URÈTRE
lésions traumatiques, des corps étrangers, des inflammations et des rétrécissements.
Lésions traumajiques. — Le traumatisme peut s'exercer dans l'urètre de dedans en dehors ou de dehors en dedans. Les lésions traumatiques intérieures peuvent être produites par un calcul sorti de la vessie et arrêté dans l'urètre, ou par des corps étrangers. Les lésions traumatiques extérieures peuvent être le résultat de blessures par instruments piquants ou tranchants, par projectiles, de chute sur la région de l'urètre, ou de manœuvres extérieures amenant la rupture de ce conduit. Les blessures sont aussi variables que l'agent vulnérant lui-même. La rupture de l'urètre est due ordinairement à des chutes, mais il est assez fréquent d'observer la rupture de ce canal dans des conditions particulières que nous ne pouvons indiquer. La plupart des cas de rupture s'observent à la suite d'une chute à califourchon sur un corps dur : ouvriers tombant à cheval sur le bord d'une planche, sur une roue de voiture, sur un madrier, sur le bord d'une porte ouverte, sur un échafaudage, cavaliers se heurtant contre le pommeau de la selle, etc. Les symptômes varient selon que la rupture est complète ou incomplète. Dans la rupture complète, la muqueuse étant déchirée, il y a hémorragie par le méat urinaire, hémorragie qui se borne parfois à quelques gouttes de sang et qui, quelquefois, produit un jet de sang considérable, car l'artère bulbeuse peut être divisée. Si l'accident a lieu à la suite d'une chute, il y a naturellement une attrition plus ou moins considérable des parties molles voisines. Il se forme au niveau de la rupture une tumeur liquide due à du sang pur ou mêlé d'urine.
La douleur n'est pas constante, et quand elle existe, elle peut être locale ou s'irradier vers le voisinage. La rétention d'urine est un symptôme très fréquent, et ce symptôme peut être permanent ou momentané. De fréquentes envies d'uriner et du ténesme vésical se montrent parfois. Dans la rupture incomplète, la muqueuse étant intacte, le tissu spongieux de l'urètre est seul lésé, mais on comprend combien est parfois difficile la distinction entre les ruptures complète et incomplète. Dans ce cas, jln'y a pas d'hémorragie, car la lésion est interstitielle ou intrapariétale, ainsi que le disait Reybard. La marche, la terminaison et les complications varient avec le degré de la lésion et selon les cas. On voit des cas de rupture de l'urètre ne donner lieu à aucun symptôme, le malade uriner par l'urètre, et guérir rapidement. Dans d'autres cas, des phénomiènes inflammatoires se développent, et parfois il se fait une résorption de l'urine.
Le traitement varie naturellement avec chaque cas. Contre l'hémorragie des cas graves, la compression permanente de la verge et la glace sur le périnée sont des moyens illusoires. On réussit souvent par la compression de la région blessée, au moyen d'une serviette roulée sur laquelle on fait asseoir le malade. Si l'hémorragie est abondante, et surtout si elle paraît être artérielle, il faut inciser le foyer, l'examiner, ;et, au besoin, lier les artères, ou recommencer la compression dans la plaie avec un gros tampon d'ouate hydrophile imbibé d'eau phéniquée légère (2 7o)- R faut donner issue à l'urine. On doit faire tout son possible pour pénétrer dans la vessie avec une sonde. Cependant, Civiale et la plupart des auteurs soutiennent que les tentatives de cathétérisme sont dangereuses. Ces conclusions sont trop absolues et le cathétérisme fait avec prudence, dans des conditions parfaitement aseptiques, doit être tenté. Si le cathétérisme est impossible, il faut faire la ponction vésicale, de préférence par l'hypogastre , ponction capillaire aseptique. Quoique la ponction ne soit qu'une opération palliative, elle rend souvent des services.
Corps étrangers. — Les corps étrangers de l'urètre peuvent venir de la vessie et s'arrêter dans le canal, ils peuvent se former dans l'urètre lui-même ou être introduits par le méat. En dehors de ceux qui sont introduits
dans un but thérapeutique, on ne saurait s'imaginer la variété d'objets qu'introduisent dans leur urètre les ivrognes et les fous. Quelles que soient les circonstances qui aient amené les corps étrangers dans l'urètre, le chirurgien doit chercher : 1^ à favoriser l'expulsion momentanée ; '2° à pratiquer l'extraction par le méat ; 3** à créer une voie artificielle s'il ne réussit pas à faire l'extraction.
Inflammations. — L'urétrite, ou inflammation simple de l'urètre, peut être déterminée par diverses causes. L'urétrite blennorrhagique est celle qui résulte de la contagion par le gonocoque de Neisser (V. Blennorragie).
Rétrécissements. — Il y a rétrécissement lorsqu'il existe une diminution permanente du calibre de l'urètre par une lésion de ses parois. Les causes les plus ordinaires des rétrécissements sont le traumatisme et l'urétrite, d'où la division en deux classes : les rétrécissements traumatiques et les rétrécissements inflammatoires. Il est certain que l'urétrite blennorragique donne naissance à la plupart des rétrécissements. On n'est pas encore bien fixé sur la question de savoir si les urétrites simples, non blennorragiques, donnent lieu à des coarctations. C'est surtout la blennorragie de longue durée qui les produit. Un rétrécissement urétral peut survenir sans métrite et sans cause connue. On observe encore des rétrécissements congénitaux. Comme les rétrécissements, dits cicatriciels, sont la conséquence de l'inflammation de l'urètre, je les décris, comme Gruveilhier, sous le nom commun de rétrécissements inflammatoires.
Les rétrécissements traumatiques reconnaissent pour causes les diverses lésions de l'urètre qui amènent sa rupture. Beaucoup de malades accusent les injections ; il n'est pas probable qu'une injection urétrale, à moins qu'elle soit très caustique, puisse produire un rétrécissement. Cette lésion est constamment le résultat de lésions inflammatoires. Le nombre des rétrécissements est très variable, de un à douze. Les rétrécissements traumatiques sont toujours uniques ; les rétrécissements inflammatoires ou blennorragiques sont généralement multiples. Le siège des rétrécissements est variable. Les rétrécissements uniques, traumatiques, blennorragiques, se rencontrent généralement dans la région bulbeuse. Viennent ensuite la fosse naviculaire et le méat urinaire. Dans quelques cas, les rétrécissements sont échelonnés tout le long de l'urètre. Leur forme est irrégulière et fort variable. Lorsqu'ils sont courts, ils sont généralement annulaires et quelquesuns sont même valvulaires. La longueur des rétrécissements peut atteindre 3, 4 et même 5 centim. En général, ils ne dépassent pas quelques millimètres. Le trajet, lorsque le rétrécissement est long, peut être très anfractueux et difficilement parcouru par une bougie. Le degré d'étroitesse d'un rétrécissement n'est pas en rapport avec la cause qui l'a produit et avec l'âge de la maladie, comme on le dit souvent. Un rétrécissement très récent peut être très étroit, et un très ancien rester large. Quand il existe des rétrécissements multiples, ils diminuent de diamètre à mesure qu'ils deviennent plus profonds. Leur consistance varie également sans qu'on puisse connaître la cause de ces variations ; on observe des rétrécissements très durs quoiqu'ils soient récents, et souvent de très anciens sont tendres et mous. La structure des rétrécissements n'est pas parfaitement connue. Un tissu de nouvelle formation, contenant des fibres élastiques et des fibres'de tissu conjonctif, forme la base du rétrécissement. Ce tissu est plus abondant sur la paroi inférieure de l'urètre. Les éléments normaux de la muqueuse et de la couche spongieuse, longtemps reconnaissables, finissent par disparaître. Selon Brissaud et Segond, les eff'ets du rétrécissement se traduisent par un processus inflammatoire : les cellules épithéliales pavimenteuses deviennent cubiques ; les éléments du chorion de la muqueuse sont infiltrés de cellules embryonnaires ; il existe une vascularisation exagérée dans le tissu du rétrécissement; la pro