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TIC

TIC. Le tic doit être considéré, non comme un mouvement convulsif, comme une contraction convulsive de certains muscles, mais comme un mouvement systématisé et subconscient^ reproduisant, en V exagérant souvent, un acte physiologique, appliqué à un but fonctionnel. Le tic se distingue du geste par sa répétition et par son caractère de subsconscience ou même d'inconscience. Il peut être considéré comme une altération ou une maladie du geste. Il se distingue du spasme, qui est un mouvement plus simple, plus isolé, non systématisé pour un but fonctionnel. Le tic exige pour sa production la mise en jeu d'un centre fonctionnel, tandis que le spasme dépend simplement de l'excitation d'un centre musculaire. Le tic peut être encore considéré comme une maladie, comme une chorée de l'habitude (Ehrlich).

Il existe plusieurs catégories de tics, bien distinctes dans leurs termes moyens, mais passant de l'une à l'autre. A son degré le plus simple, le tic doit être considéré comme un mouvement coordonné, adapté à une fin, voulu à l'origine, et qui peu à peu est tombé du domaine de la conscience dans celui de la subconscience ou même de l'inconscience. Un enfant fait un séjour momentané au bord de la mer, l'air salin lui dessèche la peau des doigts et il les humecte de salive en les passant sur ses lèvres. Cette pratique, voulue et consciente, devient bientôt subconsciente ; la cause disparaît, l'enfant quittant le bord de la mer, mais le geste reste ; l'enfant continue à mouiller de salive par intervalles l'extrémité de ses doigts. Le tic est créé. Le tic simple peut encore avoir une origine morbide, et être consécutif à une gerçure des lèvres, à une affection de l'œil par exemple. La maladie primitive provoque un mouvement destiné à soulager une douleur, le mouvement, de conscient et de voulu, devient subconscient ; la douleur disparaît, mais le mouvement persiste. L'on ne peut pas dire que le mouvement du tic est involontaire, il est bien plutôt en dehors et à côté de la volonté qui est capable de le suspendre, non sans un sacrifice parfois, pour peu qu'elle s'interpose activement et à condition qu'elle puisse le faire. Le tic est un des modes inférieurs de l'activité cérébrale, une des formes les plus fréquentes de la désagrégation psychologique. Le tic est très habituellement suspendu pendant le sommeil, l'activité intellectuelle, au contraire, en exagère la fréquence, comme s'il y avait une sorte de diffusion de force vers le centre fonctionnel ou une élévation du potentiel nerveux. D'autre part, s'il devient plus fréquent et plus répété en raison du travail mental, par réciprocité le tic, en tant que mouvement, favorise l'idéation (V. Féré, Sensation et Mouvement). Il nous suffira de rappeler les anecdotes très caractéristiques, qui sont dans la mémoire de tout le monde, par exemple le trouble apporté dans le débit d'un orateur par la suppression d'un bouton manié habituellement d'une main complaisante. Dans l'exercice et dans la suppression de ces tics, l'on voit d'ailleurs déjà apparaître le sentiment d'obsession et d'angoisse si développé dans certaines formes dont nous parlerons plus loin (maladie du tic convulsif). Nous devons noter en passant qu'il existe dans le langage un certain nombre de formes verbales, interjections, blasphèmes, mots inutiles qui sont de véritables tics du langage.

Les tics apparaissent plus facilement chez les sujets jeunes ; le premier en date peut-être est l'acte de sucer son pouce. Dans le premier âge, ils sont aussi fort tenaces et fort difficiles à faire disparaître ; il en est ainsi de l'acte de ronger ses ongles ou onycophagie. L'hérédité et le terrain névropathique favorisent grandement l'apparition du geste inconscient, et lui donnent même souvent une forme déterminée. C'est ainsi que l'onycophagie peut être considérée comme un stigmate de dégénérescence ; elle revêt d'ailleurs un caractère d'obsession et de morbidité qui en fait un véritable type de transition : Ton voit des enfants et des adultes se ronger les ongles jusqu'au sang, et recourir même à l'emploi d'un canif pour en enlever

des morceaux, lorsque les dents n*ont plus de prise. L'on connaît, d'autre part, un certain nombre de tics héréditaires dans leur forme même (V. Ribot, Hérédité psychologique). Il est encore des tics pour ainsi dire nationaux, par exemple l'habitude qu'ont les Américains du Nord de découper à grands coups de couteaux des bûchettes de bois, ou à défaut tout autre objet, même des dossiers de fauteuil ou de chaise. Il en est de même pour les tics du langage : il suffira de rappeler la place que tient le mot inutile hombre dans la conversation espagnole, et la célèbre variation de Figaro sur l'importance du mot goddam en anglais. Les tics dont nous venons de parler appartiennent à la catégorie des tics dénommés coordonnés par Letulle. La variété en est infinie. Il y a : les renifleurs, les téteurs de langue et de dent, les grinceurs de dents, les hausseurs d'épaules, etc., sans compter ceux dont les manies s'attaquent au prochain : les épileurs, les frotteurs, les arracheurs de bouton, etc. (V. Charles Hachs, le Geste). Chacun connaît l'anecdote rapportée par Saint-Simon, au sujet d'une princesse de sang royale dont le tic consistait à déboutonner les vêtements des gens à qui elle parlait et ce qui s'en suivit.

Les tics coordonnés sont compatibles avec la santé mentale des gens qui en sont possesseurs ; nous avons vu cependant qu'ils présentaient déjà certains caractères de morbidité. Il en est un autre que nous devons encore mentionner, c'est la facilité avec laquelle ils se transmettent par l'imitation.

Les trois catégories de tics qu'il nous reste à examiner sont franchement morbides : ce sont les tics psychasthéniques et les tics hystériques, voisins les uns des autres, et les tics convulsifs (maladie du tic convulsif), qui forment une catégorie bien spéciale.

Les tics psychasthéniques (Raymond) s'accompagnent déjà d'images mentales un peu aberrantes. C'est un torticolis mental, une fausse contracture de la mâchoire, survenant au moment de la parole, un arrachement de cils, une chute sur les genoux, etc., passés à l'état de tic, souvent à la suite d'une fausse interprétation des sensations, ou d'une déviation de ces mêmes sensations. Pour en prendre un exemple, le sujet atteint de fausse contracture des mâchoires ne peut parler que les dents serrées, mais il ouvre librement la bouche, et le moindre effort suffit pour la maintenir ouverte.

Les tics hystériques diffèrent des précédents en ce qu'ils s'accompagnent souvent d'anesthésie de la région atteinte. Us revêtent d'ailleurs les formes les plus diverses, rires, hoquets, etc., et s'accompagnent souvent de coprolalie (V. Raymond et Pierre Janet, Idées fixes et Nécroses y t. II). Ils rentrent d'ailleurs dans la catégorie de ce que l'on nomme les stigmates de l'hystérie.

Il reste enfin la maladie des tics convulsifs. Dans cette affection, le malade est atteint de tics divers qui peuvent intéresser la face ou les membres et revêtir les formes les plus bizarres : contraction des muscles labiaux, haussements d'épaules, mouvements d'affirmation ou de négation, mouvements de percussion ou de jet, mouvements de grattage, saut, etc. Mais le caractère spécial de l'affection doit être cherché dans le sentiment particulier d'angoisse dont est envahi le sujet dès qu'il ne peut plus ou qu'il ne veut plus accomplir les mouvements du tic. Les mouvements du tic se répètent, en effet, par accès, et la volonté peut les suspendre ; après une interruption, les mouvements, toujours coordonnés et toujours les mêmes se répètent avec une véritable frénésie. Il s'ajoute souvent d'ailleurs d'autres phénomènes morbides au tic pur. Ce sont des exclamations involontaires et souvent des interjections ordurières (coprolalie). Le malade présente aussi d'autres tics telles qu'une tendance à répéter les niots et les mouvements {écholalie, échokinésie)^ une diminution de l'attention volontaire, et souvent encore des idées fixes. Ce sont, en un mot,, des dégénérés hérédi-

taîres. Ce caractère héréditaire est d*ailleurs marqué par l'apparition de la maladie dès les premières années.

Dans ce qui précède, nous n'avons point parlé du tic douloureux de la face. Les mouvements dans cette affection sont provoqués et pour ainsi dire justifiés par la douleur que cause la névralgie du trijumeau (V. ce mot) ; ce n'est donc point un tic au sens propre du mot.

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