MONUMENTS PUBLICS
Palais ducal.
Mo.
Monnaie.
Pr.
Procuraties.
Académie des Beaux-Arts
Hôpital civil.
Po.
Poste.
THÉÂTRES
T. F. Théâtre délia Fenice.
T. Ga.
- Gallo.
— de l'ApoUo.
— Malibran.
— Rossini.
T. Go.
— Goldoni.
VENISE
croix grecque, suixtioiitée de cinq coupoles, la plus grande au centre, les quatre autres aux extrémités des branches de la croix. Plus de 500 colonnes en marbre, apportées d'Orient, sont distribuées à l'intérieur et à l'extérieur de réglise. D'innombrables mosaïques, exécutées pour la plupart du xii^ au xvl® siècle, couvrent une surface de plus de 4.000 m. q. L'intérieur, très sombre, n'est éclairé que par de petites baies. Deux couleurs y dominent : celle du marbre rougeâtre qui luit aux fûts des colonnes et lambrisse les murailles ; celle de l'or qui tapisse les coupoles et incruste les mosaïques. Un péristyle couvert de mosaïques précède l'église; il est surmonté d'un quadrige en bronze doré qui orna primitivement l'arc de triomphe de Trajan à Rome, fut ensuite transporté par Constantin à Constantinople, emporté à Venise par le doge Dandolo en i 204, transféré à Paris par Bonaparte en 1797, et restitué à Venise en 4815. L'intérieur forme un vaisseau à trois nefs. On y remarque les ambons ou chaires de marbre placées à droite et à gauche de l'entrée du chœur, le maître-autel, et derrière celui-ci la Pala à'Oro, retable byzantin plaqué d'or et d'argent, incrusté d'émaux et de pierres précieuses. A droite, un baptistère communique avec la chapelle Zenon, où l'on admire un splendide tombeau du cardinal de ce nom. Le trésor contient des objets du culte et des ornements sacrés. Au N. de Saint-Marc, sous les arcades du transept, un sarcophage en marbre, supporté par des lions, contient les restes de Daniel Manin (mort en 1857).
A l'E.de la place s'étend la Piazxetta, rectangle dont le côté N. est ouvert sur elle, le côté S. sur la mer, le côté 0. sur la bibliothèque, et le côté E. sur le palais des Doges. A son extrémité se dressent deux colonnes en granit, dont l'une (4180) supporte le lion ailé de Saint- Marc, et l'autre (1329) saint Théodore, ancien patron de Venise. La Bibliothèque {Libreria vecchia), commencée en 1536 par Sansovino, est une des plus belles constructions du XVI® siècle (V. Bibliothèque, tig. 4) ; elle a la forme d'une double galerie à piliers et à demi-colonnes, supportant des arcades. Sa splendeur en est pourtant éclipsée par le Palais des doges ou Palais ducal, qui constitue avec Saint- Marc la merveille de Venise. Ce palais, dont une façade de
Palais des Doges, à Venise,
75 m. donne sur la Piazzetta, et une autre façade sur le quai, a été fondé en 800, cinq fois détruit, et rebâti entre 1424 et 1442 par les Buon. Sa construction extérieure présente cette particularité qu'elle semble violer toutes les règles de l'architecture, et que le plein y paraît reposer sur le vide. Une galerie de 36 colonnes, courtes et massives, placée à la base en supporte une seconde, ou loggia^ de 71 colonnes, toute légère, dentelée d'ogives et de trèfles ; sur un appui si frêle s'étale un mur massif en marbre rouge et blanc, dont les plaques s'entre- croisent en dessins et renvoient la lumière ; au-dessus, une corniche de pyramides évidées d'aiguilles, de clochetons et de festons
se découpe sur le ciel. A l'intérieur, la cour, commencée au XV* siècle par Bregno et Scarpagnino, et restée inachevée, est d'une grande magnificence. Autour de deux citernes de bronze sculpté (1556-59) (V. Fontaine, fig. 5), quatre façades de la première Renaissance développent leur architecture et leurs statues. Dans un coin, l'escalier des géants (scala dei Giganti) (V. fig., art. Bregno) tire son nom des statues colossales de Mars et de Neptune par Sansovino (1554). A l'intérieur, les deux étages contiennent les appartements officiels, où se réunissaient les autorités de la République : le plus beau est la salle du grand Conseil, au premier ; leur intérêt vient moins encore de leur architecture que des peintures qui les décorent : « là, Tintoret, Véronèse, Pordenone, Palma le Jeune, Titien, Bonifazio, vingt autres, ont couvert de leurs chefs-d'œuvre les murs et les voûtes dont Palladio, Scamozzi, Sansovino ont fait les dessins et l'ornement; tout le génie de la cité en son plus bel âge s'est rassemblé ici pour glorifier la patrie en dressant le mémorial de ses victoires et l'apothéose de sa grandeur. Il n'y a point de pareil trophée dans le monde ;... partout le déploiement de la force virile, de l'énergie active, de la joie sensuelle, et pour entrée de cette procession éblouissante, le plus vaste des tableaux modernes, un Paradis du Tintoret, long de 80 pieds, haut de 24, où 600 figures tourbillonnent dans une lumière roussâtre qui semble la fumée ardente d'un incendie». Derrière le Palais ducal, le pont des Soupirs (ponte dei Sospiri) le relie aux prisons (1 571- 97), où l'on remarque les puits {pozu) destinés aux condamnés politiques; au S., le quai des Esclaves (riva dei Schiavoni), an milieu duquel s'élève une statue équestre de Victor-Emmanuel (1887), est une des promenades les plus animées de Venise.
3° En dehors de la place Saint-Marc, les principaux monuments sont disséminés, soit à l'E., soit à l'O. du Grand Canal. Le plus curieux à l'E. est SS. Giovanni e Paolo, église de style gothique italien (1240-4430), à trois nefs, très haute, remarquable surtout parce qu'elle était le mausolée de la République, le Panthéon de ses grands hommes, et qu'on peut y suivre, sur une rangée de sépulcres, l'histoire de son génie. Le plus ancien tombeau est celui du doge Morosini (f 1 382) ; le plus moderne, celui du doge Pesaro (f 1665); un monument d'assez mauvais goût a été élevé à Titien. Devant l'église se dresse une statue de Colleoni (en 1475) par André dei Verocchio, que Burckhardt a pu appeler « le monument équestre le plus grandiose du monde ». Santa Maria delV OrtOy de style gothique tertiaire, contient V Adoration du veau d'or et le Jugement dernier de Tintoret. L'église des Gesuiti (1715-30), revêtue de marbre blanc et vert, est un type achevé de style baroque, mais renferme une des œuvres principales du Titien, le Martyre de saint Laurent. San Giobbe (1462) est une petite église de la Renaissance, blanche et nue à l'extérieur, sauf une porte délicatement ornementée. San Salvatore, présente une façade baroque (1663), accolée à un édifice Renaissance (1534). San Giovanni Crisostomo date de 1483, Santi Apostoli de 1672. San Zaccaria (1457-1515) marque la transition du gothique à la Renaissance. San Francesco délia Vigna est une église à une seule nef, dont le vaisseau a été construit en 1534 par Sansovino, et la façade en \ 568 par Palladio. San Giorgio degli Schiavoni, également de la Renaissance, contient de superbes tableaux de Carpaccio. A côté, l'arsenal, précédé de quatre lions antiques rapportés du Pirée en 4687, contient un musée maritime et une collection d'armes. A Textrémité E. de la ville, les jardins publics (giardini pubblici), plantés par ordre de Napoléon sur l'emplacement d'anciens cou-vents (1807), sont ornés d'un monument de Garibaldi (1887). Dans une petite île voisine s'élève San Pietro in CastellOy ancienne église patriarcale de Venise.
Les quartiers à PO. du Grand Canal contiennent également de beaux monuments : au centre, les Frariy une des
VENISE
plus grandes et des plus belles églises de Venise, de style gothique (1250-1H38), à trois nefs, avec des tombeaux de personnages célèbres et un superbe tableau d'autel du Titien ; à côté, San Rocco (1490), avec la magnifique façade de la Scuola di San Rocco (1517). Santa Maria del Carminé y San Sebastiano (1506-18), qui contient d'excellents tableaux et le tombeau de Paul Véronèse ; au S., l'église des Gesuiti, du xvru^ siècle, avec son luxe froid, sa pompeuse façade de gigantesques colonnes composites, de colonnade corinthienne et de petites chapelles revêtues de marbres bigarrés.
4^ La principale île en dehors de la ville est la Giudecca, qui s'étend au S., et contient un quartier pauvre avec un seul monument intéressant : l'église du Redentore, construite en 1596 par Palladio. A côté et dans le prolongement, la petite île de San Giorgio Maggiore est surmontée par l'église du même nom qui fait i'ace à la place Saint-Marc et dresse au-dessus de l'eau son dôme éblouissant de blancheur. La construction en a été commencée en 1560 par André Palladio et la façade terminée en 1575 par Scamozzi,. Plus loin, au Lido, on a aménagé une station de bains de mer très fréquentée pendant la belle saison. Des îles plus lointaines dans la lagune sont occupées par les villas de Murano, Burano et Chioggia. Histoire. — « Ce qui est propre et particulier à Venise, ce qui fait d'elle une ville unique, c'est que seule en Europe, après la chute de l'empire romain, elle est restée une cité libre, et qu'elle a continué sans interruption le régime, l'esprit, les mœurs des républiques antiques. Imaginez Cyrène, Utique, Corcyre, quelque colonie grecque ou punique échappant par miracle à l'invasion ou au renouvellement universel et prolongeant ainsi jusqu'à la révolution française une vieille forme de l'humanité. L'histoire de Venise est aussi étonnante que Venise ellemême. »
Les origines. Les côtes septentrionales de l'Adriatique étaient habitées dans l'antiquité par les Vénètes, qui donnèrent leur nom à la région et furent de bonne heure chassés par les Piomains. Ceux-ci fondèrent dès 181 la colonie d'Aquilée. En 452, lors de l'invasion d'Attila, les habitants de cette ville se réfugièrent dans les lagunes, dont ils occupèrent les îlots. Dès le début, et pendant deux siècles et demi, chaque îlot nomma un tribun, sorte de maire renouvelable tous les ans, responsable devant l'assemblée générale de tous. En 697, les habitants choisirent un chef commun, Paulucio Anafesto, qui prit le nom de doge (du latin dux) et mourut en 716. Au vm® siècle, Venise fut constituée par la réunion des îles du Rialto et d'Oliveto. En 828, sa flotte rapportait le corps de saint Marc l'évangéliste qu'elle choisissait comme patron. Au xi® siècle, elle se dégageait définitivement de la suzeraineté du saint-empire, après avoir secoué la tutelle byzantine, et atteignait la plénitude de son indépendance.
La République de Venise. Développement intérieur et extérieur. A peine indépendante, Venise prit un rapide développement intérieur et extérieur. A l'intérieur, les doges formaient d'abord de véritables dynasties, dont les membres se succédaient les uns aux autres, et le pouvoir appartint successivement aux familles Candiano et Orseolo. En 1033, l'hérédité fut abolie. Les doges s'entourèrent d'un conseil des sapientes, et les assemblées du peuple n'eurent plus lieu que pour les nommer ou pour décider de la paix et de la guerre. A la fin du xii® siècle, la constitution se précisa et prit une forme aristocratique. Le doge fut entouré d'assemblées qui restreignirent son pouvoir : le Grand Conseil {Consiglio maggiore) y renouvelé tous les ans ; le Petit Conseil ou Signoria, composé du doge et de six assesseurs ; la Quarantia, investie des fonctions d'abord judiciaires, puis politiques, et dont les trois présidents (capi) entrèrent au xiii^ siècle dans la Signoria ; enfin le Sénat ou Consiglio dei Pregadi, qui fut définitivement organisé en 1203 et s'occupa spéciale-
ment de politique étrangère. En 1297, cette évolution se termina par ce qu'on appela la « fermeture du Grand Conseil » {la Serrata del gran Consiglio). Les membres de cette assemblée, qui détenait la souveraineté, devinrent héréditaires, furent inscrits plus tard sur un livre d*or et ne laissèrent pénétrer personne parmi eux. Un mouvement de réaction contre cette révolution (conjuration de Tiepolo, 1310) amena la formation d'un Conseil des Dix {Consiglio dei Diccï) chargé de la haute police politique, nommé d'abord pour deux mois et devenu permanent après
Depuis le xi® siècle et grâce aux croisades, Venise avait étendu en Orient son influence et ses établissements. En 1082, elle obtenait les privilèges les plus étendus dans l'Empire byzantin et fondait une colonie à Péra ; quelques années après, l'empereur Alexis lui abandonnait la souveraineté de la Dalmatie et de l'Istrie grecque. Pendant les premières croisades, elle s'enrichit en fournissant des moyens de transport aux croisés ; la quatrième tourna plus directement à son avantage puisqu'elle s'en servit pour prendre Zara, qu'elle la détourna ensuite sur Constantinople (1203) et qu'elle fit payer son concours par l'acquisition de Candie et plusieurs îles de la mer Egée. Après la chute de l'Empire latin d'Orient (1261), elle resta maltresse des Echelles de Turquie, d'une partie de l'archipel et de la Morée. Ses rapides progrès devaient nécessairement exciter la jalousie de ses rivales, et en particulier de la plus puissante Gênes. Une lutte de cent trente années avec cette cité se termina, en 1379 : par une grande victoire maritime à Chioggia ; en 1380, par une victoire continentale ; en 1381, par le traité de Turin qui mettait fin aux hostilités. Délivrée de celte rivalité, la puissance de Venise prit une nouvelle extension sur les côtes de l'Adriatique et même sur la terre ferme. En 1387, Corfou, qui dépendait de Naples, se donna à la République. Sous le doge Sténo (1400-14), le général Malatesta prit Vicence, Bellune, Feltre, Vérone, Rovigo et Padoue (1403) ; Lépante et Padoue furent occupées en 1408, Guastalla en 1409. Sous Thomas Mocenigo, la flotte, commandée par Lorédan, battit en 1416 la flotte turque près de Gallipoli et reconquit en 1420 et 1421 les côtes de la Dalmatie. Sous François Foscari (1423-57), Venise s'empara deBrescia en 1426 et deBergameenjl428. Ravenne fut annexée en 1440, Crémone en 1448, Zante et Céphalonie en 1483, Rovigo en 1484. En 1489, la veuve des derniers rois de Chypre, Catherine Cornero léguait cette île à la République. Pendant toute cette période d'extension territoriale, la politique intérieure avait été peu active; elle ne présente d'autres incidents que la conjuration du doge Marino Falieri, décapité en 1355 pour avoir voulu renverser le pouvoir de l'aristocratie, et la déposition de François Foscari, en 4457, pour être devenu suspect au Conseil des Dix.
U apogée. La seconde moitié du xv® siècle est l'époque de r apogée de la puissance de Venise ; ses domaines s'étendent, en Italie, des Alpes àRiminietàBergame; elle possède toutes les côtes de l'Adriatique, de l'embouchure du Pô jusqu'à la Morée, et détient Zante, Chypre et Candie ; elle a des comptoirs sur les côtes de la mer Noire, de la Caspienne, de la Syrie et du N. de l'Afrique. Sa population monte à 200.000 hab., son exportation annuelle à 120 miUions de fr. Ses 300 grands navires et ses 3.000 petits vaisseaux sont montés par 36.000 marins. Une flotte de guerre de 45 galères, avec 11.000 hommes d'équipage, veille à la sûreté des mers. Cette prospérité maritime s'exphque, et par les avantages de sa situation, et parle caractère de sa politique. Située entre la mer et la terre, protégée contre l'une par le Lido., contre l'autre par les lagunes, elle est à l'abri de toutes les attaques et reste inexpugnable. Placée au centre des régions commerçantes, à l'extrémité de la route maritime que constitue l'Adriatique et de la route continentale que forme la dépression des Alpes, elle communique facile-
VENISE
ment avec tous les marchés de l'Allemagne d'une part, de Flandre et de la Scandinavie d'autre part. En contact avec des hommes de tout pays, elle perd tout préjugé de nationalité ou de race, s'allie avec des Allemands ou des Turcs et n'écoute que la voix de ses intérêts.
La décadence politique et morale. Cette brillante période fut presque immédiatement suivie d'une longue décadence dont les causes furent multiples. Tout d'abord la découverte de l'Amérique (1492) enleva au bassin de la Méditerranée une partie de son importance commerciale. Après la découverte de la route de l'Inde par le cap de Bonne-Espérance (1498), elle perdit sa position d'intermédiaire obligée entre l'Orient et l'Occident. Enfin, la prise de Constantinople (1453) lui avait fait perdre d'abord ses marchés, puis ses conquêtes en Orient. Par les traités de paix conclus avec les Turcs en 1479, 1503 et 1540, elle dut renoncer à toutes ses possessions, à l'exception de la Crète, de Chypre, des îles Ioniennes, et de quelques pi aces en Albanie. En même temps,. elle se voyait menacée en Italie même. En 1508, le pape, l'empereur, les rois de France et d'Aragon concluaient contre elle la ligue de Cambrai. En 1509, elle perdait la bataille d'Agnadel. Elle réussissait néanmoins à séparer les coalisés et à négocier séparément, en 1511 avec le pape et l'Espagne, en 1513 avec la France ; mais par la paix de 1517 elle perdait Crémone, la frontière de l'Adda, Ravenne, Roveredo et Riva. Elle reprit alors la lutte contrôles Turcs ; en 1571, sa flotte, unie à celle de la chrétienté, les battit à Lépante, mais ne put leur reprendre Chypre. En 1645 éclate une nouvelle guerre qui aboutit à la perte de Candie (1659). Après le siège de Vienne (1683), une alliance conclue avec TAutriche, la Pologne et la Russie, fournit à Francesco Morosini l'occasion de s'illustrer et se termina par la paix de Carlowitz (1609) qui ne laissait à la République que la Morée, les îles d'Egine et de Sainte-Maure, les bouches du Cattaro et la Dalmatie. La paix de Passarowitz lui enleva la Morée. Enfin, pendant le cours du XVIII® siècle, elle eut à lutter dans l'Adriatique contre l'incursion des Uscoques, pirates slaves, que soutenait l'empereur d'Allemagne.
A la décadence extérieure succéda la décadence intérieure, et le déclin des mœurs suivit la perte des territoires. L'aristocratie, restant un corps fermé et n'ayant pas à défendre ses privilèges, choisit le plaisir comme unique occupation. Au XVIII® siècle, Venise est le casino ou le tripot de l'Europe, et la vie s'y réduit à un perpétuel carnaval ; elle finit dans la nonchalance et la volupté. On ne voit que fêtes publiques et privées dans les mémoires des écrivains et les tableaux des peintres. Plus de foi : les Vénitiens suivent la doctrine d'Epicure rajeunie par Cremonini, S(»n disciple, professeur à Padoue. Plus de morale; on compte deux fois plus de courtisanes qu'à Paris, le mariage n'est qu'une formalité, la dissolution pénètre même dans les couvents. Plus de foyer et plus d'autorité domestique. Toutes les vertus qui ont fait la grandeur passée de Venise sont mortes, et la République est mûre pour l'invasion.
Période contemporaine. Aussi s'écroule-t-elle au premier souffle de la Révolution. Le Sénat avait commis l'imprudence d'écarter du gouvernement les nobles de terre ferme et de se créer ainsi, en Italie, de dangereuses inimitiés. Bonaparte, vainqueur des Autrichiens, en profita pour s'y créer un parti, pour intervenir à Bergame et à Brescia, pour avoir querelle ouverte avec la République. En mai 1797, 11 profita du massacre de soldats français à Vérone pour lui déclarer la guerre, renversa son gouvernement et occupa sa capitale (16 mai). Par le traité de Campo-Formio (1 8 oct.), il mettait fin à son indépendance, partageait son territoire entre l'Autriche, qui en avait la partie orientale jusqu'à l'Adige, et la République cisalpine. L'Autriche ne fit que passer à Venise, qu'elle céda au royaume d'Italie en 1805 (26 déc.) sans avoir eu le temps d'y marquer sa domination par aucune œuvre
importante. Napoléon au contraire y ordonna de grands travaux, y fit construire les jardins publics et réorganisa l'arsenal, mais ne put empêcher la décadence commerciale de s'accentuer. En 1814, la ville fut prise par les Autrichiens après un blocus de six mois et leur resta définitivement. Ils y établirent un port franc en 1830, mais ils ne purent ni relever l'ancienne prospérité, ni faire accepter leur souveraineté. Aussi le mouvement de réforme qui agita l'Italie après l'avènement de Pie IX (1846) y trouva-t-il un écho. Un avocat, Daniel Manin, dirigea le mouvement, souleva le peuple à la nouvelle des révolutions de Vienne et de Milan (22 mars 1848) et proclama la République de Saint-Marc dont il devint le président provisoire. En juillet, une assemblée nationale proclama la réunion à la Sardaigne, mais en août, Manin reprit la dictature et fut proclamé président de la République. De mai à août 1849, Venise, étroitement bloquée par les troupes de Haynau et de Radetzky, se défendit héroïquement. Après la capitulation (30 août 1849), elle retomba sous le joug autrichien. En 1866, elle fut cédée à l'empereur Napoléon qui à son tour la rendit à l'Italie. Le 22 oct., un plébiscite sanctionna cet événement et, le 9 nov., Victor-Emmanuel fit à Venise son entrée solennelle.
II. Province et lagunes. — La prov. de Venise s'étend le long de la mer Adriatique, du Tagliamento à l'Adige, et est bornée au N. par les prov. d'Udine et de Trévise, à l'O. par celle de Padoue, au S. par celle de Rovigo. Elle avait en 1901 une superficie de 2.432 kil. q. et une population de 400.030 hab. Elle comprend : d'une part, une plaine fertile, arrosée par les nombreuses rivières qui descendent des Alpes (Tagliamento, Livenza, Pi ave, Sile, Marzenigo, Brenta); d'autre part, une région côtière que caractérise la présence des lagunes. Ce sont des bassins lacustres, qui couvrent une superficie de 330 kil. q. et qui sont séparés de la mer par une bande de sable dite httorale (Lido), large d'environ 900 m., percée de rares ouvertures, et consolidée entre Malamocco et Chioggia, sur une longueur de 18 kil. par des travaux d'art en maçonnerie {murazû). La lagune contient un grand nombre d'îles dont les plus célèbres sont, outre Venise, celles de Burano, San Michèle, San Cristoforo, San Clémente et San Servilio. Les principales productions naturelles de la province sont le blé, le maïs, le riz, les légumes, le vin; ses principales industries, la pêche, la filature de soie et de coton, la verrerie artistique. Administrativement, elle comprend 50 communes, réparties entre sept districts (Venise, Chioggia, Mestre, Murano, Portogruaro, San Donà ai Piave). A. Pingaud.
ÎII. Golfe de Venise. — Nom donné à la partie N. de la mer Adriatique entre la Vénétie et l'Istrie : sa largeur est de 100 kil. à l'entrée, et sa plus grande longueur de 120 kil. Les côtes sont basses, bordées de lagunes et de marécages au N. et à FO., avec Venise et les ports de la lagune. Les côtes de TE., ou de l'Istrie, présentent de bons abris (Trieste, Pirano, Rovigno, Pola). Les ports célèbres autrefois d'Adria et d'Aquilée sont maintenant dans l'intérieur des terres (le golfe de Venise reçoit des fleuves nombreux descendus des Alpes, chargés d'alluvions : Flsonzo, le TagUamento, la Piave, l'Adige, le Pô). La profondeur du golfe varie de 5 à 15 m. Son étranglement auN.-E., entre Pirano et les bouches de l'Isonzo porte le nom de golfe de Trieste. La marée s'y élève de 1 mètre. BiBL. : GÉOGRAPHIE.— J. GouRDAULT, Veuise et la Vénétie; Paris, 1886. — Em. Molinier, Venise, ses ares décoratifs, ses musées et ses collections: Paris, 1889. — MoLMENTi, Gain et canali in Venezia ; Venise, 1889-92. -- MûLLER, Venedig, seine Kunstchâtze und historische Ennnerungen; Venise, 1876. — Taine, Voyage en Italie; Paris^ 1865.-— Charles Yriarte, Venise. Histoire, art, industrie, la ville, la vie ; Paris, 1877.
Histoire. — Cecchetti, la Republica di V. e la corte di Roma; Venise, 1890. — Cicogna, I dogidi Venezia; Venise, 1887. — Claar, Die Entwickelunq der venezianischen Verfassung (1112-1291); Munich, 189è.- Dandolo, Lacaduta delta Repubblica di V.; Venise, 1855. — Daru, Hîs-*