‹ La Grande encyclopédie (volume 2)Chapitre 424 sur 633 · VÉRONÈSE — VERRE · texte numérisé non relu

VÉRONÈSE — VERRE

un génie supérieur, ou même égal, comme créateur ou novateur, au génie de Giorgione, Titien ou Tintoret, mais parce que, venu après eux et profitant d'eux, il se développa et s'épanouit, dans l'allégresse heureuse d'une assimilation spontanée, avec une aisance et une abondance incomparables. Déjà très formé, nous l'avons vu, à vingthuit ans, par l'étude de ses compatriotes à Vérone, de Mantegna et de Jules Romain à Mantoue, lorsqu'il s'installa à Venise, il y apporta, entre Titien et Tintoret, l'un contemplateur calme de la beauté, l'autre agitateur violent de formes et de lumières, un renouvellement et un agrandissement inattendus dans l'art de la décoration épique. Le contact de ces maîtres puissants, comme plus tard celui de l'antiquité et du Vatican à Rome, ne firent que développer et exalter en lui des qualités, naturelles ou acquises, déjà mises à l'épreuve, science de coloriste, dessinateur, compositeur, abondance et liberté d'imagination poétique, observatrice, vivante. Aucun peintre n'a été plus constamment, et avant tout, un peintre, un plus sûr charmeur des yeux par l'unité et la [sensibilité des harmonies colorées que Paul Véronèse. Dans toutes ses toiles, petites ou grandes, c'est toujours la même aisance, tantôt grave et puissante, tantôt joyeuse et délicate, à transporter, en des visions poétiques, les forces, les beautés, les grâces du monde vivant. Aucun artiste, depuis les Grecs, n'a transformé si sincèrement, si naturellement, les créatures terrestres en créatures de rêve, les réalités en allégories. La sérénité avec laquelle il se meut, sans préjugés, sans pédantisme, sans effort, ,dans ses visions enchantées où se mêlent et se confondent l'histoire et la légende, le paganisme et le christianisme, le passé et le présent, les saintes et les courtisanes, ravit les yeux, en même temps qu'elle apaise l'esprit et berce la pensée. Si l'on remarque, en outre, que ce décorateur, festoyant et poétique, est aussi, par instants, quand il veut, un physionomiste délicat et un poète attendri, exprimant, dans ses figures de femmes, saintes et vierges, la tendresse, la souffrance, la douleur (V. le Calvaire^ musée du Louvre) aussi naturellement que l'affabilité dans ses figures de Christ, on ne s'étonnera point que son influence, depuis plusieurs siècles, n'ait cessé de s'exercer, dans toutes les écoles, sur les meilleurs maîtres, et que Rubens, Van Dyck, Velazquez, Murillo, tous les décorateurs du xvii® ou du XVIII® siècle, Tiepolo, Lemoine, Boucher, Fragonard, et, de notre temps, Delacroix, Baudry, Makart, etc., se soient inspirés de lui. Paul Véronèse eut pour élèves et collaborateurs son frère Benedetto (1538-98), et ses deux fils, Carlo, dit Carletto, peintre de talent, digne de son père, mort à vingt-six ans, et Gabrielle (1564- 1631) qui abandonna la peinture après la mort de son frère et de son oncle. Georges La^fenestre.

BiBL. : Vàsari, Ed. Milanesi, t. VI, p. 369. —Carlo Ri- DOLFi, le Maraviglie delV Arte ; Venise, 1648. — Boschi- Ni, le Minière délia Pittura ; Venise, 1664. — La Caria del Navegar pittoresco; Venise, 1660. — Dal Pozzo, le Vite de' Pittori, Scultori ed Architetti Veronesi; Vérone, 1718. — Zanetti, Délia, Pittura Veneziana : Venise, 1771. -- Ch. Yriarte, la Vie d'un Patricien de Venise au xwi" siècle ; Paris. — Pietro Caliari, Paolo Veronese, sua vita e sue opère ; Rome, 1888.— Ch. Yriarte, Paul Veronese; Paris, dans Collection des Artistes célèbres, 1888 — E. Mûntz, Histoire de l'Art pendant la Renaissance, t, III, pp. 641- 6G0. — Franz-Hermann Meizner, Véronèse^ dans Kûnstler-Monographien ; Leipzig, 1897.

VÉRONÈSE (Alessandro Turchi, dit), peintre italien (V. TuRcm).

VÉRONIQUE (VeronicaL,). l. BoTANiQUfc:.— Genre de Scrofulariacées-Rhinantées, composé d'herbes et d'arbrisseaux. Les feuilles simples et sans stipules ont un limbe entier ou diversement découpé. Les fleurs, irrégulières, hermaphrodites, peuvent être isolées ou bien disposées en grappes ou en épis. Le cahce et la corolle sont construits sur le type 5. L'androcée ne comprend que 2 étamines. Le fruit est une capsule ovale ou obcordée, comprimée, biloculaire, s'ouvrant par 2-4 valves. Le genre Véronique renferme environ 200 espèces qui se rencontrent surtout

dans les régions tempérées et montagneuses. Les feuilles delà Véronique officinale (F. officinaUs L.), vulgairement

Véronique (Beccabunga).

Thé d'Europe, employées en infusion, procurent une boisson agréable un peu tonique. La Véronique beccabunga (F. Beccabunga L.) fournit par expression un suc antiscorbutique. W. RUSSELL.

II. Horticulture. — Le Veronica speciosa Hook., la plus belle espèce du genre, se cultive, comme plante d'appartement, en pots remplis de terre de bruyère et de terreau de feuilles, ou bien comme plante de pleine terre, sous les climats doux ; un sol frais et de bonne qualité, une exposition un peu ombragée, lui conviennent alors beaucoup. On cultive de la même manière les F. salicifo- Ha Forst. y V. Andersoni Hort., F. Lindleyana Hort. Ces arbustes se multiplient de graines et de boutures qui reprennent facilement. La Véronique petit Chêne, V.chamœdrys L., plante très rustique dont on fait de jolies bordures et le F. virginica L., que Ton cultive en touffe ou en massif, se multiplient de graines ou d'éclats du pied, à l'automne ou au printemps. G. Boyer.

VÉRONIQUE (Sainte) (V. Suaire [Saint]).

VÉRONNE. Rivière du dép. de VEure (V. ce mot).

VÉRONNE. Com. du dép. de la Drôme, arr. de Die, cant. de Saillans ; 415 hab.

VÉRONNES-les-Grandes. Com. du dép. delà Côted'Or; arr. de Dijon, cant. de Selongey ; 303 hab.

VERONNES les-Petites. Com. du dép. de laCôte-d'Or, arr. de Dijon, cant. de Selongey; 130 hab.

VEROSVRES. Com. du dép. de Saône-et-Loire, arr. de Charolles, cant. de Saint-Bonnet-de-Joux ; 1.173 hab.

VER P EL. Com. du dép. des Ardennes, arr. de Vouziers, cant. de Buzancy ; 383 hab.

VERPlLLIÈRE(La).Ch.-ldecant. du dép. de l'Isère, dans les marais desséchés de la plaine de la Bourbre (V. ce mot), arr. devienne; 1.23Thab. (1 .225 aggi.), Stat. de chem. de fer.

VERPILLIÈRES. Com. du dép. de l'Aube, arr. de Barsur-Seine, cant. d'Essoyes; 393 hab.

VERPILLIÈRES. Com. du dép. de la Somme, arr. de Montdidier, cant. de Roye; 138 hab.

VERQUIÈRES. Com. du dép. des Bouches-du-Rhône, arr. d'Arles, cant. d'Orgon; 189 hab.

VERQUIGNEUL. Com. du dép. du Pas-de-Calais, arr. et cant. de Béthune ; 755 hab. Stat. de chem. de fer.

VERQUIN.Com. dudép. du Pas-de-Calais, arr. et cant. de Béthune ; 912 hab.

VERRAT (Zootechn.) (V. Porc).

VERRE. I. Historique- — La verrerie paraît avoir été, comme la céramique, l'une des industries les plus anciennes. Au récit de Pline, la découverte du verre serait due à des marchands phéniciens : ayant relâché à l'em-

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bouchure du Belus et s*étant servis, à défaut de pierres, pour exhausser leurs marmites, de pains de natron (carbonate de soude) pris dans leur cargaison, ils auraient observé que, sous l'action du feu et mélangé avec le nitre, le sable du rivage donnait naissance à une matière fluide et visqueuse devenant, après refroidissement, dure et transparente. Mais il est plus vraisemblable que le premier verre fut le produit d'un accident de cuisson de briques ou de poteries et, de fait, c'est chez les Egyptiens, passés maîtres dans l'art céramique, qu'on signale les plus anciennes verreries. La tradition veut même que Sésostris ait eu en sa possession, grâce à la science des prêtres de Thèbes et de Memphis, un sceptre en verre imitant Témeraude. On a, en tout cas, trouvé dans la première de ces villes un grain de collier en pâte vitrifiée sur lequel sir Gardner Wilkinson a lu le prénom d'une reine de la xviii^ dynastie, et les peintures des hypogées de Beni-Hassan (V. ce mot) qui représentent les phases principales de la fusion et du soufflage du verre paraissent remonter à l'an 2500 avant notre ère (fig. 1). Les Sidoniens, qui trouvaient sur les rives du Belus, là justement

Fig. 1.

■ Souffleurs de verre égyptiens (Hypogées de Beni-Hassan.

OÙ Pline a placé son anecdote, un sable particulièrement propre à la vitrification, furent aussi d'habiles verriers. Il y a même tout lieu de croire que, pendant des siècles, ils demeurèrent, avec les Egyptiens, les pourvoyeurs du monde entier ; car si les Hébreux, les Mèdes et les Perses firent, sans nul doute, usage du verre, rien ne permet de supposer qu'ils le fabriquaient. On en peut dire autant des Grecs, bien qu'en ce qui les concerne l'opinion contraire ait été soutenue, et ce ne fut guère qu'au début du règne de Tibère, tout au commencement de notre ère, que cette industrie commença à être pratiquée à Rome. Elle y eut, du reste, pour premiers ouvriers, des artistes amenés d'Egypte. Mais bientôt les verreries romaines, installées à l'origine près du cirque Flaminius et du mont Cœlius, surpassèrent, comme produits, les verreries égyptiennes. Elles ne tardèrent pas, en outre, à se multiplier et à se répandre dans tout l'Empire. Cumes et Sorrente, notamment, jouirent de bonne heure, pour leurs coupes gravées, d'une certaine célébrité. L'Espagne suivit, puis la Gaule, qui eut, dans le Poitou, et peut-être aussi en Normandie et dans le Lyonnais, de florissantes verreries. Enfin lorsque Constantin I^^ transporta sa résidence à Byzance, il y emmena des verriers, qu'il combla de faveurs, et que Théodose II devait exempter de tout impôt. La verrerie égyptienne ne nous a légué que très peu d'échantillons de sa production : ce sont, en général, de petits flacons, transparents ou opaques, à la teinte légèrement verdâtre, et tantôt unis, tantôt veinés et chevronnés de filets et de rubans d'une couleur tranchant sur le fond. Les cercueils se faisaient aussi en verre : témoin celui où Maspero a trouvé en 1886 le corps de RamsèsII. La verrerie romaine nous est beaucoup mieux connue : la seule collection du musée de Naples, enrichie surtout par les fouilles de Pompéi, renferme près de huit mille pièces. Les objets destinés au service de la table dominent, depuis les verres à boire en forme de coupes, de tasses ou de bols, jusqu'aux brocs à eau, aux huiliers, aux jattes à fruits, aux vases simplement décoratifs. La droguerie

et la parfumerie sont représentées, de leur côté, par des flacons à collyres, à pommades et à poudres, par des bocaux à onguents, par des fioles à parfums. A signaler également les boules avec lesquelles jouaient les élégantes pour entretenir la fraîcheur de leurs mains, les oiseaux qu'elles se mettaient dans les cheveux, les boutons, colliers, bracelets, chatons de bague, cachets, camées, simulant le cristal de roche ou les pierres précieuses, enfin les verres à vitre que Sénèque mentionne le premier et dont on a retrouvé dans les ruines de Pompéi plusieurs plaques mesurant jusqu'à 0^,50 de largeur sur 0«^,72 de hauteur et 0"^,005 à 0«^,006 d'épaisseur. Tous ces objets sont caractérisés par une teinte laiteuse due à une lente décomposition, mais d'autant moins prononcée qu'ils ont été moins exposés à l'air et à l'humidité. Aussi ceux provenant de Pompéi sont-ils les mieux conservés. Le verre soufflé, moulé ou coulé, est ou blanc, ou coloré dans la masse : en bleu, en vert, en violet, en jaune, plus rarement en rouge. Des fils, des rubans de couleur se déroulent en spirale : c'est le filigrane. Des vermiculés, de tons difl'érents, sont aplatis dans les fonds. La forme est inspirée très souvent, dans les grandes pièces, par des modèles en terre ou en métal. Presque toujours elle est gracieuse. Le décor, parfois très riche, est ou moulé à chaud avec la pâte, ou obtenu à froid par la taille, la gravure en creux ou la ciselure en relief. Le «vase dePortIand» du British Muséum (fig. 2), qui a été déterré au xvi« siècle dans la

Fig. 2. — Vase de "Portland (British Muséum).

Campagne de Rome et qui a fait longtemps partie de la collection Barberini, et le « vase de la Vendange » du musée de Naples, l'un et l'autre de fond bleu avec décor en verre opaque blanc travaillé à la façon des camées, sont les deux pièces les plus fameuses de cette dernière facture, qui marque le point culminant de la verrerie antique. Comme composition chimique, le verre romain ne diffère guère du verre moderne que par une plus grande teneur en alcalis et par la présence presque consfante de manganèse. Claudet a ainsi trouvé, à l'analyse, dans le verre à vitre de Pompéi : silice, 69,43; chaux, 7,34: soude, 17,21 ; alumine, 2,55 ; oxyde de fer, 1,15; manganèse, 0,39. Le cristal s'obtenait, comme de nos jours, par l'ad-

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jonction de plomb. Les pièces byzantines sont plus rares encore que les pièces égyptiennes. L'une des plus belles est la coupe de Chosroès l®"" (vi® s.), mi-partie verre et mi-partie cristal de roche, qui est conservée au Cabinet des médailles de la Bibliothèque nationale.

La verrerie arabe remplaça la verrerie byzantine. Verrerie d'art par excellence, elle tint le premier rang du XI® au xiY® siècle, et il en subsiste quelques curieux monuments, entre autres une coupe du xiii® siècle (collection Schefer), le verre dit de Charlemagne, également du xni® siècle (musée de Chartres), le verre dit de Sainte- Hedwige (musée d'Amsterdam) et le calice dit des Huit- Prêtres (musée de Douai), de la même époque, une lampe émaillée du xiv® siècle (collection E. André). Elle devait être détrônée à son tour par la verrerie vénitienne, née sur les ruines de la verrerie romaine, mais demeurée pendant tout le moyen âge tellement ignorée que le document authentique le plus ancien où il y soit fait allusion est un traité passé en 1277 entre le doge et un prince d'Antioche. Développée surtout, durant les années qui suivirent, à l'instigation du voyageur Marco-Polo, qui fit connaître au loin ses produits, elle commença vers 1305

Fig. 3.— Coupe en verre de Venise, xvi^ s. (Musée de Cluny).

ou 1310 à concurrencer sérieusement la verrerie orientale et, au XV® siècle, aucun pays, sauf l'Allemagne, ne fabriquant plus le verre, elle détenait le monopole de cette fabrication, du moins pour la verrerie d'art et les miroirs. Le Conseil des Dix prit de rigoureuses mesures pour le lui conserver. Tous les verriers furent relégués dans l'île de Murano et défense leur fut faite d'émigrer sous les peines les plus sévères. « Si un ouvrier, dit un décret du 27 oct. 1547, qui ne faisait que rééditer les prescriptions antérieures, transporte son art dans un pays étranger, ordre lui sera envoyé de revenir; s'il n'obéit pas, on mettra en prison ses proches; si,. malgré cela, il s'obstine, on chargera quelque émissaire de le tuer. » L'appât du gain fut plus fort que les lois. Dès 1438, on trouve à Vienne un verrier de Murano, Onofrius de Blondio, et, en 1486, un autre, Nicolas Valche. En 1459, Angeli Beroviero avait un engagement avec la seigneurie de Florence. Dans les dernières années du xvi® siècle, Guido diSavinoest à Anvers et un verrier italien, dont le nom est inconnu, réside, en 1590, à Chiraz, en Perse. L'Allemagne, principalement, fut à même, dès le xvi® siècle, de rivaliser avec Venise. Nuremberg et Prague, ses deux centres principaux de fabrication, créèrent, à cette époque, un genre nouveau quant à la forme et à la décoration, cette dernière consistant en peintures émaillées. Puis, en 1609, Gaspard Lehmann, dit-on, inventa la gravure sur verre, et ce fut, depuis, le triomphe du verre de Bohême, qui est, en somme, par ses origines, un verre allemançl et qui n'a jamais été surpassé comme Hmpidité de la matière et

comme beauté d'exécution. A la fin du xviii® siècle, la Bohême comptait 70 verreries et 5.000 verriers et, dans l'île de Murano, on fabriquait aux lieu et place du verre de Venise, passé de mode, des verres « façon Bohême ». Dans nos pays, l'industrie du verre, disparue avec la chute de l'empire romain, eut son réveil tout au commencement du xiv*^ siècle. Un document de l'époque nous apprend qu'en 1338 Humbert II, dauphin du Viennois, autorisa un sieur Guionet, maître verrier, à établir, dans la forêt de Chamborant, une fabrique, qui, en 1618, trafiquait encore avec les Flandres, et, vers le même temps, d'autres verreries surgirent en grand nombre sur tous les points du territoire : à Quiquengrogne, dans l'Aisne ; à la Roche et à Moulchamp, en Vendée, mais principalement en Normandie et en Lorraine. Leurs propriétaires, qui ne se rendaient au four que l'épée au côté, étaient ces fameux gentilshommes verriers, tous nobles de race..., ou anoblis : les de Brossard, les de Cacqiieray, les de Bongars, les Le Vaillant, dans l'Ouest; les Brysonale, les Ilennezel, les M en gin, les du Tyson, dans l'Est.

En 1448, ils obtinrent, par lettres patentes, pour leurs hoirs ou successeurs , des privilèges fort étendus, tels que l'exemption de tout impôt, et il fallut une lutte de près de deux siècles, marquée par toute une série dédits et d'arrêts, pour les faire partiellementrentrer dans le droit commun. Ils n'eussent pas, d'ailleurs, malgré les quohbets dont on les accablait, échangé leur titre contre une couronne de comte ou de marquis.

Et pourtant, ils n'étaient rien moins que des artistes. Ils ne fabriquaient guère, en effet, que des « plats de verre », autrement dit des verres à vitre, et la verrerie de luxe ne date réellement en France que du règne de Henri II, qui, en 1550, installa à Saint-Germain-en-Laye, avec privilège de confectionner des ouvrages de verre «de la même beauté et excellence que ceux qu'on voulait apporter de Venise », un excellent ouvrier bolonais, Theseo Mutito. Encore la tentative, contrariée par les guerres de religion, ne réussit-elle que médiocrement, non plus que d'autres analogues de îlenri IV, en 1597 et 1600. Colbert fut plus heureux. S'il n'accorda qu'une protection fort limitée à nos verreries de l'Ouest et du Centre, il réussit, du moins, à faire dérober aux Vénitiens par François de Bouzy, notre ambassadeur, le secret, jusque-là impénétré, de la fabrication de leurs glaces, et, avec le concours des ouvriers que celui-ci débaucha, monta, en 1660, la manufactiire du faubourg Saint-Antoine, devenue plus tard, par sa fusion avec celle de Tourlaville, la glacerie de Saint-Gobain, qui devait porter à la perfection cette branche de l'industrie du verre (V. Glace, t. XVIIÏ, p. 1020). Il ne fut pas aussi aisé, malgré les grandes fabriques fondées à Saint-Louis (Alsace), au Creuset, à Folembray, etc., de triompher de la verrerie allemande, demeurée supérieure Jusqu'à la fin avec ses verres de Bohême, ni de la verrerie anglaise,

Fi-. 4.

Verre de Bohême, xvn« s.

VERRE

célèbre déjà au x\ii® siècle par ses cristaux massifs, et notre infériorité en matière de gobeleterie s'est prolongée presque jusqu'à nos jours, au profit des pays que nous venons de mentionner et aussi de la Belgique. L'industrie de la verrerie a subi d'ailleurs, depuis un quart de siècle et d'une façon générale, de profondes transformations. La substitution partout réalisée de la houille au bois, l'abaissement de pris, des sels alcalins, l'usage de moules métalliques et l'introduction des fours à gaz ont été les grandes étapes du progrès. Pratiquement, il s'est traduit par une extension considérable de la fabrication, par un abaissement sensible des prix de vente et par une tendance, chaque jour plus prononcée, de la verrerie commune à se rapprocher, comme aspect et comme formes, de la cristallerie. L'art, par contre, y a peu gagné, et les belles productions du x\^, du xvi® et du xvii® siècle n'ont pas encore été surpassées. Toutefois une mention est due à l'œuvre, actuellement très prisée dans le monde entier, des deux maîtres verriers Galle et Dauru, de Nancy. Le premier, artiste doublé d'un poète, a créé, en ces dernières années, un genre tout nouveau, aux décorations ardentes, mais d une imagination quelquefois un peu excessive. Le second, moins symbohste, est connu surtout par ses vases à la surface givreuse, rehaussée de dessins plaqués, d'un coloris chaud et du meilleur goût. L'un et l'autre ont, en Frauce et à l'étranger, de nombreux imitateurs, souvent peu heureux.

Composition et propriétés. — Caractères généraux. — Le nombre des mélanges qui, soumis à l'action d'un feu plus ou moins vif, sont susceptibles de se vitrifier, est à peu près infini, tous les corps non volatils pouvant entrer, comme éléments essentiels ou accessoires, dans les verres industriels. Mais, en fait, le verre est le produit de la combinaison par la fusion d'un acide, la silice (V. ce mot), avec une ou plusieurs bases alcalines ou terreuses. Mises en présence, ces matières, qui, prises isolément, sont infusibles, provoquent leur fusion réciproque. Le mélange, réduit en une poudre plus ou moins fine, mais bien homogène, est chauffé dans un creuset. Tout d'abord l'aspect reste le même. A une température qui varie entre le rouge naissant et le rouge cerise, la poudre s'agglomère. Puis elle prend une consistance visqueuse sans cesser d'être opaque et, la température continuant de s'élever régulièrement, devient plus fluide. Enfin elle arrive, aux environs de 4.500 à 4.600^ C, à être tout à fait liquide, au point que les bulles d'air ou d'acide carbonique qui y étaient incluses viennent crever à la surface, laissant, après quelques instants, un culot bien lim-

pide (verre afiiné). Si alors on éteint le fourneau, le refroidissement s'opère suivant une courbe bien régulière, sans arrêt ni à-coup accusant un changement d'état dans la matière, et le verre, augmentant progressivement de viscosité, parvient à la solidification complète, sans perdre pour cela de sa limpidité. Seulement, si le refroidissement est très rapide, le culot est sans cohésion : il se fendille. Si le refroidissement est suffisamment lent, il acquiert de la résistance et de l'élasticité : d'où la nécessité du recuit ou recuisson. Si le refroidissement est très lent ou si on maintient le verre pendant un temps prolongé à une température un peu supérieure à celle où il se ramollit, il se forme des points opaques cristallins, qui finissent, à la longue, par envahir toute la masse : il y a dévitrificalion (V. ce mot). Ces divers phénomènes se reproduisent dans le même ordre avec tous les verres. Ils marquent les principales étapes de la fabrication : le frittage, qui amène les matières vitrifiables à une température élevée et qui, en même temps, les débarrasse partiellement de leurs éléments volatils; la fonte, ou dissolution de l'élément réfractaire, la silice, dans les éléments fondants, les alcalis ; ïa/finagCy qui débarrasse le verre de ses impuretés, de ses bulles de gaz, et qui s'effectue d'autant mieux que la température est plus élevée ; la bi^aise ou raffinage, qui correspond au refroidissement.

Composition chimique. — La silice constitue toujours l'élément vitriable, soit qu'on emploie un sable blanc très pur, comme celui de Fontainebleau, soit qu'on se contente de sable commun. Au contraire, la base, le fondant, est de nature variable. Il s'y trouve toujours de la soude ou de la potasse. Mais la chaux, la magnésie, l'oxyde de plomb sont aussi très employés, et à ces cinq substances principales il faut encore ajouter : l'alumine, dont tous les verres contiennent au moins des traces, l'oxyde de fer, qui donne aux glaces les plus pures la coloration verdàtre ; l'oxyde de manganèse ou « savon des verriers », qui blanchit, ou, plus exactement, bleuit le verre vert, la magnésie, qui combat les inconvénients de l'excès de chaux, la baryte, qui donne des verres lourds assez brillants, se rapprochant du cristal, et qui commence à être très en usage en gobeleterie, la lithine, qui procure également un très bon fondant; enfin les divers métaux introduits dans la pâte comme colorants : nickel, cobalt, cuivre, argent, urane, or, platine, etc. Le verre ne saurait, par suite, être chimiquement défini, et la formule donnée par Benrath,

(i/2NaO, l/2CaO)2,5Si02, correspond seulement à un verre idéal ou verre normal. Elle ne veut pas dire, d'ailleurs, que ce verre est

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