisions historiques d'autrefois ; la chaîne orientale, continuée en presqu'île à l'E. du golfe de Volo, formait la Magnésie, considérée comme extérieure à la Thessalie; la plaine intérieure est divisée par une chaîne transversale atteignant 800 m. en deux parties; à l'O. la Haute- Thessalie (ait., 100 m.), prov. actuelle de Tricala, formait la Thessaliotis (au S. bassin de l'Enipeus avec Pharsale, Arné ou Kierion) et VHestiœotis au N. (bassin du Pénée et du Titarese), avec Tricca, Gomphi, Oloosson et Atrax ; à l'E. la Basse-Thessalie (ait., 60 m.), prov. actuelle de Larisse, formait la Pelasgiotis, avec Larisse, Gyrton, Crannon, Phères, Pagase, lolcos. Au S., enfin, la région plus accidentée qui s'élève jusqu'à la crête du mont Ôthrys formait la Phthiotis, avec la ville de Thèbes, Larisse la Brûlée (Krémasté) ; Pharsale en fit aussi partie.
Histoire. — La Thessalie, par sa position intermédiaire et la fertilité de son sol, fut exposée à de fréquentes invasions. A l'époque homérique, les Achéens de Phthie occupaient le Sud, les Minyens lolcos, les Eoliensou Béotiens la région d'Arné, les Dolopes les deux versants du Pinde, les Perrhèbeset les ^Enianes le Nord, etc. L'unité fut l'œuvre de la conquête du pays par les Thessaliens ; ceux-ci seraient venus de Thesprotie (Epire) soixante ans après la guerre de Troie, probablement vers l'époque de l'invasion dorienne (V. Grèce, t. XIX, p. 306). Le résultat de cette conquête fut l'occupation de la plaine par l'aristocratie thessalienne (bientôt grécisée si elle n'était pas d'origine grecque) ; autour subsistèrent, à peu près autonomes, mais sans influence politique, les Magnètes dans leurs montagnes de l'Est, les Achéens en Phthiotide, les Dolopes dans le Pinde méridional, les Perrhèbes dans les montagnes du N. ; dans la zone d'influence des Thessahens, il faut encore ranger les peuplades des montagnes et vallées méridionales, Maliens de la plaine du Sperchios, OEtœens. Dans la plaine, l'aristocratie thessalienne avait réduit en servage la population primitive, groupée sous le nom de Penestes. L'élevage des troupeaux fut la grande fortune du pays ; ses chevaux étaient particulièrement renommés, et la cavalerie thessalienne, la meilleure de Grèce. Parmi les clans nobles, les plus illustres furent les Aleuades de Larisse, les Scopades de Crannon et les Créondes de Pharsale. La Thessalie était divisée en quatre districts: Pelasgiotis, Hestrseotis, Thessaliotis et Phthiotis, les Achéens de cette partie ayant été agrégés à la fédération. Celle-ci reconnaissait en cas de guerre un chef unique, le Tagos, et pouvait équiper 6.000 cavaliers et 10.000 hoplites. Les divisions intérieures, l'autonomie de chaque cité et les rivalités des trois principales, Larisse, Pharsale et Phères, paralysèrent l'expansion des Thessaliens; ils ne purent dépasser au S. les Thermopyles où les arrêtaient les Phocidiens, ni au N. les défilés de l'Olympe. Lors de l'invasion de Xerxès, ils se soumirent au grand roi, sur le conseil des Aleuades. En 454, une expédition athénienne fut repoussée ; l'aristocratie était, comme dans toute la Grèce, favorable à Sparte, le parti populaire à Athènes. En 395, les Thessaliens entrèrent dans la coalition des Béotiens et Corinthiens contre Sparte, mais ne purent arrêter Agésilas. A cette époque s'établit à Phères une dynastie de tyrans qui s'efforça de réaliser la monarchie thessalienne et probablement visait à l'hégémonie de la Grèce, selon le plan repris et exécuté par les rois de Macédoine (V. Phères et Jason). Ils succom-
bèrent à la coalition de Voligarchie, avec Thèbes et la Macédoine. Philippe, appuyé par les Aleuades, acheva l'annexion de la Thessalie en 344, mettant garnison dans Magnésie, Pagase et Phères, plaçant un fidèle à la tête de chacune des quatre provinces. Le dernier effort pour l'indépendance thessalienne fut la guerre lamiaque, mais, après la victoire d'Antipater, la domination macédonienne se continua. La victoire des Romains à Cynoscéphales (197) eut pour conséquence un affranchissement nominal de la Thessalie, sous un stratège annuellement élu; en 146, elle fut annexée à la province romaine de Macédoine ; en 27 av. J.-C. , à celle d'Achaïe ; Vespasien la réunit de nouveau à la Macédoine ; Alexandre Sévère l'érigea en province distincte. Elle partagea les vicissitudes de l'empire byzantin, ravagée par les Goths, les Huns, les Bulgares, les Slaves, d'autres fois prospère. A partir de 1084 et au siècle suivant, l'élément valaque y devint important et les Francs l'appelaient Grande-Valachie. Les Turcs la conquirent en 1393. La frontière grecque s'arrêta à l'Othrys en 1832; mais en 1881, la Thessalie presque entière fut réunie à la Grèce. Les Turcs, très nombreux autour de Larisse, ont en partie émigré; les Valaques et les Albanais vivent en bergers semi-nomades dans le Pinde ; ils fournissent aussi des ouvriers aux villes où l'on retrouve environ 6,000 Juifs descendants des réfugiés espagnols.
Dialecte thessalien. — Dans les trois districts proprement thessaliens Histiéotide, Pélasgiotide,Thessaliotide, on parlait un dialecte qui tient une place à part dans le grec ancien, et qu'on appelle généralement thessalien du Nord. Ce dialecte, qui ne nous est connu que par les inscriptions et par quelques témoignages peu sûrs des anciens grammairiens, se distingue en effet par des traits spéciaux de tous les autres dialectes grecs, même du béotien, avec lequel il a quelque affinité. Ses principaux caractères sont : £1 pour 7] et ou pour w (SouxpàTstç =: ScoxpaTr];), et par suite les datifs des thèmes en o sont en ou, les génitifs pluriels se terminent en ouv (àouv dans les thèmes en â), et les noms propres en yjç et xX^ç ont la forme st? et xXsîç. Les patronymiques, généralement employés au lieu du génitif du nom du père, sont invariablement en aïo; et Eioç. Le génitif singulier des thèmes en o est en ot dans les inscriptions de la Pélasgiotide. Enfin plusieurs inscriptions donnent la forme IIsTÔaXoi pour ©saoraXoi, le nom du peuple. M. Beaudouin.
BiBL. : Leake, TrsLvels in Northern Greece ; Cambridge, 1835, 4 vol. — UssiNG, Griech. Reisen; Copenhague, 1857. — Georgiades, Thessalie,; grec, 2* éd. Volo, 1894. — Philippon, Thessalien und Epirus; Berlin, 1897. — Kie- PERT, Carte de TEpire et de la Thessalie, 2" éd., 1880. — Carte de l'Epire et de la Thessalie au 420.000* par l'étatmajor grec. — Hennebert et Abrami, Notes sur la construction des chemins de fer en Thessalie ; Paris, iu-4, av. 123 cartes.
THESSALONIQUE. L Royaume (V. Constântinople, t. Xn, p. 624).
IL Ville (V. Salonique).
THESTOR (Myth. gr.), père de Calchas, le célèbre héros de VIliade. Il avait aussi deux filles de grande beauté, qui furent ravies par des pirates et vendues à Icare, roi de Carie. La mythologie décadente fit du père et des filles les personnages d'un roman d'amour et d'aventures, où des imaginations dramatiques se mêlent aux souvenirs du mythe d'Oreste, sauvé en Tauride par Iphigénie (V. Hygin, Fables, 190).
THÉSY. Com. du dép. du Jura, arr. de Poligny, cant. de Salins. 432 hab.
THÉSY-Glimont. Com. du dép. de la Somme, arr. d'Amiens, cant. de Boves; 391 hab. Stat. du chem. de fer du Nord.
THÉTIEU. Com. du dép. des Landes, arr. et cant. dePax; 565 hab.
THÉTIS (Myth. gr.). Déesse de la mer, fille de Nérée et de Doris, habitant avec ses sœurs, les Néréides, dans les profondeurs marines. C'est là qu'elle recueillit Dionysos,
THÊTIS — THEUX
poursuivi par Lycurgue, et qu*elle obtint en récompense Turne d'or où plus tard elle renferma les cendres d'Achille, son fils. Elevée par Héra, elle est mariée contre son gré avec Pelée ; les noces auxquelles tous les dieux participèrent ont fourni à l'art et à la poésie gréco-romaine une ample matière (V. Pelée). Dans la légende post-homérique, Thétis assiste les Argonautes et leur fait franchir l'écueil de Charybde et de Scylla. Elle fut particulièrement vénérée en Thessalie où elle passait pour la fille du centaure Chiron ; son culte était célèbre aussi à Sparte et il se répandit jusqu'en Asie Mineure. Le sculpteur Scopas l'avait représentée dans un groupe de divinités et d'animaux marins ; c'est ainsi qu'on la voit sur des vases peints et sur des monnaies. Comme mère d'Achille, elle a un rôle important dans V Iliade et dans la poésie cyclique ; elle console son fils offensé par Agamemnon ; elle implore Zeus afin qu'il prépare la revanche ; elle apporte les armes fabriquées par Héphaïstos lorsqu' Achille rentre dans la mêlée pour venger Patrocle ; elle l'assiste dans le combat contre Memnon ; enfin, elle le pleure mort et recueille ses restes : ces divers épisodes ont défrayé la peinture sur vases, et les fresques de Campanie, comme les noces avec Pelée ont fourni de nombreux bas-reliefs. J.-A. H.
BiBL. : Preller, Griechische Mythot., II, 397 et siiiv.— OvERBECK, Heroische Bildwerke, pp. 172 etsuiv. ~ Sghoe- NE, Griechische Reliefs, n» 133, etc.
THEUDELINDE ou THÉODELINDE, reine des Lombards (V. Italie, t. XX, p. 4067).
THEUDÈRE (Saint) (V. Chef [Saint]).
T H EU DIS, roi des Visigoths (V. ce mot).
THEULEY. Com. du dép. de la Haute-Saône, arr. de Gray, cant. de Dampierre- sur-Salon ; 223 hab.
THEULIER (Albert), homme politique français, né à Thiviers (Dordogne) le 4''^ mai 4840. Médecin et conseiller général, il fut sous-préfet répulicain de Ribérac en 4870. Elu député en 4885, il a été réélu par l'arr. de Nontron en 4889, 4893 et 4898 ; radical indépendant, il a appuyé le ministère Bourgeois et combattu le ministère Waldeck-Rousseau .
THÉURGIE. Ce mot, qui signifie proprement opération divine, paraît avoir été introduit dans le vocabulaire philosophique et théologique par les Alexandrins. Il désigne l'ensemble des procédés par lesquels l'homme peut se mettre effectivement en relation avec la divinité ou, plus généralement, avec les puissances surnaturelles. En ce sens, la magie elle-même peut être considérée comme une branche de la théurgie, laquelle dès lors contiendrait aussi bien l'évocation des morts et des démons que l'extase. Ou plutôt il y aurait lieu de distinguer une théurgie inférieure, à l'usage des magiciens et des sorciers, et une théurgie supérieure, réservée aux théologiens et aux philosophes. L'une et l'autre cependant reposent au fond sur le même postulat, à savoir qu'il existe des lois en vertu desquelles certaines conditions étant remplies, les puissances surnaturelles doivent nécessairement se révéler ou se communiquer aux hommes, de telle sorte que la connaissance de ces lois donne à celui qui les possède, et qui peut et veut s'en servir, un véritable empire sur les forces du ciel et de l'enfer. On retrouve cette même idée au fond de beaucoup de cérémonies religieuses, et, par exemple, dans le catholicisme, la plupart des sacrements peuvent être considérés comme rentrant sons la formule de la théurgie, en particulier le sacrement de l'Eucharistie, où le prêtre, par la vertu des paroles de la consécration, force en quelque sorte la divinité à venir s'enfermer sous les apparences du pain et du vin (cf. Théosophie) . E . Bom ac .
TH EU RI ET (Claude-Adhémar- André), littérateur français, né à Marly-le-Roy (Seine-et-Oise) le 8 oct. 4833. D'une famille lorraine, il fit ses études à Bar-le-Duc, où son père occupait l'emploi de receveur de l'enregistrement, et entra en 4853 comme surnuméraire dans le même service, dont iJ a successivement franchi les divers échelons avant de prendre sa retraite, en 4886, avec le grade de chef de
bureau. Il débuta en 4857 par quelques poésies intitulées/n memoriam, insérées par h Revue des Deux Mondes qui accueillit d'autres essais en vers et en prose. Les uns et les autres ont formé depuis de nombreux volumes dont rénumération complète ne saurait trouver place ici, et dont il suffira de rappeler les principaux. A la poésie appartiennent : le Chemin des bois (4867, in-42); le Bleu et le Noir (4873, in-48); les Nids (4879, in-fol. ); iVo5 oiseaux (4886, in-4, ill. par Giacomelli); la Ronde des saisons et des mois (4892, in-4, illustré par H. Bennett). Parmi les recueils de nouvelles et les romans de André Theuriet, nous nous contenterons de citer : Nouvelles intimes (4870, in-48); Sous bois, impressions d'un forestier (4878, in-48); le Fils Maugars (4879. in-4 6) dont le peintre. Bastien-Lepage a passé pour avoir fourni le type au romancier qui lui a consacré depuis une étude spéciale (4885, in-48); Iw Maison des deux Barbeaux {iS19, in-48); Sauvageonne (iSSO,m-iH) ; les Mauvais Ménages (4892, in-48); le Journal de Tristan, impressions et souvenirs autobiographiques (4883, in-18); Tante Aurélie (4884, in-18); Péché mortel (4885, în-iS); Bigarreau {i886,m-iS) ; l'Affaire Froideville, Mœurs d* employ es (iSHl, in-48) ; Amour d'automne (4888, in-4 2) ; r Amoureux de la préfète (4889, in-48) ; Charme dangereux (4894, in-48) ; Nos enfants, jeunes et vieilles barbes (189^, in-48) ; la Chanoinesse (4893, in-48); Paternité (iSM, in-48); Cœurs meurtris (4896, in-iS); Boisfleury (iS91,m-iS); le Refuge (4898, in-48), etc. Quelques-unes des nouvelles de Theuriet, telles que VAbbé Daniel, les Œillets de Kerlaz, Rose, Lis, etc., ont fait l'objet de réimpressions luxueuses ornées de gravures sur bois et d'eaux-fortes. Il a donné en 4874, au théâtre de l'Odéon, un drame en un acte et en vers dont Sarah Bernhardt fut l'un des interprètes, Jean-Marie, resté au répertoire et tiré de deux de ses romans, la Maison des deux Barbeaux et Raymonde, deux comédies qui n'ont pas eu, en 4885 et en 4887, au même théâtre, le succès de sa première tentative. Elu membre de l'Académie française, où il occupe le fauteuil d'Alex. Dumas fils, Theuriet a prononcé, le 9 déc. 4897, le discours d'usage auquel Paul Bourget a répondu.
Maurice Tourneux.
BiBL. : Emm. Besson, André Theuriet, 1890, in-12.
THEURTÉVILLE-Hague (V. Teurthéville-Hague).
TH EUS. Com. du dép. des Hautes-Alpes, arr. d'Embrun, cant. de Chorges; 334 hab.
THEUVILLE. Com. du dép. d'Eure-et-Loir, arr. de Chartres, cant. de Voves ; 637 hab. Stat. du chem. de fer de l'Etat.
THEUVILLE. Com. du dép. de Seine-et-Oise, arr. de Pontoise, cant. de Marines; 465 hab.
THEUVILLE-aux-Maillots. Com. du dép. de la Seine- Inférieure, arr. d'Yvetot, cant. de Valmont; 677 hab.
THEUVY-AcHÈRES. Com. du dép. d'Eure-et-Loir, arr,. de Dreux, cant. de Châteauneuf ; 224 hab. Stat. du chem. de fer de l'Ouest.
THEUX. Ville de Belgique, prov. de Liège, arr. adm. et judic. de Verviers, à 29 Idl. S.-E. de Liège, sur la Hoëgne, affl. de la Vesdre ; 6.000 hab. Stat. du chem. de fer de Verviers à Trois-Ponts. Filatures, fabriques de draps, carrières, fours à chaux. Collège des lazaristes allemands. Sous l'ancien régime, Theux était la capitale du marquisat de Franchimont, une des seigneuries appartenant aux princes-évêques de Liège. Ses armoiries sont : D'argent à trois lionceaux couronnés de sinople, au chef de gueules, au perron d'or, accompagné d'un L et d'un G de même en pointe.
THEUX (Le). Com. du dép. des Ardennes, arr. et cant. de Mézières ; 425 hab.
THEUX DE Meylandt (Barthélémy-Théodore, comte de), homme d'Etat belge, né à Schabrœk en 4794, mort à Meylandt (Heusden) en 4874. Il entra dans la vie politique comme député suppléant au Congrès national en 4830