‹ La Grande encyclopédie (volume 2)Chapitre 327 sur 633 · Lettrine du xii® siècle · texte numérisé non relu

Lettrine du xii® siècle

10. Initiale du xiii^ siècle (ms. du Décret de Gratien). 1 i . Lettre à rinceaux, xiv® siècle.

12 Bible de Wittenberg.

LA GRANDE ENCTCLOPÉDIE

V. I. Phonétique. — Vingt-deuxième lettre (semivoyelle et consonne) de l'alphabet latin. Nous examinerons d'abord v comme semi- voyelle, c.-à-d. comme substitut de la voyelle u devant une autre voyelle. Le changement en pareil cas de u en v est de règle absolue en sanscrit où le radical nâu, par exemple, devient nâv dans nâv-am, accusatif singulier du mot qui signifie navire (cf. lat. nâv-em).

En grec, la même modification phonétique a donné naissance au digamma (F) qui, on le sait, n'a été conservé parmi les dialectes littéraires qu'en éolien. Exemples : ôFtç auprès de l'ion, att. oT; (digamma tombé), et du latin ovis « brebis ».

Le V latin, qui se confondait dans l'écriture avec son antécédent u, résulte toujours de l'application de la même loi, comme l'attestent les exemples déjà cités : nâvem, ovis.

Très souvent d'ailleurs, en grec et en latin, F ou ?; ont subi l'influence assimilatrice d'une consonne explosive qui les précédait, et ont passé sur l'échelle des labiales au rang marqué par la consonne en question qui est tombée à titre de premier terme du groupe consonantique ainsi formé. Exemples : (Ba^w « aller » pour *YFaivto auprès du radical latin ven pour '^gven dans venio {*gvenio), cf. rad. sanscrit gam pour ^gvam, même sens; — en grec, F devient jB, c.-à-d. labiale douce, sous l'influence du y (gutturale douce) qui tombe dans le groupe de prononciation diflîcile y(3, alors qu'en latin le g initial du groupe gv tombe (comme souvent en pareil cas) et prévient par là la transformation qui se produit en grec. Autre exemple emprunté au latin : ruher « rouge » pour *rudber venant de rudver auprès du sanscrit rudh{v)ir-a même sens, et du grec IpuÔpdç, même sens, pour "IpuÔ-Fsp-oç ; — l'initiale V du suffixe ver devient b sous l'influence de la dentale douce df d'où le groupe db qui se réduit à b (comme bellum pour dvelluniy etc.), alors qu'en sanscrit et en grec le V tombe à la suite de l'explosive dh ou ô et écarte ainsi la possibilité du phénomène qui se produit en latin.

On voit par là que les trois consonnes labiales représentées en grec par p, tt et 9 (y compris la consonne double <^) peuvent être engendrées de la manière qui vient d'être dite par F modifié en p, Tir, 9 et tf sous l'influenre de y

ou § ; X ou T ; X ou Ô ; Ç ou Ç. Autrement dit, toutes les consonnes labiales peuvent descendre de la voyelle u par l'intermédiaire de la semi-voyelle correspondante F (v).

Dans les langues germaniques, v semi-voyelle est généralement représenté par un double v (w) qui, le plus souvent, était précédé à l'origine d'une gutturale dont le son s'est conservé dans les emprunts français. Exemples : radical ward auprès du français gard-er ; wehr auprès du français guerre ; wespe auprès du français guêpe, etc.

En français, le î^ a une double origine : ou bien il vient de la semi-voyelle latine de même forme comme dans venir (lat. venire), vin (lat. vinum), grave (lat. gravis), neuve (lat. nova), etc. ; ou bien, il résulte de radoucissement du b latin : exemple œuvre (lat. opéra); pauvre (lat. pauper) ; prouver (lat. probare) ; savoir (lat. saper e) ; souverain (cf. ital. soprano), etc.

Un adoucissement analogue s'est produit en allemand dans vater « père » auprès du gothique fadçir, même sens; vieh « bétail », auprès du gothique faihu même sens ; vier « quatre », auprès du vieux haut allemand fior, m. s., etc. Paul Regnaud.

II. Paléographie. — Le V latin dérive du caractère phénicien vau (tabl. n*> d), qui prit, en passant dans les alphabets grecs, la valeur phonétique de u (= ou) et de 1/. En conservant ce caractère entier ou en prenant seulement la partie supérieure, les Etrusques et les Latins en tirèrent les deux lettres V et Y. Le V seul remonte à une époque ancienne dans l'alphabet romain. L'emploi du V chez les Romains donne lieu, au sujet de sa valeur phonétique (v et w), à la même remarque que pour la lettre U (V. l'art. U, § Paléographie), Dans l'antiquité, l'alphabet lycien offre un essai pour arriver à distinguer les sons ù, w, il, etc., au moyen de diverses modifications, dédoublements ou renforcements des traits, apportées au caractère V. L'empereur Claude, dans sa réforme graphique, ne songea pas à spécialiser les valeurs respectives de V et U, mais inventa, pour représenter le son V, le digamma inversum F (V. Bùcheler et Ritschl, De Tito Claudio Cœsare grammatico ; Elberfeld, 185(), in-8).

Le V épigraphique romain, dans ses proportions clas-

siques, a toujours le côté droit plus étroit que le côté i longements, dirigés à droite ou à gauche, et la base gauche. A l'époque barbare, les côtés sont munis depro- | s'élargit et s'allonge jusqu'à donner à la lettre l'appa-

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