M. POTEL
TICHBORNE (Procès). Sir Roger Tichborne était un baronnet anglais, né le 5 janv. 4829, qui, parti en voyage en 4853, périt vraisemblablement dans le naufrage de la Bella (avr. 4854), alors qu'elle revenait de Rio de Janeiro en Angleterre. Un aventurier s'empara de son nom et affirma son droit à la possession de ses biens dont jouissait l'héritier légitime du baron. Ce qu'il y a de singulier, c'est qu'il ne ressemblait en aucune façon au vrai Tichborne, jeune homme frêle, délicat, élégant et mondain, tandis que l'imposteur était prodigieusement gros, grossier et ignorant, et que pourtant il réussit à surprendre la bonne foi de quantité de gens et, ce qui est merveilleux, celle de la mère de Tichborne elle-même. Orton — le faux Tichborne — entama un procès qui eut un retentissement énorme (4872). Devant la cour son système subit l'échec le plus complet, et il fut convaincu d'avoir échafaudé de toute pièce son immense escroquerie. Il fut poursuivi à son tour et condamné à quatorze ans de travaux forcés (4874). Malgré cela, des milliers de personnes crurent à sa fable et considérèrent Orton comme la victime déplorable d'une colossale erreur judiciaire. Un mouvement populaire se produisit en sa faveur et pendant plusieurs années, le cas Tichborne suscita des meetings, alimenta les journaux et fut à diverses reprises produit jusque devant le Parlement. Cependant le gouvernement ne se laissa jamais influencer, et quand Orton fut relâché en 4884, il était tellement oublié qu'il n'eut même pas la tentation d'en appeler de nouveau à la crédulité publique. R. S.
TICHEVILLE, Com. du dép. de l'Orne, arr. d'Argenton, cant. de Vimoutiers; 420 hab. Stat. de chem. de' fer.
TICHEY, Com. du dép. de la Côte-d'Or, arr. de Beaune, cant. de Seurre ; 337 hab.
TICHIT. Oasis centrale du Tagant, au N. du Sénégal, à 430 kil. N. de Nioro. Ses marabouts Kountah sont propriétaires de la saline d'Idjil, au N.-O. de l'Adrar, et ce commerce a fait de Tichit un marché important.
TICHODRONIE (Ornith.). Genre de Passereaux de la famille des Certhia (V. Grimpereau), caractérisé par un bec grêle, un peu arqué; les pattes à trois doigts devant, un, derrière, muni d'un ongle très long; la queue arrondie, les tiges des reetrices faibles. Le Tichodrome ÉCHELETTE {Tickodroma muraria) est un oiseau de la taille du Pinson, gris cendré varié de blanc et de noir avec les couvertures de l'aile d'un beau rose vif. Il habite le S. de l'Europe, de l'Asie et l'Afrique septentrionale jusqu'en Abyssinie. Il est de passage dans le centre de la France, à l'automne. Son nom lui vient de l'habitude qu'il a de voleter le long des murailles et des rochers, s'y accrochant pour saisir avec son bec les insectes et les larves qui se cachent dans les interstices de la pierre. Le genre Climacteris, qui en est voisin, renferme une demidouzaine d'espèces de la Malaisie orientale et de l'Australie, qui ont des mœurs analogues. E. Trouessart.
TICINUM. Ancienne ville d'Italie (V. Pavie).
TICKNOR (George), historien américain, né à Boston le 42 août 4794, mort le 26 janv. 4874. Il fit d'abord des études juridiques, puis, après un séjour prolongé dans les principales villes savantes d'Europe où il se livra avec passion à des recherches littéraires approfondies, il devint professeur de français, d'espagnol et de belles-lettres à l'Université d'Harvard. Ses travaux d'histoire littéraire sont très estimés et lui ont valu une réputation légitime, surtout son chef-d'œuvre, The History of Spanish literature (New York, 4849, 3 vol.), qui n'a
^^^ — TIC - TIDOUNGS
pas été surpassé. Citons encore de lui : Liie of Lafaiiette (4863) ; Life of Prescott (4882). ' f ' ^
BiBL. -The life, letters and journals of G. Tichnor : Boston, 1876. '
TICONDEROGA. Ville des Etats-Unis (NewYork), entre les lacs George et Champlain ; 2.267 hab. en 1890. Site pittoresque où se voient les ruines d'un fort construit par les Français, qui eut un rôle notable dans la guerre de l'Indépendance.
TIDEMAND (Adolphe), peintre norvégien, né à Mandai (Norvège) le 44 août 4844, mort à Christiania le 25 août 4876. Il fut d'abord élève de l'Académie des beaux-arts de Copenhague, puis vint à Dusseldorf où il eut pour maîtres Th. Hildebrandt et Schadow. Il débuta par un Gustave Vasa haranguant les Dalécar liens. Après un voyage à Munich et à Rome et un séjour de trois ans en Norvège, il se consacra à peindre presque exclusivement des scènes populaires dont il empruntait les personnages aux campagnes de son pays. Une de ses œuvres les plus importantes en ce genre est la suite de peintures représentant en dix tableaux la vie d'un paysan (au château royal d'Oscarhall, près de Christiania, — lithographiées par Sonderland). Citons aussi : le Cortège nuptial, la Couronne de fiancée de la grand'mère, la Politique au village, Lapons à la chasse au renne, la Nuit sur le fjord, etc. Tidemand, dans ses dernières années, revint à la peinture historique et fit aussi des tableaux pour des églises norvégiennes : le Baptême du Christ, la Résurrection, etc. BiBL. : DiETRiCHSON, A. Tidemand ; Christiania, 1878- 79. — En 1878, L.-H. Fischer a publié, à Christiania, 24 f^ravures d'après ses œuvres.
TIDIKELT. Groupe d'oasis du Sahara algérien, le plus oriental de l'archipel touatien. Il s'étend au S. du plateau de Tademaït, et au N. du plateau de Mouydir, sur une longueur de 450 kil. d'E. en 0. Les eaux qui alimentent les oasis descendent de ces hauteurs par des oueds, ravins où elles ne sont apparentes qu'après les pluies, mais elles s'accumulent dans le sous-sol en une nappe abondante et peu profonde où les puits et les feggaguir (galeries souterraines) vont le chercher. Le Tidikelt comprend trois régions qui sont, du N. au S. : la zone des oasis, au pied de la falaise du Tademaït ; la zone boisée, dans la dépression alluviale humide de la Raaba ; les terres de parcours des troupeaux, le long de l'oued Akaraba, incliné vers rO. Les oasis renferment une cinquantaine de ksour, groupés en six districts, lesquels sont d'E. en 0. : Foggaret-es-Zoua et Igosten (45 ksour, 2.300 hab.) ; In-Salah (42 ksour, 3.400 hab.) ; In-Rar Cl ksour, 2.800 hab.) ; TU (2 ksour, 1 .500 hab.) ; Aoulef (9 ksour, 7.300 hab.), c'est le canton voisin du Touat (V. ce mot); au S.-E. d' Aoulef, en dehors de l'alignement est Akabli (7 ksour, 5.500 hab.). Ces chiffres sont ceux de Déporter ; il attribue au Tidikelt 23.000 hab. dont 40.500 Arabes, 6.200 Harratin (métis noirs), 4.200 Nègres, 4 .500 Cheurfa, 200 Touareg ; la langue usuelle est l'arabe. On remarque la prépondérance numérique des Arabes ; la noblesse religieuse des Cheurfa, descendants du Prophète, est surtout groupée à Aoulef; les tribus principales sont les Ouled Ba-Hammou et parmi ceux-ci la famille directrice était celle des Badjouda, installés à In- Salah ; puis les Ouled-xMoktar également à In-Salah ; les Ouled-Zénan à Akabli et Aoulef, caravaniers éprouvés, qui ont adopté les mœurs touareg. — Le centre politique et commercial est Ksar-el-Arab, le grand ksar d'In-Salah.
Sur l'histoire de ces pays et la conquête française, V. Touat.
Il DORE. L'une des Petites Moluques (V. ce mot), dépendant de la résidence de Ternate; située à 40 kil. 0. de Djilolo, elle a 46 kil. de long sur 8 kil. de large et mesure 450 kil. q., peuplés de 8.457 hab. Ce fut le centre d'un sultanat conquis par les Espagnols auxquels les Hollandais l'enlevèrent en 4663 ; il comprenait le centre et l'E. de Djilolo et l'O. de la Nouvelle-Guinée.
TID0UN6S (Anthr.) (V. Bornéo).
TIÉBA --- TIELEMANS
es
TIÉBA. Roi nègre du Kénédougou, mort en d893 (V. Soudan, t. XXX, p. 30^2).
TIECK (Ludwig), (^crivain allemand, né à Berlin le 31 mai 1773, mort à Berlin le 28 avr. 1853. Fils d'un cordier,il fit des études complètes et débuta par des nouvelles à la française publiées dans la revue Straussfedern (1795). Admirateur de Shakespeare, il manifesta sa prédilection pour le romanesque dans une sombre fantaisie en trois volumes, William Louell {il%-9o) ; en même temps, il publiait les naïves histoires de Peter Lebrecht (1796) et des poésies de forme populaire (Der blonde Eckert) ; il apportait au théâtre des comédies satiriques Die werkehrte Welt (1799). Les tendances mystiques, catholiques de son rommLYanz S ternbalds Wanderungen (1798, 2 vol.) le brouillent avec Nicolai, son premier conseiller, mais le rapprochent de Schlegel. 11 continue sa campagne en faveur de la poésie et contre le matérialisme littéraire dans ses Romantische Dichiun^ gen (1799-1800, 3 vol.), et, après le succès de sa traduction de Bon Quichotte^ fait paraître sa grande œuvre romantique, Kaiser Oktavianus (1804). Il aborde alors le moyen âge allemand et promène de Dresde (4801), Munich (1804), Rome (1800) son inquiète fantaisie. De préférence, il vit à Ziebingen (près Francfort), chez son ami Burgsdorff. Il publie Phantasus (1812, 3 vol.), imitation de Boccace et Frauendienst (1812), apologie de la poésie chevaleresque des Minncsinger, dont l'elfet fut considérable, traduit six pièces de Shakespeare, donne à diverses revues une quantité de romans et de nouvelles (12 vol. dans l'édition de 1853), parmi lesquels la « Vie » et la « Mort du poète ». Oublieux de son mysticisme et de son romantisme, il revient au dialogue spirituel et ironifjuc des grands écrivains français, puis se consacre à l'étude de Shakespeare, fait achever par sa fille Dorothée (1799-1841) et le comte de Baudissin la traduction de Schlegel, dirige par ses conseils le théâtre royal de Dresde, puis celui de Berlin. L'iniluence de Tieck fut considérable, quoique ses poésies soient de forme trop imparfaite et ses romans aujourd'hui démodés. L'édition de ses œuvres complètes est demeurée inachevée au 20*^ volume (1828-46); Klee a donné 3 volumes d'œuvres choisies de Tieck (1892). — Sa sœur Sophie Tieck (1775-1836) épousa A. -F. Bernhardi (1799), divorça (1805), se remaria avec Knorring ('1810); elle a écrit des poésies, des romans et des drames. A. -M. B.
BiBL. : Kœpke. Ltidwi(7 7^ëec/i; Leipzig, 1855, 2 vol. — Klee, Tiechs Leben iindWerke; Leipzig, 1894.
TIECK (Christian-Friedrich), sculpteur allemand, né à Berlin le 14 août 1776, mort à Berlin le 14 mai 1851, frère du précédent. Il eut d'abord pour maître Schadow, puis vint à Paris où il fut élève de David. Appelé à Weimar en 1801 pour participer à la décoration du nouveau château, il y lit les bustes de Gœthe, de Voss, de Wolf, etc. En 1805, il entreprit avec son frère Ludwig un voyage en Italie, durant lequel il exécuta notamment le buste de A. de Humboldt. Fixé à Munich en 1809, il y fit les bustes du prince Louis, de Jacobi, de Schelling, de L. Tieck, etc. Nommé professeur à l'Académie de Berlin en 1820, il exécuta un grand nombre de statues : unlffland et des bas-reliefs pour le théâtre, un Sehinkel pour l'entrée du musée et le groupe des Dompteurs de clievaux qui couronne ce monument, etc. Par son goût classique et son admiration des anciens, il faut rapprocher Tieck de C. Rauch, son contemporain et son ami. J. Bainville.
TIEDENIANN (Dietrich), philosophe allemand, né à Bremer-Warde le 3 avr. 1745, mort à Marbourg en 1803 où il était professeur à l' Université . Il combattit les idées de Kant ; son principal ouvrage est : Der Geist der spekulat. Philos. (Marbourg, 1791-97, 7 vol. in-8). Il divise l'histoire de la philosophie en cinq parties, depuis Thaïes jusqu'à Berkeley. Le grand mérite de Tiedemann n'est pas seulement l'abondance et l'exactitude de l'information, remarquable pour son
temps, mais la clarté de l'exposition et l'impartialité de la critique. Il n'apprécie pas les doctrines au nom d'une conception à priori, mais recherche simplement à mettre en relief la nouveauté relative des idées, la rigueur de l'argumentation et l'unité intérieure des systèmes. Son œuvre est dominée par l'idée d'un progrès continu dans l'histoire des idées. Elle mérite eucore aujourd'hui d'être consultée.
TIEDEMANN (Friedrich), anatomiste et physiologiste allemand, né à Cassel le 23 août 1781, mort à Heidelberg le 22 janv. 1861. Il fut d'abord professeur suppléant à Marbourg (1804), puis en 1805 devint professeur de zoologie et d'anatomie à Landshut, et, en 1816, passa comme professeur à Heidelberg. Il se retira en 1848. Ennemi de la philosophie de la nature, alors régnante, il introduisit dans la science la notion du nisus formativus, de la force formatrice. On lui doit un grand nombre d'ouvrages importants, entre autres : Anatomie und Bildungsgeschichte der Gehirnes im Fœtus (Nuremberg, 1816, in-4, 7 pL; trad. fr., Paris, 1823, in-8); Icônes cerebri simiarum (Heidelberg, 1821, gr. in-fol.) ; Die Verdauung nach Versuchen {Rmàelherg, 1826-27, 2 vol. gv, in-4, 1831 : trad. fr., 1826-27, 2 vol. in-8; en collaboration avec (imelin) ; Physiologie des Menschens (Darmstadt, 1830-36, 2 vol. in-8), etc. D»' L. Hn.
TIEL ou THIEL. Ville des Pays-Bas, ch.-l. d'arr., prov. de Gueldre, sur le Wahal; i 0.000 liab. Stat. du chem. de fer d'Arnhem à Rotterdam. Fonderies de fer, scieries à vapeur, papeteries, raffineries de sucre, huileries, fabriques de tabacs ; c'est le marché du pays entre Meuse et Wahal. L'église Saint-Martin date du xv® siècle. Tiel est une ville très ancienne ; son nom figure dans des documents du ix^ siècle. C'était un port très florissant. Otton P^ la déclara ville libre en 972. Elle fut pillée au xi^ siècle par les Normands, et par les Hollandais en 1202, et subit plusieurs sièges dont les plus célèbres sont ceux de 1672 et 1794. E. H.
TIELE (Corneille-Pierre), théologien hollandais, né à Leyde en 1830; il devint pasteur de la secte des Remonstrants à Moordrecht, puis à Rotterdam, et enfin professeur à l'Université de Leyde en 1873. Son principal ouvrage est une Histoire comparée des religions anciennes (en hoHand., Amsterdam, 1859-70, 3 vol. in-8;. — Son frère, Pierre- Antoine^ né à Leyde en 1834, mort à Utrechten 1880, conservateur de la bibliothèque de l'Université de cette ville, est l'auteur de travaux de premier ordre relatifs à la bibliographie néerlandaise. Sa publication la plus considérable est la Bibliothèque des pamphlets néerlandais (en hoUand., Amsterdam, 1856-61, 3 vol. in-8).
TIELEMANS (François), jurisconsulte belge, né à Bruxelles en 1799, mort à Bruxelles en i^^d>. Après s'être fait recevoir avocat, il débuta dans la politique par des études remarquées sur la liberté de la presse. Nommé référendaire au département des relations extérieures. Il entretenait avec son ami Louis De Potter (V. ce nom, t. XXVII, p. 460) une correspondance dans laquelle les actes arbitraires du ministère Van Maanen étaient sévèrement jugés. Ces lettres ayant été saisies par la police au cours d'une perquisition, Tielemans fut accusé de complot contre la sûreté de l'Etat, et condamné, au mois d'avr. 1830, à sept années de bannissement. Rentré en Belgique après la Révolution de septembre, il devint ministre de l'intérieur, et, dans ces circonstances particulièrement difficiles, se distingua par un remarquable esprit d'organisation. Membre du Eongrès national, il vota pour la République, mais à tilre d'essai ; au bout de trois ans, un nouveau congrès se serait réuni pour se prononcer sur la valeur de l'expérience. Tielemans occupa ensuite les fonctions de gouverneur, successivement dans les provinces d'Anvers et de Liège, puis il entra dans la magistrature, et devint premier président de la cour d'appel de Bruxelles. Chargé, dès la création de l'Université de Bruxelles, du cours de droit administratif, il professa longtemps avec éclat. Ses principaux ouvrages
TIELEMANS — TIEPOLO
sont : la Liberté de la presse (Bruxelles, 4827, iiî-8) ; la Uesponsabilité ministérielle {ibid, 4827, in-8) ; l'U7iion et la Constitution (ibid., 4832, in-8); Répertoire de ï administration et du droit administratif (ibid., 4834-56, 8 vol. in-8).
BiBL, : C. PLAIDER, Fi\ Tielem.ans ; Bruxelles, 1899, inrl2.
TIELLE. Riv. du dép. du Loiret {N. ce mot).
TIEN-CHAN (Monts) (V. Asie et Turkestain).
TIEN-TSIN-Fou. Ville de la Chine septentrionale et port ouvert au commerce étranger, dans la province de Tchi-li, sur le Peï-ho, entre les lacs Ta-ho au N. et Tapo au S., à 400 kil. S.-E. de Peking ; environ 4 million d'hab. Le port de ïien-tsin, qui alimente à lui seul les deux provinces de Tchi-li et de Chan-si, ainsi qu'une grande partie de la Mongolie et de la Baïkalie russe, est situé dans une plaine d'une extrême fertilité ; malheureusement, le sol est bas et exposé aux inondations ; l'air y est plutôt malsain. Cette ville possède le monopole de la vente du sel et les magasins de céréales qui approvisionnent Péking ; elle importe beaucoup de riz, d'élotfes, de métaux, de quincaillerie, qu'elle échange contre les laines, les cotons bruts, les peaux, les fourrures et les pailles tressées : ce n'est guère qu'à partir du traité de 4858 que son mouvement commercial a pris un essor considérable (V. art. Chine, t. XI) . Tien-tsin est le centre de la navigation à vapeur du Pei-ho ; cette ville possède une filature de coton, un arsenal et des ateliers d'armes ; elle est solidement défendue par les forts de Sin-tcheng et ceux de Ta-kou, reconstruits et armés à l'européenne, à l'entrée du Peï-ho; depuis 4886, un tramway rattache Peïtang, au N.-O. sur le Pei-ho, aux houillères de Kaïping. Les fonctionnaires et les négociants européens ha- Ijitent le quartier des Bambous (tsé-tchou~lin), situé à 2 kil. en aval du centre de la cité, dans une position sanitaire beaucoup meilleure que le reste de la ville ; ce quartier, par la construction de ses maisons, la disposition de ses magasins et l'alignement des rues, n'a plus aucun rapport avec la ville chinoise, et forme une véritable petite ville occidentale.
TIEPOLO. Grande famille vénitienne, qui compte sept procureurs de Saint-Marc et deux doges. Dès les premiers temps de l'histoire de Venise, en 697, on la trouve citée. En 4049, Bortolo est le premier des procureurs de Saint- Marc, que compte la famille. — Jacopo, capitaine distingué, fut le premier duc ou gouverneur de Candie. Après Pierre Ziani, il fut élu doge de la République (122i)); et, sous son dogat, les Candiotes, soutenus par Vatace, empereur de Nicée, se soulevèrent deux fois; tandis que Zara en était à sa sixième rébellion. Adversaire de Frédéric 11, dont la domination était pleine de menaces pour Venise, Jacopo envoya une armée sous les ordres de son fils Pietro contre Ezzelino da Romano, mais battu et fait prisonnier, Pietro fut exécuté par ordre de l'empereur. Jacopo ne put supporter cette douleur et renonça au dogat. Savant jurisconsulte, il publia, pendant son doyat(4242), les statuts de Venise. Sous lui encore, fut commencé le pont du Rialto et reconstruite la basilique de Saint-Marc qu'un incendie avaitdétruite. — Lor^n:ïo(morten 4274), son fils, en 4256, battit les Génois et s'empara de Saint-Jean-d'Aci e. Podestat en plusieurs villes, il fut rappelé à Venise par les électeurs ducaux qui venaient, en 4268, de l'élire doge à son tour. Il créa le premier capitaine du golfe, qui devait percevoir un impôt sur tous les navires qui naviguaient dans l'Adriatique, ce qui fut cause d'expéditions contre Bologne et Ancône, qui se plièrent à la loi du plus fort. — Jacopo, chef du parti démocratique, fut élu doge par le peuple à la mort de Jacques Dandolo (4289), mais le grand Conseil ayant élevé à cette même dignité Pierre Gradenigo, il renonça à la charge et s'enfuit. Son fils Baiamonte conçut le dessein d'en venger l'affront, ainsi que celui de toutes les familles exclues par la célèbre Serrata (fermeture) du grand Conseil (4297). Sa conspiration fameuse, qui devait éclater le 45 juin 4344,
échoua et fut cause de l'institution du terrible Conseil des Dix. On cite encore, parmi les Tiepolo : Stefano, qui était en 4537 bailli de Corfou, en 4542 général de mer, en 1548 inquisiteur général, et en 4553 procureur de Saint- Marc; Lorenzo, pendu en 4574 à Famagouste parles Turcs; un autre Lorenzo, ambassadeur en Franco en 4702, à Vienne en 4708, à Rome en 4740, procureur de Saint-Marc, bibliothécaire de Saint-Marc en 4736, mort en 1742; et enfin Domem(^o-ÊVmo/ao (né en 4763), connu par ses Discorsi siilla storia veneta, dictés pour combattre et corriger l'histoire de Daru. E. Casanova.
Bint. : Pompeo Litta, Famille Tiepolo. dans ses Famighe célèbre italiane.
TIEPOLO (Giovanni-Battista), le dei^nier des grands peintres de l'Italie, né à Venise le 6 avril 1696. Son père, Domenico, capitaine de navire, était plébéien. Entré, fort jeune, dans l'atelier de Gregorio Lazzarini, peintre éclectique, soigneux et froid, formé aux enseignements de Rome et de Bologne, l'enfant, vif et primesautier, s'y sentit bien vite mal à l'aise. Les maîtres de son pays l'attiraient seuls : c'étaient, parmi les vivants, Fumiani, les Ricci, les Litterini, qui avaient commencé la réaction contre les maniéristes; c'était Piazzetta, décorateur hardi, naturaliste lourd, mais sincère, manieur habile des ombres fortes dans les lumières violentes ; c'étaient, plus encore, parmi les morts, tous les génies heureux et féconds du XVI® siècle, Giorgione, Palma, Titien, Tintoret, et, avant tous, et par-dessus tous, le plus brillant et le plus clair, Paul Véronèse. De fait, c'est par l'étude passionnée des œuvres de Paul Véronèse, jointe à celle des gravures italiennes et septentrionales et à des habitudes d'observation vive et nette, en face des spectacles toujours variés de l'activité vénitienne sous un ciel hmpide, dans une atmosphère fine et légère, qu'il acquit, en peu de temps, une incroyable habileté. A dix-huit ou vingt ans, il était déjà connu comme un fresquiste savant et original, prêt à toutes les besognes.
De ces travaux juvéniles, la plupart, décors extérieurs de maisons, ont disparu. Néanmoins, on peut voir encore, dans l'éghse des Scalzi (où il devait plus tard, au plafond, brosser l'une de ses visions les plus célèbres, la Maison de la Vierge transportée de Nazareth à Loreto par les Anges, à travers l'espace) quelques-unes de ses premières fresques (chapelle Santa Teresa et chapelle del Crocifisso). Par la vivacité des figures, la science des mouvements et des raccourcis, la liberté dans l'arrangement, la franchise et la distinction lumineuse dans la touche pittoresque, ces morceaux justifient l'enthousiasme avec lequel ses débuts furent salués par les vrais amateurs et firent bientôt, du jeune décorateur, dans la Haute- Italie, un artiste à la mode et surchargé de commandes.
Très casanier, d'habitudes régulières, comme presque tous ses illustres prédécesseurs, il épousa, à vingt-cinq ans, la sœur de Francesco Guardi (alors ûgé de neuf ans), Cecilia, qui devait lui donner neuf enfants. On suit, dès lors assez facilement, dans une série d'œuvres d'ensemble, l'activité infatigable de ce délicieux improvisateur. Si son génie spécial, capricieux et spontané, avait éclaté de trop bonne heure avec tous ses caractères pour se pouvoir modifier, plus tard, en ses traits essentiels, la constance avec laquelle ce génie, abondant et capricieux, conserva, jusqu'à la fin, sa souplesse, ses séductions et sa fraîcheur, restera toujours un sujet d'étonnement.
En 4739, dans le plafond de l'église des Dominicains délie Zatlere, il lança, dans l'espace, avec une hardiesse égale aux tours de force de Fumiani, mais sans lourdeur et sans confusion, parmi de somptueuses architectures, la Vierge et les Anges, les figures contemporaines et les figures allégoriques, rapprochant et mariant le ciel et la terre, le rêve et la réalité, en des visions si nettes et si vivantes que tous les contrastes et les anachronismes s'y perdent et s'y oublient (4*^ Saint Dominique en gloire; 2^^ V Institution du Rosaire; 3° Saint Dominique bé-