VERT
par Pannetier, Cettç substance, dont le procédé de préparation était tenu secret, avait une belle nuance verte, riche et solide ; malheureusement, son prix fort élevé, environ 120 fr. le Idlogr., en restreignait singulièrement l'emploi. En 1859, Guignet a fait breveter un vert qui est connu aujourd'hui sous le nom de vert Guignet et qui a eu le plus grand succès : ce produit, d'une magnifique couleur verte, est un oxyde de chrome hydraté dont la composition correspond à peu près à Cr^O^, 2H0. Pour le préparer, on mélange avec de Peau 3 parties d'acide borique et une partie de bichromate de potassium de façon à former une bouillie assez consistante, et on chauffe le tout à une température d'environ 500^ dans des fours à réverbère de forme spéciale. La masse se boursoufle sous l'influence de la chaleur ; il y a dégagement de vapeur d'eau et d'oxygène, il se fait un borate double de chrome et de potassium. On retire la matière du four pendant qu'elle est encore au rouge sombre et on la plonge dans l'eau : elle se décompose en borate de potassium, qui reste dissous, et en oxyde de chrome hydraté, Cr^0^,2H0, insoluble, qui se sépare; c'est cet hydrate qui constitue le vert Guignet.
Le borate de potassium n'est pas perdu ; on en extrait Pacide borique qui y est contenu et on se sert de cet acide régénéré pour préparer de nouvelles quantités de matière colorante. A l'avantage de ne pas être toxique, le vert Guignet joint celui d'être inaltérable à Pair, à Phumidité et au soleil ; il a surtout une qualité rare : celle de garder son éclat et sa teinte aux lumières artificielles. Aussi a-t-il joui de la plus grande faveur avant le développement des colorants de la chimie organique et est- il encore fort en usage. Il est employé pour l'impression des tissus, la fabrication des papiers peints, la peinture à l'huile. Mélangé avec l'oxyde de zmc (blanc de zinc), il est utilisé dans la peinture en bâtiments; son inaltérabilité le rend précieux pour les cabines de bains de Barèges exposées aux émanations sulfureuses. Son mélange avec Pacide picrique constitue une couleur appelée vert nature qui sert à la fabrication des papiers dont sont faites les fleurs artificielles.
Différentes couleurs ont été obtenues par l'union de l'oxyde de chrome avec des oxydes ou des sels. Ces couleurs n'ont pas en général l'éclat du vert Guignet ; mais elles ont d'autres nuances nécessaires à la peinture. Un vert turquoise découvert par Salvétat se prépare par la calcination d'un mélange en proportion convenable d'oxyde de chrome, d'albumine gélatineuse et de carbonate de cobalt. Un autre vert, nuance vert d'herbe, est constitué par de l'oxyde de chrome uni à de l'alumine.
Plusieurs couleurs vertes renferment de Poxyde de zinc. Cet oxyde constitue une poudre blanche, fine et homogène ; il donne des couleurs qui couvrent bien; en même temps, il permet de modifier facilement les nuances, d'obtenir à volonté des couleurs plus foncées ou plus claires. '— Le vert de Rinnmann s'obtient en mélangeant de Poxyde de zinc et de l'azotate de cobalt de manière à former une pâte que l'on dessèche d'abord à une température modérée et que l'on calcine ensuite au rouge sombre. L'azotate préparé est un mélange d'oxyde de zinc et d'oxyde de cobalt, 2 parties d'oxyde de zinc et 1 partie d'azotate de cobalt donnent un vert sombre ; on obtient un vert clair en prenant 4 parties d'oxyde de zinc pour une d'azotate de cobalt. Un autre Yevt de même nature connu, sous le nom de vert de zinc, est préparé d'une façon tout à fait analogue : on remplace seulement Pazotate de cobalt par le sulfate.
Enfin certaines couleurs vertes minérales ont une composition plus complexe. Le vert havranech s'obtient en chauffant un mélange de 4 parties de ferrocyanure de potassium, 1 partie de ferricyanure, 9 parties de ferrocyanure d'étain, 2 parties d'alun de chrome, 1 partie d'acide tartrique et 24 parties d'eau amidonnée. Cette
couleur verte a été assez employée dans l'impression des tissus.
Vert-de-gris (V. Acétate et Cuivre).
Vert de Rinniann ou de Saxe (V. Cobalt).
Verts d'origine VÉGÉTALE. — Les couleurs vertes d'origine végétale sont peu nombreuses. Les principales sont :
1^ Le vert do Chine qui porte encore les noms de vert de Lo-Kao et d'indigo vert de Chine. On le prépare avec les fruits du Rhamnits utilis et du Rhamnus chloropherus, nerpruns qu'on trouve en.Chine. On a pu avec cette substance obtenir sur velours et sur soie de belles teintes appelées vert Vénus et vert Azof. — 2*^ Le vert de chlorophylle. La chlorophylle est la substance qui colore en vert les parties des végétaux exposées à la lumière. On a pu préparer avec cette substance une couleur employée pour teindre le coton, la laine et la soie. Les nuances obtenues ne présentent pas une grande solidité. — 3^ Le vert de vessie ou vert de sève. Cette couleur est extraite des fruits d'un nerprun, le Rhamnm catharticm. Pour la préparer, on fait avec ces fruits bien mûrs une bouillie qu'on laisse fermenter pendant une semaine environ ; on presse ensuite la bouillie de façon à en exprimer complètement le jus. Le liquide obtenu est additionné d'eau de chaux et de gomme arabique : 250 gr. d'eau de chaux saturée et 32 gr. de gomme arabique pour un litre de liquide ; on concentre le mélange à une douce température ; quand il est semisolide, on le fait couler dans des vessies de porc où il achève de perdre son eau.
Matières colorantes artificielles. — Les plus importantes parmi les matières colorantes vertes sont de beaucoup, comme pour les autres matières colorantes, celles qui sont formées par les substances organiques artificielles qui dérivent de la houille. Ces matières colorantes sont très nombreuses, et elles le deviennent chaque jour davantage. Parmi les couleurs polyazoïques, on trouve : Le vert diamine B dont le nom scientifique est le diphényle bisazophénol paranitro-benzène azoamidonaphtoi 1-8 disulfonate de sodium 3-6. Ce corps s'obtient en faisant agir le tétrazodiphényle sur du phénol en solution alcaline, puis sur le composé obtenu au moyen du diazo de la paranitraniline diazotée et de Pamidonaphtol disulfoné. C'est une poudre vert foncé qui donne avec Peau une solution vert jaunâtre ; la solution dans Pacide chlorhydrique est violette et, dans les alcalis, jaune sale. On emploie cette couleur pour la teinture des pièces de coton ou des pièces mi-soie; elle est assez solide aux alcalis ; elle l'est beaucoup moins aux acides et résiste mal à l'action de la lumière.
Parmi les matières colorantes nitrosées : la chlorine^ appelée aussi vert solide, vert foncé, vert d'Alsace, vert russe, et dont le nom scientifique est benzoquinone dioxime. Ou la prépare en faisant agir Pacide azoteux sur la résorcine.C'est une poudre cristalline vert jaunâtre, peu soluble dans Peau qu'elle colore en brun, donnant avec les alcalis une solution jaune brun. On Pemploie pour la teinture du coton mordancé au fer ; elle résiste assez bien au lavage et à la lumière. La gambine R ou vert d'Alsace J qui a pour nom chimique naphtoquinone p oxime. Elle s'obtient par l'action d'une solution d'azotite de sodium sur une solution d'à naphtol dans l'alcool bouillant en présence du chlorure de zinc. Elle est cons' tituée par des aiguilles vert jaunâtre, fondant à 152^, peu solubles dans Peau qu'elles colorent en jaune sale, donnant avec les alcalis une dissolution jaune brun. On Pemploie pour teindre la laine mordancée au sulfate de fer et à l'acide oxalique ; elle donne des nuances plus jaunes que la chlorine ; la teinture obtenue résiste t)ien à l'action de la lumière. La gambine G ou vert d'Alsace B,qui est la naphtoquinone a oxime. On l'obtient en faisant agir Pazotite de sodium sur une solution alcoolique bouillant de naphtol p en présence de chlorure