‹ La Grande encyclopédie (volume 2)Chapitre 33 sur 633 · TIEPOLO — TIERCE · texte numérisé non relu

TIEPOLO — TIERCE

nissani). Le succès de ces apothéoses lumineuses fut énorme, et la réputation du peintre assurée. A la même époque (4739-40), la villa Valmarana, près de Vicence, lui offre un champ libre pour déployer la richesse de son imagination dans les sujets profanes; il ne s'y montre pas moins novateur, en rajeunissant, par sa verve aristocratique, élégante, souvent délicate et tendre, les épisodes, héroïques ou amoureux, de Vlliade, de VEnéide, du Roland furieux, de la Jérusalem délivrée.

Un peu plus tard, c'est dans les plafonds du Palais Pisani, à Strà {Glorification de la famille Pisani), du Palais Archinti ( Triomphe des Arts) , Dugnani (Histoire dEsther) et Cherici, à Milan {le Soleil éclairant les Dieux et le Monde), qu'il se livre, tout à l'aise, à son goût pour les mêlées aériennes d'apparitions poétiques et d'évocations familières, de nudités élégantes et de draperies légères en mouvement dans l'azur tranquille et l'atmosphère transparente. De 4750 à 4753, appelé à Wurtzbourg, il ressu ;f Ite, au Palais de l'Archevêque, dans le grand escalier, tout un Olympe enchanteur, à côté de la Vierge et des diables, et, dans le Palais de l'Empereur, représente hardiment, comme des scènes contemporaines, Apollon, sur lechar du Soleil, conduisant sa fiancée à Frédéric Barberousse et l'Investiture du duché de Franconie 'donné à Harold. De 4743 à 4764, rentré à Venise, il remplit la ville et les environs de fresques et de tableaux, où sa verve inépuisable passe du sacré au profane, du réel à Fidéal, du galant au tragique, avec une désinvolture merveilleuse. Le Débarquement et le Festin de Cléopâtre, au Palais Labia, si somptueux et si festoyants, et la Marche vers le Calvaire, si grave et si douloureuse, dans l'église Saint-Alvise, suffisent à prouver l'étendue et la variété de sa sensibilité oculaire et intellectuelle. En 4764, le roi Charles III l'appelle en Espagne pour décorer ses palais de Madrid et d'Aranjuez, avec un traitement annuel de 2.000 doublons d'or et 500 ducats pour ses voitures. C'est là qu'il mourut subitement le 27 mars 4770, le pinceau à la main, ayant, jusqu'à sa dernière heure, gardé le même amour de la vie, de la beauté, de la lumière, et la même passion pour son art. Les qualités de spontanéité ingénieuse et aimable qui avaient assuré à Tiepolo l'applaudissement de la société contemporaine n'étaient point de celles qui devaient trouver grâce devant le pédantisme scolaire et la réaction académique. Durant la période davidienne et même longtemps après, le nom de Tiepolo n'était prononcé qu'avec horreur ; c'était un gâcheur, un fou, un extravagant ! Certes, on avait beau jeu pour lui reprocher ses anachronismes dans les costumes et dans les types, ses témérités dans le choix des accessoires et dans la promiscuité des choses saintes et des choses mondaines, son indifférence tranquille pour la couleur locale et l'érudition archéologique, l'agitation excessive, souvent inutile et parfois déplacée, de ses figures, leur frivolité superficielle ou leur dispersion incohérente. Avec toutes ces licences, défauts de son temps, défauts de son tempérament, Tiepolo

La Cène, de Tiepolo.

n'en reste pas moins, après le grand Veronèse, mais dans sa suite et digne de lui, l'un des agitateurs les plus brillants et spirituels de formes légères et de couleurs exquises

qu'ait connus Fart du décor, l'un des peintres les plus constamment peintres qu'ait engendrés la vraie ville de la peinture, Venise. D'innombrables tableaux de Tiepolo sont disséminés dans les églises et les palais d'Italie et dans les principaux musées d'Europe.

Dans les derniers temps de sa vie, Gian Battista prit souvent pour collaborateurs , avec Fabio Canale et G.-B. Pira, ses deux fils, Domenico (4727- 4804) et Lorenzo (4736-?). Domenico grava quelques œuvres de Gian Battista; il a laissé un grand nombre de tableaux et de dessins dans la manière paternelle, mais fortement alourdie et assombrie. On ne connaît de Lorenzo que quelques eauxfortes. Georges Lafenestre.

BiBL. : Zanetti, Délia Pittura Veneziana ; Venise, 1771. — Urbani de Gheltof, Tiepolo e la sua famiglia ; Venise, 1879. — Du même, Tiepolo in Ispagna ; Venise, 1881. — P.-G. MoLMENTi,Jl Carpaccio e II Tiepolo; Tmnn, 1885. — G. Della Rovere, I Prolotipi di Gio. Batt. Tiepolo; Venise, 1889. — Henry de Chennevikres, les Tiepolo (Coll. des Artistes célèbres) ; Paris, 1898.

TIERÇAGE (Ane. dr.) (V. Neufme).

TIERCE. L Musique. — Intervalle consonant embrassant l'intervalle de trois degrés de la gamme. La tierce n'a pas été toujours tenue pour consonante dans la théorie musicale et, même encore aujourd'hui, certaines variétés altérées de cet intervalle doivent être estimées pour dissonantes, tout aussi bien que les sixtes correspondantes qui en sont le renversement.

Il y a quatre espèces de tierces, dont les deux premières ont une importance spéciale en ce qu'elles servent à déterminer le caractère, majeur ou mineur, des accords parfaits dont elles peuvent faire partie et, d'une façon générale, des phrases musicales où elles figurent. La première est la tierce majeure, composée de deiix tons, par exemple : ut à mi, mi k sol dièse. La seconde est la tierce mineure, qui ne comprend qu'un ton et demi, par exemple : ut à mi bémol, la à ut. Viennent ensuite la tierce diminuée, intervalle de deux demi-tons majeurs, comme si à ré bémol, et la tierce augmentée ou superflue, comme on disait jadis, qui est égale à deux tons et demi, soit par exemple : fa k la dièse. Ces deux derniers intervalles, produit d'altérations harmoniques et enharmoniquement équivalents du ton majeur et de la quarte, ne s'emploient guère que mélodiquement : tout au moins ne sont-ils pas susceptibles de produire des accords originaux. Dans l'ancien contrepoint, la succession des tierces était aussi sévèrement proscrite que celle des quintes ou des octaves. Encore aujourd'hui, dans les exercices scolastiques, ne permet-on que difficilement les suites de tierces, qu'il faut faire alternativement majeures ou mineures : les tierces majeures consécutives donnant l'impression, comme les quintes d'ailleurs, de deux tonalités différentes. Il va sans dire que la compo-

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